• « « Casser tous les os de ton corps.

     

    Tous les os de ton misérable corps. »

     

    Ces nuits-là, je me réveillais sans arrêt en entendant la voix de mon père juste au-dessus de moi. Je transpirais, mon cœur battait, non pas d'exaltation-à-la-Zarbie, mais d'angoisse. Je sentais ses doigts s'enfoncer dans mes bras, haïssant ma chair rebelle. J'avais dans la bouche le goût de ce spectacle honteux, comme de quelque chose de pourri et de noir. Et les yeux des autres qui regardaient fixement. Et mes propres yeux qui regardaient fixement.

     

    Ce n'était pas la première fois. Mais c'était la première fois que je recevais une correction devant des inconnus.

     

    « Reid, on ! Ne lui fais pas de mal, Reid...

     

    Ne te mêle pas de ça. Elle mérite une correction. Regarde-la... elle ne pleure même pas.

     

    Elle est terrorisée, Reid. Elle ne peut pas pleurer...

     

    Fous-moi la paix ! Ah, tu parles d'une mère ! Tu peux être fière de toi ! Tu as vu le résultat ? »

     

    Je me réveillais sans savoir si ces mots qui me revenaient dans la tête étaient un rêve ou un souvenir. Un horrible rêve. (…)

     

    « Ce n'est pas voulu, chéri. Elle n'a que deux ans. Elle ne sait pas raisonner ni penser. Elle ne peut pas s'empêcher de se salir si elle a peur. Elle ne le fait pas exprès. Elle n'a que deux ans... » Je fermai les yeux et m'endormis. » (p.125-126)

     

     

     

     

    « Mon père se met facilement en colère. Je pensais que c'était ma mère qui le provoquait, mais j'avais tort, j'en voulais à ma mère d'être maltraitée.

     

    Elle portait des écharpes, des manches longues pour cacher les marques sur sa peau. Mais je savais ce que c'était.

     

    Je crois que c'est parce que j'avais terriblement peur. C'était plus facile de la détester.

     

     

     

    Non, mam n'en a jamais parlé.

     

    Elle ne l'a jamais critiqué. Elle savait que Samantha et moi adorions notre père.

     

    Que nous l'aimions vraiment. Je l'aime toujours.

     

    Il est mon père, et il est Reid Pierson. C'est pour ça.

     

     

     

    Pourquoi ? Mam avait peur, je pense. Peur qu'il lui fasse plus de mal, et qu'il nous en fasse à Samantha et à moi. C'est ce qu'elle dit dans son journal, et je crois que c'est ce qui explique son attitude. » (p.285)

     

     

     

    « Oui. Quelquefois. Pour nous « corriger ».

     

    Je ne m'en souviens pas très bien. C'est assez vague, comme un mauvais rêve ou quelque chose qu'on a vu à la télévision il y a longtemps et qui s'est mélangé à la vie réelle.

     

    Des fessées, quand j'étais petite. Parce que je désobéissais, je suppose.

     

    Parfois des gifles, des coups, ou bien il me secouait très fort. Papa me prenait pas les épaules et il me secouait, secouait, secouait encore, comme s'il voulait me briser le cou.

     

    Oh, non ! Je croyais que c'était ma faute, que je le méritais.

     

    Je le crois toujours, d'une certaine façon.

     

    Il est difficile de changer ce que l'on ressent. Il est beaucoup plus facile de changer ce que l'on pense.

     

     

     

    Pourquoi ? Parce que papa nous aimait. Il nous aime.

     

    Il ne nous aurait pas corrigées, disait-il, s'il ne tenait pas à nous.

     

    C'est vrai, même maintenant. Je le comprends. Mais c'est une façon malsaine, erronée de voir les choses.

     

     

     

    Oui, je pourrais dire ça. Si je dois le jurer...

     

    Oui, mon père nous a « brutalisées », ma sœur et moi.

     

    (Elle n'en parlera probablement pas. Elle a peur. Et maintenant que mam a disparu, elle ne peut plus qu'aimer papa. Je ressens la même chose qu'elle. Mais il faut que je dépasse ce sentiment. Je ne peux pas le protéger plus longtemps.) » (p.286-287)

     

     

     

    (Zarbie les yeux verts de Joyce Carol OATES)


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  • « Le dégoût des jours où ma grand-mère paternelle se faisait frapper par mon grand-père. Je passais de temps à autre le week-end chez eux. Il n'était même pas saoul. C'était un mode de fonctionnement normal pour lui. Quand j'en ai parlé à ma mère, elle a refusé que j'y retourne. Mon père n'a pas insisté. Le mal était fait pourtant. La silhouette de ma grand-mère qui se plie et qui tente de se protéger pendant que je cours me réfugier dans la grange.

     

    Le dégoût quand j'entends le père de ma meilleure amie, ma voisine Claudie, hurler des insanités à sa femme, une pauvre créature qui a peur de tout. Elle devient une catin, une pute à marins, un vase, tout y passe. Quand je croise Claudie, une heure après, nous faisons comme si de rien n'était – mais elle sait que je sais et elle a cette honte chevillée au corps.

     

    Le dégoût de ce mec qui me suit. Je sais qu'il en a après moi. J'ai refusé ses avances à une soirée, le mois dernier. Je suis au lycée. En première. Je descends l'avenue qui me ramène au centre-ville. Il est en moto. Il a arrêté le moteur. Le chuintement de ses pneus sur le bitume. Je me concentre sur le trottoir. On m'a dit qu'il ne fallait pas se retourner, que ça les rendait dingues. Je sens mon menton trembler, mais je ne pleurerai pas, je serai valeureuse. Il reste cinq cents mètres. Sa voix. Mon prénom. Le son de la béquille. Il court. Il m'attrape le bras. Je veux beugler « Quoi ? », mais les mots se bloquent dans ma gorge. Il tente de m'embrasser. Je frappe. Il lève la main. Un homme passe et hurle : « ça va pas, non ? Vous voulez que j'appelle la police ? » Son geste s'arrête net. Il recule. Il trébuche. L'homme reste à mes côtés. La moto démarre. L'homme dit : « Vous devriez porter plainte. » En passant devant moi, le garçon à la moto crache et me traite de pute.

     

    Tous ces dégoûts-là.

     

    Tous ces dégoûts que tu ne peux connaître que quand tu es une fille. » (p.127-128)

     

     

     

    (06h41 de Jean-Philippe BLONDEL)


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  • « Le jour de la rentrée, je ne laisse rien au hasard. Mes affaires sont prêtes, mes discours, mes gestes. Je m'envisage une dernière fois dans le miroir de la salle de bains. Intestins durs, mains trempées, je parle à mon reflet, le grand huit ventousé au ventre. Dans la glace, j'aperçois ma peau blanche et les petites gerçures. Ce jour-là, je comprends que je dois grandir. Dans la voiture, je dis à Maman de ne pas descendre : affronter une foule anonyme, je m'en sens capable. Je prends mon sac à dos et je découvre la grille du collège, une grille imposante, couleur vert Empire. Face à la grille, je suis pris d'une vision. Derrière elle, les garçons se transforment. Ils devient des monstres courts sur pattes, aux joues mangées d'acné, aux lèvres marbrées, gorgées de sang, au visage poissé de puberté crétine et de mauvaise haleine.

     

    De l'autre côté, les garçons deviennent des adolescents.

    Derrière la grille du collège

     

    Pendant le collège, les garçons ricaneront sèchement. Ils s'acharneront. Ils me tourneront autour pendant les pauses et la cantine. Théo m'attrapera par derrière, Julien me remontera brutalement le slip et me frappera de coups de genou en criant, « Béquille ! » Il y aura des moments durs, des échappés en solitaire dans les toilettes, des regards en classe d'anglais, des messes basses, des moqueries publiques, des élections de délégués, des sorties à la piscine, des réprimandes en slip de bain, des virées en bus, des professeurs qui ne voient rien, qui se contentent de « chut » pour couper les mauvaises langues, des regards encore, plus perçants, des fous rires de types populaires, des insultes au vidage, et face à tout ça, mon manque d'oxygène.

     

    Cela va durer quatre ans. La famille parlera d'âge ingrat et d'apprentissage. Personne ici ne verra. Si c'est ça la suite, je préfère renoncer. Rester petit face au miroir. Ne plus jouer. Ne surtout pas franchir la grille. » (p.58-59)

     

     

     

    « Au collège, on m'appelle Marcelle. Les garçons surtout, mon voisin. Un grand garçon maigre, un peu niais. (…) Il m'attend le matin. Il me refile des surnoms et des coups derrière la tête. Dans la cour, ses copains et lui disent « ça va Marcelle, pourquoi tu fais la tête ma belle ? T'as oublié ton rouge à lèvres ? » On ajoute que je serais « jolie avec des couettes ». (…)

     

    Je voudrais comprendre cet acharnement. » (p.75)

     

     

     

    (Mauvais joueurs de Julien DUFRESNE-LAMY)


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  •  

    « La porte du vestiaire a été ouverte avec une telle violence que les cloisons du préfabriqué tremblaient. Je n'ai rien vu, j'ai senti mon cœur battre. Quand j'ai compris que le gros Didier était entré dans notre vestiaire et qu'il fonçait sur moi, les battements accélérés du sang ont rempli mes oreilles et recouvert les cris aigus des filles. 

     

    Le gros Didier m'a attrapée par les cheveux. J'ai senti son autre main sur moi. J'ai entendu sans comprendre claquer un élastique. L'air a glacé mon ventre. Une brûlure a cinglé ma cuisse. Il avait enlevé mon slip.

     

    Ensuite seulement je l'ai vu : il battait déjà en retraite vers la porte. Très rouge, gluant de sueur, il criait en me montrant du doigt comme au zoo on montre les singes. Mon ventre nu s'est durci. Le courant d'air glacé s’engouffrait par cette porte grande ouverte. Le gros Didier se tordait de rire. Des dizaines de garçons passaient la tête par cette porte : leurs bouches distendues criaient et riaient comme devant les singes en cage quand ils se grattent le cul. Je ne sais plus quels garçons regardaient. Je ne suis pas sûre de les avoir bien vus.

     

    Déjà le silence s'installait dans ma tête. (…)

     

    La porte était refermée. Élise et ses copines, gênées, ricanaient autour de moi. Sauf Zoreh. En passant le long du couloir, les garçons donnaient de grands coups dans la cloison, en riant comme s'ils hurlaient. Les murs tremblaient ; le gymnase tout entier allait s'écrouler.

     

    « Allez, rhabille-toi ! » m'a dit Zoreh sur un ton énervé avec un geste pour remonter elle-même mon slip. Je l'ai repoussée brutalement. Elle est tombée à la renverse. » (p.4-5)

     

    Comme devant les singes en cage

     

     

     

    « Devant, le gros Didier ricane. Son copain Xavier, qui se prend pour Rambo et porte des pantalons de militaire, se retourne vers moi. Il me balaie du regard, comme s'il me voyait encore toute nue, dans le vestiaire. Puis il donne un coup de coude à Didier. Ensemble, ils pouffent. » (p.9)

     

     

     

    « Je ne vois personne pendant un long moment. Puis une ombre remue au plafond de la chambre, la traverse, s'étire et se plaque d'un seul coup, énorme, devant la fenêtre. Le gros Didier ! Les mots de haine retenus toute la journée explosent en moi sans trouver la sortie. Ils font trembler mes mains. Cachée dans les branches de tuyas, je guette celui que je vais tuer, parce qu'il m'a déculottée devant tout le monde, parce qu'à cause de lui j'ai été vue comme un singe, dont on rit quand il se gratte le cul. » (p.44-45)

     

     

     

    « Est-ce que maintenant que j'avais vraiment vu le gros Didier, j'aurai la force de le tuer ? Est-ce que j'allais avoir fait tout ça, le silence, les heures de colle , le psychologue, les agrès, le guet dans la nuit, pour des prunes ?

     

    Je n'avais rien à craindre pourtant ! Dès le lundi matin j'ai retrouvé ma détermination. Le gros Didier et Rambo coinçaient les sixièmes dans un coin, ouvraient leurs sacs, piquaient le quatre heures que leur mère avait soigneusement enveloppé dans un papier, et les renvoyaient avec une paire de gifles s'ils menaçaient de parler. Les autres garçons regardaient de loin en ricanant. Les filles pestaient mais n'avaient pas le courage d'intervenir. Personne ne voulait les dénoncer au bureau qu'on déteste. » (p.61)

     

     

     

    « Elle le regarde : « Si, bien sûr. Est-ce que moi aussi je ne défoncerais pas les portes, parfois ? Est-ce que je ne voudrais pas me venger de ceux qui m'ont tout pris là-bas ? Mais il n'y a que les gorilles qui se vengent. »

     

    Elle a la voix douce, Madame Karmzadeh, sous la lampe, et une telle conviction qu'on voudrait la croire. Pourtant, elle sait bien que le gros Didier affaissé sur son canapé de soir sera demain un molosse enragé. Elle sait bien qu'il m'a déculottée, moi. Que sans aucune raison il s'est attaqué à moi.

     

    (…)

     

    De loin, debout à côté de son père, Zoreh me regarde de tous ses yeux. Elle, surtout, comprend. Elle sait qu'en ce moment, je voudrais tuer le gros Didier mais surtout ne pas le tuer, pleurer et ne plus jamais pleurer, parler et me taire pour toujours.

     

    S'il n'y a que les gorilles qui se vengent, qu'est-ce que je fais, moi qui ne suis pas un singe ? » (p.78-79)

     

    (Je ne suis pas un singe de Virginie Lou)


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  •  

    « Je me montrais prudente, voilà tout. Nouvelle ville. Nouveau bahut. Et cette fois, j'avais bien l'intention de contrôler l'image que les gens se faisaient de moi. Combien de fois obtient-on réellement une seconde chance dans la vie ? » (p.26)

     

     

     

    « Normalement, quand quelqu'un possède une image irréprochable, vous pouvez être sûr que quelqu'un d'autre attend sagement dans son coin le moment propice pour le mettre en charpie. L'instant où le défaut fatidique explosera enfin au grand jour. »

     

     

     

    « Alors... Nous avons quitté le parc. Il est reparti d'un côté, et moi de l'autre.

     

    Oh . Mille excuses. Vous attendiez un truc plus croustillant, n'est-ce pas ? Vous espériez entendre comment mes petites mains baladeuses avaient commencé à jouer avec sa braguette. Vous espériez entendre...

     

    Mais oui, au fond, qu’espériez-vous entendre ? Parce que j’ai entendu tant de versions différentes que j’ignore laquelle est la plus répandue. Je sais en revanche laquelle l’est moins. La vérité. » (p.36)

     

     

     

    « "Personne ne devrait jamais croire une rumeur" ai-je rétorqué. J'étais peut-être un peu trop sensible mais j'avais espéré, idiote que j'étais qu'il n'y aurait plus de rumeurs maintenant que ma famille avait déménagé ici. Que j'avais laissé les ragots et les on-dit derrière moi... pour de bon. "Tu peux entendre une rumeur, mais tu ne peux jamais la connaître." »

     

     

     

    « Alors merci à toi, Justin. Sincèrement. Mon premier baiser était divin. Et pendant le mois (ou à peu près) que nous avons passé ensemble, tous nos baisers ont été divins. Tu étais divin.

     

    Et puis tu t’es mis à dire des choses sur moi.

     

    Une semaine a passé sans que je comprenne quoi que ce soit. Mais comme il fallait s’y attendre, les rumeurs ont fini par revenir jusqu’à moi. Or une rumeur, ça ne se réfute jamais.

     

    Je sais. Je sais ce que vous pensez. A mesure que je vous parle, je me dis la même chose. Un baiser ? Un simple ragot à propos d’un baiser, et voilà ce que tu as fait ?

     

    Non. Un simple ragot à propos d’un baiser, et un souvenir que je chérissais a été anéanti. Un simple ragot à propos d’un baiser, et on m’a collé une réputation à laquelle les gens ont cru et réagi en conséquence. Et parfois, un simple ragot à propos d’un baiser peut faire boule de neige.

     

    Un simple ragot à propos d’un baiser, et ce n’est que le commencement. » (p.37)

     

    Les Plus Belles Fesses de Première Année

     

    « A cet instant, dans ce bureau, la prise de conscience que personne ne connaissait ma vérité a profondément ébranlé ma vision de la vie.

     

    C'est comme lorsqu'on conduit sur une route pleine de bosses et qu'on perd le contrôle de sa direction en déviant - quelques instants à peine - vers le bas-côté. Les pneus ramassent un peu de terre, mais vous parvenez à rectifier le tir. Pourtant, vous avez beau agripper le volant, le maintenir le plus droit possible, quelque chose ne cesse de vous projeter sur le côté. Vous ne contrôlez presque plus rien. Et à un moment donné, vous n'en pouvez plus de vous battre - de vous acharner - et vous envisagez de tout lâcher. De laisser l'accident... ou je ne sais quoi... se produire. »

     

     

     

    « Tout le monde sait que cette histoire de Plus Grosses Fesses de Première Année était un mensonge pur et simple. Il n'y avait pas la moindre véracité là-dedans. Mais personne ne se souciait de savoir pourquoi Jessica avait attiré de ce côté-ci de ta liste, Alex.

     

    (…)

     

    Certains considèrent sans doute que tu as bien fait de me choisi. Je ne pense pas. Ou plutôt, reformulons les choses autrement. Je ne crois pas que mes « fesses » -comme tu dis - aient été le facteur décisif. Je crois que le facteur décisif a surtout été... la vengeance.

     

    (…)

     

    Mais le vrai problème n'est pas ta motivation, Alex. Même s'il va bientôt en être question. Le problème c'est le changement d'attitude des autres quand ils voient votre nom sur une liste stupide. » (p.47)

     

     

     

    « Il existe toutes sortes de tordus autour de nous, Alex. Peut-être en fais-je partie, d'ailleurs. Mais le problème, c'est que lorsqu'on ridiculise quelqu'un publiquement, il faut assumer la responsabilité de ce qui arrive à cette personne quand les autres en profitent. »

     

     

     

    (Treize raisons de Jay ASHER)


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  •  

    « Anaïs, elle, se moquait de cette histoire. Cela ne la gênait pas du tout d'avoir un œil en haut et un œil en bas.

     

    Mais personne ne lui demandait son avis. » (p.12-13)

      

    ça fait mal

     

    « Il y avait une nouvelle dans la classe. Son nom était Daniella. Dès qu'elle aperçut Anaïs, elle éclata de rire. (…)

     

    - Eh, toi ! Cria-t-elle. Un courant d'air t'a coincé les yeux !

     

    Anaïs fit comme si elle n'avait pas entendu. Elle dit bonjour à Fanchette et à Gaspard, ses copains de l'année dernière. (…)

     

    - Eh, la bigleuse ! T'es sourde aussi ?

     

    Anaïs essaya de penser à autre chose pour ne pas l'entendre. (…)

     

    - Hou, hou ! Y a ton œil droit qui cherche les mouches !

     

    Gaspard haussa les épaules.

     

    Lui, il n'aimait pas les chipies.

     

    Daniella n'était pas une fleur de printemps. C'était une ronce pleine d'épines. Et les épines, ça fait mal.

     

    - ça doit être pratique en classe ! continua Daniella. Tu peux regarder le tableau et ton cahier en même temps !

     

    Et quand les autres enfants se mirent à rire, Anaïs sentit les larmes venir. Même si ses yeux étaient différents, ils pleuraient comme les yeux de tout le monde. » (p.16-18)

      

    « Anaïs garda le silence pendant des semaines. Elle ne dit pas à ses parents, ni même à sa chère Nona, que Daniella la martyrisait tous les jours. Dès qu'elle arrivait à l'école, Daniella se moquait d'elle. Le pire, c'était que tous les autres l'imitaient. » (p.19)

     

    (Le poisson dans le bocal de MOKA)

     


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  • « L'affaire avec Rudi dépasse la mesure !

     

    Jamais Jack n'aurait dû agir ainsi. Mais j'ai toujours tout supporté sans rien dire !

     

    « Viens ici, le Gaucher ! Plus vite que ça, mon gaillard », ou alors : « Mec, tire-toi, minable, ta tête me déplaît ! » Et quand il est particulièrement méchant : « Si mon père n'avait pas épousé ta mère, tu n'aurais jamais mis les pieds dans une maison aussi chouette avec un si grand jardin ! Allons, petit gars, ressaisis-toi ! » Un jour il m'a même dit quelque chose d'absolument ignoble : « Tire-toi, infirme ! » Uniquement parce que, il y a des années, je suis tombé dans l'escalier et que depuis ce temps-là je ne peux plus plier le bras droit. J'ai même beaucoup de peine à m'en servir. C'est pour ça qu'on m'a appelé le Gaucher. Mais je fais tout pour me rééduquer. Il sera bien étonné un jour, ce type ! » (p.9)

     

     

    Apprendre à s'affirmer

     

    « Je regardais le va-et-vient des pigeons, qui n'avaient aucune peur de moi. Ils étaient presque tous blancs, sauf un, superbe. C'était un oiseau particulièrement beau, avec un plumage particulièrement rouge et une couronne de plumes sur sa mignonne petite tête. Il ressemblait à un Indien. Je découvris tout à coup que le pigeon avait une malformation : il penchait toujours un peu d'un côté en marchant, et, à vrai dire, claudiquait. En fait il avait dû avoir une fracture d'un côté, qui s'était cicatrisée.

     

    Tandis que je le regardais, je remarquai qu'il se tenait assez à l'écart des autres. C'était frappant et pourtant inexplicable. Une certaine inquiétude s'empara de moi. Était-il simplement farouche' ? N'avait-il pas confiance dans les autres à cause de son plumage rouge ? Comme de nombreuses personnes qui ont les cheveux rouges et qui zézayent ? Ou bien se sentait-il trop frêle ? Il ne me paraissait pas en être ainsi. Avait-il peur, par hasard ? En effet il se blottissait dans les angles les plus éloignés. »p.14-15)

     

     

    « A présent, je savais ! C'était à cause des autres ! Ils le faisaient fuir ! Peut-être parce qu'il était d'une autre couleur et qu'il avait une couronne de plumes. Ou peut-être parce qu'il boitait. Parce que c'était un infirme ?

     

    Je reposai l'Indien sur son perchoir et reculai en rampant.

     

    « Non, pensai-je, les autres pigeons lui donnent des coups de bec de tous côtés parce qu'il se laisse faire. »

     

    Je comprenais maintenant ce que Jack voulait dire par trouillard et son père, Don, par poltron. J'étais en effet une poule mouillée. Je me recroquevillai dans les coins. Comme le pigeon indien exactement et, de la même façon, je m'écartais.

     

    Que se passerait-il donc, par exemple, si celui-ci se mettait à rendre des coups de becs ? Car, tout compte fait, il n'était en aucun cas ni plus petit ni plus faible que les autres. Au contraire, je le trouvais même gros et trapu. Simplement, il se sentait inférieur, sans même savoir pourquoi. Tout comme moi ! Et quel était le résultat ? Les autres exploitaient cet avantage et nous étions tournés en dérision. » (p.18-19)

     

     

     

    « Justement, tu dois faire exactement comme moi, lui conseillai-je. Lui administrer les mêmes remèdes qu'à Jack. Et arrêter de dire toujours oui et amen. Crois-moi, il te témoignera alors du respect comme Jack avec moi ! C'est comme ça que tu dois agir ! » (p.123)

     

     

     

    (Mon frère Jack de Joachim HARTENSTEIN)


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  • « Je n'ai pas été traumatisée plus que ça le jour où ta liste est apparue. J'ai survécu. Je savais que ce n'était qu'une blague. Et les gens que je voyais dans les couloirs, agglutinés autour de celui ou celle d'entre eux qui en brandissait une copie, ils savaient que c'était un gag, eux aussi. Rien qu'un bon gros gag idiot.

     

    Mais que se passe-t-il quand quelqu'un décrète que vous avez les plus belles fesses de première année ? Laisse-moi te l'expliquer, Alex, parce que c'est un truc que tu ne sauras jamais. Cela donne aux gens – certains, en tout cas – le feu vert pour vous traiter comme si vous n'étiez plus que cette partie-là de votre anatomie. » (p.50)

     

     

     

    « « Eh, Wally, tu sais quoi ? » J'ai senti son souffle sur mon épaule.

     

    J'ai refermé mon sac, qui était resté posé près de la caisse. Wally a baissé les yeux comme s'il fixait un point juste au-delà du rebord du comptoir, au niveau de ma taille, et j'ai tout de suite compris.

     

    J'ai senti une main sur mes fesses. Et c'est là qu'il l'a dit.

     

    « Les Plus Belles Fesses de Première Année, Wally. Ici, devant toi, dans ton magasin ! ». (p.53)

     

    Sans son consentement

     

    « Je me tenais dans l'axe de la porte, prête à partir, quand il m'a rattrapée par le poignet pour me forcer à me retourner.

     

    Il a dit mon prénom et quand j'ai levé les yeux vers lui, la rigolade était terminée.

     

    J'ai voulu me dégager, mais sa poigne était ferme.

     

    (…)

     

    Je sais de qui elle parle, à présent. Je reconnais cette manie de saisir les filles par le poignet. Ça me donne chaque fois envie de l'attraper par son tee-shirt et de le repousser jusqu'à ce qu'il lâche sa proie.

     

    Mais à la place je fais semblant de ne rien voir.

     

    (…)

     

    Alors ce salopard m'a lâché le bras et il a posé sa main sur mon épaule. « C'est juste pour rire, Hannah. Relax. »

     

    OK, analysons un peu cette scène.(...)

     

    D'abord, les mots – ensuite les actes.

     

    Déclaration numéro un : « C'est juste pour rire, Hannah. »

     

    Traduction : ton postérieur est mon jouet personnel. On croirait pourtant avoir son mot à dire, en tant que propriétaire de ses fesses, mais c'est faux. Du moins, pas tant que « c'est juste pour rire ».

     

    (…)

     

    Déclaration numéro deux : Relax. »

     

    Traduction : allez, Hannah, je n'ai fait que te toucher sans la moindre invitation de ta part. Si ça peut te faire plaisir, vas-y, touche-moi aussi, quand tu veux.

     

    Parlons maintenant des actes, voulez-vous ?

     

    Geste numéro un : me mettre une main aux fesses.

     

    Interprétation : permettez-moi de revenir un peu en arrière et de déclarer que ce mec ne m'avait jamais pelotée auparavant. Alors, pourquoi maintenant ? Mon pantalon n'avait rien de spécial. Il n'était pas particulièrement moulant. Certes, la taille était un peu basse et laissait probablement entrevoir un petit bout de mes hanches, mais il n'a pas posé sa main sur mes hanches. Il l'a posée sur mes fesses. »(p.56-57)

     

     

     

    « Petit conseil. Quand vous touchez une fille, même pour rire, et qu'elle vous repousse.... fichez lui la paix. Stop. Ne la touchez plus. Nulle part! Votre contact la dégoûte un point c'est tout. » (p.58)

     

     

     

    (Treize raisons de Jay ASHER)


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  • H lettrine

    planche extraite du Nouveau Petit Larousse illustré (1938)

     

    Un article témoignage du site Madmoizelle :

     

    http://www.madmoizelle.com/harcelement-scolaire-guerison-809839


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  • « Yann est un adolescent particulier, fragile. Il a été le bouc émissaire de son collège, de son lycée à présent. Mon époux et moi-même ne comprenons pas les raisons de cet acharnement. Je préférerais l'indifférence à cette violence continue. Actuellement, il passe ses journées dans sa chambre. Je l'ai rendu invisible aux autres.

     (…)

     Yann était « La Prisonnière » moderne, une réécriture du roman de Proust. Enfermé pour ne plus souffrir. » (p.16)

      

     « Je suis Yann, j'ai dix-sept ans. Il y a six ans, j'ai été victime d'un terrible accident de la route. Mon père conduisait. J'ai eu la langue sectionnée. Le visage cabossé. Depuis, je suis incapable de prononcer un mot. Je suis muet. Je suis également sujet à des maux de tête terribles. Je ne supporte pas le bruit. » (p.24)

     

     

    Gueule cassée

     

    « Yann était assis, je ne voyais que son dos. A sa posture, je devinai qu'il était en train d'écrire. Il se tourna finalement. Je ne laisse personne indifférent. Yann non plus. Son visage portait les stigmates de l'accident. Un visage qui lui donnait l'apparence d'un personnage de cire, rien de l'adolescence. Tout était figé. Aucune évolution en perspective. Seuls ses yeux étaient libres d'exprimer une émotion. La surprise.

     

    Il me tendit sa tablette.

     

    « Je devrai tout écrire. Je ne vous ai pas menti. Vous avez vu comme je suis arrangé. Une sculpture ratée. »

     

    - Vous avez griffonné ces mots en avance. Vous vous attendiez à mon étonnement, mais je remarque que vous êtes tout aussi surpris de me voir. Nous avons donc un point commun, nous ne laissons personne indifférent.

     

    « Vous avez fait une drôle d'impression à ma mère l'autre jour. Elle s'est posé mille questions à votre sujet. Elle vous imaginait autrement, avec une allure plus imposante, en costume. Elle a perçu un côté féminin... » (p.41)

     

     « Constat

     

     Yann est indifférent au monde extérieur. Hors du monde. Qui peut lui en vouloir ? Son existence post-traumatique s'est réduite à une accumulation d'humiliations. Il est devenu au fil du temps un champion dans l'art du bouc émissaire. Un type qui prend pour les autres. Il lui a fallu s'extraire pour éviter les coups. » (p.51)

     

     « Dans mon imagination, je suis un être moyen. Pas beau. Juste moyen. Quelqu'un qui laisse tout le monde indifférent. Quand on est adolescent, on veut être beau, spectaculaire. Quand on a ma tête, on veut seulement être transparent. 90% des gens le sont. Je fais partie des 2% qui suscitent la pitié et la moquerie. » (p.131)

     

     « Je ne vais plus en cours. je ne supportais plus le regard des autres... ou l'absence de regards. » (p.218)

      

     (Aux petits mots les grands remèdes de Michaël Uras)

     


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