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    « Si quelque chose en nous sert de cible, on voudrait pouvoir le changer : la voix, la couleur de peau, le corps, la démarche, les cheveux, les goûts... Mais non. On est comme on est. Ce n'est pas nous qui avons un problème, mais ceux qui nous harcèlent.

     

    Même si on se trouve trop petit, trop gros, trop ci ou trop ça, cela ne justifie pas le harcèlement. Personne n'est parfait. Alors si tu te fais harceler parce que tu es différent, cela montre surtout que celui qui te harcèle a un problème, pas toi. » (p.32)

     

    On est comme on est

     

    « Je ne suis pas définie par une étiquette :

     

    ni le harcèlement, ni mon passé ne me définissent.

     

    Je ne suis pas une victime, ni une harcelée.

     

    Toi et moi, nous ne sommes pas enfermés dans un moule.

     

    Nous pouvons choisir comment nous voulons être perçus.

     

    A ton tour de t'interroger : (…) Qu'aimerais-tu faire de ta vie ? Qui voudrais-tu devenir ?

     

     

     

    Le harcèlement ne te définit pas.

     

    Toutes les possibilités te sont ouvertes. » (p.146)

     

     

     

    (Guide de survie pour ados et autres conseils pour résister au harcèlement d'Aija MAYROCK)

     

     

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    « Sois proche de tes amis et plus encore de tes ennemis, disait toujours maman. Être l'amie d'Amber me permettait de la surveiller et de m'assurer qu'elle ne me poignarderait pas dans le dos. Je la soupçonnais d'être mon amie pour la même raison. Malgré tout ça, avec les années, un accord tacite s'était installé entre nous : je gardais ses secrets, et elle gardait les miens. » (p.35)

     

     

     

    « Je me souvins avoir vu un psy, dans un talk-show, qui affirmait que les gens infidèles étaient les premiers à accuser les autres de les tromper. J'imaginais que la même chose pouvait s'appliquer à la médisance. » (p.36)

     

     

     

    « - Mais pourquoi tu fais ça, Amber ? Pourquoi tu t'en prends aux gens comme ça ? C'est pas toi.

     

    - Justement. Je n'ai pas le droit d'être qui je suis vraiment.

     

    Malgré tout ce qu'elle avait fait, je me sentis mal pour elle. Je savais exactement ce que ça faisait, de vivre une vie qui ne nous correspondait pas. Comment les choses se seraient-elles passées entre nous si nous avions été honnêtes l'une envers l'autre ? Avec tant de choses en commun, nous aurions pu devenir de vraies amies. » (p.168)

     

    Le droit d'être qui on est vraiment

     

    « Si je pouvais me débarrasser définitivement d'Amber, je pourrais me concentrer sur la reconstruction de ma réputation. Mais en y songeant, je sentis ma gorge se nouer. Honnêtement, ruiner la vie de quelqu'un d'autre allait-il rendre la mienne meilleure ? » (p.169)

     

     

     

    « J'aurais vraiment voulu parler à Amber. Lui dire que je comprenais ce que ça faisait de faire semblant d'être quelqu'un d'autre. Même si je ne pensais pas qu'elle m'aurait crue ni même écoutée. Je ne savais même pas pourquoi c'était aussi important pour moi. Après tout, elle était celle qui avait voulu ruiner ma vie. Elle ne savait pas qu'en m'exposant, elle m'avait en fait libérée.

     

    J'espérais juste qu'un jour, elle arrêterait de faire semblant et vivrait sa vie comme elle l'entendait. Chaque fois que je m'obligeais à entrer dans le moule que ma mère avait créé pour moi, j'avais l'impression de me briser encore un peu plus. Si Amber s'obstinait à jouer la comédie toute sa vie, les fragments de sa vraie personnalité finiraient par être trop petits, trop disséminés, pour être rassemblés. Je ne savais pas ce qui arrivait aux gens une fois qu'ils n'étaient plus réparables. J'espérais seulement que je n'aurais jamais à le découvrir. » (p.232)

     

     

     

    (Blacklistée de Cole GIBSEN)

     

     

     

     

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    « J'ai toujours été une rêveuse. Créer mon futur Moi m'a aidée à dominer mes peurs. (…)

     

    Pense à ce que tu seras devenu dans dix ans (…) à tout ce qui peut t'aider à te visualiser et à te projeter dans le futur. (…) Le futur Toi est une partie de toi qui a déjà triomphé du harcèlement. Il va t'aider à traverser l'épreuve actuelle. » (p.87)

     

     

     

    « Ton futur Toi est toujours disponible, surtout quand tu n'as personne d'autre. Pendant la journée, imagine-le près de toi. Il te regarde et s'assure que tout va bien, il te protège quand tu en as besoin. Il ne t'abandonnera pas tant que tu continueras de rêver et de croire en toi. » (p.91)

     

    Des astuces pour aider à traverser l'épreuve

     

    « Les trois pavillons

     

     

     

    Pavillon vert : Tu es en lieu sûr, tu te sens bien avec ceux qui sont là et avec leur comportement.

     

     

     

    Pavillon jaune : Certains détails te rendent nerveux. Sois plus vigilant surtout.

     

     

     

    Pavillon rouge : Tu es ou tu te sens en danger. Tu es mal à l'aise à cause du lieu, des personnes présentes ou de leurs actes. Cela peut dégénérer très vite. Pars ! Être en sécurité est une priorité absolue. » (p.108)

     

     

     

    « Q : Que faire si personne ne m'écoute ?

     

     

     

    R : Ne jamais renoncer. Il faut continuer de chercher la bonne personne qui prendra le temps d'écouter et d'aider. On doit parfois subir des échecs avant de réussir. Mais surtout, surtout, il ne faut pas laisser tomber. C'est vrai qu'on se sent transparent, invisible, mais il faut en tirer de la force.

     

    Pendant des années, j'ai cru que je ne rencontrerais jamais de profs, d'élèves ou d'adultes qui m'écouteraient enfin. Je pensais que c'était fichu, mais j'avais tort. Finalement, j'ai trouvé un enseignant pour m'aider. Et j'ai rencontré de vrais amis qui ont pris la peine de m'écouter. Cela te semble impossible maintenant, mais impossible ne veut rien dire. Ça l'est seulement si tu le penses.

     

    Crois-moi, c'est possible. Tu connaîtras le même bonheur que moi. » (p.156)

     

     

     

    (Guide de survie pour ados et autres conseils pour résister au harcèlement d'Aija MAYROCK)

     

     

     

     

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  • « Les trucs quotidiens, ce que les autres font sans y penser, comme verser de la sauce, faire ses lacets ou pisser, me demandent une concentration énorme. Quand je fais la queue à la cantine et que c'est à moi de me servir, les autres s'écartent parce qu'ils savent que quelques morceaux de poisson pané risquent de gicler de la louche.

    Kristin craint que ce ne soit dû à une lésion cérébrale. Moi, je sais ce que c'est : je réfléchis trop. Je pense tout le temps mais jamais à ce qui occupe mes mains et mes pieds. Mes pensées sont comme des oiseaux. Et mon visage est comme la scène d'un théâtre. Ce qui se passe à l'intérieur de moi y est représenté ouvertement. » (p.54-55)

    « En fait, pour moi, les jours gris n'existent plus, il n'y a plus de jours dépourvus de sens. Il n'y a plus que des jours et ils ont tous de la valeur puisque chacun d'entre eux constitue un morceau du puzzle qu'est ma vie. Il n'y a pas non plus de jours bons, même s'il m'est arrivé de me dire qu'un jour sans douleur était un jour bon. » (p.199)

    « Quand vous m'avez abandonné sur la colline, j'étais convaincu que j'allais mourir. J'ai d'abord fait le mort pour avoir la paix, pour que vous arrêtiez de frapper. En réalité, c'est quand vous vous êtes barrés que l'enfer a commencé.. » (p.200)

    « Je n'éprouve pas le besoin de pleurer. Ce qui s'est passé ne m'a pas rendu triste. On pleure quand on perd un chat. Mais on ne pleure pas quand nos copains nous trahissent, quand ils nous tabassent, nous humilient, essaient de nous tuer et nous abandonnent dans la forêt. On est blessé. On est en colère. On se relève. On montre qu'on n'accepte pas. On ne peut pas faire autrement. Il faut se venger. Sinon, on coule. » (p.212)

    Quand vous m'avez abandonné...


    « Pourquoi je n'ai rien dit ?
    C'est seulement maintenant que cette question m'apparaît. (…)
    Je me demande si j'ai eu raison de ne rien dire.
    Et je ne sais pas pourquoi je commence à en douter. Existe-t-il une manière de faire qui soit la bonne ? Si oui, y en aurait-il une mauvaise ?
    (…)
    Quand l'hélicoptère a atterri sur la colline, je me croyais en train de mourir, persuadé que le sauvetage arrivait trop tard. J'étais convaincu que j'étais resté couché à côté de mon feu pendant des jours et des jours et il m'a fallu un certain temps pour accepter que ce n'était pas le cas. Par moment, j'avais perdu connaissance.
    Oui, j'avais fait un feu, relativement grand, j'avais mangé un peu de lièvre et j'avais réussi à descendre au marécage pour boire.
    On m'a dit que je m'en étais sorti de façon exemplaire. Je n'ai pas bien compris ce qu'ils avaient voulu dire par là. » (p.231-232)

    « Il faut dire que tu ne passes pas inaperçu avec ton béret noir et ta longue écharpe noire. Tu sembles si différent, Kim. Je sais que tu l'es aussi. Tu es quelqu'un de très particulier. Oui, je t'aime bien. Plus qu'avant. Ce n'était pas le cas au début. Tu me faisais un peu peur à cause de tes vêtements. Je croyais que tu cherchais à te faire remarquer pour montrer que tu étais mieux que nous. Nous l'avons tous cru, d'ailleurs. Nous pensions que tu faisais partie de ces gens qui savent tout mieux que tout le monde. C'était avant que je ne comprenne que tu es réellement différent. Et que tu penses d'une manière différente. Tu réfléchis tellement, Kim !
    J'avais peut-être aussi un peu de peine pour toi. Tu étais toujours si seul. C'est moi qui ai demandé à Philip de te proposer de venir avec nous. D'abord, il n'a pas voulu. Probablement parce qu'il te trouvait trop... oui, différent. Je crois qu'il ne t'avait même pas remarqué jusque-là.
    » (p.247)

    (Faire le mort de Stefan CASTA)

     

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    « J’y ai réfléchi un bon moment, en silence, et ensuite j’ai jeté un coup d’oeil à Sam.

    - Il l’a violée, c’est ça ?

    Elle a juste hoché la tête. Impossible de dire si elle était triste ou si elle était juste au courant de plus de choses que moi.

    - On devrait le dire à quelqu’un, tu crois pas ?

    Cette fois, Sam a juste fait non de la tête. Ensuite elle m’a expliqué tout ce qu’il fallait faire de compliqué pour pouvoir prouver ce genre de chose, surtout au lycée, quand ça se passe entre un garçon et une fille qui sont amoureux et bien vus des autres. » (p.46)

    Difficile à prouver



    « Je ne vais pas dire qui. Je ne vais pas dire quand. Je vais juste dire que ma tante Helen a été « agressée sexuellement ». Je déteste cette expression. La personne qui a fait ça était très proche d’elle. C’était pas son père. Elle a fini par le dire à son père. Il l’a pas crue à cause de qui c’était : un ami de la famille. ç’a rien arrangé, loin de là. Ma grand-mère a jamais rien dit non plus. Et cet homme, il a continué de leur rendre visite. » (p.109)

    (Le monde de Charlie de Stephen CHBOSKY)

     

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  •  

    « Je ne sais pas pourquoi ils sont comme ça. (…) On est polis chez nous. On ne se fait pas remarquer, on ne fait pas de scandale. Les profs, eux, ne disent rien. Dans la cour, il y a des surveillants, mais ils ne font rien non plus. Ils ne l'avoueront pas, mais ils avaient autant peur que moi. Ils auraient pu faire quelque chose à l'intérieur de l'établissement, ils avaient le droit d'intervenir, mais ils ne l'ont jamais fait. Dans mon cas, ils ne me croyaient pas. Et ils avaient la trouille. En récréation, il faudrait presque un gardien. Quelqu'un qui surveille vraiment, qui n'ait pas peur, qui voie quand les élèves coincent un autre élève contre un mur. Parce que ça se passe toujours de la même manière. Ils savent bien faire ça. Ils se mettent en rond comme s'ils jouaient, et celui qui est coincé se prend des coups partout. On lui prend son argent, on le « traite » sur ses baskets , parce qu'elles sont nulles, on l'insulte sur sa race. S'il a un gros nez, s'il est trop petit, c'est pareil.

     

     

     

    J'aurais beaucoup mieux travaillé si on m'avait laissé dans mon coin sans m'embêter. Parce que ma vie à l'école, ça n'a été que des insultes et des menaces. Je m'en veux tellement de ne pas avoir réussi à en parler. Mais je suis décidé maintenant. J'ai dix-huit ans, j'ai grandi. Je suis allé porter plainte à la police. (…)

     

    Pourquoi ils s'en sont pris à moi ?

     

    Le psychologue qui me suit m'a bien aidé à comprendre pourquoi ils s'en sont pris à moi. Il m'a dit que j'ai été une victime parce que j'avais tout pour ça : je ne me bagarre pas, je suis trop gentil, je n'étais pas bon à l'école, j'étais gros, et je ne parlais pas. Je me laissais prendre mon argent sans résister. C'était facile pour eux. Et moi, pendant ce temps, je pensais au suicide.

     

     

     

    Ce que je voudrais, c'est que ça ne recommence pas pour les autres . Pour ceux qui vont à l'école aujourd'hui. Quand on est harcelé, ça rend fou de ne pas savoir ce qu'il faut faire. Sur notre site internet, on a mis des conseils si ça arrive : parler à sa famille, au proviseur, et même à la police. Il faut essayer de ne pas avoir peur. Parfois, le harcèlement, c'est comme la guerre. Si non a envie de mourir, comme j'ai fait, il faut parler. Ce livre, il est pour que les parents fassent plus attention aux enfants. Il est aussi pour que les profs identifient mieux ceux qui se font « traiter ». Les profs ne doivent plus avoir peur de punir les élèves violents. Le directeur doit directement parler aux parents des agresseurs pour les menacer d'exclusion. Ces jeunes-là n'ont rien à faire au collège, ils ne veulent même pas travailler.

     

     

     

    Si un élève veut mourir comme je l'ai fait, il faut qu'il écoute ce que je dis. Ça ne sert à rien de mourir. Quand on meurt, c'est les autres qui gagnent. Et puis les autres, je veux qu'ils aillent en prison, qu'ils restent longtemps enfermés. » (p.129-132)

     

     

     

    (Condamné à me tuer de Jonathan DESTIN)

     

     

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    Le p'tit sac à dos

     

     

     

    « L'était pas bien grand

     

    L'était pas bien gros

     

    Et toujours courant

     

    Jamais au repos

     

    Sourire aux oreilles

     

    Et loin d'être idiot

     

    Sitôt le réveil

     

    Il portait faraud

     

     

     

    Un p'tit sac à dos

     

     

     

    Un p'tit sac fidèle

     

    Et bien comme il faut

     

    Avec des bretelles

     

    Des poches à gogo

     

    Ce qu'il y rangeait

     

    On n' savait pas trop

     

    Parait qu'il gardait

     

    Même pour faire dodo

     

     

     

    Son p'tit sac à dos

     

     

     

    Si on v'nait lui dire

     

    Pose ton ballot

     

    Ça le faisait rire

     

    C'était rigolo

     

    J' peux danser la gigue

     

    Et le fandango

     

    Jamais j' me fatigue

     

    C'est pas un fardeau

     

     

     

    Mon p'tit sac à dos"

     

     

     

    Qu'as-tu là-dedans?

     

    Est-ce ton magot?

     

    De l'or des diamants

     

    Un Eldorado

     

    Il répondait Chut

     

    Dites plus un mot

     

    C'est mon parachute

     

    Mon attrape-nigaud

     

     

     

    Mon p'tit sac à dos

     

    Le p'tit sac à dos

     

    Un soir de décembre

     

    Il y eut un complot

     

    On vint dans sa chambre

     

    Avec des ciseaux

     

    On trouva discrète

     

    Cachée aux badauds

     

    Fragile et secrète

     

    Comme incognito

     

     

     

    La bosse de son dos

     

     

     

    Il dit C'est ma mère

     

    Qui m' fit ce cadeau

     

    Pour m'avoir fait naître

     

    'Vec un bout de trop

     

    Y mit son amour

     

    Pour me tenir chaud

     

    Depuis j'ai toujours

     

    Qu'il vente ou fasse beau

     

     

     

    Mon p'tit sac à dos

     

     

     

    Tour à tour j'y range

     

    La neige en cristaux

     

    Des parfums d'orange

     

    Et des chants d'oiseaux

     

    Des rêves de fleurs

     

    De bruits de ruisseaux

     

    Pour porter bonheur

     

    Touchez dans mon dos

     

     

     

    Mon p'tit sac à dos

     

     

     

    Pour porter bonheur

     

    Touchez dans mon dos

     

     

     

    Mon p'tit sac à dos »

     

     

     

    Anne SYLVESTRE – Juste une femme (2013)

     

     

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    « En sixième, je n'avais pas de copains, en cinquième non plus. Quand j'ai redoublé, les nouveaux sont arrivés. Pour faire pareil, s'attaquer à moi parce que je me laissais tout le temps faire. Je ne répondais pas. Ils se regroupaient entre eux. Ils me cherchaient sur le physique, les fringues, les filles aussi. Moi, je n'avais pas de copine, alors j'étais encore plus un con pour eux. Dans ma tête, je les traitais de grands cons. Mais ça ne sortait pas. J'espérais tellement qu'ils m'oublient, me lâchent pour de bon.

     

    Dans la classe, pendant les cours, ça allait encore. Mais c'était à la récréation. Je voyais arriver les grands du collège, ceux de troisième. Souvent, je restais dans les couloirs ou dans une cage d'escalier, pour me cacher, j'attendais que ça passe. Les professeurs, eux, voulaient m'obliger à quitter mes cachettes.

     

    - Il faut aller dans la cour de récréation, il faut aller jouer... allez !

     

    Mais moi, je ne jouais pas dans cette cour, je me faisais frapper. Je répondais aux professeurs :

     

    - J'aime bien rester seul. Je réfléchis.

     

    Je n'ai jamais dit qu'ils m'embêtaient. Les grands m'avaient prévenu de me taire :

     

    - Sinon, demain, on va te faire encore plus mal.

     

    - On va te tabasser, on va te tuer...

     

    Ils se croyaient plus forts que tout le monde.

    Dans la cour

     

    L'année de quatrième a été pire que les autres. A la fin de ma deuxième cinquième, mes parents avaient décidé de me changer d'école. Ils m'ont mis au collège Saint-Pierre, à Lille, un établissement privé avec une classe de quatrième beaucoup plus ralentie. J'avais le même programme que les autres quatrièmes, mais en plus lent. Ça me convenait mieux, ma moyenne était bien meilleure. Malheureusement, les élèves étaient aussi embêtants avec moi. Pas ceux de ma classe, mais les élèves des autres classes de quatrième, les classes pas aménagées. Ils m'attaquaient dans la cour. C'était un collège-lycée, et les lycéens s'en prenaient aux collégiens. Ils faisaient un mur autour de moi. Ils se mettaient devant et de chaque côté, pour que je ne puisse pas m'échapper. Ils me traitaient de bon à rien. Ils disaient :

     

    - Bon à rien, tu sers à rien... T'as rien à foutre là, ça sert à rien, pour toi, d'être sur Terre... faut te barrer...

     

    Un jour, ils m'ont coincé contre le mur et m'ont cogné la tête. Un prof est intervenu mais les autres ont dit que j'étais tombé tout seul.

     

    - Non, c'est pas nous, c'est lui, il s'est fait mal tout seul, on n'y est pour rien.

     

    Moi j'ai dit que c'étaient eux qui m'avaient tapé. Mais il ne m'a pas cru. Il a cru les autres parce qu'ils étaient quatre ou cinq. Le prof, lui, était tout seul et, peut-être, il ne voulait pas d'ennuis. Les profs ont souvent peur qu'on leur crève un pneu. Après, pour eux, c'est trop de problèmes, alors ils laissent tomber. C'est pour ça aussi qu'on ne dit rien.

     

    Parce que ça ne sert à rien. » (p.39-41)

     

     

     

    (Condamné à me tuer de Jonathan DESTIN)

     

     

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    « C'est en CM2 qu'ils ont commencé à m'embêter. Ils me « traitaient » du matin au soir. Au début, c'étaient des moqueries, sur mon nom de famille, Destin. Ils trouvaient toujours des mots qui allaient avec. Ils disaient : « C'est ton destin. » C'est ton destin d'être nul... ton destin d'être gros. A force de l'entendre, ça me faisait mal. T'es un con... T'es gros... J'étais assez enrobé. A onze ans, je devais faire dans les soixante-dix kilos. On m'embêtait surtout dans la piscine. Dès qu'ils me voyaient nager, ils balançaient des insultes sur mon compte. Évidemment, mes bourrelets, ils se voyaient bien dans l'eau. Je mangeais très mal cette année-là, parce que je grignotais entre les repas, beaucoup, j'avais toujours faim. Je pense que c'était une compensation. Plus les autres me traitaient de gros, plus je mangeais. La nourriture me réconfortait un peu, surtout le sucré comme les tartines de Nutella ou les biscuits. Ma mère me disait bien de faire attention. Mais moi, plus j'entendais les moqueries, plus j'entendais les insultes - « T'es gros... Gros porc... » - et plus je mangeais. Les garçons et les filles m'embêtaient comme ça tout le temps. C'était plus dur encore quand c'étaient les filles. Je ne disais rien, je ne répondais rien, je me taisais, j'avais peur d'eux. Le matin, je n'osais pas aller à l'école. Mes parents voyaient bien, quand j'avais des contrôles, que ça n'allait pas au niveau de mes notes. Je pense qu'ils savaient que je me faisais embêter. Une fois, ma mère a eu des doutes. Elle m'a suivi sur le chemin de l'école. Elle était loin derrière moi. A un moment, elle a vu des jeunes qui se mettaient à me jeter des cailloux. Ils étaient cachés derrière des voitures. Elle les a reconnus. Ils venaient d'une autre école. Je suis arrivé en classe en pleurant. Ma mère, elle, est allée voir le directeur de cette école et lui a désigné les fautifs :

     

    - Ces trois jeunes-là ont jeté des cailloux à mon fils.

     

    Le directeur les a tout de suite punis et ils n'ont pas recommencé. Mais les autres, ceux de mon école, eux, ont continué. Ils me bousculaient tout le temps. C'étaient des insultes sans arrêt. Un groupe de quatre garçons s'en prenait toujours à moi. Parmi eux, il y en avait un qui, au début, était plutôt gentil avec moi. Du moins, c'était ce que je pensais. On avait le même âge. Et puis un jour, il a commencé à me frapper, parce qu'il m'avait « traité » et que je lui avais répondu. Il s'est mis à me cogner. Et tous ses copains sont venus le rejoindre et ils m'ont tapé tous en même temps. Ils me frappaient sur la tête, dans les jambes, avec leurs mains, leurs pieds. Ils avaient dit du mal sur ma mère :

     

    - Ta mère, c'est une grosse comme toi !

     

    Je n'ai pas supporté ça. Sur moi, je pouvais encore supporter et me taire, mais pas sur elle. J'ai répondu :

     

    - Non, c'est pas vrai, ma mère est pas grosse. De toute façon, vous ne la connaissez pas !

     

    Et ils m'ont frappé juste parce que j'avais répondu. J'ai eu des bleus partout sur les jambes tellement j'avais reçu de coups de pied. Ils étaient quatre, ils s'amusaient. J'ai pleuré. Je suis même parti en courant voir mon professeur principal. Il m'a dit :

     

    - C'est pas grave, ils ne font que s'amuser avec toi.

    Personne ne voyait ce qui se passait

     

    Il ne les avait pas vus me frapper. Il pensait qu'on jouait ensemble. Il s'en fichait. Après, je les évitais, ces garçons. A la récré, je demandais si je pouvais rester dans la classe pour réviser. Je ne voulais pas sortir. J'essayais de les éviter pour tout. Au début, j'allais à la cantine de temps en temps, quand je ne pouvais pas retourner à midi chez moi, mais je n'aimais pas du tout. On me jetait de l'eau. Ils se foutaient de moi parce que je mangeais trop. Ils me mettaient des coups de pied sous la table, ils rigolaient et me tapaient parce que j'étais gros. Ils me regardaient manger en se moquant de moi. Ils me faisaient des grimaces. Du coup, je n'osais pas toucher à mon assiette. J'essayais d'aller à une autre table, mais la plupart du temps ils me rejoignaient. Il n'y avait pas de surveillants, seulement les cuisiniers et les professeurs. Personne ne voyait ce qui se passait parce qu'ils me donnaient des coups de pied sous la table. Je n'allais pas me plaindre au professeur, j'avais peur de lui, et de ce qu'il m'avait répondu le premier jour. « Ils s'amusent avec toi. » S'il préférait les croire, et ne pas voir, alors j'étais seul. Complètement seul. » (p.25-28)

     

     

     

    (Condamné à me tuer de Jonathan DESTIN)

     

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