• Le pouvoir de la parole

     « Oui, il faut que les enfants victimes d’abus sexuels osent parler. Il faut qu’ils sachent qu’ils n’ont rien fait de mal et qu’ils doivent s’exprimer pour que cessent ces violences intolérables qui brisent des vies.

     

    Mais si la vérité doit éclater, le mensonge n’en continue pas moins d’exister…

     A la mémoire du prof qui n’a pas pu lutter contre « tant de dérisoire » » (Avertissement liminaire de l’auteur)

      

    « - Devine un peu ce qu’il a trouvé cette fois-ci ?

     (…)

     Pour se venger de la punition que je lui ai donnée hier, il a raconté à sa mère que je l’avais tripoté et elle n’a rien trouvé de mieux que de venir se plaindre au principal.

     (…)

     Tu te rends compte ? C’est incroyable ce qu’un gosse de douze ans peut inventer pour se venger d’un prof. » (p.16)

      

    « - Et puis certains troisièmes prétendent que, quand ils l’avaient comme prof, il poussait les fesses de ceux qui n’arrivaient pas à faire les roulades… des trucs comme ça.

     

    - C’est idiot. C’est comme si tu reprochais à ton médecin de te toucher le ventre.

     

    - Il y en a qui disent que ça dure depuis des années et que Steve Plicard n’a pas été le premier à se faire coincer dans les vestiaires, seul à seul, mais que les autres ont eu peur de parler.

     

    Tristan reste K.-O.

     

    - Remarque, ajoute Paul, c’est toujours des histoires qui ne leur sont pas arrivées à eux personnellement, mais à d’autres qui les leur ont racontées. Mais tellement d’histoires ont circulé... » (p.42-43)

     

     « Tristan avance tout en essayant de se rassurer :

     

    « Je suis sûr qu’ils ne mentiront pas. Ils n’oseront pas profiter de l’interrogatoire pour se venger, simplement parce qu’ils n’aiment pas l’école. Les filles que j’ai surprises dans l’escalier, elles plaisantaient. Elles avaient envie de rire, mais, devant la police, elles diront la vérité parce qu’au fond elles ne sont pas méchantes… »

     (…)

     Il se rassure comme il peut, mais il sent bien que le nombre n’a guère d’importance. Si un autre élève, un seul, prétend que son père a eu des gestes déplacés envers lui, les policiers croiront aux accusations de Steve Plicard. » (p.53-54)

     

     

     « - Qu’est-ce que tu as répondu ?

     

    - Ben, la vérité. La vérité c’est que ton père est un prof qu’on aime bien et qu’il ne laisse pas les emmerdeurs comme Steve Plicard faire la loi. C’est la vérité, non ? Et puis, je ne dois pas être le seul à avoir parlé comme ça.

     Ces paroles réconfortent un peu Tristan. Un sourire triste se dessine sur ses lèvres. Il espère que l’enquête est destinée à rechercher la vérité, pas à collecter des éléments qui risquent d’accabler son père innocent et de donner raison à Steve. Non, les enquêteurs seront neutres, ils ne se laisseront pas influencer ni par les uns ni par les autres ! » (p.63-64)

     

    Le pouvoir de la parole

     

    « - Steve, si tu m’expliquais tes paroles, insiste la commissaire.

     

    Steve change soudain de ton et sa voix chancelle. Il se trouble et dit, avec l’accent d’un gamin qui vient d’être pris en flagrant délit de mensonge par la maîtresse :

     

    - C’est d’sa faute aussi, il avait qu’à pas me punir tout le temps. Pour un oui, pour un non, il m’engueulait. C’est vrai ça, à la fin, on en a marre. Y’a pas que moi qui le dis.

     

    Steve bredouille. Il lève les yeux vers la commissaire. Elle ne répond rien. Elle l’observe. Le silence se prolonge. Steve ne semble pas supporter ce silence. Au bout de quelques dizaines de secondes, il se prend la tête dans les mains et se met à pleurer. » (p.86-87)

     

      « D’une voix remplie de rancoeur, la mère de Tristan ajoute :

     - Mme Plicard aussi a une part de responsabilité, comme les autres parents, l’inspecteur d’académie, les journaux…

     

    La commissaire la coupe d’une voix posée :

     - La pédophilie est un sujet grave, madame Gastégui. Alors tout le monde réagit avec passion. Certains ont peur, d’autres sont inquiets, d’autres encore craignent qu’il leur soit reproché d’avoir été trop timorés ou trop lents. Personne ne veut prendre le risque de couvrir des pédophiles et c’est bien compréhensible. » (p.89)

     

     

    (Bruits de couloir de Roger JUDENNE)

     

     

    « Elle a été anéantieLes rebeus »
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