• "Il essayait de trouver une façon d'exprimer à Jerry le lien entre Frère Eugène, la salle dix-neuf et le fait de ne plus jouer au football. Il savait qu'il y avait un lien mais c'était difficile à exprimer.

     "Ecoute, Jerry. Il y a quelque chose de pourri dans cette école. Plus que pourri." Il chercha le mot et le trouva, mais ne voulut pas l'utiliser. Ça n'allait pas avec le paysage, le soleil et le bel après-midi d'octobre. C'était un mot de l'ombre, qui allait avec le vent d'hiver.

     "Les Vigiles ?" demanda Jerry. Il s'était allongé sur la pelouse et regardait la course des nuages dans le ciel bleu d'automne.

     "ça en fait partie", dit Cacahuète. Il aurait voulu courir encore. "Le mal", dit-il.

     "Qu'est-ce que tu as dit ?"

     Dingue. Jerry allait croire qu'il avait perdu le nord. "Rien", dit Cacahuète. "De toute façon, je ne vais plus jouer au football. C'est personnel, Jerry." Il prit une profonde inspiration. "Et je ne vais pas non plus courir le printemps prochain."

     Ils se turent.

     "Qu'y a-t-il, Cacahuète ?" finit par demander Jerry, d'un ton ému rempli d'inquiétude.

     

    "C'est ce qu'ils nous font, Jerry." C'était plus facile à dire parce qu'ils ne se regardaient pas, chacun assis à sa place. "Ce qu'ils m'ont fait cette nuit-là dans la classe...  je pleurais comme un bébé, ce que je ne me serais jamais cru capable de faire. Et ce qu'ils ont fait à Frère Eugène en détruisant sa salle, en le détruisant lui..."

     

    "Allons, t'inquiète pas, Cacahuète."

     "Et ce qu'ils te font à toi...  les chocolats."

     "Ce n'est qu'un jeu, Cacahuète. Prends ça comme une blague. Laisse-les s'amuser. Frère Eugène devait sans doute être au bord de..."

     

    C'est plus qu'une simple blague

    "C'est plus qu'une blague, Jerry. Quelque chose qui peut te faire pleurer et faire partir un professeur... le faire basculer... c'est plus qu'une simple blague." (p.130-131)

     

      "Jerry pensa qu'il comprenait le sens du geste de janza – Janza brûlait de l'envie d'agir, de toucher, de se battre. Et il devenait impatient. Mais il ne voulait pas commencer le premier. Il voulait pousser Jerry à le faire, c'est ainsi qu'agissaient ceux qui brimaient les autres, pour se sentir innocents après le délit. C'est lui qui a commencé, clamaient-ils." (p.173)

       

    (La guerre des chocolats de Robert CORMIER)

      

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  • "Il était question d'un congrès en province et d'un dîner très arrosé. Ils s'étaient attardés dehors avec quelques collègues, tous très éméchés, lorsqu'une jeune femme qui avait participé au colloque, mais qu'ils ne connaissaient pas, était passée devant eux. L'un d'eux l'avait interpellée, pour rigoler.

     "...tu peux me croire qu'elle serrait les fesses !" a-t-il lancé au moment où je revenais pleinement à la conversation.

     Tout le monde a ri. Les femmes aussi. Je suis toujours étonnée que les femmes rient à certaines blagues.

     - Ah bon, l'ai-je interrompu, elle serrait les fesses ? Cela te surprend ?

     Je ne lui ai pas laissé le temps de répondre.

     - Tu veux que je t'explique pourquoi ?

     Il regardait les autres l'air de dire : voilà, de quel genre de femme le destin m'a affublé.

     - Parce que vous étiez quatre mecs bourrés dans une zone d'activité déserte, pas loin d'un hôtel Ibis ou Campanile quasiment vide. Eh bien oui, William, cela fait sans doute partie des différences essentielles entre les hommes et les femmes, fondamentales, même : les femmes ont de très bonnes raisons de serrer les fesses.

     (...)

    Cela te surprend ?

     

    Je me suis adressé à William mais aussi aux deux autres hommes de l'assemblée.

     

    - Est-ce que vous serrez les fesses lorsque vous croisez un groupe de jeunes filles manifestement ivres en pleine nuit ?

     

    Le silence épaississait à vue d'oeil.

     

    - Eh bien non. Parce que jamais aucune femme, même ivre morte, n'a posé sa main sur votre sexe ou vos fesses, ni accompagné votre passage d'une remarque à caractère sexuel. Parce qu'il est assez rare qu'une femme se jette sur un homme dans la rue, sous un pont, ou dans une chambre pour le pénétrer ou lui enfoncer je ne sais quoi dans l'anus. Voilà pourquoi. Alors sachez que oui, n'importe quelle femme normalement constituée serre les fesses lorsqu'elle passe devant un groupe de quatre types à trois heures du matin. Non seulement elle serre les fesses mais elle évite le contact visuel, et toute attitude qui pourrait suggérer la peur, le défi ou l'invitation. Elle regarde devant elle, prend garde à ne pas presser le pas, et recommence à respirer quand enfin elle se retrouve seule dans l'ascenseur." (p.144-146)

       

    (Les loyautés de Delphine de VIGAN)

      

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  •  "De nos jours, les gens parlent et ne savent même plus ce qu'ils disent, exactement comme le mec que j'ai eu le malheur de croiser ce jour-là (...). C'est un peu comme dans le couloirs du lycée. Certains garçons se traitent de "bâtard", comme si c'était un mot gentil, affectueux. Et si vous leur demandez le sens de ce mot, je ne suis même pas sûre qu'ils sauront vous répondre. Ils l'emploient parce qu'ils l'ont entendu. C'est tout. On est en train de devenir des perroquets." (p.9-10)

      

    "Des fois, on me dit aussi que je suis canon. Canon, ça veut bien dire ce que ça veut dire : je corresponds au goût de l'époque, quoi. C'est tout. Je lui corresponds et puis je m'y conforme aussi, niveau fringues, shoes, maquillage. Je suis à la page, quoi, comme on dit. Ça peut sembler superficiel, mais je vais vous dire, ce ne sont pas les nanas qui sont superficielles, c'est la société. Les nanas, elles s'adaptent. C'est facile après de le leur reprocher. Parce que, de toute façon, on leur reprochera quelque chose, quoi qu'elles fassent... En clair : une fille qui est grosse et moche : on va se foutre de sa gueule. Une quelconque, on va lui dire qu'elle pourrait se mettre en valeur. Et une fille jolie qui fait des efforts, elle va se faire traiter de pétasse. On pensera qu'elle est superficielle, qu'elle n'a rien dans le crane. Donc une fille sera toujours ramenée à son apparence et aura forcément tord en prime. Finalement, on vit dans une société qui met la beauté plastique au-dessus de tout, tout le temps, partout, tu peux pas faire un pas dans la rue sans tomber sur une splendeur grand format, sur un panneau d'affichage ou au cul d'un bus, et quand tu ressembles à cette beauté qu'on te jette à la figure en permanence, tu te fais insulter et emmerder dans la rue. Dans ce monde, le problème pour une fille, c'est même pas d'être comme ci ou comme ça, c'est d'exister. Tout court. Notre société fait en sorte que la femme ne puisse pas être satisfaite de ce qu'elle est. Et du coup, elle veut toujours être une autre personne." (p.13-15)

     

    La condition de vie des femmes régresse

     

    "Dans ma classe, il y a une fille, on va l'appeler Carla, d'accord ? Comment vous expliquer ? Elle est grosse, et elle est moche. C'est dégueulasse de dire ça, mais c'est la vérité. Des boutons plein la figure, des cheveux fins et gras, un double menton, et de petits yeux trop rapprochés. Dans son dos, on l'appelle "gros tas" ou "face de cul". Je pense que sa vie au lycée doit ressembler à l'enfer. Des pals et des flammes. Forcément, elle compense : la bouffe et les jeux vidéo. C'est une geek. Mais geek ne veut pas dire cool, contrairement à une idée répandue. Sauf que, le moment où je l'envie, c'est quand elle sort du lycée. Parce que je suis à peu près sûre que dans la rue on ne l'aborde pas pour lui demander son 06, on ne la siffle pas, elle ne se sent pas en danger. Elle rase les murs, elle passe inaperçue. C'est à ce moment précis, donc, quand on sort du lycée, que nos réalités à elle et moi s'inversent. (...) Une fois dehors, d'ici à ce que j'arrive chez moi, ma beauté n'est plus un atout. Je me fais accoster jusqu'à dix fois. N'allez pas imaginer qu'on m'accoste gentiment, pour me flatter et me lancer des fleurs (...). Non, là, j'ai plutôt droit à des mots comme "pétasse", "chaudasse", "t'es bonne", "vas-y, tu t'appelles comment ?" Et si je ne réponds pas, des fois, on me suit, et je suis obligée de marcher plus vite. Il y a plein de gens autour de moi, OK, mais je suis seule, terriblement, parce que les gens, ils tracent leur route, rien à faire qu'un mec m'emmerde – et encore un mec, un seul, c'est quand j'ai de la chance !" (p.16-18)

      

    "Finalement, un temps ça m’a reposé d’être regardée comme une excentrique ou une malade en phase terminale plutôt que comme une marchandise consommable. Notre société dit aux femmes qu’elles doivent être belles mais elle leur donne envie d’être laides." (p.24)

      

    "Quel est mon message ?... Tout simplement que la condition de vie des femmes régresse. Peut-être que la parité est davantage respectée au gouvernement, mais la rue n'est pas l'Assemblée nationale, et en matière de respect, la rue prend parfois des allures de foutoir.

     (...)

     Ce que j'entends quotidiennement laisse des marques autrement plus profondes... Comme un mal immergé qui ronge l'intérieur. Et de fait, extérioriser ce mal, le projeter à l'extérieur, l'envoyer à la gueule du monde, est finalement plus violent pour les autres que pour moi." (p.29-31)

      

    "Aujourd'hui je pense surtout aux autres, jeunes filles, jeunes femmes, et j'ai peur pour les plus fragiles, pour celles qui se mutileront tout autrement, pour celles qui s'immoleront par le feu, par le médicament, par le sang. Ça arrivera forcément. C'est peut-être déjà fait, et je l'ignore parce que je ne sais pas tout, parce qu'on ne sait pas tout, parce que pour les journalistes comme vous, il y a trop de détresse à couvrir... Et chaque fois qu'on montre quelque chose, on devrait penser que dans le même temps on cache autre chose... Et ce que l'on choisit de montrer dit aussi précisément ce que l'on choisit de voiler." (p.38-39)

      

    (De si beaux cheveux de Gwladys CONSTANT)

     

     

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  • "On consent à quelque chose quand on dit oui. On ne consent pas à quelque chose quand on dit non. Jusque- là, c'est simple. Mais la vie n'est pas simple.

     (...)

    Quand on ne dit pas oui, c'est non

     Il arrive qu'on ne dise ni oui ni non parce qu'on ne sait pas trop ce qu'on veut, parce qu'on a peur de passer pour un idiot... Un exemple : vous êtes avec votre copain ou votre copine. Vous vous embrassez. L'un de vous deux veut aller plus loin. L'autre ne dit pas grand chose, pas très à l'aise : il faut considérer que c'est un non. Il ne faut pas le forcer. Il vaut mieux poser la question franchement quand on a un doute. Ce n'est pas ridicule, au contraire, ça évite les malentendus.

     (...)

     

     On a le droit de ne pas avoir envie. Harceler la personne jusqu'à ce qu'elle dise oui, c'est interdit. Pour éviter cette situation, c'est simple :

     

    QUAND ON NE DIT PAS OUI, C'EST NON." (p.40-41)

      

     ("Sans contresens = consentement"  par Zineb DRYEF et Donatien MARY in TOPO n°12)

     

     

     

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  • « Trop de mots qui ne peuvent dire à quel point nous étions sans préjugés, elle et moi, dans un monde qui fait des distinctions. Où un mot suffit à séparer l'un de l'autre. » (p.84)

     

    « Elle était devenue une inconnue. Moins de quatre mois après, je la reconnus à peine. Elle portait un uniforme scolaire, avait l’air d’une petite fille ordinaire, sa queue-de-cheval se balançait. Lorsqu’elle marcha dans ma direction, elle regarda de côté, embarrassée. Elle s’arrêta devant moi, tête basse. Alors seulement je la reconnus à son odeur. Une telle gêne. J’avais envie de lui faire mal. Je la pris par les épaules, mes mains de onze ans. Je la secouai. Je la frappai au visage, ce qu’elle laissa faire sans rien dire. Pourquoi ne me regardes-tu pas ? je lui levai le menton. Tu dois me regarder. Au moins cela. Je te hais. Tu entends ? Je te hais de me forcer à appartenir au groupe des autres. De ceux qui disent. Enfin elle me regarda : Ce qu’ils disent est vrai. » (p.91)

     

    « J’ignore totalement qui a lancé la première pierre. Tout a commencé par deux mots prononcés de manière anodine : Elle pue. Je les entendis. Clairement et distinctement : Elle pue. Bruyant éclat de rire, cela aussi je l’entendis. Puis des index dressés, pas un mot, on fronçait le nez. La voix de Yukiko, un chuchotement : Non, s’il vous plaît ! Nouveaux rires : Elle pue comme si elle avait un poisson sous sa jupe.

     

    Quelqu’un l’attrapa. Je le vis. Clairement et distinctement : elle recula sous le coup de la peur. Qu’est-ce que tu regardes ? me lança quelqu’un. Je détournai les yeux. Je n’avais rien vu. Et je ne vis rien non plus les troisième et quatrième jours, pas plus les cinquième et sixième, je ne vis rien du tout pendant toutes les journées qui suivirent celles-là.

     

    Cette puanteur, criaient des bouches grandes ouvertes, puer comme ça, tu ne les as pas ? Tu paieras demain. Bon sang, tu pues comme une truie. Groin, groin. Un hamster mort sent moins mauvais que toi. Eh, princesse des maths ! Comment on divise un bœuf par une vache ? Les deux mots d’abord prononcés de manière anodine se développèrent à grande vitesse pour former au bout du compte tout un corps textuel.

     

    Se dissoudre pour échapper au harcèlement

     

    Yukiko aurait eu besoin d’un ami.

     

    D’un qui aurait plaidé en sa faveur.

     

    Mais moi.

     

    Je n’avais pas de bouche. Je ne participais pas au discours des autres et je ne disais rien pour m’y opposer. Il fallait rester à l’extérieur si le monde s’effondrait à l’intérieur. Chaque matin, quand Yukiko entrait dans la classe, sa table avait été retournée et déplacée. Un jour, au tableau, la caricature d’un cochon qui grogne. Il avait une jambe levée. En dessous, son prénom. Elle l’effaça, trait après trait. Yukiko devint Yuki. Yuki devint le néant. L’éponge humide à la main, elle finit par se retourner, un regard qui me cherchait et me trouva, hors champ. Dans ce regard, une grâce, l’éclat de jadis : je le jure, je me dissous en poussière d’étoile. C’est exactement comme cela qu’elle me regardait. Comme pour me dire : je me dissous.»  (p.96-97)

      

    « Je laissai à Yukiko le soin de se défendre. Mais elle ne fit pas beaucoup plus que se contenter de rester immobile. C’était un cercle de craie magique, et il n’arrêtait pas de rétrécir. On aurait dit un animal qui fait le mort. Pendant un moment, tout alla bien. Mais ensuite, les agresseurs prirent le dessus et ne la lâchèrent pas avant d’avoir débusqué ses points faibles. Un mouvement sans précaution, et ils surent que c’était dans cette direction qu’ils devaient creuser. Le jeu n’en était plus un, il était désormais question de vie et de mort. Sur le chemin de la maison, je ne vis pas qu’on la poussait contre un mur, dans le passage sombre je ne vis pas qu’on la menaçait de coups de poings, sur le parking vide je ne vis pas que sa jupe lui avait glissé au-dessus du genou. Je passai mon chemin, témoin muet, comme j’avais appris à le faire. Si j’intervenais – c’était encore à l’époque un conditionnel présent, une possibilité tout à fait envisageable -, il était certain que ce serait mon tour. Mieux valait ne pas attirer les ennuis. Mieux valait changer de trajectoire avant que quelqu’un me voie. » (p.97-98)

       

    « On l’a trouvée, les membres disloqués, dans la cour de l’école. Elle s’était jetée du cinquième étage. » (p.99)

      

    (La cravate de Milena Michiko FLASAR)

     

     

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  • « Pas besoin d'être médium pour savoir que personne ne broncherait. Tous, ils baisseraient la tête, fouilleraient dans un tiroir, feraient mine d'être occupés au téléphone. Tellement contents de m'avoir pour paratonnerre.

     

    Le paratonnerre

     

     Je ne leur en voudrais pas : je n'agirais pas autrement à leur place. Il y a longtemps que je me suis fait une raison, la classe des opprimés a sa propre hiérarchie. Moi je suis tout en bas de l'échelle. » (p.12-13)

       

    (Providence de Valérie TONG CUONG)

     

     

     

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  • « - Et les enfants ? s'est écriée Judith. S'ils sont maltraités, vous devez le signaler.

     - Elle ne les bat pas, Judith, a dit maman.

     - Et la maltraitance psychologique ? s'est indignée ma soeur. c'est aussi traumatisant que la maltraitance physique, sinon plus, parce que justement, il n'y a pas de traces, et quand on intervient, c'est trop tard ! » (p.45)

       

    « Au collège, on nous avait parlé du numéro vert pour l'enfance maltraitée. La dame qui était venue faire la conférence m'avait impressionné parce qu'elle nous avait regardés l'un après l'autre, en disant : "Toi, toi, toi... tu es responsable. Tu dois signaler un enfant en danger. Sinon, tu te rends complice de ceux qui lui font du mal." » (p.65)

       

    « Bien sûr, on peut mal traiter un enfant en étant violent avec lui, en lui portant des coups, en le privant de nourriture ou en ne le soignant pas quand il en a besoin. Mais un parent qui néglige son enfant, qui le laisse faire n’importe quoi et ne le protège pas des dangers, ce parent-là qui ne remplit pas ses obligations est aussi un parent mal traitant.

    SOS Enfance maltraitée

     Ce qui se passe chez les voisins de William est d’une autre nature. Les enfants n’y sont pas victimes de maltraitance physique. S’ils sont malheureux et fortement perturbés, c’est à cause du comportement de leur maman et de ses problèmes psychologiques. Ils sont effrayés par ses violentes colères ; et plus encore, ils sont angoissés par le chantage qu’elle leur fait subir : « C’est à cause de vous que je suis malheureuse. Un jour je me suiciderai et ce sera votre faute. »

     Cette maltraitance-là, elle se voit moins que des coups mais elle peut faire beaucoup plus de mal et laisser des cicatrices bien plus profondes et plus durables. Il y a des paires de claques qu’on a oubliées ou dont on sourit dès le lendemain. Il y a des petites phrases blessantes ou des angoisses qu’on n’oublie jamais, dont parfois on ne se remet jamais tout à fait.

     Les enfants doivent aussi être protégés de ces mauvais traitement-là. Et c’est le mérite de William de l’avoir compris et d’avoir osé prendre ses responsabilités en donnant l’alerte quand les adultes autour de lui choisissent de faire semblant d’ignorer, de se boucher les oreilles ou de prendre la fuite.

     Ça ne lui est pas facile. Il ne veut pas être un « cafteur ». Et puis, n’a-t-il pas pris le risque de déclencher un processus dont il ne peut prévoir les effets ? Que va devenir la maman ? Qu’adviendra-t-il des enfants ?

     Pourtant, il a bien fait : chacun doit porter assistance aux personnes en danger. Surtout dans les cas de maltraitance sur des personnes faibles et notamment des enfants. Car les victimes, la plupart du temps, se taisent.

     Au 119, parmi les appels qui donnent lieu à une intervention des services sociaux, moins de 5 % proviennent des victimes elles-mêmes... » (p.120-121)

       

    « La morale existe qui nous dit que certains comportements ne sont pas bien. Les lois existent qui disent que l’on n’a pas le droit de faire certaines choses. D’autres lois organisent la protection particulière des personnes plus fragiles : handicapés, vieillards ou enfants. C’est à tout le monde de faire en sorte que la morale et les lois soient respectées.

     « Il ne faut pas se mêler des affaires des autres », entend-on souvent. Bien sûr que si, lorsqu'il s’agit de protéger ceux qui sont en danger ! » (p.122-123)

      

    (J’entends pleurer la nuit de Brigitte PESKINE)

     

     

     

    http://www.allo119.gouv.fr/

     

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  • « J’étais loin d’imaginer que Charles m’avait choisie sur des critères méticuleusement inscrits dans l’un de ses cahiers. Je faisais partie du plan. Mon physique, la blondeur, les yeux clairs, mon tempérament, discipliné et malléable, mon incapacité à me rebeller : j’étais précisément celle qu’il cherchait, la mère de famille lisse et sans surprise, ornant à la perfection un tableau familial qui ferait rêver ses électeurs – il me l’a même jeté à la figure, quelques années plus tard.

     Aujourd’hui encore, j’ignorais quel type de sentiments il éprouvait réellement à mon égard, et même s’il avait été ou était réellement capable de sentiments. Je crois que le simple fait d’avoir atteint son objectif - en l’occurrence, me posséder, ou plutôt me détenir – lui procurait une immense satisfaction, une jouissance même, qu’il renouvelait par jeu à intervalles réguliers, me blessant, m’amenant jusqu’au point de rupture, puis me rattrapant et s’excusant, déployant déclarations enflammées et engagements rarement tenus.

     L’amoureux s’était progressivement transformé en dictateur, mais qui pouvait s’en douter ? Il était si bon comédien.

     Mes parents l’adoraient. Il faisait parfaitement illusion en gendre idéal, dévoué, exemplaire, offrant généreusement voyages et cadeaux luxueux, travaillant sans compter tout en protégeant son clan.» (p.58)

      

    Comme une décoration

      

    « Tu es mon cancer, ai-je pensé. Tu as semé tes métastases avec adresse, tu m'as affaiblie d'année en année, mais Dieu sait comment, j'ai réchappé de tes attaques insidieuses, répétées, et aujourd'hui, quelque chose d'inespéré se produit, tu ne m'atteins plus, comme le prévoyait Jean, j'ai ôté ces lunettes que tu m'avais imposées, je vois le monde par moi-même, je te vois tel que tu es, un homme sans compassion, un type dévoré par l'ambition personnelle, un sale con qui m'a utilisée de toutes les manières possibles, mais qui n'a jamais aimé personne d'autre que lui-même. » (p.134)

       

    « Car il est là le malentendu. Comme une femme battue qui pardonne encore et encore, j’ai voulu croire toutes ces années que tu éprouvais pour moi des sentiments profonds. J’ai voulu croire que tu changerais. Quoi qu’en dise Jean, tu ne m’aimes pas mal, tu ne m’aimes pas. Je compte pour toi, oui, parce qu’un député de la droite très catholique se doit de présenter une famille rassurante. Je compte pour toi parce que j’élève tes enfants. Je compte pour toi tant que je suis exactement celle que tu veux au millimètre près. Je compte pour toi comme une décoration au revers de ton costume. » (p.142)

       

    (L’atelier des miracles de Valérie TUONG CONG)

     

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  •  « Cette façon d'agresser une personne, et de lui faire croire que c'est elle qui réagit mal, c'est en fait une technique de manipulation très pratique pour empêcher des personnes de se rebeller. Ça a même un nom : le gaslighting.

    Le gaslighting

     Il y a deux choses qui facilitent le gaslighting d'une personne ou d'un groupe de personnes :

     -la solidarité entre les dominants (dans mon cas, solidarité masculine)

     -des conditionnements sociaux qui biaisent notre perception de la réalité (dans mon cas, le patriarcat pousse à voir l'agressivité masculine comme une façon légitime de s'affirmer, et l'agressivité féminine comme de l'hystérie). »

      

    « Du coup, je me demande ... quel niveau d'humiliation, quel niveau de violence "légale" subie devra-t-on atteindre, pour qu'on nous estime légitimes à réagir en dehors du cadre que nos oppresseurs ont défini pour nous ? »

      

    (Un autre regard d’EMMA)

     

    https://emmaclit.com/

     

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  • « Quand l’aube se leva sur le village ce matin-là, il n’y avait plus trace d’eux : les auvents, les stores colorés et fragiles, les lanternes, les dragons, le petit temple, tout cela avait disparu comme par enchantement.

     

    De leur présence il ne restait qu’une preuve par moins : Hélène n’était plus parmi nous.

     

    Je croyais la voir partout où elle se tenait autrefois, dans son jardin, sous le cèdre, au bord de la rivière, et quand je l’imaginais je revoyais Wan.

     

    Nous tous

    J’avais le sentiment et parfois même la certitude que ce n’était pas Foucher le grand responsable de sa mort, mais que c’était nous qui l’avions tué, nous tous, que nous avions tué leur amour et qu’en le tuant nous avions éteint en nous et dans le monde une lumière qui plus jamais ne renaîtrait.» (p.88-89)

       

    (« Nos chinois » in Le miracle des eaux de Nadèjda GARREL)

     

     

     

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