•  « Vous le savez, reprit Chloé, c’est une rebeu. J’ai rien contre, seulement elle n’est pas comme nous.

     - Pourquoi ? Releva Sylvie avec vivacité. Qu’est-ce que tu vois de différent, toi ?

     - D’accord. Mais t’as pas entendu à la télé ce qui se passe en Algérie ? Ça craint. Et puis l’an passé, il y avait une fille en troisième D ; elle est partie pendant les vacances de Pâques et n’est jamais revenue, on l’a mariée de force chez elle.

     (…)

     - ça veut rien dire ! Tu crois que chez nous les filles font ce qu’elles veulent ,

     - On ne nous marie pas de force quand même !

     - Non, c’est devenu rare. Mais on nous oblige à d’autres choses dont on n’a pas envie.

     (…) Quand tu vis dans la rue ou que tu fais toute ta vie un métier pourri, c’est pareil que d’être mariée de force. » (p.9-10)

      

    « Ils sortaient du hall ; dans la rue se tenaient trois des rares Maghrébins du collège, des garçons qui étaient toujours ensemble. C’est alors que Rachid, élève de la classe de Manon, se tourna pour lui faire un sourire que Manon lui rendit.

     Thibaut empoigna soudain Manon par le bras :

     - Me refais plus jamais ça ! Gronda-t-il d’une voix dure.

     Elle se dégagea, étonnée et choquée.

     - Te faire quoi ? Demanda-t-elle.

     - Joue pas l’innocente. Ces gars-là, tu les ignores, ni bonjour, ni bonsoir, compris ?

     - T’es ouf ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

     - Il ne m’arrive rien. Seulement, les Arabes, je ne peux pas les sentir. Ils n’ont rien à faire chez nous, et je ne veux surtout pas qu’ils s’approchent de toi.

     - De quoi tu te mêles ! J’ai juste dit bonjour.

     - Ni bonjour, ni bonsoir, je le répète. Ce sont des musulmans ; des filles, il leur en faut trois ou quatre à chacun, ne l’oublie pas.

     - Facho ! Jeta Sylvie, outrée.

     - Occupe-toi de tes affaires !

     Manon ne savait que dire, heurtée par l’intervention de son copain et par sa véhémence. Elle n’avait rien contre les Arabes, et rien contre Rachid qui se comportait toujours bien avec elle. Elle aimait moins Ahmed, l’autre Maghrébin de sa classe, mais pas du tout en raison de ses origines. » (p.12-14)

     

    Les rebeus

     

    « Le conseiller d’éducation, quant à lui, se rendit rapidement compte du caractère raciste de l’affaire, ce qui inquiéta le principal.

     Celui-ci venait d’un collège d’une grande ville de banlieue, où les problèmes de racisme faisaient partie de la vie de tous les jours, en raison d’une forte proportion, dans un même établissement, d’élèves d’origine étrangère, issus de familles aux conditions de vie souvent difficiles. Problèmes en tous genres, entre Français d’origine (ou du moins de longue date), Maghrébins, Noirs, Turcs, Kurdes, y compris entre élèves arabes et professeurs juifs de confession. Parfois, les Français se trouvaient en minorité ; ils subissaient alors, eux aussi, les pratiques racistes du groupe majoritaire de leur classe. » (p.42-43)

      

    « - D’accord, déclara M. Dévolu, il n’existe aucune preuve de la culpabilité de qui que ce soit. Mais soyons logiques, réfléchissons à qui profite le crime, entre guillemets, fit-il en accompagnant ses paroles d’un geste. Et il conclut : Je n’en dirai pas plus.

     Il n’en dit pas plus, non, mais chacun pensa aux élèves maghrébins. Qui d’autre aurait commis cet acte de vandalisme ? Même Sylvie ne put rejeter l’insinuation du conseiller d’éducation. Seul, le professeur de mathématiques, toujours lui, rappela qu’on manquait d’éléments tangibles, palpables, indispensables pour condamner :

     - Sous-entendre, suggérer, prétendre sournoisement… Je ne suis pas d’accord avec cette façon de faire... » (p.68-69)

      

    «- Le principal voulait une punition exemplaire. Ils vont afficher la décision, pour bien montrer qu’aucune violence ne sera plus tolérée, qu’il faut filer droit, et le reste… Ils ont surtout insisté sur les circonstances aggravantes pour les rebeus : la mob, le nez cassé, le guet-apens à trois dans le couloir. (…)

     Cette fois, il s’agissait de Thibaut, un Thibaut triomphant :

     - (…) Je te l’avais dit que je m’en sortirai : juste une petite semaine de vacances et on n’en parle plus ! Quand aux rebeus, ils sont virés pour de bon ! On a gagné ! On ne verra plus leurs gueules, on reste entre Français au collège ! Mon père est si content qu’il m’a promis une mob neuve à la rentrée ! Depuis le temps que je la voulais…

     Une mob neuve ! Trois mots qui firent tilt, sans que Manon ne sache pourquoi. Elle s’entendit demander :

     - Au fond, ça t’arrange d’avoir eu tes pneus crevés ?

     La voix de Thibaut baissa d’un ton, mais resta aussi excitée, enthousiaste :

     - Ouais, ça fait d’une pierre deux coups : ma mob était pourrie, j’en aurai une autre, et les rebeus sont passés aux chiottes !

     - Dis donc, t’aurais pas crevé tes pneus toi-même ?

     - Qu’est-ce que ça peut faire ? Y a que le résultat qui compte ! » (p.73-74)

      

    (Un jour, au collège de Bertrand SOLET)

     

     

     

     

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  •  « Leur mère avait raison. Tout ce à quoi une fille avait accès, c'était la cuisine, le ménage, le linge, la décoration. Rien de ce qui était rémunéré ne leur était autorisé. » (p.18)

      

    « - Toi, tu aides ton père ! explosa-t-elle. Pourquoi n'ai-je pas le droit d'aider le mien ?
    Saleem haussa les épaules.
    - Tu es une fille. Les filles restent à la maison et travaillent avec leur mère. Les garçons gagnent de l'argent en travaillant pour leur père. C'est comme ça.
    - Pourquoi ? Ce n'est pas comme ça partout, Saleem. Ce matin, quand je suis passée devant l’échoppe du vendeur de thé, sa télévision était allumée. A l’écran, il y avait une Bangladaise qui parlait. Elle était médecin.

     La dernière fois que Père est allé en ville, il nous a raconté qu’il est entré dans un magasin de chaussures qui appartenait à une femme.

     Si elles peuvent y arriver, pourquoi pas moi ? » (p.22)

     

     

    « Elle croisa quelques femmes seulement, et peu de filles de son âge. Elles se détachaient du paysage ambiant comme des fleurs de soucis dans une prairie. Les hommes les toisaient. Naima se prit alors à apprécier de pouvoir marcher libre [elle est déguisée], loin des regards curieux. « Comme c’est simple d’être un garçon ! Songea-t-elle. Je pourrais entrer dans le magasin de thé et regarder la télé si je le voulais. Je pourrais marchander avec les vendeurs de fruits. » (p.58)

      

    « Les études montrent qu’en général les femmes, contrairement aux hommes, engagent des investissements qui profitent à tous les membres de leur famille. C’est la raison pour laquelle les microcrédits mis en place spécifiquement pour les femmes sont une arme puissante dans la guerre contre la pauvreté. » (p.87)

      

    (De père en fille de Mitali Perkins)

     

     

     

     

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  •  « Quand ils avaient su que je vivais dans un appartement de la cité des Mille, leur visage s’était modifié.

     - T’es des nôtres, alors…

     Je n’avais rien répondu, juste levé un sourcil interrogateur.

     - Faut qu’on t’explique… Ici, t’as deux clans. Les petits bourgeois bien propres qui se pavanent en voiture au portail du collège, le matin. Ceux-là, ils habitent de l’autre côté, tu piges ? De l’autre côté… Des petites maisons gentiment collées les unes aux autres avec garage et jardin. Et puis t’as les autres, ceux qui vivent aux Mille, comme nous, empilés les uns sur les autres , et qui viennent à pied le matin, en coupant à travers le square… C’est pas plus compliqué que ça... » (p.33-34)

     

     

    De l'autre côté...

    « « La tête haute », ça veut dire que j’ai purgé ma peine, que j’ai payé pour mes conneries. On est normalement quittes, la justice et moi ! Une fois dehors, une fois franchie la porte de la maison d’arrêt, on devrait désormais me regarder comme n’importe qui, ne plus faire attention à moi. Je sais que ce ne sera pas le cas. Pendant longtemps, je traînerai un écriteau autour de mon cou : « Gérard Lemarchand, ex-taulard » ! Les bruits circulent vite… Les bouches s’ouvrent facilement pour parler des autres, encore plus facilement pour en dire du mal. La taule, il suffit d’une fois pour en faire toute sa vie. Même si tu n’es condamné qu’à trois ans, tu prends « perpète ». Bien sûr, une fois sorti, il n’y a plus de barreaux aux fenêtres… Pour autant, les surveillants sont toujours là : les voisins, regards invisibles derrières les rideaux, épient tes faits et gestes comme les matons à travers l’œilleton de ta cellule, pendant la ronde. Les gens sont toujours là pour te rappeler ton passé de détenu, à la première occasion. Il a suffi de trois permissions pour que je m’en rende compte. «Qui a bu boira... » dit-on. Un taulard, c’est un homme en sursis. A l’avenir, si je commets la plus petite bêtise, si je ne mets pas ma ceinture de sécurité, si je grille malencontreusement un stop, tu peux être certain que ça n’étonnera personne… Un ex-taulard a tous les torts. Toujours. » (p.96-97)

      

    (Libre sur paroles de Michel LE BOURHIS)

     

     

     

     

     

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  •  « Un sac de billes ? Tiens ! Je n’y aurais pas pensé. Pourtant, je l’ai lu. (…)

     C’est un bouquin sur le racisme et l’oppression. Avec un gamin qui ne comprend pas pourquoi les nazis lui en veulent, vu qu’il n’a rien fait de mal. Simplement, il est juif. » (p.105)

     

     « Je dis comment ça a fait tilt, pour moi, quand j’ai réalisé que le racisme parce que quelqu’un est juif ou parce que quelqu’un est petit, dans le fond ça se ressemblait. Et qu’alors j’avais pensé que ce livre pourrait peut-être nous aider à prendre au piège Pédro et sa bande.

     - Tu crois qu’ils vont avoir honte d’être aussi salauds avec toi ? Dit Aurélien avec une tonne de doute dans la voix. » (p.109)

      

    « - On lit plus ? C’est tout ce que tu trouves à dire ? Y a un gamin de dix ans qui découvre qu’on le persécute simplement parce qu’il paraît qu’il est juif, alors que lui, lui, il pense qu’il est le même que tous les autres jours… et toi, toi tu dis : « On lit plus ? »

     (…)

     - On peut pas en parler tout le temps, continue Pédro, c’est fini, on les tue plus à l’heure actuelle, alors faut tirer un trait !

     Voilà ce qu’on attendait : que quelqu’un dise que c’est du passé et qu’on ne tue plus les Juifs. Exactement ça. Parce que, nous, on démarre. C’est Thomas qui lance l’assaut.

    C'est du racisme !

     - C’est trop facile de dire que maintenant on tue plus les Juifs ! D’autres sont persécutés. Regarde les Bosniaques et les Serbes !

     - Et le Rwanda ! crie Stéphanie.

     - Et aux États-Unis y a des lois contre les Noirs !

     - Non, corrige Marine, il y a deux sortes de lois, pour les Blancs et pour les Noirs.

     - Mais c’est pas partout ! C’est que dans le Sud !

     - Et alors ? Qu’est-ce que ça change ? Tu trouves que c’est normal ?

     (…)

     - Vous parlez du Rwanda, de la Yougoslavie, des États-Unis, comme s’il n’y avait qu’à l’étranger qu’on s’en prend aux gens parce qu’ils sont d’une race ou d’une autre. C’est pas mieux en France, faut pas croire !

     - Eh, tout de même, en France on te dit rien parce que t’es noir !

     - On me dit rien, justement parce que je le suis pas ! Et toi non plus, tu l’es pas, et personne dans le collège ! Mais comment ça se passe pour celui qui est noir ? Tu le sais vraiment, toi ?

     - Et toi, qu’est-ce que tu sais ?

     - Je sais que la loi est peut-être la même pour tous en France, mais que les gens sont racistes comme ailleurs.

     - Les gens, mais pas la loi !

     - Et alors ? C’est pas avec la loi que tu vis chaque jour, c’est avec les gens ! Demande à Karim si c’est facile d’être maghrébin ?

     Il y a un silence. (…) Tous les regards convergent sur Karim qui dit, tranquille :

     - Moi, je m’en fous, je suis français.

     - Bien sûr t’es français, mais les gens ils te traitent comment ? Insiste Sylvestre.

     - ça dépend… Mais si tu veux dire qu’il y en a qui me traitent de bougnoul, c’est vrai. (…) Mais je m’en fous, j’ai l’habitude, conclut Karim.

     - C’est pas parce qu’on a l’habitude d’une chose qu’elle est normale et qu’elle ne fait pas mal, dit Maÿlis. Le handicapé que chacun regarde, le gros qu’on appelle « Bouboule », le… le Vietnamien qu’on traite de "Bol de riz" , le… le trop grand dont on se moque et le trop petit qu’on surnomme « le nain », eh bien moi, je trouve que c’est du racisme, que c’est comme pour les Juifs. Pareil. Et que ceux qui insultent les Arabes, les Chinois, les Noirs, les gros, les petits… eh bien ils sont aussi salauds que les nazis ! » (p.130-133)

      

    (Mini Max et maxi durs de Roselyne BERTIN)

     

     

     

     

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  •   « Ce printemps-là, on avait donc quatorze ans et on passait notre temps dans la serre pour éviter de devenir adultes. On se tenait à l’écart des gens de notre âge, on faisait bien attention de ne pas écouter le chant de nos hormones qui commençaient à se propager dans notre corps parce qu’on pressentait qu’elles pouvaient envahir notre organisme à n’importe quel moment et sans notre permission. On savait ce qui nous attendait : un matin, on se réveillerait, on sortirait de notre lit et on saurait qu’il faudrait abandonner nos jeux d’enfants. On regarderait autour de nous, on observerait les autres et on serait obligées de faire comme eux. On apprendrait à boire, à fumer, à embrasser. On apprendrait à accepter que les garçons nous regardent, nous touchent. On apprendrait à marcher bien droit, à mettre un pied devant l’autre jusqu’à ce que nos chevilles soient assez musclées pour supporter des chaussures à talons.

     On ne voulait pas de ça.

     Ni Bella, ni Momo, ni moi.

     On refusait. » (p.22)

     

    Éviter de devenir adulte

     

    « - T’as oublié ? T’as oublié ce qu’ils font des filles comme nous ? T’as vraiment oublié ? Jamais, jamais ça ne sera différent, quel que soit notre âge. Pas quand on ressemble à ça.

     J’ai écarté les bras et j’ai tâté mon corps de fille avec mes mains. Bella est restée silencieuse un moment. (…) Au bout d’un moment, elle a levé les yeux vers moi et elle m’a répondu :

     - Je n’ai pas oublié. Mais je ne vais pas me mépriser parce qu’ils le font, eux. Je n’ai pas envie de les laisser gagner.

     J’ai fermé les yeux et je me suis vue avec son regard. C’est là que j’ai réalisé que c’était invisible de l’extérieur. Elle ne pouvait pas comprendre. La Kim qu’elle voyait n’existait plus. Elle avait devant elle une enveloppe corporelle mais elle ne me voyait pas moi. »

      

    « Mes habits recouvraient mon corps de fille et mon corps de fille me recouvrait moi. Ce corps n'avait absolument rien à voir avec moi. » (p.227)

      

    (Trois garçons de Jessica SCHIEFAUER)

     

      

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  •  « Ils ignorent le rôle que joue le stress dans leur propension à l'autosabotage.

     Ce serait un non-sens d'étudier les pratiques des classes populaires et d'en tirer des conclusions, et encore plus de légiférer dessus, sans se pencher d'abord sur le facteur stress et les problèmes dont il est la cause directe (suralimentation compensatoire, tabagisme, dépendance au jeu, alcoolisme, toxicomanie, recours à l'agressivité ou à la violence...). Ceux parmi vous qui ne fréquentent pas, ou peu, les personnes issues d'une catégorie moins favorisée peuvent se sentir démunis face à ces troubles. Moi-même je trouve ces comportements incompréhensibles alors que je les ai presque tous pratiqués, jusqu'à l'écoeurement. Mais ces pratiques nocives sur le long terme, offrent un bref répit aux malheureux torturés par le stress émotionnel, l'angoisse ou le sentiment d'une catastrophe imminente ; elles leur donnent l'illusion, un bref instant, d'avoir les choses en main. Ce surmenage psychologique, qui finit par éroder la volonté, déclenche des envies, des pulsions et des contraintes auxquelles il devient impossible de résister. Le stress est un mal qui frappe sans discrimination sociale, j'insiste beaucoup dessus. Loin de moi l'idée de minorer ou d'étouffer les soucis dont sont victimes les personnes issues des milieux aisés, et je ne dis pas non plus que la classe moyenne n'en souffre pas. Mais le stress émotionnel qui entrave le développement, abîme la santé, sape la mobilité sociale et influe sur le comportement, causant des ravages sans commune mesure au sein des classes laborieuses. Ce phénomène doit être reconnu.

     

    L'influence du stress émotionnel sur les pratiques des classes populaires

    Il y a le « bon stress », qui peut servir de catalyseur et motiver les troupes ou provoquer une gêne passagère. Ce n'est pas ce qui nous occupe ici : celui qui vit dans la précarité, qui a peut-être subi des sévices enfant, celui-là, le stress le dévore de l'intérieur : c'est un brouillard dans lequel il patauge en permanence et qui assombrit chaque aspect de sa vie. Il n'en existe pas de définition médicale précise. Pour faire simple, c'est le corps qui réplique face à ce qu'il perçoit comme un danger psychologique ou émotionnel. Se croyant agressé, l'organisme modifie sa composition chimique et libère hormones et autres substances qui faciliteront le passage à l'acte. Ce processus se déclenche automatiquement, à un niveau inconscient, et avait déjà cours chez notre ancêtre, l'homme des cavernes. En l'espace de plusieurs milliers d'années, les causes du stress ont changé, mais pas la réaction instinctive de notre organisme : les muscles sont irrigués par un afflux de sang, une montée d'adrénaline modifie la prise de décision. Le stress altère également la gestion des réserves d'énergie car, en cas d'émotion intense, l'organisme stocke de la graisse au niveau du ventre pour la brûler une fois que la menace aura disparu. Mais, quand on survit dans des conditions extrêmes, de celles qu'on associe à la pauvreté, la menace est toujours présente et on reste sur le qui-vive, mentalement et physiquement. Alors le stress bouleverse irrémédiablement notre physiologie.» (p.117-119)

      

    (Fauchés. Vivre et mourir pauvre de Darren McGARVEY)

     

     

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  •  

    Là où arrivent les hommes médiocres

    « Tout le monde te répète que tu n’y arriveras pas et tu finis par le croire. C’est ce qui s’est passé dans la littérature jusqu’au jour où un certain nombre de femmes ont décidé de faire la sourde oreille et se sont mises à écrire. Et elles ont écrit de bons romans et les hommes qui continuaient à répéter que les femmes ne savaient pas écrire avaient l’air de parfaits imbéciles. Seulement voilà : les femmes doivent être excellentes pour arriver là où arrivent les hommes médiocres. » (p.45)

     

     

     

    (Loin, très loin de tout d’Ursula LE GUIN)

     

     

     

     

     

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  •  « Chaque situation a beau être unique, il est quasiment impossible d'échapper au déterminisme social. Le facteur décisif qui conditionne dès la naissance, la direction que prendra la vie de quelqu'un, ce sont les conditions matérielles. Des études ont démontré qu'on peut prévoir les chances qu'un enfant aura d'accéder à la classe moyenne grâce à son poids de naissance. Les nouveau-nés dont les parents sont issus d'un secteur défavorisé sont globalement plus chétifs que les bébés dont les parents habitent une zone aisée : ils sont 8% à être en dessous du poids moyen chez les premiers contre 5 à 6% chez les seconds.

     A un moment on n'est plus dans l'objectivité, mais dans la procrastination. Et que des gens qui ne connaissent rien à rien répètent à longueur de temps qu'il faut tourner la page, cela peut légèrement agacer.

     

    Le déterminisme social

    Le problème de la pauvreté est souvent étudié comme s'il s'agissait d'un phénomène palpable, d'une entité qui s'abat sur les gens au hasard, sans crier gare. Une créature dotée d'une vie propre qui échappe à tout contrôle. Alors que la pauvreté se rapproche plutôt des sables mouvants : elle vous engloutit malgré les efforts que vous pouvez faire pour vous arracher à son emprise. Plus vous vous débattez, plus vous vous enfoncez. Pour d'autres personnes, c'est un monstre qui vit au loin, quelque part, et il faut à tout prix éviter de tomber sur lui. Et remercier le ciel de ne l'avoir jamais croisé. » (p.161-162)

      

    (Fauchés. Vivre et mourir pauvre de Darren McGARVEY)

     

       

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  •  « Ces personnes vivant avec une altération neuro-développementale, neurodégénérative, intellectuelle, psychique et/ou cognitive ont comme point commun d'avoir une autonomie décisionnelle que je qualifie d'altérée ; elles se caractérisent par un processus d'autodétermination qui ne leur permet pas toujours de faire des choix, ou seulement partiellement ou de manière aléatoire, au regard de l'appréhension qu'elles ont de leur environnement dans une situation donnée.

    (...)

    Cependant, cette altération existe également pour des personnes qui n'ont pas été catégorisées avec une déficience, une incapacité, un désavantage ou un trouble spécifique. » (p.22)

     

    « L'article 64 du Code électoral modifié par la loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées autorise "tout électeur atteint d'infirmité certaine et le mettant dans l'impossibilité d'introduire son bulletin dans l'enveloppe et de glisser celle-ci dans l'urne ou de faire fonctionner la machine à voter" de se faire assister par un électeur de son choix. En outre, si la personne se retrouve dans l'impossibilité de signer, elle peut également se faire aider.

    (...)

    Ce tiers est une aide humaine qui vient compenser les conséquences d'une situation de handicap. Les besoins en aide humaine pour aller voter sont différents selon que les difficultés surviennent à la naissance ou sont acquises avant ou après 60 ans. » (p.25)

     

    Accessibilité ou confidentialité ?

    « Dans le cadre du vote, et plus largement dans le cadre de toutes relations sociales, cette perception trouve ses limites dans la mesure où une personne qui vote, quelle que soit sa situation, est également prise dans un jeu d'interactions, d'influences, et dans un système de contraintes qui entremêlent des êtres humains.

    En effet, "nous sommes tous socialement incorporés, dans un réseau de soutien, même quand nous cherchons à nous émanciper de notre environnement social. Ces soutiens ne se limitent pas à la prise de décision ; ils valorisent notre identité personnelle (Quinn, 2018)". » (p.27)

     

    « Cette perception revient à gripper les leviers d'action favorisant l'accessibilité au vote pour toutes les personnes, et plus particulièrement celles en tutelle nécessitant une aide humaine. En creux, cette option continue à exclure une partie de la population du vote et ne reconnaît pas l'intersectionnalité des handicaps. » (p.28)

     

    « L'acte de vote superpose au moins deux registres de l'autonomie : le fait de compenser une limite strictement physique (impossibilité de donner sa carte) et le fait d'accompagner une décision.

    Ce second registre implique éventuellement de compenser une limite physique (mettre l'enveloppe dans l'urne), mais il inclut également un partage du choix politique avec une tierce personne. Dans cet exemple et dans le cadre des élections, l'autonomie fonctionnelle relève du registre professionnel et l'autonomie décisionnelle relève de la sphère privée. » (p.57)

     

    « Ces possibilités d’expression questionnent au moins une composante de la démocratie : le rôle de l’influençabilité. Elles viennent également redéfinir la manière dont on peut se représenter l’individualité du vote. » (p.93)

     

    (Vote et handicap de Cyril DESJEUX)

     

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  •  

    La démocratie égalitariste

    « C’était cette façon de placer la barre au plus bas, au niveau où tous les hommes sont pareils, semblables à des fourmis, que j’avais surnommée « égalitarisme », mais on commence aujourd’hui à lui décerner des noms étranges comme antiélitisme, ou bien des noms vraiment malséants comme démocratie, des noms qu’on ne devrait même pas avoir le droit de prononcer à moins de vouloir réfléchir là-dessus.

     

    - Les égalisateurs macho et chauvinistes ? dis-je.

     

    - Exactement, répondit-elle. » (p.45-46)

      

    (Loin, très loin de tout d’Ursula LE GUIN)

     

       

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