• « Nora reposa le combiné, les yeux fixés sur le bureau. Quand elle releva le regard vers son père, ce dernier lui adressa un petit sourire désolé.

     - Si je peux aider, dis-moi.

     La colère envahit Nora, comme si cette simple phrase avait déclenché un raz-de-marée intérieur.

    Modèle familial

     - Que tu puisses m’aider, je n’en doute pas, mais depuis quand tu aurais envie de le faire ? Je ne me rappelle pas une seule fois où tu aies sacrifié ta petite activité de séducteur pour nous donner un coup de main, à maman et moi. La seule chose pour laquelle tu m’as aidée, c’est me montrer quel sale type ne surtout pas épouser. » (p.182-183)

       

    (Robin des graffs de Muriel ZÜRCHNER)

     

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  • « ...le rôle de celle qui, avec ses deux petits livres, avait tenté d'aider chaque femme à s'avouer ce que d'habitude elle ne savait pas se dire ? N'étaient-ce que des formules auxquelles il m'était commode de croire, alors qu'en réalité rient ne me distinguait des femmes de mon âge les plus traditionnelles. Malgré tout ce que je racontais, me laissais-je inventer par un homme au point que ses besoins prévalaient sur les miens et sur ceux de mes filles ? » (p.126)

     « Depuis l'enfance, je lui avais attribué trop de poids, et je m'en sentais maintenant comme libérée. Il était enfin évident qu'elle n'était pas ce que j'étais, et vice versa. Son avis ne m'était plus indispensable, j'avais le mien. Je me sentis forte, non plus victime de mes origines mais capable de les dominer, de leur donner forme et d'obtenir une rédemption pour moi, pour Lila et pour tout un chacun. Ce qui m'avait auparavant entraînée vers le bas était à présent matière pour aller vers le haut. » (p.296-297)

     

      « Elle était également désappointée, je dois dire, lorsque je réduisais à des dimensions banales des personnes connues avec lesquelles j’avais été en contact.

     « En fait, ces gens ne sont pas ce qu’ils paraissent ! conclue-t-elle un matin.

     - Pas du tout. Souvent, ils sont bons dans leur travail. Mais à part ça, ils se comportent avec avidité, aiment faire mal, s’allient avec les forts pour harceler les faibles, forment des clans pour combattre d’autres clans, traitent les femmes comme des toutous qu’on promène et puis, dès qu’ils le peuvent, te balancent des obscénités et ont la main baladeuse, exactement comme chez nous, dans le bus. » (p.306)

      « Je me disais : Voilà ce que tu es devenue ! Pourquoi tu es retournée vivre ici, si tu n'as pas été capable de réagir devant ces deux connards ? Tu es trop comme il faut, tu veux faire ta bourgeoise soucieuse de démocratie qui se mêle à la plèbe, mais t'es ridicule ! ça fait longtemps que tu as perdu tout contact avec cette réalité, tu t'évanouis si tu sens la puanteur de la crasse, celle du vomi ou du sang ! » (p.353)

     « Je me dis que c'était peut-être une question de langue. Elle avait recours à l'italien comme à une barrière et je cherchais à la pousser vers le dialecte, notre langue de la franchise. Mais alors que son italien était traduit du dialecte, mon dialecte était de plus en plus traduit de l'italien, et nous parlions toutes deux une langue factice. » (p.418)

     « - Mais non, t’as pas mal, Lenù ! T’as inventé que tu devais boiter pour que ta mère ne meure pas totalement, et tu as fini par boiter pour de vrai. Et moi qui t’observe, je peux te dire que ça te fait du bien ! Les Solara ont pris ton bracelet et tu n’as rien dit, ça ne t’a pas contrariée, pas inquiétée. Sur le coup, j’ai cru que tu ne savais pas te rebeller, mais après j’ai compris que ce n’était pas ça. Tu vieillis bien. Tu te sens forte, tu as arrêté d’être une enfant, tu es devenue vraiment mère.

     (…)

     Même avoir mal, ça te fait du bien ! Il t’a suffi de boiter un chouia et hop, maintenant ta mère se tient tranquillement en toi. Sa jambe est contente que tu boites, et donc tu es contente toi aussi. Pas vrai ? » (p.426)

       

    (L’enfant perdue. L’amie prodigieuse, tome 4 d’Elena FERRANTE)

     

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  • « - Toi, à part dessiner, reprit Jackson, visiblement fatigué de parler de lui, tu fais quoi d’autre ?

     - Du football, répondit Megan.

     - Du football ? répéta-t-il en pliant les bras pour se faire un oreiller. Tu regardes, c’est ça ?

     - Je joue.

     - Mais tu es une fille ! Les filles ne jouent pas au foot, railla-t-il. (…) Tu devrais avoir de vraies activités de fille, comme… je sais pas… t’occuper de fringues, de maquillage, faire les boutiques.

     

    - Toutes les filles ne se cantonnent pas à ça !

     - Ah bon ? Les filles que je connais ne jouent pas au foot.

     Megan leva les yeux au ciel.

     - Ce que tu peux être bouché… ! Moi, si !

     Jackson digéra l’info dans un bref silence.

     - Et ça marche ?

     - En fait, j’étais la seule fille dans l’équipe du collège, répondit-elle. On s’en sortait pas mal.

     Le son qu’émit Jackson sembla dire qu’il était impressionné.

     - Tu dois être bonne, alors. » (p.101-102)

     

    (A la vie, à la mort ! de Celia BRYCE)

     

     

     

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  •  « - Dieu est bon et miséricordieux, m’a dit un jour maman.

     - Dieu est également châtiment et punition, ai-je ajouté. En tout cas, c’est ce qu’on nous apprend à l’école.

     - Il n’est que douceur et bonté, Dakia. Ce sont les hommes qui peuvent être mauvais ou bons.

      Mes parents se disent « pratiquants laïques ». A l’égard de la religion, maman et papa nous laissent, à Chafia et à moi, une totale liberté. Ils nous ont toujours expliqué que le rapport à Dieu est intime, privé. La foi est affaire personnelle entre Dieu et soi-même, et aucun être humain n’est autorisé à s’immiscer dans cette relation. » (p.14-15)

      

    La foi est affaire personnelle

    « Mes parents m’ont expliqué les raisons qui poussent le GIA à assassiner les intellectuels, les journalistes, les enseignants, les étudiants, etc. Tout ce qui symbolise le savoir, le raisonnement et la critique représente, pour le GIA, un danger pour son projet de société, une république islamique, une société fermée, rétrograde.

     Les groupes armés du FIS – le Front Islamique du Salut – veulent faire de l’Algérie une théocratie, un pays où la religion régirait la société, un pays où il est interdit d’être libre.

     (…)

     Mais les filles, les femmes, quel danger représentent-elles ? » (p.30)

       

     (Dakia, fille d’Alger de DAKIA)

     

     

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  • « - Laurel est la première homosexuelle que je connaisse.

    Une personne sur dix

     - Une personne sur dix est homosexuelle, tu sais, a précisé Laurel. Disons plutôt que je suis la première personne dont tu n'ignores pas l'homosexualité. » (p.149)

      (Les cœurs fêlés de Gayle FORMAN)

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  •  « J'ai cru qu'on allait m'offrir un vélo avec sept vitesses et une selle de sport, un mauve et tout, et puis ils m'en ont offert un qui était bleu clair. Avec un panier. Un vélo de fille en plus.

     - Ben, t'es une fille.

     - Ça c'est du sexisme. Donner des trucs de filles aux gens juste parce que c'est des filles. »

       

    (De bons présages de Terry PRATCHETT)

     

     

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  •  « Vendredi matin, papa a (…) continué de sa belle voix calme :

     

    Peut-on parler de race ?

    - Peut-on parler de race juive ?... Parler d’une race juive, dit Rivet, a exactement le même sens que parler d’une race de bossus. Les études sérologiques montrent que les juifs palestiniens sont des Arabes, les juifs allemands, des Allemands… » (p.64)

      

    (Un lycée pas comme les autres d’Yvonne MEYNIER)

     

     

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  • « La chorale « Les copains d’abord » regroupait des sans-toit qui chantaient pour l’enterrement de leurs condisciples. Ses membres avaient depuis longtemps renoncé à aller dans l’Essonne au cimetière de Thiais, là où la municipalité parisienne envoyait les corps des clochards que personne ne réclamait jamais.

     Trop loin, trop de morts, trop paumé, trop d’emmerdes dans le RER.

     Désormais, « Les copains d’abord » chantaient au Père-Lachaise, le jour de l’enterrement, à l’heure dite… ou à peu près. Un hymne à la vie en guise de salut à un mort. Les chanteurs à la voix cassée par la rue savaient bien que les crevés ne leur en voudraient pas de rester dans Paris centre et d’y faire la manche auprès des touristes attendris par leurs chants. » (p.13)

     

    « - Pourquoi Christiana elle s’assoit par terre où c’est sale et où les gens ils peuvent la voir ?

     - Parce qu’elle s’en fout. Ses fesses n’accrochent pas la poussière ni elle les regards.

     - Elle est imperméable ?

     Sam sourit et confirma :

     - Elle essaie, en tout cas. C’est pas facile, ça demande de l’entraînement. » (p.45)

      

    « Entre deux chansons, la petite demanda :

     - Pourquoi on chante ?

     - Pour que le Galeux ne soit pas seul pour le grand voyage, répondit Christiana.

     (…)

     - Il était gentil, le Galeux ?

     - Les gens comme nous, on ne peut pas se permettre d’être gentils. Et puis, on s’en fiche, petite, c’est pas le problème. Le truc, c’est que le Galeux, c’est un humain mais qu’il est crevé comme un rat. Alors nous, on vient rappeler à tout le monde que c’était un homme. » (p.68)

      

     Les gens comme nous

    «L’interrogatoire achevé, Jordan vida le fond de la bouteille de gel hydroalcoolique sur ses mains.

     Le major Boulet le regarda faire.

     - Tu en as sorti quelque chose ?

     - Elle connaît le grand Black de vue, rien d’autre. Et j’avais pas vraiment envie de jouer les prolongations. Deux minutes de plus, et je craquais. Ces loques, là, elles sont infestées de saloperies et elles font aucun effort pour s’en sortir.

     - Tu crois quoi, Jordan ? Que le monde est juste et qu’eux, ils font exprès de rester en marge ?

     - Ta gueule avec tes leçons de morale franchouillarde, s’insurgea Jordan. Quand on veut, on peut. » (p.82)

     

    « - J’ai pas de conseil à te donner, Sam. Sur ces sujets, tout le monde est à égalité. Mais il y a une chose que je sais. Souffrir parce qu’on a aimé, ça veut dire qu’on a au moins des souvenirs, qu’on a un passé. Tu sais pourquoi je picole pas comme les autres ?

     - Non.

     - Parce que l’alcool anesthésie la vie et brouille la mémoire. On peut pas avoir de futur si on n’a pas eu de passé. » (p.154)

     

    (Robin des graffs de Muriel ZÜRCHNER)

     

     

     

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  • « J'oubliais que j'étais chinoise sauf quand on me le rappelait.

         Mais tu as le visage tout aplati !!!

         Non, mais en vrai ton prénom c'est quoi ?

         Vous mangez vraiment des chiens ? » (p.64)

      

    « Mes parents aussi me rappelaient que j'étais chinoise.

         Ma chérie, tu as vraiment des yeux très bridés. Ils sont trop petits... On m'a fait une petite opération en Chine pour créer une double paupière. On t'opérera la prochaine fois qu'on retourne à Hong Kong, tu veux ? 

    « Tching tchang tchong »

     

     Je n'ai jamais cédé.

     Ni teint mes cheveux en châtain ou porté des lentilles de couleur, comme certains Chinois. » (p.70)

     

     « N'ayant pas d'autres membres de ma famille en France, ça m'a donné l'impression de n'avoir ni mémoire ni passé. C'est sans doute pour ça que j'ai toujours été mauvaise en histoire.

     Le fait d'être née à Hong Kong, sachant que cette ville s'apparente plus à Londres ou New York qu'à Pékin, ne fait qu'accentuer ce sentiment de « non-appartenance ». » (p.82)

     

     « Mes cousines consacrent un budget monstrueux aux produits cosmétiques pour avoir un joli teint. Elles veulent ressembler à des petites japonaises à la peau blanche. Il est très mal vu en Chine d'avoir une peau mate car cela rappelle les « paysans » exposés au soleil. » (p.108)

     

     (Banana Girl. Jaune à l'extérieur, blanche à l'intérieur de Kei LAM)

     

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  • « Ici, nous sommes si nombreuses à ne pas être dans la norme que, finalement, la norme, c'est d’être différente. »

      

    « Déguisés en gens ordinaires

     Des monstres vivent près de nous

     Ni griffes, ni crocs, aucun repère

     Pourtant ils sont présents, c'est tout.

     

    Nous pourrions être sans défense

     Face à ces brutes sans conscience

     Mais ensemble on peut les faire fuir

     Il suffit toi, moi, nous, de se soutenir.

      

    Oui, ton corps est beau tel qu'il est

     Et tes amours ne regardent que toi

     Si vie et mort sont dans nos pensées

     Pour les chanter la poésie est là.

       

    Le monstre est fort, il faut le savoir

     Il joue sur la peur, isole dans le noir

     Mais ensemble on peut le faire fuir

     Il suffit toi, moi, nous, de se soutenir.

       

    Aux heures les plus sombres

     Quand tu te sens découragée

     Que tu pleures dans l'ombre

     Que t'en as marre de lutter

     Que t'es prête à rendre les armes

     Derrière toi jette un coup d’œil

     Et aussitôt sèche tes larmes

     Car je suis là pour toi, et je veille. » (p.84)

     

    La norme ?

      « J'ai regardé Clayton droit dans les yeux et j'ai déclaré : « Parce que ce n'est pas comme si je venais vous voir de mon propre gré pour que vous m'aidiez à calmer mes angoisses. Ce que tout le monde veut à Red Rock, vous la première, c'est me transformer en une espèce d'automate obéissant, qui ne s'opposerait jamais à sa belle-mère, approuverait tout ce que dit son père, et ne ferait jamais rien de « rebelle », du genre se teindre les cheveux et jouer dans un groupe. Ce que vous n'avez pas pigé et que mon père semble avoir oublié, c'est que je n'ai rien d'une rebelle. J'ai simplement été élevée ainsi. » » (p.87)

       

    « Pour cela, je devais changer. Car malgré ce que pensaient Clayton et mon père, malgré mes tatouages, ma coiffure punk et mon goût pour les guitares électriques, j'étais une fille bien. J'avais obéi à mes parents, puis à mon père quand ma mère était partie. J'étais gentille avec Billy. Je ne me droguais pas, je ne buvais pas, je ne volais pas et je n'agressais pas les gens. J'étais honnête. Je pouvais aimer et être aimée. Je n'avais rien de la révoltée dont l'équipe de Red Rock me renvoyait l'image. Mais je me rendais compte que si je voulais sortir d'ici et reprendre ma vie en main, je devais devenir cette fille-là. Le temps était venu de réveiller la rebelle qui sommeillait en moi. » (p.164-165)

      

     « J'ai repris mon souffle avant de continuer : "Ma mère me disait : "Suis ta propre voie sans te préoccuper du reste." C'était son credo. Je n'ai pas dévié. Ce sont les autres qui ont changé de trajectoire. Voilà pourquoi je suis ici." »

       

    (Les cœurs fêlés de Gayle FORMAN)

     

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