•  

    « J'ai été dans tellement d'hôpitaux, j'en ai vus des

     

    horreurs :

     

    un gamin au visage à moitié fondu,

     

    une femme au nez arraché, aux oreilles

     

    pendantes

     

    comme des tranches de bacon

     

     

     

    C'est ça que les gens appellent moche.

     

     

     

    Pas moi.

     

     

     

    J'ai appris à être moins cruelle que ça.

     

     

     

    Mais je sais ce que Tippi veut dire.

     

     

     

    Les gens nous trouvent grotesques,

     

    surtout de loin,

     

    quand ils nous voient comme un seul être,

     

    ces deux corps distincts

     

    qui se confondent,

     

    tout à coup

     

    à la taille.

     

    Qu'est-ce que la mocheté ?

     

    Mais si on nous prenait en photo, juste tête et épaules,

     

    à partir de ces portraits,

     

    la seule chose que les gens remarqueraient, ce serait

     

    qu'on est

     

    jumelles,

     

    l'une - moi - les cheveux mi-longs,

     

    l'autre - Tippi - un peu courts,

     

    le nez retroussé toutes les deux,

     

    sourcils exactement circonflexes.

     

     

     

    C'est vrai qu'on est différentes.

     

     

     

    Mais moches ?

     

     

     

    Allez.

     

     

    Me faites pas rigoler. »(p.48)

     

     

     

    (Inséparables de Sarah CROSSAN)

     

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  • planche extraite du Nouveau Larousse Universel en 2 volumes (1948)

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    « - ça n'a pas trop d'importance, tente-t-il d'expliquer. Bastien m'a juste embêté une ou deux fois.

     

    - Embêté comment ? Insiste-t-elle.

     

    Valentin se sent de plus en plus accablé. La raison de ses retards répétés ne tient pas seulement à ses problèmes de crachats et de vélo crevé mais aussi à cette sensation qu'il éprouve chaque jour davantage. Et à la crainte que Bastien trouve bientôt une occasion nouvelle de le frapper. » (p.110)

     

     

     

    « Personne n'a compris ce qui a pris à Valentin d'aller trouver le principal (pas la C.P.E., le Grand Chef en personne !...) et de dénoncer la classe, alors que le « jeu des dominos », vous savez, n'était pas spécialement contre lui et qu'il en était même beaucoup moins victime que d'autres (…).

     

    je peux vous dire que, quand la punition nous est tombée dessus, ceux de la classe qui appréciaient encore un peu Valentin ou le prenaient en pitié, comme je l'avais fait tout au long du premier trimestre, eh ben même ceux-là, j'allais dire « lui ont déclaré la guerre », mais il ne s'agit pas de guerre... En fait, personne ne s'est plus intéressé à Valentin, il n'en valait pas la peine. On l'a... je cherche le mot.. ; « Ostracisé » ? Si vous voulez... Non, je ne connaissais pas ce mot, il n'est pas très beau, mais merci de me l'apprendre... Oui, c'est ça, on l'a rejeté... Pire, en fait : on l'a ignoré total, méprisé, rayé de la carte.. Oui, vous avez raison. Je reconnais que c'est terrible, comme situation, mais il l'avait bien cherché, non ?

     

    (…)

     

    Une question encore, si vous voulez, mais la dernière... Oui, il s'est bien « passé quelque chose » le jour de la punition... Je ne vais pas tourner autour du pot, on s'est un peu fait justice nous-même... Bastien vous l'aurait raconté s'il avait continué à venir... Non, bien sûr, pas toute la classe ! Dans ces occasions, il y a toujours des lâches qui fuient leurs responsabilités... Combien ? Je dirais que nous étions à peine une dizaine... Non, je ne vous donnerai pas les noms... Oui, je sais bien que vous n'êtes pas de la police, mais n'empêche, je n'ai pas envie de donner les noms... Un mot a circulé, genre : « On lui règle son compte ? » C'était comme un sondage, un vote. J'ai répondu : « Oui »...Et alors ? Je ne vois pas la contradiction... Au contraire, le fait d'être déléguée de classe me donnait toutes les raisons de ne pas laisser Valentin impuni ! Bastien a dû penser la même chose.

     

    Après, sur la façon dont on lui a réglé le compte, il y a eu beaucoup d'exagération. Il n'a pas saigné, que je sache, il n'a pas perdu un bras, ni un œil, ni même une dent... Et puis, les autres, les péteux qui n'ont pas participé, ils étaient quand même au courant... C'est pour dire... » (p.116-118)

     

     

     

    « - Relève-toi, Patapouf, lance Karim.

     

    - Tenez-le bien, ordonne Bastien.

     

    Il s'approche de Valentin fermement maintenu par Karim et Xavier et le frappe à la volée d'une gifle retentissante. Le sang reflue, et la marque blanche des doigts apparaît sur la joue de Valentin.

     

    Sous la violence du coup, et comme s'il l'avait lui-même reçu, Antoine a aspiré bruyamment sa salive et rentré la tête dans les épaules. Il refoule aussitôt cet élan d'empathie pour donner à Valentin un coup de pied aux fesses :

     

    - Avance, Gros-Cul...

     

    Et, réagissant à un reniflement, il ajoute :

     

    - C'est ça, chiale, tu pisseras moins.

     

    Ils ont peur d'agir comme ils agissent, mais l'excitation leur donne du courage. Alice avance en éclaireuse pour s'assurer que l'escalier est désert. Elle se retourne pour faire signe que tout va bien et surprend un éclat de haine dans le regard mouillé de larmes de Valentin.

     

    - Pas la peine de faire ta tête de victime. Tu l'as bien cherché, non ?

     

    Bastien ricane. » (p.123)

     

    Descente aux Enfers

     

    « - Aide-nous ! lui demande Bastien. Tiens-lui solidement les jambes.

     

    Alice obéit tandis que Bastien se penche sur Valentin pour lui défaire son pantalon. Valentin se débat. Alice n'a pas assez de force pour lui maintenir les deux pieds.

     

    - Bon dieu ! s'indigne Bastien à l'adresse de Karim occupé à ramasser son rouleau de scotch. Qu'est-ce que tu glandes ? Aide Alice !

     

    Karim s'empare du pied droit de Valentin toujours maintenu à terre par Antoine et Xavier. Bastien abaisse le pantalon jusqu'à mi-cuisses, puis le slip.

     

    Il se fait un silence de mort. Même Valentin cesse de se débattre et de grogner dans son bâillon.

     

    - On va te couper la nouille, déclare Bastien.

     

    - Et on va la mettre à cuire, enchaîne Karim mauvais comédien et semblant réciter une réplique que lui aurait soufflée son chef.

     

    Alice, mal à l'aise elle aussi, ose à peine regarder « la nouille » de Valentin.

     

    - ça va. On arrête maintenant.

     

    - Ma parole, s'écrie tout à coup Bastien, il a des poils ou quoi. Regardez, ils sont tout blonds. Si ça se trouve c'est une perruque, ricane-t-il encore en tirant sur le duvet pubien de Valentin qui se cambre de douleur.

     

    - C'est bon, ça suffit, il a compris, maintenant, insiste Alice. Je vous préviens, je lâche sa jambe.

     

    - Okay, dit Bastien. On arrête là.

     

    Ils libèrent Valentin. Bastien empêche Karim d'enlever le bâillon trop tôt :

     

    - En dernier seulement.

     

    Il défait les nœuds de tissu qui enserraient les bras de Valentin et remet l'essuie-mains en fonction.

     

    - Maintenant, le bâillon, ordonne-t-il à Karim.

     

    Libéré de l'adhésif, Valentin se penche en avant et crache des lambeaux de mouchoirs en papier avec des haut-le-coeur tout en remontant du mieux qu'il peut slip et pantalon avant de se précipiter dans le W.-C. le plus proche pour y vomir.

     

    - Tu n'oublieras pas de tirer la chasse et de laisser l'endroit aussi propre qu'il était en rentrant, lui ordonne Bastien.

     

    Et il ajoute à l'adresse d'Alice et de ses copains :

     

    - Fin de l'opération « Justice imminente ». Dispersion du commando ! » (p.126-128)

     

     

     

    «  Beaucoup de têtes se retournent, rigolardes. Ils savent tous. La nouvelle a dû circuler et ils s'en délectent. Il est le Salaud de l'histoire, celui qui les avait dénoncés, et les Gentils ont triomphé. Il est le Traître puni. Les mots de Bastien ont dû porter : « Justice imminente ». (p.130)

     

     

     

    « Ce qui s'est passé cette année-là, ce que notre classe a fait subir collectivement à Valentin est dégueulasse. Parce qu'on peut toujours accabler Bastien, et je suis la première à le faire, et affirmer que, sans lui, ce ne serait pas arrivé... Il n'empêche que... et c'est cette petite phrase que vous allez noter et surligner et souligner en rouge trois fois : TOUTE LA CLASSE SAVAIT ET PERSONNE N'A RIEN DIT. » (p.133)

     

     

     

    « - Autant entrer dans le vif du sujet, Monsieur Boubard, « absence » est un mot qui va comme un gant à Valentin, à notre grand désespoir...

     

    Franck Boubard a levé des sourcils perplexes.

     

    - Ne vous méprenez pas, a poursuivi Sophie Biolle, il ne s'agit pas d'absence effective, si je puis dire, encore qu'il y ait un problème de retard préoccupant, mais Valentin est en cours sans y être . Il passe son temps seul au fond de la classe. Il ne suit plus, il ne s'intéresse plus... Non par manque d'aptitude, de cela nous sommes certains, et je parle ici au nom de tous ses professeurs... Non, il a d'excellentes capacités, il l'a prouvé au premier trimestre, mais les choses se sont dégradées, et particulièrement ces dernières semaines où votre fils n'a plus aucune motivation... » (p.139)

     

     

     

    «  C'est fou comme on peut être capable de refuser une vérité qu'on a tous les jours devant les yeux, et comme on trouve en soi la capacité de s'en accommoder au point presque de la nier, de grandement la sous-estimer en tout cas.

     

    Notre premier réflexe a été d'en vouloir aux enseignants et à leur principal. Vous savez, c'est vieux comme le monde : quand le message est trop dur à avaler, on s'en prend au messager. Cela dit le collège a une lourde responsabilité dans cette histoire. Eux non plus n'ont pas su déceler ce que dissimulait le changement de comportement de Valentin, son repli. Mais comment pourrait-on leur jeter la pierre, alors que nous avons, nous les parents, fait preuve du même aveuglement ? » (p.155-156)

     

     

     

    «  Valentin sait qu'il ne tuera jamais Bastien d'un tir de carabine, de celles qui sont en vente libre aux États-Unis où, de temps en temps, un collégien devenu fou provoque un massacre.

     

    Ce n'est pas un massacre que veut provoquer Valentin. Une vie à supprimer. Une seule.

     

    « La mienne », songe-t-il aussitôt. Ce n'est pas qu'il veuille mourir, exactement ; mais être mort, ça oui, sûrement. Il en a envie. » (p.195-196)

     

     

     

    « L'idée de s'armer lui est venue la semaine dernière. Pour se protéger d'une menace proférée par Bastien, hors de la présence de Karim et de Xavier : « Un de ces jours, aujourd'hui ou demain, quand je l'aurai décidé... », accompagnée du geste du pouce tranchant la gorge.

     

    « M'insulter ne lui suffit plus, a compris Valentin, abîmer mes affaires, me frapper, prendre mon argent. Il veut vraiment me tuer. Il va le faire avant la fin de l'année scolaire. » (p.211-212)

     

     

     

    (Harcèlement de Guy JIMENES)

     

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  • planches extraites de l'Encyclopédie internationale Focus en 5 volumes (Bordas - 1968)

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    « - Ton imaginaire et ton goût pour l'écriture font de toi quelqu'un de spécial, quelqu'un de différent, et c'est ce que ces filles de quatrième voient et jalousent.

     

    Il ne voulut pas leur coller trop vite l'étiquette de harceleuses pour ne pas effrayer Ella, mais la plaisanterie pouvait se transformer en harcèlement. Le côté artiste d'Ella n'était pas seul en cause. Son androgynie devait aussi intriguer ou perturber ses camarades. » (p.85)

     

     

     

    « Tout avait commencé le mardi, jour du cours de latin avec madame Nozière, mais aussi jour où Ella croisait la route des cinq filles de la 4èC, Marine, Alice, Selma, Mélanie et Hannah. Remontée à bloc par sa séance de la veille avec son psy, Ella se disait qu'elle n'avait pas peur d'elles, qu'elle pouvait ignorer leurs « Pas carré, Pas carré » martelés dans son dos, et leurs cuicuis sifflotés sur sa route parce qu'elle s'appelait Kuypens. C'était bête, cruel, mais surtout puéril ? «  ça ne m'empêchera pas de grandir » était devenu le mantra d'Ella. Elle s'était fait un programme sportif pour devenir costaud, des pompes, des haltères, le trajet en courant jusqu'au collège, et tout un programme de lectures pour devenir écrivain. » (p.125)

     

     

     

    «  - Elles t'ont piqué un truc, dit-il en désignant précisément le sac marin. Un cahier.

     

    (...)

     

    - Comment tu sais, toi ?

     

    - Parce que je les ai vues dans la cour. Marine disait que tu avais écrit un roman culte et elle demandait qui en voulait une feuille. Elle les distribuait à des gens de sa classe. Je... Je t'en ai récupéré une feuille.

     

    Il lui tendit une page du cahier avec l'air de quelqu'un qui s'attend à être remercié.

     

    - Mais j'en veux pas, fit Ella en reculant de dégoût.

     

    Son cahier dépecé, souillé, violé. Elle tourna le dos à Jimmy et partit en courant vers son arrêt de bus. Une fraction de seconde, elle eut envie de se faire écraser. Et puis non. Ça ne m'empêchera pas de grandir.

     

    Assise dans le bus, le sac serré contre sa poitrine, elle s'interdit de pleurer en public. Mais dès qu'elle fut dans sa chambre, elle s’aplatit sur son lit, le visage enfoncé dans l'oreiller. Mais pourquoi ? gémit-elle. Qu'est-ce qu'elle avait fait ? Qu'est-ce qu'on lui voulait ? Elle sentait chez ces filles le désir de la mettre à nu. Pourquoi ? Parce qu'elle était quelqu'un de spécial, quelqu'un de différent. Mais alors, c'était un crime ? » (p.127-128)

     

     

     

    «  Alice savait maintenant que Marine l'avait rendue complice de sa propre mauvaise action, et la feuille lui brûlait la main. On y lisait les mots poison, vénéneux, mortel. Elle en fit une boule, qu'elle jeta dans sa corbeille à papier.

     

    On était mardi, et Alice devait retrouver Ella en cours de latin. Alice n'avait pas de sympathie pour cette fille qu'elle traitait de « bolosse ». Mais elle ne voyait pas non plus pourquoi les autres s'acharnaient sur elle. S'il lui était arrivé de chuchoter « Pas carré, Pas carré » dans son dos, c'était pour faire comme le reste de la bande, et peut-être pour détourner d'elle les moqueries cinglantes de Marine. Elle porta de nouveau la main à ses lèvres. Ce bouton, putain ! Ella Kuypens n'avait pas de boutons. Elle avait une peau de bébé, que les autres s'amusaient à faire rougir en la tourmentant. » (p.135-136)

     

     

     

    «  Pendant le cours de latin, l'une d'entre elles avait réussi à se glisser dans son dos et à renverser de l'encre sur la bande blanche de son sac. Elles savaient d'instinct ce à quoi elle tenait, ce qui pouvait l'atteindre. Ce n'était pas sa mise à nu qu'elles voulaient, c'était sa mise à mort. » (p.138)

     

    Quelqu'un de spécial

     

    «  - C'est depuis que je suis née que je suis en colère, dit-elle enfin. Je voulais naître en garçon.

     

    - Il y a eu erreur à la livraison.

     

    - C'est pas drôle.

     

    - Non, Mais ça n'empêche pas de garder le sens de l'humour.

     

    Elle donnait des petits coups de pied dans son sac marin, passant sa rogne sur ce symbole de son moi au masculin.

     

    - Essaie de comprendre mon point de vue, Ella. Je préfère que tu exprimes ta colère d'être une fille que de faire semblant de croire que tu es un garçon. En thérapie, on recherche une chose qui se rapproche de la vérité, non ?

     

    Elle aimait qu'il lui parle de cette façon. Il ne la traitait pas en enfant.

     

    - La vérité, dit-elle, c'est que je ne VEUX pas être une fille et que je ne PEUX pas être un garçon.

     

    - Ni l'un ni l'autre... Ou les deux ?

     

    La question resta en suspens. » (p.168-169)

     

     

     

    «  Son téléphone, resté au fond de sa poche de veste, lui signala l'arrivée d'un SMS. Elle le lut sans comprendre. « Travelo ». C'était tout. « Travelo ». Le message provenait de Jimmy. Elle n'avait pas l'intention de répondre, même pour avoir des éclaircissements. Or dix minutes plus tard, un nouveau SMS l'avertit : « Check ton mur ». C'était une invitation à aller voir sur Facebook. Ce qu'elle fit, intriguée, et même déjà inquiète, car il y avait quelque chose de menaçant dans le ton employé. Sur le mur de son Facebook, elle vit la photo que venait d'y poster Jimmy. C'était elle. Elle habillée en Elliott et s'offrant béatement aux rayons du soleil. Au-dessous de la photo, ce commentaire : « C pa une fille, c un mec ! » Elle se sentit devenir glacée comme lors de ses précédents évanouissements. Vite, détruire cette image. Une heure plus tard, un nouveau SMS la fit sursauter. Cette fois-ci, il était de Marine. « Travelo ». Jimmy avait partagé la photo. Dès lors, les filles de la 4è C firent pleuvoir les SMS, mêlant insultes et propos injurieux dans une surenchère délirante. C carnaval ? Ou ta mi t seins ? T'attends le client ? C un type qui s habille en fille au collège ou c une fille qui drag les filles habillée en garçon ? Drag queen ou drag king ?

     

    Le lendemain, une fille de sa classe, qui ne lui parlait jamais, l'avait accueillie, d'ailleurs sans méchanceté, par un : « T'as pas mis ta cravate aujourd'hui ? » Tout le monde était au courant. La photo avait circulé d'écran de téléphone en écran d'ordinateur, la beauté androgyne de la jeune Ella suscitant de plus en plus de commentaires sales, sexistes et homophobes. Pour rigoler, bien sûr. Le vendredi, Ella passa une partie de la journée à l'infirmerie. Le lundi, elle vomissait. » (p.268-269)

     

     

     

    « - Un travelo, c'est un travesti. Un homme qui s'habille en femme.

     

    - Et pas une femme qui s'habille en homme ?

     

    - Si... peut-être. Mais c'est moins voyant, parce qu'il y a beaucoup de femmes qui portent un pantalon, tandis que des hommes qui portent une robe...

     

    - Il y a une fille en 4è A qui s'habille comme un mec. Elle ressemble vraiment à un garçon. Elle est toute plate, elle a les cheveux rasés, elle met une cravate. Les autres disent que c'est un travelo.

     

    Quelle drôle de conversation, se dit Louise. On se croirait dans un show de téléréalité. Thème de l'émission de ce samedi : J'ai changé de sexe, et alors ?

     

    - C'est sans doute une ado qui n'est pas très bien dans sa peau. (...)

     

    - Les autres lui envoient des SMS pour la traiter de transsexuel.

     

    - Mais c'est n'importe quoi ! S'insurgea Louise.

     

    - Et du coup, elle ne vient plus au collège

     

    Alice raconta les choses dans le détail, la photo d'Ella qui circulait, les ragots de Jimmy et de Mélanie, et les moqueries qui étaient devenues des insultes. Louise finit par lâcher le mot harcèlement et même cyberharcèlement. Alice acquiesça, soulagée. Elle avait besoin que les choses soient nommées. Qu'on lui dise où est le bien, ou est le mal. » (p.294-295)

     

     (Sauveur & Fils saison 2 de Marie-Aude MURAIL)

     

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  • planche extraite du Nouveau Petit Larousse illustré (1938)

    Gymnastique

    planche extraite de l'Encyclopédie internationale Focus en 5 volumes (Bordas - 1968)

    Gymnastique


    planche extraite du Nouveau Larousse Universel en 2 volumes (1948)

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    «  De son plein gré, Solomon menait une vie solitaire, paisible et d'une banalité absolue, mais une existence sur laquelle il exerçait un contrôle absolu.

     

    Il n'avait pas pris cette décision à la légère. Avant de s'enfermer définitivement à la maison, il avait longtemps lutté contre la terreur que lui inspirait le monde extérieur. Mais un jour, comme s'il ne pouvait tout simplement pas en supporter davantage, il avait ôté ses vêtements puis, ne gardant que son caleçon, s'était assis au bord de la fontaine du collège. Là, sous les yeux de ses professeurs et de ses camarades, ébloui par le soleil matinal, il avait basculé lentement en arrière et disparu dans les eaux froides du bassin.

     

    (…)

     

    Sa première attaque de panique l'avait frappé alors qu'il n'avait que onze ans. Au cours des deux années suivantes, les crises s'étaient multipliées, passant d'une tous les trois ou quatre mois à une par mois, puis deux, puis... Au moment où il avait plongé délibérément dans la fontaine, il en comptait trois par jour. En clair, il vivait l'enfer.

     

    Après cet épisode, les choses étaient devenues beaucoup plus limpides : pour se soustraire à ces crises affreuses, il lui suffisait de ne pas entrer en contact avec ce qui les provoquait, à savoir le monde extérieur dans son intégralité. Depuis, il n'avait cessé de se demander pourquoi ses parents avaient tant de mal à comprendre sa décision. Ils refusaient d'admettre qu'il avait trouvé le remède à son mal et insistaient pour qu'il se confronte à toutes ces choses qui le terrorisaient. C'était comme exiger d'un patient atteint d'une grave maladie qu'il se prive de son traitement. » (p.10-11)

     

    Crises de panique

     

    «  Même s'il avait passé un bon moment, tout ce bavardage, tous ces efforts accomplis pour trouver des choses à dire et des questions à poser lui avaient flanqué la migraine.

     

    Dès qu'il eut fermé la porte derrière Lisa, il commença à manquer de souffle. Il prit appui contre un mur et essaya d'inspirer, espérant repousser l'horreur qui s'annonçait. En vain. En état d'hyperventilation, il s'engagea dans le couloir en titubant, regagna sa chambre et se jeta sur le lit. Il disparut sous la couette puis, en position foetale, ferma les yeux jusqu'à s'en faire mal aux paupières.

     

    La crise de panique fut brève mais intense. Immobile, Solomon écouta sa respiration reprendre peu à peu sa cadence normale. Comme la plupart de ceux qui souffraient de semblables attaques, il croyait chaque fois être victime d'un infarctus et avait la conviction que son cœur allait exploser. Parfois, il se surprenait à penser que ç'aurait été préférable. » (p.77-78)

     

     

     

    «  Solomon connaissait des bons et des mauvais jours, mais les premiers étaient plus nombreux que les seconds depuis qu'il connaissait Clark et Lisa. Cependant, certains jours, ils le trouvaient épuisé, vidé de toute énergie, et avaient l'impression qu'il se déplaçait au ralenti. C'était l'effet qu'avaient sur lui certaines crises. Elles l'anéantissaient, quelles que soient leur cause et leur durée. C'était un mal sournois et implacable qui, tel un virus ou un cancer, savait se faire discret pour tromper sa victime et frapper au moment où elle s'y attendait le moins.

     

    Seul lien commun entre ces crises, elles intervenaient lorsque des pensées obsessionnelles tournaient en boucle dans son esprit. Des images qui se répétaient, qu'il ne pouvait ni contrôler ni mettre sur pause. » (p.183)

     

     

     

    « Il y avait longtemps qu'il ne s'en était pas pris à lui-même. Un an, peut-être.

     

    La première fois, c'était le jour où il s'était laissé glisser dans l'eau de la fontaine, devant le collège. De retour à la maison, alors que ses parents tâchaient de l'apaiser du mieux qu'ils pouvaient, il s'était senti complètement perdu, tapant des pieds sur le carrelage du salon avant de se flanquer un coup de poing à la pommette. Alors, confus et rongé par la culpabilité, conscient de ce qu'il venait de faire subir à ses proches, il avait fondu en larmes.

     

    Ces épisodes de violence arrivaient sans prévenir. Son corps se mettait à trembler, comme pour chasser le tourbillon de pensées obsessionnelles qui le hantait, relâcher l'air accumulé dans ses poumons paralysés et dompter les trépidations de ce cœur affolé qui faisait battre le sang à ses temps. Chose étrange, se faire du mal lui apportait un soulagement immédiat. » (p.264-265)

     

    (Phobie douce de John Corey WHALEY)

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  • planche extraite du Nouveau Larousse Universel en 2 volumes (1948)

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    « Outrée, Anaïs claqua rageusement la porte. Des larmes de colère embuèrent sa vision, et elle se laissa glisser contre le panneau de bois pour finir assise sur le sol. Des remarques pareilles, elle n'en avait plus entendu depuis son adolescence. A cet âge-là, les jeunes se montraient souvent cruels et désobligeants les uns envers les autres. Elle n'avait pas beaucoup changé depuis cette période, et les moqueries de ses camarades avaient marqué son cœur de cicatrices. Elle était cependant fière de leur avoir tenu tête et d'être restée fidèle à elle-même. » (p.19)

     

     

     

     

    « ça fait tellement longtemps que je n'ai plus entendu des remarques pareilles...

     

    Je me souviens encore à quel point mes camarades étaient cruels envers moi...

     

    Tu prends toute la place !

     

    Anaïs ! C'est pour quand le régime ?

     

    Attention ! Voilà Harry Potter XXL !

     

    Espèce de grosse !

     

    Hé ! C'est l'hippopotame binoclarde !

     

    T'es sûre que t'es une fille ?

     

    Tu veux encore manger ?!

     

    Leurs commentaires m'ont tellement marquée...

     

    Mais, je ne me suis plus laissé faire et j'ai même pu tenir tête à certains.

     

    Je ne suis que moi-même. J'en suis plutôt fière. »

     

     

     

    « - J'aurais pu tomber sur n'importe qui (…) mais il a fallu que ça soit un cas pareil !

     

    Anaïs lui tira la langue d'un air puéril, mais elle ne s'était pas vexée pour autant. Au contraire, elle avait plutôt tendance à voir ce genre de remarques comme un compliment. Elle aimait entendre dire qu'elle sortait du lot, qu'elle n'entrait pas dans le moule. Le fait que son côté déjanté soit mis en cause ne la gênait absolument pas. » (p.44)

     

     

     

    « Sa famille l'emprisonnait dans les clichés qu'elle avait elle-même fabriqués. » (p.124)

     

     

     

    (S.O.S. Geek ! De Tiffany SCHNEUWLY)

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  • planche extraite du Grand Memento encyclopédique Larousse en 2 volumes (1936)

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