•  

    « Vous comprenez,

     

    Tippi et moi, on n'est pas ce qu'on appelle normales -

     

    pas le genre qu'on rencontre touts les jours,

     

    ni même une seule fois

     

    dans sa vie.

     

     

     

    Toute personne un minimum bien élevée

     

    nous appelle "jumelles fusionnées",

     

    mais on nous a déjà donné d'autres noms aussi :

     

     

     

    monstres, mutantes,

     

    déformées, dénaturées,

     

    et même une fois démon à deux têtes :

     

    j'en ai tellement pleuré

     

    que j'ai eu les yeux gonflés pendant une semaine.

     

     

     

    Mais oui, on est différentes, comment le nier ?

     

     

     

    On est littéralement fusionnées

     

    à la hanche

     

    sang et squelette partagés. » (p.13-14)

     

     

     

    « Réalité

     

     

     

    Scotchée au casier de Tippi, une note :

     

    Vous feriez pas mieux

     

    de retourner au zoo ???

     

     

     

    Yasmeen attrape le bout de papier,

     

    le roule

     

    en boule bien serrée,

     

    et le balance

     

    dans le hall du lycée.

     

    « Connards ! Hurle-t-elle.

     

    C'est vous, les animaux ! » (p.91)

     

     

    Ils ont peur de nous

     

    « Yasmeen dit :

     

    « Ils ont peur de vous,

     

    comme ils ont peur de moi.

     

    On est différentes

     

    et c'est pas bon pour nous. 

     

     

     

    Tippi nous arrêt, sourcils froncés.

     

    « Pourquoi ils auraient peur de toi ? »

     

    demande-t-elle à Yasmeen,

     

    épines de défi dans la voix.

     

     

     

    Yasmeen se retourne.

     

    « J'ai le VIH », dit-elle, très simplement,

     

    et elle raccroche de petites mèches de cheveux

     

    derrière ses oreilles alourdies de bijoux.

     

    « Je pue la mort,

     

    l'espérance de vie raccourcie. Comme vous, les filles,

     

    apparemment. »

     

     

     

    On dit « Oui », à l'unisson,

     

    et on va en cours de géométrie pour bosser sur des problèmes

     

    bien moins compliqués

     

    que les nôtres.

     

     

     

    (…)

     

     

     

    « Mais comment ils le savent ? »

     

    demande Tippi

     

    à Yasmeen.

     

    (…)

     

     

     

    « C'est moi qui le leur ai dit.

     

    Je ne pensais pas que ça serait un problème, dit Yasmeen.

     

    Mais le truc c'est que

     

    c'est pas comme un cancer.

     

    Avec le VIH

     

    les gens pensent que t'es le seul responsable,

     

    vous voyez ?

     

    Ben moi

     

    je refuse de me justifier,

     

    d'expliquer

     

    comment je l'ai chopé.

     

     

     

    Qu'ils aillent

     

    se

     

    faire foutre. »» (p.92-93)

     

     

     

    « Yasmeen brise

     

    le silence.

     

    « Ma mère m'a donné le VIH.

     

    Elle ne savait pas. Elle m'a donné naissance et puis

     

    m'a allaitée, je n'avais aucune chance.

     

    J'ai pompé cette saloperie directement de son corps. » (p.198)

     

     

     

    « Si on était nées pendant un autre siècle

     

    on nous aurait pointées du doigt,

     

    on se serait demandé

     

    ce à quoi Maman avait bien pu penser

     

    pendant qu'on grandissait en elle.

     

    A l'époque ils auraient dit

     

    qu'elle avait regardé

     

    des images de démons ou lu des histoires sataniques

     

    étant enceinte,

     

    que ces images avaient filtré

     

    jusqu'à son ventre pour

     

    s'imprimer sur nos corps fragiles.

     

     

     

    A l'époque il y aurait eu

     

    une coupable,

     

    et cette coupable

     

    aurait été

     

    Maman » (p.199)

     

     

     

    (Inséparables de Sarah CROSSAN)

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  •  

    « Il nous faisait rire et il riait avec nous. Parce qu'il se croyait marrant. Mais nous on ne riait pas AVEC lui, on riait DE lui. Ce n'est pas pareil. » (p.14)

     

     

     

    « Il avait l'air de mentir et le doute s'est insinué en moi. Et s'il avait renversé Fatima volontairement? Aujourd'hui encore, je vous assure que je ne suis plus sûr de rien... Il y a toujours eu chez Boubard pas mal d'hypocrisie, derrière ses airs assurés et ses faux sourires de sournois. Il ne faut pas toujours le voir comme une victime... Mais je me suis contenté de dire :

     

    - C'est bon pour cette fois. Serrez vous la main tous les deux.

     

    Là, il s'est passé une chose amusante : Boubard a tendu la sienne et Karim et Lionel ont tendu la leur en même temps!

     

    J'ai rigolé :

     

    - D'accord : tous les trois, si vous voulez. C'est encore mieux!

     

    En classe, un petit malin a fait circuler un papier : "Sleepy = assassin" et d'autres petits malins l'ont suivi : "Vengeance pour Fatima". Xavier a dessiné tout une planche de bédé, "Le vélo de la mort", avec des "Boum" des "Aaarrgh", des cris, du sang... On a bien rigolé, ce lundi-là. Je me rappelle avoir écrit "Assassin" avec des doubles "s" anguleux, à la façon des nazis. Des bêtises. Vous voyez, je ne me donne pas non plus le beau rôle, et je reconnais que j'en ai fait baver à Boubard, tout au long de l'année. Mais rien de vraiment méchant. » (p.45)

     

     

     

    « - D'accord, je vais t'expliquer... (Les mêmes mots que tout à l'heure.) Je suis différent, improvise-t-il.

     

    - On est tous différents.

     

    - Moi, c'est pas pareil.

     

    - Je comprends ce que tu veux dire, l'encourage-t-elle.

     

    - Non, tu ne peux pas comprendre. Moi j'aime vraiment la musique, pas pour me la péter comme Karim avec un casque sur les oreilles... Et j'aime aussi les livres, les histoires de pêcheurs au bord de l'eau dans des canapés avec des lampadaires...

     

    (…)

     

    Il parle avec sûreté, sans bafouiller, avec pourtant la sensation de marcher sur des braises comme certains fakirs qu'il a vus dans un reportage à la télé. Il est trop tard pour revenir en arrière, rien ne serait pire que reculer, il lui faut traverser au plus vite cette étendue ardente s'il veut atteindre Alice sans trop se brûler.

     

    (…)

     

    - Tu as un piano chez toi ?

     

    Elle fait signe que non et, profitant de l'intervalle où il reprend sa respiration, lui reproche :

     

    - Voilà, c'est ça ton problème : tu parles trop. Et tu ne parles jamais des choses importantes. Tu soûles les gens avec tes histoires perso...

     

    - Quelles « choses importantes » ? demande-t-il. Elle le regarde comme un extraterrestre tellement la réponse lui semble évidente !

     

    - Les choses importantes, c'est par exemple se faire des amis, leur parler simplement, être honnête avec eux.

     

    - Mais... je ne suis pas malhonnête !

     

    - Je n 'ai pas dit ça... Tu es juste, juste... écoute, ne le prends pas mal... T'es juste un peu...

     

    - Un peu quoi ?

     

    - Un peu con-con, voilà.

     

    - Ah, c'est que ça ? répond-il.

     

    Elle détourne un court instant la tête, sidérée. » (p.51-53)

     

    On riait DE lui

     

    « Plus que les moqueries, les insultes, les brimades à répétition, plus encore que cette main qui, à l'instant, lui serrait la jambe, la cruauté tranquille de ce regard indique à Valentin que son message enregistré n'a pas atteint son but et que rien n'est réglé entre Bastien et lui.

     

    Au contraire, ressent-il avec le sentiment d'un désastre annoncé, ça ne fait que commencer. » (p.79-80)

     

     

     

    « - Nous tenions à vous alerter, Monsieur Boubard, sur les difficultés que nous rencontrons avec Valentin. Sans doute parce que lui-même en rencontre de personnelles...

     

    Franck Boubard a réfléchi un instant.

     

    - Je ne vois pas bien lesquelles, a-t-il rétorqué. Mais vous avez dit quelque chose qui m'a surpris, tout à l'heure : « Valentin passe son temps seul au fond de la classe... » Pourquoi « seul » et pourquoi « au fond de la classe » ? J'aimerais bien le savoir.

     

    - « Au fond de la classe » parce qu'il l'a choisi, lui a répondu Sophie Biolle. Et « seul » parce que personne ne veut plus s'asseoir à côté de lui.

     

    Franck Boubard a tiqué à ces propos.

     

    - ça m'étonne. Et ces copains qu'il avait avant, Bastien, Karim... Et cette fille, Alice...

     

    Sophie Biolle s'est montrée implacable :

     

    - Précisément : « qu'il avait avant »... Vous parle-t-il encore d'eux ? Les voit-il en dehors du collège ?

     

    - Plus trop, c'est vrai... a-t-il reconnu. je...

     

    -Le problème que vous refusez de voir en face, l'a coupé Mme Roux-Meignan (…), le problème est que votre fils s'est mis toute la classe à dos ! » (p.143)

     

     

     

    « - Il ne vous est pas venu à l'idée que le « problème » était lié au collège plutôt qu'à la maison ? Valentin est peut-être victime de brimades de la part de ses camarades...

     

    - Impossible, a tranché Mme Roux-Meignan. Sa classe est très calme...

     

    Sophie Biolle s'est glissée dans le propos de la C.P.E. :

     

    - Avec une très bonne cohésion...

     

    - Il se sont juste laissés aller un peu trop longtemps à un jeu stupide...

     

    - Avec une bonne cohésion ! a répété le professeur principal mais sans réussir à arracher de sourire à quiconque.

     

    - Nous les avons punis collectivement et tout est rentré dans l'ordre, a poursuivi Mme Roux-Meignan. Je tiens à préciser, pour éviter toute ambiguïté, que Valentin n'a pas plus qu'un autre fait les frais de ce jeu. » (p.146)

     

     

     

    «  - Papa, ne me demande surtout pas quel est le problème avec moi, parce que tout le monde me demande ça, mais moi je n'ai pas de problème. Le problème, c'est les autres.

     

    - « L'enfer, c'est les autres », reprend Franck. C'est dans une pièce de théâtre célèbre... mais de quels autres parles-tu, val ? Que reproches-tu à tes camarades de classe ? Tu ne peux pas sempiternellement rendre les autres responsables de tout. Il faut que tu prennes confiance en toi, aussi, que tu ailles vers eux !

     

    Valentin se bouche les oreilles.

     

    - Arrête, Papa, je t'en prie ! Je n'ai pas envie de reparler de ça. » (p.160)

     

     

     

    « Regardez, Valentin, il n'a rien dit lui non plus, alors qu'il était la principale victime...

     

    Moi ? Non, je ne me considère pas comme une victime... J'ai dit « principale » sans réfléchir. Valentin était le seul de la classe à subir le harcèlement. Bastien m'a quelquefois cherchée, mais ça n'a rien à voir... Si vous voulez absolument que je me définisse d'un mot... eh bien je dirais que j'ai été... une observatrice, oui, c'est ça, une observatrice...

     

    Oh, vous ne laissez rien passer, vous!... Je n'ai pas fait qu'observer, en effet, j'ai quelquefois participé, surtout au début de l'année... C'était tellement facile de chambrer Valentin, il aurait fallu être une sainte pour ne pas succomber à cette tentation.

     

    C'est seulement au milieu du deuxième trimestre, quand je l'ai vu se replier, se rabougrir, se racornir, que j'ai réalisé. Ce qui avait pu passer un temps pour une joyeuse mise en boîte avait insensiblement basculé dans autre chose. Je n'ai pas été la seule, notez, beaucoup se sont dissociés de Bastien à ce moment-là. Pour autant, on ne s'est pas franchement rapprochés de son souffre-douleur... » (p.176)

     

     

     

    «  Très vite la rumeur a circulé : ils n'avaient pas frappé Valentin, ils l'avaient humilié. Personne n'a prononcé le mot, n'allez pas croire, pas même moi ! C'est après coup qu'on peut employer des mots comme « humilier », si précis et lourd de sens, et encore il faut avoir un peu grandi. Moi, je n'étais qu'une gamine et cette rumeur au sujet de Valentin à poil dans les chiottes, la zigounette ratatinée par la peur, elle m'a fait rire aussi, faut pas se raconter d'histoires. » (p.178)

     

     

     

    « Vous savez, « harcèlement » ça veut tout et rien dire... Ce qui est plutôt rassurant, c'est que vous enquêtez comme ça dans tous les collèges... Oui, le mot est mal choisi, ce n'est pas ce que je voulais dire... Il ne s'agit pas de banaliser, d'accord avec vous... Mais il y a toujours eu des conflits d'école avec les faibles qui se laissent dominer et les forts qui abusent de leur force... » (p.192)

     

     

     

    «  Comment pouvait-il se laisser malmener ainsi ? Je sais cette tendance désolante que nous avons à faire peser une culpabilité sur les victimes... Elle est bien connue, et les audiences de tribunal résonnent de ces ignobles poncifs : la jeune fille violée a provoqué son agresseur par sa tenue vestimentaire, par son attitude... » (p.213)

     

     

     

    (Harcèlement de Guy JIMENES)

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  • « - Anton, je dois te prévenir...

     

    - Quoi !? (...)

     

    - Une photo de toi circule sur les portables.

     

    Son sang s'était glacé. Il avait tout de suite compris.

     

    (…)

     

    Se laver des saletés. Des injures. Des insultes.

     

     

     

    Toutes les moqueries depuis la fin de la primaire lui étaient remontées à la gorge comme une nausée. Les réflexions lancées par les autres enfants comme un jeu.

     

    Les sempiternelles blagues douteuses :

     

    « Les roux, ça pue... T'as pris le soleil à travers une passoire ?... Poil de carotte... Fleur de brique... »

     

    Des phrases que les gamins ne jugeaient pas bien méchantes mais qui, répétées, provoquaient une overdose. Ras le bol. A l'âge de dix ans, il avait si souvent serré les poings. Couru jusque chez lui pour éclater en sanglots dans sa chambre. Pleurer en secret. Envie de mourir.

     

    Au collège, cela avait continué de plus belle. Les mêmes bêtises, les mêmes inepties, mais de plus en plus blessantes...

     

    « Roux égale carotteur. Fraudeur. Voleur... Sale roux, sale voleur...

     

    Les roux sont pleins de poux ! »

     

    Et puis un jour, il était en troisième, il avait découvert, tagué en orange vif sur le mur du garage :

     

    « ANTON LE ROUX EST UN POU ! »

     

    Il avait craqué. Il avait tout raconté à ses parents. Les sarcasmes, les sourires, les moqueries, les regards. Son enfer depuis toujours. Son père avait porté plainte à la police. Celle-ci ne s'était pas déplacée : dossier classé sans suite.

     

    Ses parents avaient été compréhensifs. Ils avaient opté pour une nouvelle vie. Pris cette douloureuse décision : quitter Villeurbanne. Anton était né dans cette ville, il y avait grandi. Mais partir était la seule solution.

     

    Paris. Nouvelle vie. » (p.8-9)

     

    Classé sans suite

     

    « Sa mère ne devait surtout pas le voir. Elle comprendrait tout de suite que quelque chose clochait. A l'école primaire, quand les moqueries de ses camarades étaient trop blessantes, pour pleurer en cachette dans sa chambre, il prétextait un mal de tête. Au collège aussi.

     

    « J'ai mal au crâne. » Même pas un prétexte. Des coups lui martelaient réellement la tête... enfonçant des clous... » (p.56)

     

     

     

    « Anton avait pété un plomb. Il avait eu tort, son geste était inexcusable et odieux, mais à présent, on en connaissait l'origine.

     

    - Pourquoi n'a-t-il rien dit ? Demanda la lieutenante.

     

    - Honte. Peur qu'on ne le croie pas. Crainte qu'on ne se moque davantage de lui.

     

    Karine se rappela l'entretien avec Mme Marchal quelques instants plus tôt. « La police n'a pas donné suite. »

     

    - Certitude qu'à nouveau, on ne le prendrait pas au sérieux, dit-elle.

     

    - C'est grave, quand même de telles photos, murmura encore Salomé. C'est passible de poursuites. » (p.97-98)

     

     

     

    (Mise à mort de Claire MAZARD)

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  • « « Casser tous les os de ton corps.

     

    Tous les os de ton misérable corps. »

     

    Ces nuits-là, je me réveillais sans arrêt en entendant la voix de mon père juste au-dessus de moi. Je transpirais, mon cœur battait, non pas d'exaltation-à-la-Zarbie, mais d'angoisse. Je sentais ses doigts s'enfoncer dans mes bras, haïssant ma chair rebelle. J'avais dans la bouche le goût de ce spectacle honteux, comme de quelque chose de pourri et de noir. Et les yeux des autres qui regardaient fixement. Et mes propres yeux qui regardaient fixement.

     

    Ce n'était pas la première fois. Mais c'était la première fois que je recevais une correction devant des inconnus.

     

    « Reid, on ! Ne lui fais pas de mal, Reid...

     

    Ne te mêle pas de ça. Elle mérite une correction. Regarde-la... elle ne pleure même pas.

     

    Elle est terrorisée, Reid. Elle ne peut pas pleurer...

     

    Fous-moi la paix ! Ah, tu parles d'une mère ! Tu peux être fière de toi ! Tu as vu le résultat ? »

     

    Je me réveillais sans savoir si ces mots qui me revenaient dans la tête étaient un rêve ou un souvenir. Un horrible rêve. (…)

     

    « Ce n'est pas voulu, chéri. Elle n'a que deux ans. Elle ne sait pas raisonner ni penser. Elle ne peut pas s'empêcher de se salir si elle a peur. Elle ne le fait pas exprès. Elle n'a que deux ans... » Je fermai les yeux et m'endormis. » (p.125-126)

     

     

     

     

    « Mon père se met facilement en colère. Je pensais que c'était ma mère qui le provoquait, mais j'avais tort, j'en voulais à ma mère d'être maltraitée.

     

    Elle portait des écharpes, des manches longues pour cacher les marques sur sa peau. Mais je savais ce que c'était.

     

    Je crois que c'est parce que j'avais terriblement peur. C'était plus facile de la détester.

     

     

     

    Non, mam n'en a jamais parlé.

     

    Elle ne l'a jamais critiqué. Elle savait que Samantha et moi adorions notre père.

     

    Que nous l'aimions vraiment. Je l'aime toujours.

     

    Il est mon père, et il est Reid Pierson. C'est pour ça.

     

     

     

    Pourquoi ? Mam avait peur, je pense. Peur qu'il lui fasse plus de mal, et qu'il nous en fasse à Samantha et à moi. C'est ce qu'elle dit dans son journal, et je crois que c'est ce qui explique son attitude. » (p.285)

     

     

     

    « Oui. Quelquefois. Pour nous « corriger ».

     

    Je ne m'en souviens pas très bien. C'est assez vague, comme un mauvais rêve ou quelque chose qu'on a vu à la télévision il y a longtemps et qui s'est mélangé à la vie réelle.

     

    Des fessées, quand j'étais petite. Parce que je désobéissais, je suppose.

     

    Parfois des gifles, des coups, ou bien il me secouait très fort. Papa me prenait pas les épaules et il me secouait, secouait, secouait encore, comme s'il voulait me briser le cou.

     

    Oh, non ! Je croyais que c'était ma faute, que je le méritais.

     

    Je le crois toujours, d'une certaine façon.

     

    Il est difficile de changer ce que l'on ressent. Il est beaucoup plus facile de changer ce que l'on pense.

     

     

     

    Pourquoi ? Parce que papa nous aimait. Il nous aime.

     

    Il ne nous aurait pas corrigées, disait-il, s'il ne tenait pas à nous.

     

    C'est vrai, même maintenant. Je le comprends. Mais c'est une façon malsaine, erronée de voir les choses.

     

     

     

    Oui, je pourrais dire ça. Si je dois le jurer...

     

    Oui, mon père nous a « brutalisées », ma sœur et moi.

     

    (Elle n'en parlera probablement pas. Elle a peur. Et maintenant que mam a disparu, elle ne peut plus qu'aimer papa. Je ressens la même chose qu'elle. Mais il faut que je dépasse ce sentiment. Je ne peux pas le protéger plus longtemps.) » (p.286-287)

     

     

     

    (Zarbie les yeux verts de Joyce Carol OATES)

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  • « Le dégoût des jours où ma grand-mère paternelle se faisait frapper par mon grand-père. Je passais de temps à autre le week-end chez eux. Il n'était même pas saoul. C'était un mode de fonctionnement normal pour lui. Quand j'en ai parlé à ma mère, elle a refusé que j'y retourne. Mon père n'a pas insisté. Le mal était fait pourtant. La silhouette de ma grand-mère qui se plie et qui tente de se protéger pendant que je cours me réfugier dans la grange.

     

    Le dégoût quand j'entends le père de ma meilleure amie, ma voisine Claudie, hurler des insanités à sa femme, une pauvre créature qui a peur de tout. Elle devient une catin, une pute à marins, un vase, tout y passe. Quand je croise Claudie, une heure après, nous faisons comme si de rien n'était – mais elle sait que je sais et elle a cette honte chevillée au corps.

     

    Le dégoût de ce mec qui me suit. Je sais qu'il en a après moi. J'ai refusé ses avances à une soirée, le mois dernier. Je suis au lycée. En première. Je descends l'avenue qui me ramène au centre-ville. Il est en moto. Il a arrêté le moteur. Le chuintement de ses pneus sur le bitume. Je me concentre sur le trottoir. On m'a dit qu'il ne fallait pas se retourner, que ça les rendait dingues. Je sens mon menton trembler, mais je ne pleurerai pas, je serai valeureuse. Il reste cinq cents mètres. Sa voix. Mon prénom. Le son de la béquille. Il court. Il m'attrape le bras. Je veux beugler « Quoi ? », mais les mots se bloquent dans ma gorge. Il tente de m'embrasser. Je frappe. Il lève la main. Un homme passe et hurle : « ça va pas, non ? Vous voulez que j'appelle la police ? » Son geste s'arrête net. Il recule. Il trébuche. L'homme reste à mes côtés. La moto démarre. L'homme dit : « Vous devriez porter plainte. » En passant devant moi, le garçon à la moto crache et me traite de pute.

     

    Tous ces dégoûts-là.

     

    Tous ces dégoûts que tu ne peux connaître que quand tu es une fille. » (p.127-128)

     

     

     

    (06h41 de Jean-Philippe BLONDEL)

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  • « Le jour de la rentrée, je ne laisse rien au hasard. Mes affaires sont prêtes, mes discours, mes gestes. Je m'envisage une dernière fois dans le miroir de la salle de bains. Intestins durs, mains trempées, je parle à mon reflet, le grand huit ventousé au ventre. Dans la glace, j'aperçois ma peau blanche et les petites gerçures. Ce jour-là, je comprends que je dois grandir. Dans la voiture, je dis à Maman de ne pas descendre : affronter une foule anonyme, je m'en sens capable. Je prends mon sac à dos et je découvre la grille du collège, une grille imposante, couleur vert Empire. Face à la grille, je suis pris d'une vision. Derrière elle, les garçons se transforment. Ils devient des monstres courts sur pattes, aux joues mangées d'acné, aux lèvres marbrées, gorgées de sang, au visage poissé de puberté crétine et de mauvaise haleine.

     

    De l'autre côté, les garçons deviennent des adolescents.

    Derrière la grille du collège

     

    Pendant le collège, les garçons ricaneront sèchement. Ils s'acharneront. Ils me tourneront autour pendant les pauses et la cantine. Théo m'attrapera par derrière, Julien me remontera brutalement le slip et me frappera de coups de genou en criant, « Béquille ! » Il y aura des moments durs, des échappés en solitaire dans les toilettes, des regards en classe d'anglais, des messes basses, des moqueries publiques, des élections de délégués, des sorties à la piscine, des réprimandes en slip de bain, des virées en bus, des professeurs qui ne voient rien, qui se contentent de « chut » pour couper les mauvaises langues, des regards encore, plus perçants, des fous rires de types populaires, des insultes au vidage, et face à tout ça, mon manque d'oxygène.

     

    Cela va durer quatre ans. La famille parlera d'âge ingrat et d'apprentissage. Personne ici ne verra. Si c'est ça la suite, je préfère renoncer. Rester petit face au miroir. Ne plus jouer. Ne surtout pas franchir la grille. » (p.58-59)

     

     

     

    « Au collège, on m'appelle Marcelle. Les garçons surtout, mon voisin. Un grand garçon maigre, un peu niais. (…) Il m'attend le matin. Il me refile des surnoms et des coups derrière la tête. Dans la cour, ses copains et lui disent « ça va Marcelle, pourquoi tu fais la tête ma belle ? T'as oublié ton rouge à lèvres ? » On ajoute que je serais « jolie avec des couettes ». (…)

     

    Je voudrais comprendre cet acharnement. » (p.75)

     

     

     

    (Mauvais joueurs de Julien DUFRESNE-LAMY)

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  •  

    « La porte du vestiaire a été ouverte avec une telle violence que les cloisons du préfabriqué tremblaient. Je n'ai rien vu, j'ai senti mon cœur battre. Quand j'ai compris que le gros Didier était entré dans notre vestiaire et qu'il fonçait sur moi, les battements accélérés du sang ont rempli mes oreilles et recouvert les cris aigus des filles. 

     

    Le gros Didier m'a attrapée par les cheveux. J'ai senti son autre main sur moi. J'ai entendu sans comprendre claquer un élastique. L'air a glacé mon ventre. Une brûlure a cinglé ma cuisse. Il avait enlevé mon slip.

     

    Ensuite seulement je l'ai vu : il battait déjà en retraite vers la porte. Très rouge, gluant de sueur, il criait en me montrant du doigt comme au zoo on montre les singes. Mon ventre nu s'est durci. Le courant d'air glacé s’engouffrait par cette porte grande ouverte. Le gros Didier se tordait de rire. Des dizaines de garçons passaient la tête par cette porte : leurs bouches distendues criaient et riaient comme devant les singes en cage quand ils se grattent le cul. Je ne sais plus quels garçons regardaient. Je ne suis pas sûre de les avoir bien vus.

     

    Déjà le silence s'installait dans ma tête. (…)

     

    La porte était refermée. Élise et ses copines, gênées, ricanaient autour de moi. Sauf Zoreh. En passant le long du couloir, les garçons donnaient de grands coups dans la cloison, en riant comme s'ils hurlaient. Les murs tremblaient ; le gymnase tout entier allait s'écrouler.

     

    « Allez, rhabille-toi ! » m'a dit Zoreh sur un ton énervé avec un geste pour remonter elle-même mon slip. Je l'ai repoussée brutalement. Elle est tombée à la renverse. » (p.4-5)

     

    Comme devant les singes en cage

     

     

     

    « Devant, le gros Didier ricane. Son copain Xavier, qui se prend pour Rambo et porte des pantalons de militaire, se retourne vers moi. Il me balaie du regard, comme s'il me voyait encore toute nue, dans le vestiaire. Puis il donne un coup de coude à Didier. Ensemble, ils pouffent. » (p.9)

     

     

     

    « Je ne vois personne pendant un long moment. Puis une ombre remue au plafond de la chambre, la traverse, s'étire et se plaque d'un seul coup, énorme, devant la fenêtre. Le gros Didier ! Les mots de haine retenus toute la journée explosent en moi sans trouver la sortie. Ils font trembler mes mains. Cachée dans les branches de tuyas, je guette celui que je vais tuer, parce qu'il m'a déculottée devant tout le monde, parce qu'à cause de lui j'ai été vue comme un singe, dont on rit quand il se gratte le cul. » (p.44-45)

     

     

     

    « Est-ce que maintenant que j'avais vraiment vu le gros Didier, j'aurai la force de le tuer ? Est-ce que j'allais avoir fait tout ça, le silence, les heures de colle , le psychologue, les agrès, le guet dans la nuit, pour des prunes ?

     

    Je n'avais rien à craindre pourtant ! Dès le lundi matin j'ai retrouvé ma détermination. Le gros Didier et Rambo coinçaient les sixièmes dans un coin, ouvraient leurs sacs, piquaient le quatre heures que leur mère avait soigneusement enveloppé dans un papier, et les renvoyaient avec une paire de gifles s'ils menaçaient de parler. Les autres garçons regardaient de loin en ricanant. Les filles pestaient mais n'avaient pas le courage d'intervenir. Personne ne voulait les dénoncer au bureau qu'on déteste. » (p.61)

     

     

     

    « Elle le regarde : « Si, bien sûr. Est-ce que moi aussi je ne défoncerais pas les portes, parfois ? Est-ce que je ne voudrais pas me venger de ceux qui m'ont tout pris là-bas ? Mais il n'y a que les gorilles qui se vengent. »

     

    Elle a la voix douce, Madame Karmzadeh, sous la lampe, et une telle conviction qu'on voudrait la croire. Pourtant, elle sait bien que le gros Didier affaissé sur son canapé de soir sera demain un molosse enragé. Elle sait bien qu'il m'a déculottée, moi. Que sans aucune raison il s'est attaqué à moi.

     

    (…)

     

    De loin, debout à côté de son père, Zoreh me regarde de tous ses yeux. Elle, surtout, comprend. Elle sait qu'en ce moment, je voudrais tuer le gros Didier mais surtout ne pas le tuer, pleurer et ne plus jamais pleurer, parler et me taire pour toujours.

     

    S'il n'y a que les gorilles qui se vengent, qu'est-ce que je fais, moi qui ne suis pas un singe ? » (p.78-79)

     

    (Je ne suis pas un singe de Virginie Lou)

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  •  

    « Je me montrais prudente, voilà tout. Nouvelle ville. Nouveau bahut. Et cette fois, j'avais bien l'intention de contrôler l'image que les gens se faisaient de moi. Combien de fois obtient-on réellement une seconde chance dans la vie ? » (p.26)

     

     

     

    « Normalement, quand quelqu'un possède une image irréprochable, vous pouvez être sûr que quelqu'un d'autre attend sagement dans son coin le moment propice pour le mettre en charpie. L'instant où le défaut fatidique explosera enfin au grand jour. »

     

     

     

    « Alors... Nous avons quitté le parc. Il est reparti d'un côté, et moi de l'autre.

     

    Oh . Mille excuses. Vous attendiez un truc plus croustillant, n'est-ce pas ? Vous espériez entendre comment mes petites mains baladeuses avaient commencé à jouer avec sa braguette. Vous espériez entendre...

     

    Mais oui, au fond, qu’espériez-vous entendre ? Parce que j’ai entendu tant de versions différentes que j’ignore laquelle est la plus répandue. Je sais en revanche laquelle l’est moins. La vérité. » (p.36)

     

     

     

    « "Personne ne devrait jamais croire une rumeur" ai-je rétorqué. J'étais peut-être un peu trop sensible mais j'avais espéré, idiote que j'étais qu'il n'y aurait plus de rumeurs maintenant que ma famille avait déménagé ici. Que j'avais laissé les ragots et les on-dit derrière moi... pour de bon. "Tu peux entendre une rumeur, mais tu ne peux jamais la connaître." »

     

     

     

    « Alors merci à toi, Justin. Sincèrement. Mon premier baiser était divin. Et pendant le mois (ou à peu près) que nous avons passé ensemble, tous nos baisers ont été divins. Tu étais divin.

     

    Et puis tu t’es mis à dire des choses sur moi.

     

    Une semaine a passé sans que je comprenne quoi que ce soit. Mais comme il fallait s’y attendre, les rumeurs ont fini par revenir jusqu’à moi. Or une rumeur, ça ne se réfute jamais.

     

    Je sais. Je sais ce que vous pensez. A mesure que je vous parle, je me dis la même chose. Un baiser ? Un simple ragot à propos d’un baiser, et voilà ce que tu as fait ?

     

    Non. Un simple ragot à propos d’un baiser, et un souvenir que je chérissais a été anéanti. Un simple ragot à propos d’un baiser, et on m’a collé une réputation à laquelle les gens ont cru et réagi en conséquence. Et parfois, un simple ragot à propos d’un baiser peut faire boule de neige.

     

    Un simple ragot à propos d’un baiser, et ce n’est que le commencement. » (p.37)

     

    Les Plus Belles Fesses de Première Année

     

    « A cet instant, dans ce bureau, la prise de conscience que personne ne connaissait ma vérité a profondément ébranlé ma vision de la vie.

     

    C'est comme lorsqu'on conduit sur une route pleine de bosses et qu'on perd le contrôle de sa direction en déviant - quelques instants à peine - vers le bas-côté. Les pneus ramassent un peu de terre, mais vous parvenez à rectifier le tir. Pourtant, vous avez beau agripper le volant, le maintenir le plus droit possible, quelque chose ne cesse de vous projeter sur le côté. Vous ne contrôlez presque plus rien. Et à un moment donné, vous n'en pouvez plus de vous battre - de vous acharner - et vous envisagez de tout lâcher. De laisser l'accident... ou je ne sais quoi... se produire. »

     

     

     

    « Tout le monde sait que cette histoire de Plus Grosses Fesses de Première Année était un mensonge pur et simple. Il n'y avait pas la moindre véracité là-dedans. Mais personne ne se souciait de savoir pourquoi Jessica avait attiré de ce côté-ci de ta liste, Alex.

     

    (…)

     

    Certains considèrent sans doute que tu as bien fait de me choisi. Je ne pense pas. Ou plutôt, reformulons les choses autrement. Je ne crois pas que mes « fesses » -comme tu dis - aient été le facteur décisif. Je crois que le facteur décisif a surtout été... la vengeance.

     

    (…)

     

    Mais le vrai problème n'est pas ta motivation, Alex. Même s'il va bientôt en être question. Le problème c'est le changement d'attitude des autres quand ils voient votre nom sur une liste stupide. » (p.47)

     

     

     

    « Il existe toutes sortes de tordus autour de nous, Alex. Peut-être en fais-je partie, d'ailleurs. Mais le problème, c'est que lorsqu'on ridiculise quelqu'un publiquement, il faut assumer la responsabilité de ce qui arrive à cette personne quand les autres en profitent. »

     

     

     

    (Treize raisons de Jay ASHER)

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    « Anaïs, elle, se moquait de cette histoire. Cela ne la gênait pas du tout d'avoir un œil en haut et un œil en bas.

     

    Mais personne ne lui demandait son avis. » (p.12-13)

      

    ça fait mal

     

    « Il y avait une nouvelle dans la classe. Son nom était Daniella. Dès qu'elle aperçut Anaïs, elle éclata de rire. (…)

     

    - Eh, toi ! Cria-t-elle. Un courant d'air t'a coincé les yeux !

     

    Anaïs fit comme si elle n'avait pas entendu. Elle dit bonjour à Fanchette et à Gaspard, ses copains de l'année dernière. (…)

     

    - Eh, la bigleuse ! T'es sourde aussi ?

     

    Anaïs essaya de penser à autre chose pour ne pas l'entendre. (…)

     

    - Hou, hou ! Y a ton œil droit qui cherche les mouches !

     

    Gaspard haussa les épaules.

     

    Lui, il n'aimait pas les chipies.

     

    Daniella n'était pas une fleur de printemps. C'était une ronce pleine d'épines. Et les épines, ça fait mal.

     

    - ça doit être pratique en classe ! continua Daniella. Tu peux regarder le tableau et ton cahier en même temps !

     

    Et quand les autres enfants se mirent à rire, Anaïs sentit les larmes venir. Même si ses yeux étaient différents, ils pleuraient comme les yeux de tout le monde. » (p.16-18)

      

    « Anaïs garda le silence pendant des semaines. Elle ne dit pas à ses parents, ni même à sa chère Nona, que Daniella la martyrisait tous les jours. Dès qu'elle arrivait à l'école, Daniella se moquait d'elle. Le pire, c'était que tous les autres l'imitaient. » (p.19)

     

    (Le poisson dans le bocal de MOKA)

     

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  • « L'affaire avec Rudi dépasse la mesure !

     

    Jamais Jack n'aurait dû agir ainsi. Mais j'ai toujours tout supporté sans rien dire !

     

    « Viens ici, le Gaucher ! Plus vite que ça, mon gaillard », ou alors : « Mec, tire-toi, minable, ta tête me déplaît ! » Et quand il est particulièrement méchant : « Si mon père n'avait pas épousé ta mère, tu n'aurais jamais mis les pieds dans une maison aussi chouette avec un si grand jardin ! Allons, petit gars, ressaisis-toi ! » Un jour il m'a même dit quelque chose d'absolument ignoble : « Tire-toi, infirme ! » Uniquement parce que, il y a des années, je suis tombé dans l'escalier et que depuis ce temps-là je ne peux plus plier le bras droit. J'ai même beaucoup de peine à m'en servir. C'est pour ça qu'on m'a appelé le Gaucher. Mais je fais tout pour me rééduquer. Il sera bien étonné un jour, ce type ! » (p.9)

     

     

    Apprendre à s'affirmer

     

    « Je regardais le va-et-vient des pigeons, qui n'avaient aucune peur de moi. Ils étaient presque tous blancs, sauf un, superbe. C'était un oiseau particulièrement beau, avec un plumage particulièrement rouge et une couronne de plumes sur sa mignonne petite tête. Il ressemblait à un Indien. Je découvris tout à coup que le pigeon avait une malformation : il penchait toujours un peu d'un côté en marchant, et, à vrai dire, claudiquait. En fait il avait dû avoir une fracture d'un côté, qui s'était cicatrisée.

     

    Tandis que je le regardais, je remarquai qu'il se tenait assez à l'écart des autres. C'était frappant et pourtant inexplicable. Une certaine inquiétude s'empara de moi. Était-il simplement farouche' ? N'avait-il pas confiance dans les autres à cause de son plumage rouge ? Comme de nombreuses personnes qui ont les cheveux rouges et qui zézayent ? Ou bien se sentait-il trop frêle ? Il ne me paraissait pas en être ainsi. Avait-il peur, par hasard ? En effet il se blottissait dans les angles les plus éloignés. »p.14-15)

     

     

    « A présent, je savais ! C'était à cause des autres ! Ils le faisaient fuir ! Peut-être parce qu'il était d'une autre couleur et qu'il avait une couronne de plumes. Ou peut-être parce qu'il boitait. Parce que c'était un infirme ?

     

    Je reposai l'Indien sur son perchoir et reculai en rampant.

     

    « Non, pensai-je, les autres pigeons lui donnent des coups de bec de tous côtés parce qu'il se laisse faire. »

     

    Je comprenais maintenant ce que Jack voulait dire par trouillard et son père, Don, par poltron. J'étais en effet une poule mouillée. Je me recroquevillai dans les coins. Comme le pigeon indien exactement et, de la même façon, je m'écartais.

     

    Que se passerait-il donc, par exemple, si celui-ci se mettait à rendre des coups de becs ? Car, tout compte fait, il n'était en aucun cas ni plus petit ni plus faible que les autres. Au contraire, je le trouvais même gros et trapu. Simplement, il se sentait inférieur, sans même savoir pourquoi. Tout comme moi ! Et quel était le résultat ? Les autres exploitaient cet avantage et nous étions tournés en dérision. » (p.18-19)

     

     

     

    « Justement, tu dois faire exactement comme moi, lui conseillai-je. Lui administrer les mêmes remèdes qu'à Jack. Et arrêter de dire toujours oui et amen. Crois-moi, il te témoignera alors du respect comme Jack avec moi ! C'est comme ça que tu dois agir ! » (p.123)

     

     

     

    (Mon frère Jack de Joachim HARTENSTEIN)

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