•   « Ce printemps-là, on avait donc quatorze ans et on passait notre temps dans la serre pour éviter de devenir adultes. On se tenait à l’écart des gens de notre âge, on faisait bien attention de ne pas écouter le chant de nos hormones qui commençaient à se propager dans notre corps parce qu’on pressentait qu’elles pouvaient envahir notre organisme à n’importe quel moment et sans notre permission. On savait ce qui nous attendait : un matin, on se réveillerait, on sortirait de notre lit et on saurait qu’il faudrait abandonner nos jeux d’enfants. On regarderait autour de nous, on observerait les autres et on serait obligées de faire comme eux. On apprendrait à boire, à fumer, à embrasser. On apprendrait à accepter que les garçons nous regardent, nous touchent. On apprendrait à marcher bien droit, à mettre un pied devant l’autre jusqu’à ce que nos chevilles soient assez musclées pour supporter des chaussures à talons.

     On ne voulait pas de ça.

     Ni Bella, ni Momo, ni moi.

     On refusait. » (p.22)

     

    Éviter de devenir adulte

     

    « - T’as oublié ? T’as oublié ce qu’ils font des filles comme nous ? T’as vraiment oublié ? Jamais, jamais ça ne sera différent, quel que soit notre âge. Pas quand on ressemble à ça.

     J’ai écarté les bras et j’ai tâté mon corps de fille avec mes mains. Bella est restée silencieuse un moment. (…) Au bout d’un moment, elle a levé les yeux vers moi et elle m’a répondu :

     - Je n’ai pas oublié. Mais je ne vais pas me mépriser parce qu’ils le font, eux. Je n’ai pas envie de les laisser gagner.

     J’ai fermé les yeux et je me suis vue avec son regard. C’est là que j’ai réalisé que c’était invisible de l’extérieur. Elle ne pouvait pas comprendre. La Kim qu’elle voyait n’existait plus. Elle avait devant elle une enveloppe corporelle mais elle ne me voyait pas moi. »

      

    « Mes habits recouvraient mon corps de fille et mon corps de fille me recouvrait moi. Ce corps n'avait absolument rien à voir avec moi. » (p.227)

      

    (Trois garçons de Jessica SCHIEFAUER)

     

      

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  •  « Ils ignorent le rôle que joue le stress dans leur propension à l'autosabotage.

     Ce serait un non-sens d'étudier les pratiques des classes populaires et d'en tirer des conclusions, et encore plus de légiférer dessus, sans se pencher d'abord sur le facteur stress et les problèmes dont il est la cause directe (suralimentation compensatoire, tabagisme, dépendance au jeu, alcoolisme, toxicomanie, recours à l'agressivité ou à la violence...). Ceux parmi vous qui ne fréquentent pas, ou peu, les personnes issues d'une catégorie moins favorisée peuvent se sentir démunis face à ces troubles. Moi-même je trouve ces comportements incompréhensibles alors que je les ai presque tous pratiqués, jusqu'à l'écoeurement. Mais ces pratiques nocives sur le long terme, offrent un bref répit aux malheureux torturés par le stress émotionnel, l'angoisse ou le sentiment d'une catastrophe imminente ; elles leur donnent l'illusion, un bref instant, d'avoir les choses en main. Ce surmenage psychologique, qui finit par éroder la volonté, déclenche des envies, des pulsions et des contraintes auxquelles il devient impossible de résister. Le stress est un mal qui frappe sans discrimination sociale, j'insiste beaucoup dessus. Loin de moi l'idée de minorer ou d'étouffer les soucis dont sont victimes les personnes issues des milieux aisés, et je ne dis pas non plus que la classe moyenne n'en souffre pas. Mais le stress émotionnel qui entrave le développement, abîme la santé, sape la mobilité sociale et influe sur le comportement, causant des ravages sans commune mesure au sein des classes laborieuses. Ce phénomène doit être reconnu.

     

    L'influence du stress émotionnel sur les pratiques des classes populaires

    Il y a le « bon stress », qui peut servir de catalyseur et motiver les troupes ou provoquer une gêne passagère. Ce n'est pas ce qui nous occupe ici : celui qui vit dans la précarité, qui a peut-être subi des sévices enfant, celui-là, le stress le dévore de l'intérieur : c'est un brouillard dans lequel il patauge en permanence et qui assombrit chaque aspect de sa vie. Il n'en existe pas de définition médicale précise. Pour faire simple, c'est le corps qui réplique face à ce qu'il perçoit comme un danger psychologique ou émotionnel. Se croyant agressé, l'organisme modifie sa composition chimique et libère hormones et autres substances qui faciliteront le passage à l'acte. Ce processus se déclenche automatiquement, à un niveau inconscient, et avait déjà cours chez notre ancêtre, l'homme des cavernes. En l'espace de plusieurs milliers d'années, les causes du stress ont changé, mais pas la réaction instinctive de notre organisme : les muscles sont irrigués par un afflux de sang, une montée d'adrénaline modifie la prise de décision. Le stress altère également la gestion des réserves d'énergie car, en cas d'émotion intense, l'organisme stocke de la graisse au niveau du ventre pour la brûler une fois que la menace aura disparu. Mais, quand on survit dans des conditions extrêmes, de celles qu'on associe à la pauvreté, la menace est toujours présente et on reste sur le qui-vive, mentalement et physiquement. Alors le stress bouleverse irrémédiablement notre physiologie.» (p.117-119)

      

    (Fauchés. Vivre et mourir pauvre de Darren McGARVEY)

     

     

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    Là où arrivent les hommes médiocres

    « Tout le monde te répète que tu n’y arriveras pas et tu finis par le croire. C’est ce qui s’est passé dans la littérature jusqu’au jour où un certain nombre de femmes ont décidé de faire la sourde oreille et se sont mises à écrire. Et elles ont écrit de bons romans et les hommes qui continuaient à répéter que les femmes ne savaient pas écrire avaient l’air de parfaits imbéciles. Seulement voilà : les femmes doivent être excellentes pour arriver là où arrivent les hommes médiocres. » (p.45)

     

     

     

    (Loin, très loin de tout d’Ursula LE GUIN)

     

     

     

     

     

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  •  « Chaque situation a beau être unique, il est quasiment impossible d'échapper au déterminisme social. Le facteur décisif qui conditionne dès la naissance, la direction que prendra la vie de quelqu'un, ce sont les conditions matérielles. Des études ont démontré qu'on peut prévoir les chances qu'un enfant aura d'accéder à la classe moyenne grâce à son poids de naissance. Les nouveau-nés dont les parents sont issus d'un secteur défavorisé sont globalement plus chétifs que les bébés dont les parents habitent une zone aisée : ils sont 8% à être en dessous du poids moyen chez les premiers contre 5 à 6% chez les seconds.

     A un moment on n'est plus dans l'objectivité, mais dans la procrastination. Et que des gens qui ne connaissent rien à rien répètent à longueur de temps qu'il faut tourner la page, cela peut légèrement agacer.

     

    Le déterminisme social

    Le problème de la pauvreté est souvent étudié comme s'il s'agissait d'un phénomène palpable, d'une entité qui s'abat sur les gens au hasard, sans crier gare. Une créature dotée d'une vie propre qui échappe à tout contrôle. Alors que la pauvreté se rapproche plutôt des sables mouvants : elle vous engloutit malgré les efforts que vous pouvez faire pour vous arracher à son emprise. Plus vous vous débattez, plus vous vous enfoncez. Pour d'autres personnes, c'est un monstre qui vit au loin, quelque part, et il faut à tout prix éviter de tomber sur lui. Et remercier le ciel de ne l'avoir jamais croisé. » (p.161-162)

      

    (Fauchés. Vivre et mourir pauvre de Darren McGARVEY)

     

       

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  •  « Ces personnes vivant avec une altération neuro-développementale, neurodégénérative, intellectuelle, psychique et/ou cognitive ont comme point commun d'avoir une autonomie décisionnelle que je qualifie d'altérée ; elles se caractérisent par un processus d'autodétermination qui ne leur permet pas toujours de faire des choix, ou seulement partiellement ou de manière aléatoire, au regard de l'appréhension qu'elles ont de leur environnement dans une situation donnée.

    (...)

    Cependant, cette altération existe également pour des personnes qui n'ont pas été catégorisées avec une déficience, une incapacité, un désavantage ou un trouble spécifique. » (p.22)

     

    « L'article 64 du Code électoral modifié par la loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées autorise "tout électeur atteint d'infirmité certaine et le mettant dans l'impossibilité d'introduire son bulletin dans l'enveloppe et de glisser celle-ci dans l'urne ou de faire fonctionner la machine à voter" de se faire assister par un électeur de son choix. En outre, si la personne se retrouve dans l'impossibilité de signer, elle peut également se faire aider.

    (...)

    Ce tiers est une aide humaine qui vient compenser les conséquences d'une situation de handicap. Les besoins en aide humaine pour aller voter sont différents selon que les difficultés surviennent à la naissance ou sont acquises avant ou après 60 ans. » (p.25)

     

    Accessibilité ou confidentialité ?

    « Dans le cadre du vote, et plus largement dans le cadre de toutes relations sociales, cette perception trouve ses limites dans la mesure où une personne qui vote, quelle que soit sa situation, est également prise dans un jeu d'interactions, d'influences, et dans un système de contraintes qui entremêlent des êtres humains.

    En effet, "nous sommes tous socialement incorporés, dans un réseau de soutien, même quand nous cherchons à nous émanciper de notre environnement social. Ces soutiens ne se limitent pas à la prise de décision ; ils valorisent notre identité personnelle (Quinn, 2018)". » (p.27)

     

    « Cette perception revient à gripper les leviers d'action favorisant l'accessibilité au vote pour toutes les personnes, et plus particulièrement celles en tutelle nécessitant une aide humaine. En creux, cette option continue à exclure une partie de la population du vote et ne reconnaît pas l'intersectionnalité des handicaps. » (p.28)

     

    « L'acte de vote superpose au moins deux registres de l'autonomie : le fait de compenser une limite strictement physique (impossibilité de donner sa carte) et le fait d'accompagner une décision.

    Ce second registre implique éventuellement de compenser une limite physique (mettre l'enveloppe dans l'urne), mais il inclut également un partage du choix politique avec une tierce personne. Dans cet exemple et dans le cadre des élections, l'autonomie fonctionnelle relève du registre professionnel et l'autonomie décisionnelle relève de la sphère privée. » (p.57)

     

    « Ces possibilités d’expression questionnent au moins une composante de la démocratie : le rôle de l’influençabilité. Elles viennent également redéfinir la manière dont on peut se représenter l’individualité du vote. » (p.93)

     

    (Vote et handicap de Cyril DESJEUX)

     

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  •  

    La démocratie égalitariste

    « C’était cette façon de placer la barre au plus bas, au niveau où tous les hommes sont pareils, semblables à des fourmis, que j’avais surnommée « égalitarisme », mais on commence aujourd’hui à lui décerner des noms étranges comme antiélitisme, ou bien des noms vraiment malséants comme démocratie, des noms qu’on ne devrait même pas avoir le droit de prononcer à moins de vouloir réfléchir là-dessus.

     

    - Les égalisateurs macho et chauvinistes ? dis-je.

     

    - Exactement, répondit-elle. » (p.45-46)

      

    (Loin, très loin de tout d’Ursula LE GUIN)

     

       

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  •  « Les femmes, la communauté LGBTQI, les minorités ethniques et religieuses et les handicapés livrent bataille depuis des décennies pour être représentés comme ils le méritent dans l'éducation, l'art et les médias. Ils ont dû se mobiliser parce que la « culture mainstream » ne brossait pas d'eux un portrait juste et propageait des caricatures entretenues par un petit nombre. Ces débats autour de l'exclusion culturelle s'orientent de plus en plus souvent vers d'autres territoires : l'identité, la perception de notre propre personne et la relation que nous entretenons avec notre propre culture sont autant de facteurs qui expliquent pourquoi certains peuvent se sentir relégués au second plan. A l'instar de la pauvreté, l'interprétation de l'identité dans laquelle on se reconnaît diffère selon les individus. Deux personnes peuvent être strictement identiques en termes de racines, de nationalité, de religion, de genre et d'orientation sexuelle, et estimer ne pas avoir le moindre point commun ; elles trouveraient même insultant qu'on les compare. » (p.207-208)

      

    « Il n'est pas inhabituel que ceux qui se sentent ignorés par la culture grand public mettent les contre-vérités qu'elle propage sur le compte de l'ignorance ou du pouvoir de nuisance de la classe dominante. Les hommes, par exemple, les Blancs, les valides, les hétérosexuels, les Anglais ou les Américains. Chacun voyant midi à sa porte, cela ne surprendra personne que je défende la théorie selon laquelle les inégalités sociales restent la première ligne de fracture d'une société. C'est même une plaie ouverte. Qu'il s'agisse de placer sa confiance dans un médecin, d'être évalué par un enseignant, interrogé par un travailleur social ou un juge pour enfants, menotté par un policier et conseillé par un avocat avant d'entrer dans une salle de tribunal, la catégorie sociale, c'est le problème autour duquel tout le monde tourne sans oser s'y attaquer de front. » (p.208-209)

      

    « Le sujet sensible à gauche, c'est celui de l'  « identité politique ».

     On appelle ainsi un ensemble de théories importées des États-Unis qui portent en réalité plusieurs noms. Par exemple, l'  « intersectionnalité » étudie l'influence que les discriminations (fondées sur le genre, l'appartenance ethnique, l'orientation sexuelle, la religion ou le handicap, entre autres facteurs) ont sur les individus et les groupes sociaux ; c'est l'une des branches de la « justice sociale ». La justice sociale devait initialement enrichir la traditionnelle analyse de classe en faisant tomber certains murs idéologiques et en reflétant la diversité à l'oeuvre au sein de la société moderne. Au fil du temps, elle a remplacé la dialectique marxiste, jugée trop limitée et trop rigide . » (p.255-256)

     

    La politique de l'identité

     

    « Ceux qui croient que la politique de l'identité est la garantie de débats respectueux choisissent de fermer les yeux sur ses aspects les moins glorieux. Ses partisans ont tendance à mettre toute critique sur le dos d'hommes blancs misogynes, « en rogne » et hargneux, qui ne supportent pas de voir leurs prérogatives rognées. La voix de ces militants couvre celle des femmes, des gens de couleur, des personnes queer, gays et transsexuelles à qui l'intersectionnalité est censée donner la parole. Chacune de leurs interventions débute par un démontage en règle de leur interlocuteur, discréditant par avance les opinions contradictoires. Les généralisations sont élevées au rang d'art ; tous les maux de la société sont mis sur le dos des « mâles blancs hétéro », quelle que soit leur catégorie sociale, car ils incarnent le pouvoir et les privilèges. Si l'intersectionnalité était systématiquement appliquée, on obtiendrait un tableau plus complet des dynamiques à l'oeuvre dans notre société multiculturelle – y compris sur les discriminations, les idées préconçues et les violences au sein des minorités elles-mêmes. Les grands tabous, ou les sujets qui fâchent, ce sont le racisme au cœur de la communauté LGBT, l'homophobie parmi les Afroi-Américains, le débat autour de la transidentité dans les cercles féministes, la soumission des femmes dans les communautés musulmanes, la violence domestique chez les couples lesbiens et les mères qui négligent ou battent leurs enfants.

     

    Au lieu de dénoncer la situation privilégiée du mâle blanc, l'intersectionnalité devrait nous expliquer à quel titre des étudiants issus de familles aisées et inscrits dans des universités prestigieuses essayent de nous dicter notre façon de voir, s'approprient notre expérience et prétendent parler en notre nom tout en nous excluant du débat. Quand des contradictions ou des anomalies sont mises en évidence dans leur discours, ils se réfugient derrière le mépris et la diffamation pour étouffer toute critique. » (p.259-260)

     

    « L'intersectionnalité, dans sa forme actuelle, ne met pas en péril les privilèges ; au contraire, elle contribue au fractionnement de la société, elle crée des factions politiques rivales et affaiblit ce que redoutent vraiment les puissants : une classe ouvrière structurée, éduquée et solidaire. » (p.263)

      

    (Fauchés. Vivre et mourir pauvre de Darren McGARVEY)

       

     

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  •  « Nous marchions côte à côte [sous l’apparence de garçons], nous ne nous parlions pas, nous n’en avions pas besoin. L’émerveillement avait totalement envahi nos corps. Tout n’était qu’étonnement. A côté de moi, j’entendais Momo inspirer l’air et les odeurs, je voyais Bella tendre les muscles.

     

    La liberté puissante d’être un garçon et non une proie

    Nous sommes passées à côté d’un groupe de garçons. Nos yeux se sont croisés pendant une fraction de seconde puis ils ont détourné les leurs. C’était étrange. Pas de regard insistant, pas de désir, pas de ricanement. Rien qui ne puisse s’introduire sous notre peau et nous blesser. Juste des regards lointains qui ne nous voyaient pas vraiment.

     

    Nous sommes passées à côté d’un groupe de filles. Instinctivement, nous avons baissé les yeux et je me suis dit que la réalité dans laquelle nous avions mis les pieds était complètement folle, que ce qui nous arrivait était impossible, que ça ne pouvait pas avoir lieu. Mais si. Ce n’était pas un rêve, ni un jeu. Nous croisions des inconnus et nos nouveaux corps se reflétaient dans leurs pupilles. C’était incroyable. Cette constatation vertigineuse m’a fait vaciller. » (p.70)

      

    (Trois garçons de Jessica SCHIEFAUER)

        

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  • « La participation à la citoyenneté revêt plusieurs formes. Dans le secteur du handicap et de la dépendance, on pense souvent aux droits civils et à la possibilité de participer à la vie associative ou, de manière plus restrictive, à la vie d'un établissement dans lequel la personne peut vivre. Participer à la citoyenneté revient également à s'engager dans la vie sociale, à s'inscrire dans le tissu qui compose le collectif de la cité ; avoir des loisirs, aller chez le coiffeur, aller chez le médecin, pouvoir dépenser son argent dans des commerces, etc. Une autre interprétation de cette participation concerne l'exercice d'un mandat électoral ou un engagement syndical. Elle désigne aussi l'implication dans les médias et les réseaux sociaux. Enfin, elle comprend le droit de vote et la participation à la désignation des représentants politiques. » (p.21)

     

    « Le retrait systématique ou optionnel pour une catégorie de la population entre en contradiction avec le droit de vote au suffrage universel affirmé par la Déclaration Universelle des droits de l'homme (1948) dans son article 21. En 1991, l'Organisation des Nations Unies érige en principe numéro un "qu'aucune discrimination fondée sur la maladie mentale n'est admise" et que "toute personne atteinte de maladie mentale a le droit d'exercer tous les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels". » (p.38)

     

    Voter comme tout le monde

    « Tous ces acteurs veulent repositionner les personnes vivant avec un handicap non plus comme des objets de soins mais comme des sujets de droits et les réhabiliter dans toutes les dimensions de leur citoyenneté. » (p.40)

     

    « Ici, il semblerait que, pour le juge des tutelles, le désir de voter de la personne l'emportait sur la capacité de vote. Or, les médecins prenaient peu en compte ce souhait dans l'avais qu'ils remettaient au juge (Bosquet, Mahé, 2018). » (p.41)

     

    « Le travail d'Hélène Thomas montre, ensuite, que ce droit est également un symbole générationnel pour les personnes âgées qui ont pu vivre l'Occupation lors de la seconde guerre mondiale et genré pour les femmes âgées qui n'ont pas pu voter avant 1944 en France. » (p.41)

     

     

    « Une certaine similitude apparaît entre l'histoire de l'accès au vote des femmes et celle des personnes vivant avec un handicap. Cependant, cette dernière ne porterait pas tant sur le fait que les membres de ces deux catégories aient été accusés d'être influençables et manquants de discernement. Les catégories de genre et celles de handicap me semblent recouvrir des spécificités asymétriques relatives à la manière de justifier une difficulté de discernement ou d'influençabilité. Cette similitude porte plutôt sur le besoin d'une période d'apprentissage et le degré d'inclusion des personnes vivant avec un handicap dans les différents espaces composant le monde social. » (p.99)

     

     

    (Vote et handicap de Cyril DESJEUX)

     

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  • « C'est parce que je suis différente. Maman appelle ça être spécial. Je déteste être spéciale. Jamie aussi. Il va au Henley College. Jamie aussi est trisomique. Jamie veut être avec tous les garçons et aller au pub et se marier. Je lui ai dit qu'on pouvait très bien se marier. La maman de Paula Knight est trisomique. On est tous différents, juste comme vous. C'est ce qu'on nous dit à Henley College. Certains d'entre nous peuvent être in-dé-pen-dants et d'autres non. Emma Wilson ne pourra jamais. Elle est très embrouillée dans sa tête. » (p.50)

     

    Des noeuds dans mon cerveau

    « - Tu comprends ce qui est écrit sur le panneau ?

    - J'écoute la voix du tableau de trains parce que c'est plus difficile de lire. Mon professeur dit que j'ai des noeuds dans mon cerveau. Il faut qu'ils se dénouent pour que j'arrive à penser correctement. Je crois que certains noeuds ne s'en iront jamais. » (p.59)

     

    « Maman m’a dit : "Avant tout, Rose, tu es un être humain… on aime pareil… on pense pareil… et on est aussi importants les uns que les autres.» Les mots dans ma tête sont les mêmes que les tiens. Quelquefois, ils sortent juste un peu de travers. » (p.183)

     

    (A la recherche de Jack de Mel DARBON)

     

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