•  « Oui, il faut que les enfants victimes d’abus sexuels osent parler. Il faut qu’ils sachent qu’ils n’ont rien fait de mal et qu’ils doivent s’exprimer pour que cessent ces violences intolérables qui brisent des vies.

     

    Mais si la vérité doit éclater, le mensonge n’en continue pas moins d’exister…

     A la mémoire du prof qui n’a pas pu lutter contre « tant de dérisoire » » (Avertissement liminaire de l’auteur)

      

    « - Devine un peu ce qu’il a trouvé cette fois-ci ?

     (…)

     Pour se venger de la punition que je lui ai donnée hier, il a raconté à sa mère que je l’avais tripoté et elle n’a rien trouvé de mieux que de venir se plaindre au principal.

     (…)

     Tu te rends compte ? C’est incroyable ce qu’un gosse de douze ans peut inventer pour se venger d’un prof. » (p.16)

      

    « - Et puis certains troisièmes prétendent que, quand ils l’avaient comme prof, il poussait les fesses de ceux qui n’arrivaient pas à faire les roulades… des trucs comme ça.

     

    - C’est idiot. C’est comme si tu reprochais à ton médecin de te toucher le ventre.

     

    - Il y en a qui disent que ça dure depuis des années et que Steve Plicard n’a pas été le premier à se faire coincer dans les vestiaires, seul à seul, mais que les autres ont eu peur de parler.

     

    Tristan reste K.-O.

     

    - Remarque, ajoute Paul, c’est toujours des histoires qui ne leur sont pas arrivées à eux personnellement, mais à d’autres qui les leur ont racontées. Mais tellement d’histoires ont circulé... » (p.42-43)

     

     « Tristan avance tout en essayant de se rassurer :

     

    « Je suis sûr qu’ils ne mentiront pas. Ils n’oseront pas profiter de l’interrogatoire pour se venger, simplement parce qu’ils n’aiment pas l’école. Les filles que j’ai surprises dans l’escalier, elles plaisantaient. Elles avaient envie de rire, mais, devant la police, elles diront la vérité parce qu’au fond elles ne sont pas méchantes… »

     (…)

     Il se rassure comme il peut, mais il sent bien que le nombre n’a guère d’importance. Si un autre élève, un seul, prétend que son père a eu des gestes déplacés envers lui, les policiers croiront aux accusations de Steve Plicard. » (p.53-54)

     

     

     « - Qu’est-ce que tu as répondu ?

     

    - Ben, la vérité. La vérité c’est que ton père est un prof qu’on aime bien et qu’il ne laisse pas les emmerdeurs comme Steve Plicard faire la loi. C’est la vérité, non ? Et puis, je ne dois pas être le seul à avoir parlé comme ça.

     Ces paroles réconfortent un peu Tristan. Un sourire triste se dessine sur ses lèvres. Il espère que l’enquête est destinée à rechercher la vérité, pas à collecter des éléments qui risquent d’accabler son père innocent et de donner raison à Steve. Non, les enquêteurs seront neutres, ils ne se laisseront pas influencer ni par les uns ni par les autres ! » (p.63-64)

     

    Le pouvoir de la parole

     

    « - Steve, si tu m’expliquais tes paroles, insiste la commissaire.

     

    Steve change soudain de ton et sa voix chancelle. Il se trouble et dit, avec l’accent d’un gamin qui vient d’être pris en flagrant délit de mensonge par la maîtresse :

     

    - C’est d’sa faute aussi, il avait qu’à pas me punir tout le temps. Pour un oui, pour un non, il m’engueulait. C’est vrai ça, à la fin, on en a marre. Y’a pas que moi qui le dis.

     

    Steve bredouille. Il lève les yeux vers la commissaire. Elle ne répond rien. Elle l’observe. Le silence se prolonge. Steve ne semble pas supporter ce silence. Au bout de quelques dizaines de secondes, il se prend la tête dans les mains et se met à pleurer. » (p.86-87)

     

      « D’une voix remplie de rancoeur, la mère de Tristan ajoute :

     - Mme Plicard aussi a une part de responsabilité, comme les autres parents, l’inspecteur d’académie, les journaux…

     

    La commissaire la coupe d’une voix posée :

     - La pédophilie est un sujet grave, madame Gastégui. Alors tout le monde réagit avec passion. Certains ont peur, d’autres sont inquiets, d’autres encore craignent qu’il leur soit reproché d’avoir été trop timorés ou trop lents. Personne ne veut prendre le risque de couvrir des pédophiles et c’est bien compréhensible. » (p.89)

     

     

    (Bruits de couloir de Roger JUDENNE)

     

     

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  •  « J’ouvre l’ordinateur portable d’Emma. Direction ses mails. Je n’ai pas besoin d’en lire beaucoup. Tous se ressemblent et tous sont destinés à Manon. Emma écrit que plus rien ne l’intéresse, qu’elle se fout de tout, qu’elle n’arrive plus à faire ses devoirs et que ce n’est pas grave. Elle crie son manque d’amie, l’injustice du départ de Manon. Elle décrit sa lassitude, son incapacité à faire quoi que ce soit même de dessiner, ce qu’elle adorait faire avant.

     

    Je file sur Internet. Facebook. Pas de publications d’Emma depuis trois mois. Mais des messages reçus, courts, simples :

     - Pouffiasse.

     - Salope.

     - Pauvre conne.

     - Tu vas en chier.

     - On t’aura un jour que tu ne t’y attendras pas. (Il est long celui-là)

     - T’es trop moche.

     - Tu pues…

     

    Toute une série sur trois pages venant d’au moins cinq filles, dont deux de la classe de ma sœur. En regardant les dates, je m’aperçois que les premiers messages datent de quelques jours après le départ de Manon. Deux des filles, je les connais, je les croise tous les jours au collège.

     Pas possible.

     Je vais sur la page de Manon. Ma sœur lui a envoyé des messages, mais à partir d’un autre profil et sous un pseudo : Emmoche. Repli sur la page d’Emmoche et là, juste là : rien sur les insultes qu’elle subit, mais des photos, des selfies une bouteille de vodka à la main, des messages vantant les effets de l’alcool, ou des selfies de son ventre. Juste des trucs horribles, et la stupeur de Manon qui répond en essayant de ramener Emma à la raison, qui menace de ne plus être son amie si elle continue à se détruire, qui avoue son impuissance et qui finit par trouver la solution en lui annonçant que ses parents l’invitent aux vacances de Pâques. Le dernier message de Manon sur Facebook date de la veille de la tentative de suicide de ma sœur. Peut-être qu’elle ne l’a pas lu. J’espère, car si elle l’a lu ça veut dire que même cette invitation de Manon n’a pas pu lui redonner l’envie de vivre. Un truc sans retour où elle a été obligée d’aller jusqu’au bout. Un geste unique au milieu de son incapacité à se bouger.

     

    Elle a été anéantie

      Je crois qu’elle a été anéantie. Simplement anéantie.

     Elle a avalé des médicaments, a fini par me dire maman.

     (…)

     Il faut que je continue : téléphone portable. Code 0000, même pas de vrai code. SMS.

     

    Les mêmes mots, sans arrêt. Il y a une fille qui envoie des insultes toutes les cinq minutes. Même la nuit. Et ma sœur a tout lu, sauf les messages qui sont arrivés après son hospitalisation, juste avant que tout le collège ne soit au courant. Là, tout a cessé. Je connais ce truc, ça s’appelle du harcèlement. Il n’y a qu’à aller sur Internet pour voir que d’autres ados que ma sœur le subissent. Du harcèlement, Emma, mais pourquoi ? Pourquoi elle ? Incompréhensible ? » (p.31-34)

      

    « - Je n’ai rien à dire. C’est comme ça. Tout est fini. Je n’ai plus d’amies.

     - Mais qu’est-ce qui s’est passé ?

     - Rien. Manon a déménagé et les autres se sont mises contre moi, puis après il y a eu cette Pauline. D’un coup, plus personne ne me parlait.

     - T’as fait ou dit quelque chose ?

     - Mais personne ne peut comprendre que je n’y suis pour rien ! A l’hôpital, ils m’ont posé la même question. J’y suis pour rien ! C’est clair ? » (p.41)

      

    « - Si j’étais tes parents, j’irais à la police.

     - Pour porter plainte ? Mais c’est que des histoires de filles, comme dit mon père.

     - Ben oui, elles sont responsables. Et puis au moins qu’elles disent pourquoi elles ont fait ça. (…)

     - De toute façon j’ai calculé parce que je n’arrivais pas à me souvenir, mais ma sœur, elle était mal avant de recevoir ces insultes. Ça a dû commencer quand elle a su que Manon partait.

     - Quoi ? Tu veux dire que ce ne sont pas les insultes la cause ?

     - Non. Avant, elle était mal, j’en suis sûre. Les filles, elles ont cogné sur quelqu’un qui était déjà cassé.

     - C’est dégueulasse. » (p.44)

      

    « - Tu comprends vraiment rien.

     - Si, je comprends que tu as été harcelée. Oh le vilain mot que personne ne prononce dans cette maison. Moi j’ose le dire : HAR-CE-LEE, et tu es malade : DE-PRE-SION, un autre vilain mot aussi celui-là, pouah ! Les parents et moi, on essaie de t’en sortir et, toi, tu te la joues inconsolable et tu emmerdes tout le monde. Bouge ton cul et après tu pourras gueuler. » (p.59-60)

      

    (Ma sœur n’a plus goût à la vie de Christine DEROIN) + Laure CHANDELLIER

     

     

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  •   « Tout le monde a des problèmes. C'est ce que rabâche ma mère quand je me plains. Bien sûr, il y a des gens qui n'ont pas de maison, pas de parents, une maladie grave et incurable... Tout le monde a des problèmes, donc.

     Le mien, mon souci à moi, c'est une masse de graisse. Presque vingt kilos de chair en trop, des pneus autour du ventre, des fesses qui débordent des chaises, des troncs à la place des jambes, des doigts comme des boudins apéritif, un visage rond comme la lune...

     - Pas du tout ! me contredit ma mère. Tu ne débordes pas des chaises, tes mains sont très jolies, tes yeux sont magnifiques. Décidément, tu ne te vois pas comme tu es vraiment.

     - Une baleine sur pattes, un éléphant sans trompe, ou je ne sais pas, n'importe quel animal dont le poids ferait reculer le plus affamé des prédateurs. » (p.5)

     

    Grossophobie ordinaire

      « Mais concrètement, j'attends toujours, avec peu d'espoir, qu'un prince aveugle me déclare sa flamme. Sauf s'il est obèse, ce qui m'obligerait à refuser ses avances... Je déteste mon reflet dans la glace parce que pour moi tous les gros sont moches avec leurs bourrelets moches, leurs brioches moches, leurs doubles mentons moches et tout le reste moche... Alors mon prince charmant ne sera pas gros ! Et puis, pour les galipettes... la honte franchement ! » (p.10)

     

    « On a aussi rencontré d'autres gens sur notre chemin. Pas grand monde mais assez pour que je me sente à l'étroit dans leurs yeux. C'était comme une mauvaise odeur qui rôdait, comme une poisse écoeurante qui nous collait aux basques. Les regards, je les ai trouvés plutôt fuyants et les visages, carrément incrédules. Je n'en suis pas sûr à cent pour cent, parce que je peux être parano des fois, mais je crois avoir entendu des chuchotements sur notre passage. Chloé n'était pas gênée comme moi. J'ai compris qu'elle avait l'habitude d'avaler des couleuvres en marchant dans la foule. C'était comme si elle leur disait « ça vous dérange ? Tant mieux, je vous emmerde ! » J'ai vu aussi qu'elle respirait mieux quand on s'est retrouvés à l'écart. » (p.67-68)

     

     « Elle reconnaîtrait la honte qui m'envahit pendant que mon frère me regarde avec dégoût.

     - Merde ! J'y crois pas, c'est ta meuf ! Tu te fais la grosse... Avec toutes les jolies nanas qu'il y a ici, t'as rien trouvé de mieux ? Tu te tapes LE boudin du centre !

     Je devrais le faire taire, lui sauter dessus pour qu'il ferme sa grande bouche ou pour lui ranimer le cerveau. Je devrais lui balancer ses haltères à la figure pour lui casser les dents ou l'asperger de gel douche jusqu'à ce qu'il étouffe sous la mousse. Mais je me contente de faire le dos rond, je baisse les épaules et je me sens aussi minable que si j'avais fait une connerie, comme si j'avais menti à mon frère, trahi mon frère. Comme si je comprenais sa déception.

     - Purée, continue-t-il en ouvrant de grands yeux. Faut avoir faim pour sa faire un cageot pareil. Je sais pas comment tu peux...

     Comment je peux me laisser humilier comme ça ? Je continue à me taire, je serre les dents en respirant fort, pour ne pas étouffer. » (p.74)

      

    « - Sans déconner, c'est pas des culottes petit bateau qu'il lui faut à elle...

     - Hein ?

     - C'est des slips gros paquebot !

     Je n'ai pas ri et il m'a fait une grimace. Soit Marianne le dégoûtait, soit c'était moi. Ou les deux. J'ai faillit lui répondre que, pour lui, l'idéal serait un slip « petit con » mais je me suis retenu. Je me suis même demandé si j'aurais ri avec lui avant de connaître Chloé. C'est moche, ça me déprime. Les propos de Guillaume, mon manque de réaction, mon silence. » (p.108)

      

    (Grosse folie de Raphaële FRIER)

     

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  •  « - Puisque tu es convoqué demain chez le juge, dit Ange à son père, tu pourras donner ta version des faits. Depuis le début, tout le monde parle et toi, tu ne peux pas t'expliquer. Au moins, là, tu en auras l'occasion.
    - Je n'ai rien fait. On peut prouver que quelque chose existe, mais comment prouver qu'on n'a rien fait ? » (p.44)

      

    « - Si on savait ce qui se passe dans certaines familles… le coupe Mlle Berthier.

     - Mais, tant que les choses ne sont pas prouvées, poursuit M. Madurier, les personnes qui sont mises en cause sont censées être innocentes.

     Il y a un silence. Puis la voix de son père reprend, sourde, grave :

     - Moi, en tant que parent d’élève, je ferais probablement pareil. J’ai toujours dit qu’il faut protéger les enfants contre les actes pédophiles. Quand je pense que, l’an dernier, c’est moi qui ai organisé la séance d’information sur les agressions sexuelles !

     

    - Comment va-t-on enseigner, demande Ange, s’il n’est plus possible de regarder un enfant, de lui poser la main sur l’épaule ou de lui parler dans un couloir sans qu’aussitôt on prenne le risque d’être taxé de pédophilie ? Les profs de gym sont en première ligne. » (p.46)

     

     

    Des traces indélébiles

    « Finalement, c’est une histoire qui semble bien finir puisque Léo Gastégui, le prof de gym a été sauvé et complètement innocenté. Le rectorat d’académie a diffusé un communiqué officiel pour le réhabiliter. Le journal a publié deux articles annonçant son innocence en première page. Le juge a signé le non-lieu.

     

    Oui, c’est une histoire qui semble bien finir.

     (…)

     Après son congé de maladie, le père de Tristan a réintégré son poste, mais il continue à prendre des médicaments, parce qu’il dort mal et qu’il est anxieux. Il fuit le collège dès que ses cours sont terminés et il a laissé tomber les ateliers dont il s’occupait avant. Un jour, Tristan l’a surpris en discussion avec Philippe :

     

    - Les élèves ont compris que je n’avais rien fait de mal, disait-il, mais ils baissent presque tous les yeux en ma présence. Ils m’ont imaginé en pédophile capable d’exercer des attouchements sexuels sur un élèves, en violeur, en obsédé. Je n’ose plus poser la main sur le bras ou l’épaule d’un enfant sans me dire qu’il va prendre mon geste pour quelque chose de louche. Est-ce que j’ai encore la confiance des enfants et des parents ? Totalement, comme avant ? Sans parler des profs. Certains collègues m’ont soupçonné. Tant de pédophiles sont démasqués à notre époque qu’il leur est apparu presque normal qu’on en découvre un dans leur collège. N’est-ce pas cette psychose qui explique la précipitation de l’administration ? Quant aux parents, trente-neuf m’ont accusé, des dizaines se sont tus, pas un ne m’a soutenu.

     

    Après un silence, son père avait ajouté d’une voix sourde :

     - Et encore, le pire a été évité. Imagine ce qui serait arrivé si Steve Plicard n’avait pas avoué ! J’en ai des frissons.

     Les articles des journaux ont laissé des traces indélébiles. Il faut peu de temps pour être inculpé, bien davantage pour être innocenté, et les preuves les plus convaincantes n’effacent jamais totalement les soupçons. » (p.91-93)

      

    (Bruits de couloir de Roger JUDENNE)

     

     

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  •  « Aujourd’hui, c’est Tristan qui attend Paul et il éprouve une sensation très désagréable. D’ailleurs, depuis l’interclasse de dix heures, son malaise s’est accru. Il a l’impression que la plupart des élèves le regardent bizarrement ou détournent les yeux à son approche. Chacun veut paraître naturel, mais il y a un flottement dans l’air. » (p.12)

      

    « Au collège, l’après-midi se déroule dans une ambiance très étrange. Comme le matin, des groupes d’élèves discutent à voix basse, des filles surtout. Des profs aussi parlent entre eux et prolongent leur conversation après que la sonnerie a annoncé le début des cours. Quand Tristan s’approche, on se tait et on le regarde.

     

    - Ne fais pas attention, essaie de le rassurer Paul. Ils parlent, ils parlent, mais ce ne sont que des racontars. » (p.17)

      

    « Les jours suivants, M. Gastégui assure normalement ses cours, mais de plus en plus d’élèves sont subitement dispensés de sport. Il dit que , si cela continue, il n’arrivera même plus à constituer deux équipes de basket. Des rumeurs sans fin circulent. A la maison, il raconte l’atmosphère pesante de la salle des profs.

     

    - Beaucoup de profs me fuient comme si j’avais la peste…

     Des parents téléphonent au collège ou demandent des rendez-vous. Le bureau du principal ne désemplit pas. En fin de semaine, une association de parents organise une réunion. Les élèves prétendent que c’est pour demander que M. Gastégui n’ait plus le droit l’enseigner, le temps que l’on tire l’affaire au clair.

     

    Tristan a, lui aussi, la nette impression qu’élèves et profs l’évitent et il ressent cette attitude comme une mise en quarantaine. » (p.18-19)

     

    Le poison de la rumeur

     

    « - Je sors du bureau de l’inspecteur d’académie. Les parents d’élèves ont gagné. Une pétition a circulé et trente-neuf parents l’ont signée ! Suspendu ! Je suis suspendu. Je n’ai plus le droit de mettre les pieds au collège. C’est complètement fou cette histoire. Je comprendrais mieux s’il y avait des témoins, ou des…

     (…)

     Et tout ça parce que j’ai voulu faire ranger dix ballons à un petit emmerdeur qui passe son temps à perturber les cours ! Vraiment, quelle époque ! Et l’autre… l’inspecteur d’académie… pas de discussion possible. Il m’a dit que les parents d’élèves s’inquiétaient des rumeurs, qu’il a convoqué la mère Plicard qui a maintenu les accusations de son fils. Steve Plicard… Un gosse dont tous les profs se plaignent ! Je l’aurais « touché ! » Voilà ce qu’il me reproche. Je suis accusé par ce gamin de l’avoir tripoté et de l’avoir forcé à me faire des caresses !

     

    Le gosse l’a dit, donc je suis coupable. L’inspecteur d’académie ne cherche ni à comprendre ni à savoir. Il a informé le rectorat et voilà : je suis suspendu. J’ai voulu m’expliquer, raconter ce qui s’était réellement passé, mais il m’a fait taire. » (p.20-21)

      

    « -… enquête va suivre son cours. Encore une fois, c’est une procédure purement administrative et le fait d’être suspendu ne doit pas vous alarmer. Ce qui est plus important par contre, c’est la plainte qu’a déposée Mme Plicard, soutenue par une association de parents d’élèves. » (p.30)

     

    (Bruits de couloir de Roger JUDENNE)

     

     

     

     

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  •  

    « Pédro, d’accord, c’est une sale brute, mais il est drôlement bien organisé. A midi, par exemple, il s’est débrouillé pour ne pas se trouver à côté de moi au self. Mais il avait passé la consigne à une bande de copains à lui qui m’ont serré de près. J’ai pris mon plateau, je me suis servi et… crac ! Mon repas a valdingué par terre ! Le pion m’a engueulé, les dames de service aussi, tout le monde s’est moqué de moi. j’avais l’air malin, là au milieu, avec mon assiette à moitié vide… Pour ce qui est de se faire remarquer dès le premier jour, j’avais vraiment réussi ! » (p.34)

     

     

     

    « - Et personne fait rien ?

     

    - Personne dit rien, donc personne sait rien.

     

    - Les gosses , ils racontent rien aux parents ?

     

    - Non, ils ont peur des représailles. Tu comprends, un petit de sixième, quand un grand lui dit «  Si tu parles, on te massacre à la sortie », ben il la boucle.

     

    - Et puis, ils font gaffe, Pédro et Martial, ils s’en prennent pas longtemps au même, ils changent !

     

    - Mais justement, ceux qui ont été victimes, ils pourraient s’associer, ils seraient plus forts !

     

    - Il fait pas comme ça, Pédro. Quand il a fini de racketter quelqu’un, il le prend dans sa bande et l’autre, il est tout content d’en faire baver à son tour à des plus petits…

     

    - Tu comprends, personne peut jamais s’unir ! » (p.42)

     

     

     

    « - Merci de quoi ? Celui qui t’aide pas après ce que les autres t’ont fait, celui-là, c’est un salaud intégral. D’ailleurs, tu sais… Tout à l’heure, dans les douches, on a été lâche, on a eu peur de se faire choper à la sortie et on n’a rien fait, mais c’est pas normal. » (p.83)

     

     

     

    « Je ne veux pas dire qu’ils ont envie de le tuer, mais ils essaient quand même de l’empêcher de vivre. De vivre normalement quoi ! » (p.97)

     

    Le harcèlement scolaire empêche de vivre

     

    « - Ou Maÿlis, c’est Maÿlis qui lui plaît !

     

    - Normal, c’est une naine comme lui !

     

    - Tu crois que s’ils se marient ils feront des petits nains ?

     

    - Des nains de nains, ça doit être drôle !

     

    - Des bébés nains, grands comme des poupées !

     

    - Faudra en faire sept comme dans Blanche-Neige !

     

    - Y passeront à la télé !

     

    - Eh, Maxou, tu seras célèbre !

     

    J’essayais de ne pas trop entendre ce qu’ils disaient, de ne pas y attacher d’importance. Mais leurs moqueries s’enfonçaient dans mon crâne comme à coups de marteau et je savais bien qu’il ne suffirait pas d’une tenaille pour arracher ces clous-là.

     

    (…)

     

    - Dommage qu’on n’a pas le temps, mon petit Maximou, a dit Pédro, on commençait à bien s’amuser !

     

    - Bon, on fait quoi ? A demandé Martial.

     

    - Ben, on est dans des chiottes, alors on va pisser ! A crié Pascal.

     

    - Comment ça, on va pisser ? A dit Martial qui n’y comprenait rien.

     

    - Comme on est tous un peu maladroit, a dit Pascal, on va pisser à côté…

     

    - On va même pisser carrément ailleurs, hein, les gars ?

     

    - Ouais… et ce qui est bête, c’est que Max va se trouver juste où y faudrait pas !

     

    - C’est vrai, il est trop ce type !

     

    - C’est pas un type, c’est un nain !

     

    (…)

     

    Et puis il a défait sa braguette et il a pissé sur mes baskets, tranquillement, pendant que les autres me tenaient, par précaution. (….) Fabien a fait pareil, sauf qu’il a arrosé le bas du jean. Du coup, il a donné des idées à Rénato qui a fait des fantaisies en remontant jusqu’à mes genoux. (…)

     

    Mais Pédro avait bien vu que je faisais celui qui s’en fiche. Il a dit aux deux autres :

     

    - Obligez-moi ce petit salaud à admirer la performance !

     

    Alors ils m’ont tenu la tête pour que je regarde au bon endroit et que je ne loupe rien. (…)

     

    Il a exhibé son machin, il a reculé de trois pas et il s’est mis à me viser de loin, un coup à droite, un coup à gauche, sur le jean, sur le tee-shirt, le grand art quoi ! (…) Avant de partir, il m’a dit :

     

    - Primo, c’est dommage qu’on manque de temps, sinon on aurait pu voir à quoi ressemble un nain à poil. Secundo, t’as pas intérêt à raconter ce qui vient de se passer, d’abord parce que personne te croira et qu’on aura plein de témoins, ensuite parce que ça chaufferait pour toi à la sortie. » (p.114-117)

     

     

     

    (Mini Max et maxi durs de Roselyne BERTIN)

     

     

     

     

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  •  « Il est expert à décocher le mot méchant, atteindre le point sensible caché sous une carapace de protection maladroite et suspendre brusquement ce jeu cruel afin de mieux le reprendre plus tard.

     Adélaïde a compris que, si elle ne lui résiste pas, elle sera son souffre-douleur. » (p.23)

     

     « Ils sont deux consignés qui s’opposent sans raison valable, mais pour longtemps.

     Si elle lui disait qu’elle a des difficultés pour s’adapter à un cadre nouveau, que son prénom (peut-être à tort) la met mal à l’aise, qu’elle ne maîtrise pas les pointes d’un caractère ombrageux, qu’elle a tendance à regretter ce qu’elle a dû quitter et que sa première réaction devant toutes ces contrariétés est un repli sur soi…

     S’il lui disait qu’il se sait la tête dure. S’il reconnaissait (pour se trouver une excuse) à quel point il est martyrisé par les heures d’immobilité, penché sur un cahier, alors qu’il se sent pousser des muscles d’homme. S’il avouait combien les changements rapides de son corps le prennent au dépourvu et l’irritent à tant le rendre maladroit…

     S’ils se disaient…

     Mais ils ne se disent rien. Elle est la sauvageonne éprise de solitude. Il enrage de colère impuissante dans un univers qui l’infantilise. Ils sont dos à dos et, parce qu’ils sont deux gamins impétueux, ils se détestent. » (p.28-29)

     

    Décocher le mot méchant

     

    « - Adélaïdeuse.

     Le mot est tombé au milieu de la dictée, à voix suffisante pour être entendu de tous. Sébastien Mauréas, sûr du résultat, feint de porter une attention sans faille à son travail. La méchante plaisanterie réussit totalement. Un éclat de rire général secoue les élèves. Ils se tournent en un seul mouvement vers Adélaïde.

     Elle rougit. Une onde brûlante monte à ses joues. Un noeud de chagrin lui serre la gorge. Ce n'est plus de la colère qu'elle ressent, seulement une peine trop lourde pour elle.

     Le vaurien ne se doute pas à quel point il a touché sa victime. Elle n'était pas sûre d'être laide, elle le craignait. Maintenant elle comprend qu'avec un visage qui devient de moins en moins joli (apparemment) et un prénom désastreux, elle portera un sobriquet gravé au fer rouge tant qu'elle restera dans cette école. » (p.32-33)

      

    « Un énorme rat mort tombe à ses pieds. (...)

     Tout le monde regarde Adélaïde. Des rires fusent. La malheureuse est debout, point de mire d'une malveillance insupportable. Les larmes lui viennent à gros sanglots, de rage plus que de peur une fois la surprise passée.

    - Face de rat ! lance une voix contrefaite.

     Les rires reprennent dans un brouhaha. La maîtresse tente de les arrêter. Des cris d'animaux s'y mêlent, qui meurtrissent Adélaïde et l'offensent. (...) Elle pleure, vaincue, et les rires redoublent.

     - Adélaïdeuse ! insiste la voix en chantonnant.

     Alors la persécutée se laisse emporter par la révolte. Elle court à la porte, quitte la salle, traverse le vestibule, traverse le préau et la cour, traverse la place. Elle court jusqu'au bout du village. » (p.94-95)

     

     « Adélaïde se demande si elle n’aurait pas dû rentrer à la maison et expliquer à sa mère la mauvaise plaisanterie.

     « Ce n’était pas une plaisanterie. C’était une méchanceté ! »

     Maintenant qu’elle a retrouvé les grands espaces des collines et la tendre confiance de Louis, elle excuserait à la rigueur le fait que l’affreux Sébastien ait mis un rat mort dans son casier.

     « Il a voulu me faire une farce. »

     Par contre, le surnom qui, une fois de plus, a jailli en cette occasion l’a blessée. Elle sait qu’elle n’est pas jolie. A part Louis, tout le monde le sait. Est-ce de sa faute si elle a…

     « Face de rat .»

     Les mots lui reviennent en mémoire et lui font mal. Être laide est déjà assez difficile à supporter. Pourquoi faut-il encore ne pas être aimée ? » (p.109-110)

     

    (La reine du mercredi de Jean-Côme Noguès)

     

     

     

     

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  •  « Mathilde avait été ma meilleure amie en sixième et pendant la moitié de la cinquième. A présent, elle faisait partie de la bande de chipies qui me harcelaient. Je n’avais pas digéré la trahison de Mathilde. D’autant plus que je m’étais beaucoup confiée à elle au temps où nous étions inséparables, et à présent, elle utilisait contre moi les confidences que je lui avais faites.

    Trahie par sa meilleure amie

     Ce n’était pas la première fois que pareille chose m’arrivait. A l’école primaire, déjà, ma plus vieille copine s’était détournée de moi pour faire alliance avec une idiote prétentieuse. Ces ruptures avaient été tellement douloureuses que j’avais décidé de ne plus jamais être amie avec personne. Et de ne rien dire de personnel dans le cadre du collège. » (p.27-28)

      

    (Chantages de Brigitte PESKINE)

     

     

     

     

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  •  « Allez, rase-bitume, tire-toi ! Les sixièmes, c’est là-bas !

     (…)

     - Eh ! T’as entendu ? Les p’tits nouveaux, c’est là-bas, sous le préau !

     Je le sais bien qu’on les rassemble sous le préau, les futurs élèves de sixième, le principal l’a annoncé assez fort dans son mégaphone !

     Comme il a annoncé que l’appel des classes de cinquième serait fait à la cantine et celui des classes de quatrième devant le garage à vélos. C’est donc vers là que je me suis dirigé, parce que c’est en classe de quatrième que j’entre, même si je ne mesure qu’un mètre trente-cinq. Et n’allez pas croire que je suis un surdoué qui fait sa scolarité avec trois ans d’avance. Non, j’ai treize ans, comme tout le monde. Mais je ne suis pas très grand pour mon âge, voilà tout ! Je suis même franchement petit. » (p.7-8)

      

    « C’est une fille qui s’exclame :

     - Oh dis donc, il est drôlement petit ! Il est encore plus petit que les sixièmes !

     (…)

     Elle n’a peut-être pas parlé méchamment mais, derrière moi, les autres s’en donnent à coeur joie.

     - Pire que ma sœur qui est en CM2 !

     - Eh, Thomas, tu es battu cette fois !

     - Il est plus petit que Maÿlis !

     - C’est un nain !

     Voilà, le mot est lâché : nain ! Qu’est-ce que ça veut dire, nain, d’abord ? J’ai seulement un « retard de croissance dû à un problème d’hypophyse ». D’abord, je suis suivi et soigné, ensuite je suis « petit mais harmonieux ». (p.14)

     

     

    Le p'tit nain

     

    « - Alors, le p’tit nain, lance Pédro, on se fait chouchouter par les filles, on appelle sa mère, on a peur des copains de la classe ?

     - T’es mieux avec les gonzesses, hein, minus, c’est plus ton genre ? Dit l’un des deux petits malins.

     - Ouais, c’est mademoiselle Maxime !

     - Y se sont gourés tes parents, c’est pas Max qu’ils auraient dû t’appeler ! Comme maximum, t’es pas terrible, c’est plutôt du minimum chez toi ! reprend Pédro.

     Et Gentilhomme, eh ! C’est pas terrible non plus ! C’est pas gentil que t’es, c’est petit, c’est Petithomme qu’on devrait t’appeler, dit le deuxième petit malin. » (p.32)

     

    « - Eh, le nain, t’arrête de gigoter ?

     Il en a de bonnes Pédro, ils sont tous là à me bourrer ! J’en ai marre, à la fin, qu’est-ce qu’ils veulent ? Que je prenne d’un coup trente centimètres, pour leur faire plaisir ? Je ne demande pas mieux, moi ! Du coup, j’éclate :

    - Qu’est-ce que tu veux, Pédro ? Qu’est-ce que vous me voulez ? Je suis petit, bon, j’y peux rien ! Y en a qui sont gros, d’autres qui sont noirs, d’autres qui sont nés en Algérie, on n’y peut rien, c’est comme ça !

     - Quoi Qu’est-ce que t’as contre les Arabes ? Lance un Maghrébin qui m’a attrapé par le col de ma chemise.

     - Mais… lâche-moi ! J’ai rien contre eux ! Je dis qu’il y en a qui sont algériens et d’autres pas et voilà ! Et Pédro il est portugais, et alors ? C’est comme ça, on va pas lui taper dessus pour autant ! » (p.36-37)

      

    « - Alors le nain ? On barbote ?

     C’est Nathan qui vient d’arriver à vélo.

     Nathan, quand nous sommes seuls, il m’appelle le nain, parfois, et c’est une façon de me dire qu’on est des potes. Un mot, c’est fou comme il peut changer de sens, suivant qui le dit et comment il le dit. » (p.90)

      

    (Mini Max et maxi durs de Roselyne BERTIN)

     

     

     

     

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  •  « Il fallait constamment se tenir prêtes, parce que ça pouvait arriver n’importe quand. N’importe qui pouvait à n’importe quel moment faire un geste, un bruit, un pas dans notre direction.

     Et ça arrivait tout le temps bien sûr. Que des garçons passent devant des filles et que l’un d’eux serre son poing devant sa braguette et lève le bras comme un pénis en érection tout en émettant des bruits dégueulasses. Qu’un autre se joigne à son petit jeu en pressant à plusieurs reprises sa langue contre l’intérieur de sa joue. Et, pour finir, comme d’un commun accord, qu’ils déversent sur les filles tout le répertoire de mots dégradants puisés dans les films pornos.

     Il n’y avait qu’une manière efficace de répondre. Fermer la bouche, rester droite et garder le masque bien que chaque mot, chaque geste, chaque bruit s’immisce sous notre peau. Le plus souvent, on y parvenait. On se regardait dans le blanc des yeux, celle qui était en train de parler oubliait ce qu’elle disait mais ne s’interrompait pas pour autant. On l’encourageait avec des hochements de tête, en nous persuadant mutuellement en silence que tout allait bien, qu’il ne fallait pas s’occuper d’eux, pas se retourner, qu’il fallait continuer de parler, ne pas leur montrer qu’on avait peur, surtout ne pas leur montrer qu’on avait peur.

     

    Subir le harcèlement de rue et se sentir une proie

    Mais il arrivait que le groupe de garçons décide d’aller plus loin. Qu’il s’approche de nous, nous encercle, nous fixe d’un regard inflexible. Nous savions alors que nous étions les élues. Ils se tenaient tellement près de nous que leur haleine formait un mur devant nos visages et qu’il était impossible de nous retourner. Ils sortaient leur langue, la passaient sur nos joues, cherchaient nos lèvres. Leurs mains de garçons nous tripotaient, remontaient le long de nos cuisses. Ils nous chuchotaient à l’oreille de fausses répliques d’amour avec des voies apprêtées et mielleuses.

    Si on réussissait à rester de marbre, si on gardait les yeux rivés au sol pendant qu’ils nous touchaient avec leurs sales mains ou qu’ils nous léchaient avec leur sale langue, on finissait par recevoir un coup de poing dans les seins ou un gros mollard devant nos pieds. Avant de partir, ils nous sifflaient entre les dents qu’on était de vraies mochetés, qu’on était tellement répugnantes qu’aucun garçon ne voudrait jamais de nous, même si on le payait.

     On n’ouvrait surtout pas la bouche. On comptait à l’envers dans nos têtes pour réussir à ne pas bouger et à attendre que ça se termine. Mais parfois on n’en pouvait plus. Alors Momo, Bella et moi, on se mettait à crier. On leur disait de nous laisser tranquilles. On se débattait, on leur crachait au visage, on leur donnait des coups de genoux. Mais ils étaient désespérément, injustement, incompréhensiblement plus forts que nous. Ils riaient, nous attrapaient les mains et se moquaient de nos petits poings serrés. Eux seuls avaient le droit de décider quand le jeu s’arrêterait.

     Je ne supportais pas ça. Je les détestais. J’aurais pu accepter n’importe quoi, n’importe quelle humiliation pour ne pas avoir à subir ces signaux ambigus dirigés contre nous, contre les filles. Les répliques mielleuses, les mains qui malgré tout étaient chaudes contre nos corps, les sourires obliques qui malgré tout nous déstabilisaient. Et tout de suite après, le rejet, les crachats, le dégoût, les preuves de notre insignifiance. » (p.25-27)

     

     (Trois garçons de Jessica SCHIEFAUER)

     

       

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