•  « Leur mère avait raison. Tout ce à quoi une fille avait accès, c'était la cuisine, le ménage, le linge, la décoration. Rien de ce qui était rémunéré ne leur était autorisé. » (p.18)

      

    « - Toi, tu aides ton père ! explosa-t-elle. Pourquoi n'ai-je pas le droit d'aider le mien ?
    Saleem haussa les épaules.
    - Tu es une fille. Les filles restent à la maison et travaillent avec leur mère. Les garçons gagnent de l'argent en travaillant pour leur père. C'est comme ça.
    - Pourquoi ? Ce n'est pas comme ça partout, Saleem. Ce matin, quand je suis passée devant l’échoppe du vendeur de thé, sa télévision était allumée. A l’écran, il y avait une Bangladaise qui parlait. Elle était médecin.

     La dernière fois que Père est allé en ville, il nous a raconté qu’il est entré dans un magasin de chaussures qui appartenait à une femme.

     Si elles peuvent y arriver, pourquoi pas moi ? » (p.22)

     

     

    « Elle croisa quelques femmes seulement, et peu de filles de son âge. Elles se détachaient du paysage ambiant comme des fleurs de soucis dans une prairie. Les hommes les toisaient. Naima se prit alors à apprécier de pouvoir marcher libre [elle est déguisée], loin des regards curieux. « Comme c’est simple d’être un garçon ! Songea-t-elle. Je pourrais entrer dans le magasin de thé et regarder la télé si je le voulais. Je pourrais marchander avec les vendeurs de fruits. » (p.58)

      

    « Les études montrent qu’en général les femmes, contrairement aux hommes, engagent des investissements qui profitent à tous les membres de leur famille. C’est la raison pour laquelle les microcrédits mis en place spécifiquement pour les femmes sont une arme puissante dans la guerre contre la pauvreté. » (p.87)

      

    (De père en fille de Mitali Perkins)

     

     

     

     

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  •  « Quand ils avaient su que je vivais dans un appartement de la cité des Mille, leur visage s’était modifié.

     - T’es des nôtres, alors…

     Je n’avais rien répondu, juste levé un sourcil interrogateur.

     - Faut qu’on t’explique… Ici, t’as deux clans. Les petits bourgeois bien propres qui se pavanent en voiture au portail du collège, le matin. Ceux-là, ils habitent de l’autre côté, tu piges ? De l’autre côté… Des petites maisons gentiment collées les unes aux autres avec garage et jardin. Et puis t’as les autres, ceux qui vivent aux Mille, comme nous, empilés les uns sur les autres , et qui viennent à pied le matin, en coupant à travers le square… C’est pas plus compliqué que ça... » (p.33-34)

     

     

    De l'autre côté...

    « « La tête haute », ça veut dire que j’ai purgé ma peine, que j’ai payé pour mes conneries. On est normalement quittes, la justice et moi ! Une fois dehors, une fois franchie la porte de la maison d’arrêt, on devrait désormais me regarder comme n’importe qui, ne plus faire attention à moi. Je sais que ce ne sera pas le cas. Pendant longtemps, je traînerai un écriteau autour de mon cou : « Gérard Lemarchand, ex-taulard » ! Les bruits circulent vite… Les bouches s’ouvrent facilement pour parler des autres, encore plus facilement pour en dire du mal. La taule, il suffit d’une fois pour en faire toute sa vie. Même si tu n’es condamné qu’à trois ans, tu prends « perpète ». Bien sûr, une fois sorti, il n’y a plus de barreaux aux fenêtres… Pour autant, les surveillants sont toujours là : les voisins, regards invisibles derrières les rideaux, épient tes faits et gestes comme les matons à travers l’œilleton de ta cellule, pendant la ronde. Les gens sont toujours là pour te rappeler ton passé de détenu, à la première occasion. Il a suffi de trois permissions pour que je m’en rende compte. «Qui a bu boira... » dit-on. Un taulard, c’est un homme en sursis. A l’avenir, si je commets la plus petite bêtise, si je ne mets pas ma ceinture de sécurité, si je grille malencontreusement un stop, tu peux être certain que ça n’étonnera personne… Un ex-taulard a tous les torts. Toujours. » (p.96-97)

      

    (Libre sur paroles de Michel LE BOURHIS)

     

     

     

     

     

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  •  « Pourtant tu étais si mignon quand tu es né, j'étais si contente quand je suis venue te voir à la maternité, avec ta petite tête toute rouge, on aurait dit la pomme de Blanche-Neige. Mais pourquoi tu n'as pas grandi comme les autres ? Pourquoi tu ne nous as pas regardés quand on te parlait ? Pourquoi tu n'as pas pris ma main quand je te l'ai tendue ? » (p.5-6)

     

     « - Quand est-ce qu’on va arrêter de faire semblant de savoir comment l’aider ? Y a rien pour lui… C’est le no Adam’s land, personne ne cherche à le comprendre. Enfin presque personne. Parce que heureusement qu’il a son SESSAD… Eux au moins, ils sont aux petits soins, Adam adore les voir !

     - Son quoi ? A demandé Hugo.

     - Le SESSAD, ça veut dire service d’éducation spéciale et de soins à domicile, les éducatrices sont des spécialistes de l’autisme, elles sont super chouettes et quand elles viennent à la maison ou à l’école, tout de suite l’ambiance change…

     Si tu voyais le sourire de mon frère et puis celui de la mère… Et Adam, il s’y éclate, il a même commencé à s’y faire des copains… Eh oui, c’est pas parce qu’il a l’air débile qu’il est débile, il est intelligent mais c’est pas sa faute si son corps, ses sens ne font pas ce qu’il veut… Imagine-toi dix secondes dans une salle archi bruyante et plein de lumières partout qui font mal aux yeux, tu craquerais. Eh ben lui c’est tout le temps comme ça dans sa tête. Est-ce que tu crois que tu arriverais à avoir une conversation normale dans ces conditions ? Est-ce que tu crois que tu arriverais à savoir qui te parle ? Et à entendre clairement ce qu’on te dit ?

     - T’énerve pas, je savais pas que c’était ça l’autisme. » (p.35-36)

     

    Le no Adam's land

     

    « Mais imaginez : déjà nous qui sommes tous les jours avec lui et qui faisons notre maximum pour le comprendre, on a du mal à le décoder, des fois ; eh ben, quand il sera grand, s’il n’est pas capable de s’exprimer correctement, personne n’aura la patience d’attendre qu’il ait fini sa phrase ou qu’il la répète, on va tout le temps se moquer de lui, ou passer à autre chose. Et ça, ça me fait vraiment peur…

     

    Parce qu’en fait, je ne le dis pas souvent mais je l’aime, Dark Vador, enfin, c’est Anakin que je cherche en lui, je voudrais tellement le trouver… C’est dur de voir que son frère n’est jamais vraiment là, qu’il est emprisonné dans une enveloppe, une sorte d’armure, parfois c’est comme un mur, vitré, parce qu’Adam me regarde mais il est tellement loin dans ses histoires, que je n’arrive pas à le rejoindre. Et puis, c’est bizarre mais certains jours, il est là, tu ne sais pas pourquoi, il est vraiment là et là pendant cinq minutes, tu peux vraiment lui parler et il te répond, là je sais que parle avec Anakin, pardon Adam, je sais que c’est lui mon vrai petit frère… Et puis la seconde d’après il est capturé, captif de ses dérèglements sensoriels, c’est comme s’il avait perdu les commandes de son cerveau ; je vois bien à ses yeux, il est loin, et je ne sais pas quand je pourrai le retrouver. Je sais qu’il est parti. Sans dire au revoir…

     

    C’est horrible, alors j’ai envie de casser la vitre, de m’élancer contre elle et la briser ; ce serait tellement simple. Tant pis si je me fais mal, je voudrais tellement retrouver mon frère… C’est une sensation tellement horrible, personne ne peut comprendre ça… C’est un peu comme s’il était mort, sans être mort, parce qu’il est bien vivant, il s’agite, il parle comme s’il s’adressait à des compagnons invisibles, dans un espace sans nom... » (p.42-43)

      

    « Alors là, je dois dire, je n’y avais jamais pensé que pour ce genre de personnes - « les handicapés dans la tête » - ce n’était pas facile. Je croyais qu’ils ne se rendaient pas compte. » (p.53)

      

    « Je ne sais pas pourquoi, mais dès qu’il rencontre quelqu’un de nouveau, il faut qu’il lui chipe un truc, comme si c’était sa façon de dire : « Salut, tu sais je peux pas parler, je peux pas te regarder dans les yeux mais on peut être en contact si tu me passes un truc à toi... »

     C’est comme un symbole, un trait d’union. Normalement, on se serre la main, eh bien lui, il préfère serrer un truc qui appartient à l’autre, qui n’est pas l’autre, mais qui est un peu lui quand même... » (p.58)

      

    (Mon frère, mon enfer, mon bel enfer de Christine DEROIN et Sandrine ANDREWS)

     

     

     

     

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  •  

    « Pédro, d’accord, c’est une sale brute, mais il est drôlement bien organisé. A midi, par exemple, il s’est débrouillé pour ne pas se trouver à côté de moi au self. Mais il avait passé la consigne à une bande de copains à lui qui m’ont serré de près. J’ai pris mon plateau, je me suis servi et… crac ! Mon repas a valdingué par terre ! Le pion m’a engueulé, les dames de service aussi, tout le monde s’est moqué de moi. j’avais l’air malin, là au milieu, avec mon assiette à moitié vide… Pour ce qui est de se faire remarquer dès le premier jour, j’avais vraiment réussi ! » (p.34)

     

     

     

    « - Et personne fait rien ?

     

    - Personne dit rien, donc personne sait rien.

     

    - Les gosses , ils racontent rien aux parents ?

     

    - Non, ils ont peur des représailles. Tu comprends, un petit de sixième, quand un grand lui dit «  Si tu parles, on te massacre à la sortie », ben il la boucle.

     

    - Et puis, ils font gaffe, Pédro et Martial, ils s’en prennent pas longtemps au même, ils changent !

     

    - Mais justement, ceux qui ont été victimes, ils pourraient s’associer, ils seraient plus forts !

     

    - Il fait pas comme ça, Pédro. Quand il a fini de racketter quelqu’un, il le prend dans sa bande et l’autre, il est tout content d’en faire baver à son tour à des plus petits…

     

    - Tu comprends, personne peut jamais s’unir ! » (p.42)

     

     

     

    « - Merci de quoi ? Celui qui t’aide pas après ce que les autres t’ont fait, celui-là, c’est un salaud intégral. D’ailleurs, tu sais… Tout à l’heure, dans les douches, on a été lâche, on a eu peur de se faire choper à la sortie et on n’a rien fait, mais c’est pas normal. » (p.83)

     

     

     

    « Je ne veux pas dire qu’ils ont envie de le tuer, mais ils essaient quand même de l’empêcher de vivre. De vivre normalement quoi ! » (p.97)

     

    Le harcèlement scolaire empêche de vivre

     

    « - Ou Maÿlis, c’est Maÿlis qui lui plaît !

     

    - Normal, c’est une naine comme lui !

     

    - Tu crois que s’ils se marient ils feront des petits nains ?

     

    - Des nains de nains, ça doit être drôle !

     

    - Des bébés nains, grands comme des poupées !

     

    - Faudra en faire sept comme dans Blanche-Neige !

     

    - Y passeront à la télé !

     

    - Eh, Maxou, tu seras célèbre !

     

    J’essayais de ne pas trop entendre ce qu’ils disaient, de ne pas y attacher d’importance. Mais leurs moqueries s’enfonçaient dans mon crâne comme à coups de marteau et je savais bien qu’il ne suffirait pas d’une tenaille pour arracher ces clous-là.

     

    (…)

     

    - Dommage qu’on n’a pas le temps, mon petit Maximou, a dit Pédro, on commençait à bien s’amuser !

     

    - Bon, on fait quoi ? A demandé Martial.

     

    - Ben, on est dans des chiottes, alors on va pisser ! A crié Pascal.

     

    - Comment ça, on va pisser ? A dit Martial qui n’y comprenait rien.

     

    - Comme on est tous un peu maladroit, a dit Pascal, on va pisser à côté…

     

    - On va même pisser carrément ailleurs, hein, les gars ?

     

    - Ouais… et ce qui est bête, c’est que Max va se trouver juste où y faudrait pas !

     

    - C’est vrai, il est trop ce type !

     

    - C’est pas un type, c’est un nain !

     

    (…)

     

    Et puis il a défait sa braguette et il a pissé sur mes baskets, tranquillement, pendant que les autres me tenaient, par précaution. (….) Fabien a fait pareil, sauf qu’il a arrosé le bas du jean. Du coup, il a donné des idées à Rénato qui a fait des fantaisies en remontant jusqu’à mes genoux. (…)

     

    Mais Pédro avait bien vu que je faisais celui qui s’en fiche. Il a dit aux deux autres :

     

    - Obligez-moi ce petit salaud à admirer la performance !

     

    Alors ils m’ont tenu la tête pour que je regarde au bon endroit et que je ne loupe rien. (…)

     

    Il a exhibé son machin, il a reculé de trois pas et il s’est mis à me viser de loin, un coup à droite, un coup à gauche, sur le jean, sur le tee-shirt, le grand art quoi ! (…) Avant de partir, il m’a dit :

     

    - Primo, c’est dommage qu’on manque de temps, sinon on aurait pu voir à quoi ressemble un nain à poil. Secundo, t’as pas intérêt à raconter ce qui vient de se passer, d’abord parce que personne te croira et qu’on aura plein de témoins, ensuite parce que ça chaufferait pour toi à la sortie. » (p.114-117)

     

     

     

    (Mini Max et maxi durs de Roselyne BERTIN)

     

     

     

     

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  •  « Il est expert à décocher le mot méchant, atteindre le point sensible caché sous une carapace de protection maladroite et suspendre brusquement ce jeu cruel afin de mieux le reprendre plus tard.

     Adélaïde a compris que, si elle ne lui résiste pas, elle sera son souffre-douleur. » (p.23)

     

     « Ils sont deux consignés qui s’opposent sans raison valable, mais pour longtemps.

     Si elle lui disait qu’elle a des difficultés pour s’adapter à un cadre nouveau, que son prénom (peut-être à tort) la met mal à l’aise, qu’elle ne maîtrise pas les pointes d’un caractère ombrageux, qu’elle a tendance à regretter ce qu’elle a dû quitter et que sa première réaction devant toutes ces contrariétés est un repli sur soi…

     S’il lui disait qu’il se sait la tête dure. S’il reconnaissait (pour se trouver une excuse) à quel point il est martyrisé par les heures d’immobilité, penché sur un cahier, alors qu’il se sent pousser des muscles d’homme. S’il avouait combien les changements rapides de son corps le prennent au dépourvu et l’irritent à tant le rendre maladroit…

     S’ils se disaient…

     Mais ils ne se disent rien. Elle est la sauvageonne éprise de solitude. Il enrage de colère impuissante dans un univers qui l’infantilise. Ils sont dos à dos et, parce qu’ils sont deux gamins impétueux, ils se détestent. » (p.28-29)

     

    Décocher le mot méchant

     

    « - Adélaïdeuse.

     Le mot est tombé au milieu de la dictée, à voix suffisante pour être entendu de tous. Sébastien Mauréas, sûr du résultat, feint de porter une attention sans faille à son travail. La méchante plaisanterie réussit totalement. Un éclat de rire général secoue les élèves. Ils se tournent en un seul mouvement vers Adélaïde.

     Elle rougit. Une onde brûlante monte à ses joues. Un noeud de chagrin lui serre la gorge. Ce n'est plus de la colère qu'elle ressent, seulement une peine trop lourde pour elle.

     Le vaurien ne se doute pas à quel point il a touché sa victime. Elle n'était pas sûre d'être laide, elle le craignait. Maintenant elle comprend qu'avec un visage qui devient de moins en moins joli (apparemment) et un prénom désastreux, elle portera un sobriquet gravé au fer rouge tant qu'elle restera dans cette école. » (p.32-33)

      

    « Un énorme rat mort tombe à ses pieds. (...)

     Tout le monde regarde Adélaïde. Des rires fusent. La malheureuse est debout, point de mire d'une malveillance insupportable. Les larmes lui viennent à gros sanglots, de rage plus que de peur une fois la surprise passée.

    - Face de rat ! lance une voix contrefaite.

     Les rires reprennent dans un brouhaha. La maîtresse tente de les arrêter. Des cris d'animaux s'y mêlent, qui meurtrissent Adélaïde et l'offensent. (...) Elle pleure, vaincue, et les rires redoublent.

     - Adélaïdeuse ! insiste la voix en chantonnant.

     Alors la persécutée se laisse emporter par la révolte. Elle court à la porte, quitte la salle, traverse le vestibule, traverse le préau et la cour, traverse la place. Elle court jusqu'au bout du village. » (p.94-95)

     

     « Adélaïde se demande si elle n’aurait pas dû rentrer à la maison et expliquer à sa mère la mauvaise plaisanterie.

     « Ce n’était pas une plaisanterie. C’était une méchanceté ! »

     Maintenant qu’elle a retrouvé les grands espaces des collines et la tendre confiance de Louis, elle excuserait à la rigueur le fait que l’affreux Sébastien ait mis un rat mort dans son casier.

     « Il a voulu me faire une farce. »

     Par contre, le surnom qui, une fois de plus, a jailli en cette occasion l’a blessée. Elle sait qu’elle n’est pas jolie. A part Louis, tout le monde le sait. Est-ce de sa faute si elle a…

     « Face de rat .»

     Les mots lui reviennent en mémoire et lui font mal. Être laide est déjà assez difficile à supporter. Pourquoi faut-il encore ne pas être aimée ? » (p.109-110)

     

    (La reine du mercredi de Jean-Côme Noguès)

     

     

     

     

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  •  « Mathilde avait été ma meilleure amie en sixième et pendant la moitié de la cinquième. A présent, elle faisait partie de la bande de chipies qui me harcelaient. Je n’avais pas digéré la trahison de Mathilde. D’autant plus que je m’étais beaucoup confiée à elle au temps où nous étions inséparables, et à présent, elle utilisait contre moi les confidences que je lui avais faites.

    Trahie par sa meilleure amie

     Ce n’était pas la première fois que pareille chose m’arrivait. A l’école primaire, déjà, ma plus vieille copine s’était détournée de moi pour faire alliance avec une idiote prétentieuse. Ces ruptures avaient été tellement douloureuses que j’avais décidé de ne plus jamais être amie avec personne. Et de ne rien dire de personnel dans le cadre du collège. » (p.27-28)

      

    (Chantages de Brigitte PESKINE)

     

     

     

     

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  •  « - C’est une vraie crise d’hystérie, gémit sa mère.

     Du coup, son père se leva et allongea une taloche à sa fille, histoire de la calmer.

     Pour l’hystérie, c’était peut-être salutaire. Mais je savais, moi, qu’il s’agissait de bien autre chose.

     La révolte, la frustration de n’avoir pu exprimer son désespoir, ses angoisses, toutes les questions qu’elle s’était posées au sujet de la mort. Elle devait beaucoup souffrir.

     Je trouvais étrange qu’un médecin puisse déceler une maladie mais demeure aveugle devant le mal de vivre de sa propre fille. » (p.19)

      

    « - Larry, tu crois que je suis normale ?

     - C’est quoi, être normale ?

     - Être comme les autres.

     - Ils sont comment les autres ?

     - Ils rient, ils ont plein de copains, ils n’ont pas d’angoisses…

     - Qu’est-ce qui t’angoisse à ce point ?

     Elle hésita, plongea son visage dans ses mains comme si le monde entier pesait sur ses épaules.

     - De ne pas savoir qui je suis.

     - On se pose tous cette question, un jour ou l’autre.

     - Mais non, pas tout le monde…

     - Tu n’es pas tout le monde. Chacun de nous est unique.

     - C’est bien ce qui me fiche la trouille !

     - Pourquoi ?

     - Parce que je suis mal avec moi ! » (p.55)

      

    « Je ne m’étais jamais interrogé sur les raisons qui poussaient les gens à boire ou à se droguer. Jim était un joyeux luron, tout le contraire d’Adélaïde. Des petits joints circulaient au collège mais je n’y avais jamais touché. Un type de ma classe avait dû tâter de la dure, car il avait subi une cure de désintoxication. Ensuite, plus personne ne l’avait revu.

     Mais quand il s’agit de quelqu’un qu’on aime, c’est différent. A qui en parler ? Un prof ? Lequel ?

     Maman, je devinais sa réponse : « Je te l’avais dit, cette fille n’est pas normale… je vais en toucher deux mots à ses parents ! » » (p.79)

     

    L'alcoolisme est une maladie complexe

     

    « - Larry, le fait de boire ne signifie pas que l’on soit alcoolique.

     Je levai sur lui un regard étonné.

     - On ne devient pas alcoolique, on l’est. L’alcoolisme est une maladie qui peut s’éveiller à n’importe quel âge de la vie, ou bien jamais. Tout dépend des circonstances, continua-t-il paisiblement.

     - Une… maladie ?

     - Il ne faut pas confondre gros buveur et alcoolique. Le gros buveur peut s’arrêter quand il veut. Tandis qu’un seul verre suffira à éveiller ce mal chez l’alcoolique. Il ne pourra plus s’arrêter, et il sera en manque.

     Adélaïde était-elle alcoolique… ou buvait-elle seulement pour s’amuser ? Comme Jim ?

     - On peut donc être alcoolique et ne pas le savoir ?

     - Oui. Comme toutes les maladies en sommeil. Celle-ci peut s’éveiller tôt ou tard, à la suite d’un choc émotionnel, ou bien s’être laissé entraîner par des copains. On boit un premier verre pour se sentir mieux dans sa peau, puis c’est la descente aux enfers.

     - C’est… c’est héréditaire ?

     - Pas obligatoirement. L’alcoolisme est de nature physiologique et psychique. De nombreux facteurs sont déterminants. Par exemple, un manque de sucre dans l’organisme, un mal de vivre permanent. C’est une maladie complexe et difficile à diagnostiquer.

     - ça se soigne ?

     - Oui, à condition de le vouloir, de renoncer à l’alcool, et de suivre une thérapie pour apprendre à vivre avec soi-même.

     - Et ensuite, on est guéri ?

     - Pas exactement, Larry. Un organisme fragile demeure vulnérable. On cesse d’être esclave de l’alcool, on retrouve sa joie de vivre, mais au premier verre, on repique.

     Le silence retomba.

     - Parle-moi de ton cousin, reprit-il. A-t-il eu un coup dur ? Subi un choc émotionnel ?

     - Oui, dis-je en pensant à Beauregard.

     - Et il a trouvé refuge dans l’alcool. C’est ça ?

     - Un peu...oui.

     - Alors, il continuera de boire. l’alcool est un mauvais ami. Il soulage provisoirement les problèmes affectifs, le malaise… Ton cousin t’a dit qu’il buvait ?

     - Non… je m’en suis aperçu, mais il s’en cache.

     - C’est normal. Les alcooliques culpabilisent. Ils sont rusés, soupçonneux, ils craignent d’être jugés quand ils ont un verre à la main. C’est ce qui les différencie des gros buveurs qui boivent ouvertement et se fichent éperdument de ce que pense l’entourage en les voyant tituber.

     J’étais troublé par toutes les idées reçues qui me trottaient dans la tête.

     Brad Bennett me regardait attentivement.

     - Tu vois, Larry, dit-il lentement, ce n’est pas une tare. Les alcooliques ne sont pas méprisables, mais infiniment malheureux. Ils sont secrets, solitaires, hypersensibles. Ils sont obligés de mentir pour cacher leur mal de vivre à leur entourage. Ils ne dorment plus et, à la longue, ils peuvent devenir violents, souffrir d’hallucinations et sombrer dans la folie. » (p.81-84)

     

     « - Quelles sont les intentions de son père ?

     - C’est un toubib, je suppose qu’il songe à une désintoxication.

     - Depuis quand boit-elle ?

     - Presque un an.

     - Dans ce cas, une cure à l’hôpital la fera souffrir, mais ne réglera pas son problème. As-tu entendu parles des Alcooliques Anonymes ?

     (…)

     - Oui. Mais je vois mal Adélaïde s’inscrire dans ce club !

     - Ce n’est pas un club, Larry. C’est une association bénévole qui aide à rester sobre.

     (…) J’irai voir son père. Toi, essaie de convaincre Adélaïde de s’y rendre. Car vois-tu, si elle refuse de s’avouer malade, personne au monde ne pourra l’aider. » (p.104-105)

     

     « Si le docteur Larive digérait difficilement le problème dont souffrait sa fille, Harriett s’obstinait à le minimiser. Ce qui relevait de l’exploit, car Adélaïde traversait toutes les phases qui découlent du sevrage. Tantôt dotée d’une incroyable énergie. Tantôt sombrant dans l’abattement total. Le tout assaisonné souvent d’une humeur massacrante.

     Je faisais l’apprentissage des formules à éviter :

     « Comment tu te sens ? Est-ce que tu dors assez ? Tu veux qu’on discute ? »

     Elle explosait comme une grenade :

     - Je suis en super forme ! Qu’est-ce que ça peut te faire que j’aie ou non bien dormi ! On ne roupille pas ensemble ! Tu vas bientôt me lâcher les baskets ?

     Je les lui lâchais, mais une heure plus tard :

     - Pourquoi tu fais cette tête, mon Larry ? » (p.133)

      

    (L’enfer secret d’Adélaïde de Jackie LANDREAUX)

     

     

     

     

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  •  « Un sac de billes ? Tiens ! Je n’y aurais pas pensé. Pourtant, je l’ai lu. (…)

     C’est un bouquin sur le racisme et l’oppression. Avec un gamin qui ne comprend pas pourquoi les nazis lui en veulent, vu qu’il n’a rien fait de mal. Simplement, il est juif. » (p.105)

     

     « Je dis comment ça a fait tilt, pour moi, quand j’ai réalisé que le racisme parce que quelqu’un est juif ou parce que quelqu’un est petit, dans le fond ça se ressemblait. Et qu’alors j’avais pensé que ce livre pourrait peut-être nous aider à prendre au piège Pédro et sa bande.

     - Tu crois qu’ils vont avoir honte d’être aussi salauds avec toi ? Dit Aurélien avec une tonne de doute dans la voix. » (p.109)

      

    « - On lit plus ? C’est tout ce que tu trouves à dire ? Y a un gamin de dix ans qui découvre qu’on le persécute simplement parce qu’il paraît qu’il est juif, alors que lui, lui, il pense qu’il est le même que tous les autres jours… et toi, toi tu dis : « On lit plus ? »

     (…)

     - On peut pas en parler tout le temps, continue Pédro, c’est fini, on les tue plus à l’heure actuelle, alors faut tirer un trait !

     Voilà ce qu’on attendait : que quelqu’un dise que c’est du passé et qu’on ne tue plus les Juifs. Exactement ça. Parce que, nous, on démarre. C’est Thomas qui lance l’assaut.

    C'est du racisme !

     - C’est trop facile de dire que maintenant on tue plus les Juifs ! D’autres sont persécutés. Regarde les Bosniaques et les Serbes !

     - Et le Rwanda ! crie Stéphanie.

     - Et aux États-Unis y a des lois contre les Noirs !

     - Non, corrige Marine, il y a deux sortes de lois, pour les Blancs et pour les Noirs.

     - Mais c’est pas partout ! C’est que dans le Sud !

     - Et alors ? Qu’est-ce que ça change ? Tu trouves que c’est normal ?

     (…)

     - Vous parlez du Rwanda, de la Yougoslavie, des États-Unis, comme s’il n’y avait qu’à l’étranger qu’on s’en prend aux gens parce qu’ils sont d’une race ou d’une autre. C’est pas mieux en France, faut pas croire !

     - Eh, tout de même, en France on te dit rien parce que t’es noir !

     - On me dit rien, justement parce que je le suis pas ! Et toi non plus, tu l’es pas, et personne dans le collège ! Mais comment ça se passe pour celui qui est noir ? Tu le sais vraiment, toi ?

     - Et toi, qu’est-ce que tu sais ?

     - Je sais que la loi est peut-être la même pour tous en France, mais que les gens sont racistes comme ailleurs.

     - Les gens, mais pas la loi !

     - Et alors ? C’est pas avec la loi que tu vis chaque jour, c’est avec les gens ! Demande à Karim si c’est facile d’être maghrébin ?

     Il y a un silence. (…) Tous les regards convergent sur Karim qui dit, tranquille :

     - Moi, je m’en fous, je suis français.

     - Bien sûr t’es français, mais les gens ils te traitent comment ? Insiste Sylvestre.

     - ça dépend… Mais si tu veux dire qu’il y en a qui me traitent de bougnoul, c’est vrai. (…) Mais je m’en fous, j’ai l’habitude, conclut Karim.

     - C’est pas parce qu’on a l’habitude d’une chose qu’elle est normale et qu’elle ne fait pas mal, dit Maÿlis. Le handicapé que chacun regarde, le gros qu’on appelle « Bouboule », le… le Vietnamien qu’on traite de "Bol de riz" , le… le trop grand dont on se moque et le trop petit qu’on surnomme « le nain », eh bien moi, je trouve que c’est du racisme, que c’est comme pour les Juifs. Pareil. Et que ceux qui insultent les Arabes, les Chinois, les Noirs, les gros, les petits… eh bien ils sont aussi salauds que les nazis ! » (p.130-133)

      

    (Mini Max et maxi durs de Roselyne BERTIN)

     

     

     

     

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  •  « Allez, rase-bitume, tire-toi ! Les sixièmes, c’est là-bas !

     (…)

     - Eh ! T’as entendu ? Les p’tits nouveaux, c’est là-bas, sous le préau !

     Je le sais bien qu’on les rassemble sous le préau, les futurs élèves de sixième, le principal l’a annoncé assez fort dans son mégaphone !

     Comme il a annoncé que l’appel des classes de cinquième serait fait à la cantine et celui des classes de quatrième devant le garage à vélos. C’est donc vers là que je me suis dirigé, parce que c’est en classe de quatrième que j’entre, même si je ne mesure qu’un mètre trente-cinq. Et n’allez pas croire que je suis un surdoué qui fait sa scolarité avec trois ans d’avance. Non, j’ai treize ans, comme tout le monde. Mais je ne suis pas très grand pour mon âge, voilà tout ! Je suis même franchement petit. » (p.7-8)

      

    « C’est une fille qui s’exclame :

     - Oh dis donc, il est drôlement petit ! Il est encore plus petit que les sixièmes !

     (…)

     Elle n’a peut-être pas parlé méchamment mais, derrière moi, les autres s’en donnent à coeur joie.

     - Pire que ma sœur qui est en CM2 !

     - Eh, Thomas, tu es battu cette fois !

     - Il est plus petit que Maÿlis !

     - C’est un nain !

     Voilà, le mot est lâché : nain ! Qu’est-ce que ça veut dire, nain, d’abord ? J’ai seulement un « retard de croissance dû à un problème d’hypophyse ». D’abord, je suis suivi et soigné, ensuite je suis « petit mais harmonieux ». (p.14)

     

     

    Le p'tit nain

     

    « - Alors, le p’tit nain, lance Pédro, on se fait chouchouter par les filles, on appelle sa mère, on a peur des copains de la classe ?

     - T’es mieux avec les gonzesses, hein, minus, c’est plus ton genre ? Dit l’un des deux petits malins.

     - Ouais, c’est mademoiselle Maxime !

     - Y se sont gourés tes parents, c’est pas Max qu’ils auraient dû t’appeler ! Comme maximum, t’es pas terrible, c’est plutôt du minimum chez toi ! reprend Pédro.

     Et Gentilhomme, eh ! C’est pas terrible non plus ! C’est pas gentil que t’es, c’est petit, c’est Petithomme qu’on devrait t’appeler, dit le deuxième petit malin. » (p.32)

     

    « - Eh, le nain, t’arrête de gigoter ?

     Il en a de bonnes Pédro, ils sont tous là à me bourrer ! J’en ai marre, à la fin, qu’est-ce qu’ils veulent ? Que je prenne d’un coup trente centimètres, pour leur faire plaisir ? Je ne demande pas mieux, moi ! Du coup, j’éclate :

    - Qu’est-ce que tu veux, Pédro ? Qu’est-ce que vous me voulez ? Je suis petit, bon, j’y peux rien ! Y en a qui sont gros, d’autres qui sont noirs, d’autres qui sont nés en Algérie, on n’y peut rien, c’est comme ça !

     - Quoi Qu’est-ce que t’as contre les Arabes ? Lance un Maghrébin qui m’a attrapé par le col de ma chemise.

     - Mais… lâche-moi ! J’ai rien contre eux ! Je dis qu’il y en a qui sont algériens et d’autres pas et voilà ! Et Pédro il est portugais, et alors ? C’est comme ça, on va pas lui taper dessus pour autant ! » (p.36-37)

      

    « - Alors le nain ? On barbote ?

     C’est Nathan qui vient d’arriver à vélo.

     Nathan, quand nous sommes seuls, il m’appelle le nain, parfois, et c’est une façon de me dire qu’on est des potes. Un mot, c’est fou comme il peut changer de sens, suivant qui le dit et comment il le dit. » (p.90)

      

    (Mini Max et maxi durs de Roselyne BERTIN)

     

     

     

     

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  •  « Lorsqu’on découvre qu’on est seul, vraiment seul, je crois que le plus souvent on panique. On se jette dans la situation exactement opposée et on se mêle à un groupe : club, équipe, association. On commence à s’habiller exactement comme les autres. C’est un moyen de se rendre invisible. La façon de coudre ses pièces sur les trous des jeans devient d’une importance incroyable. Si elles ne sont pas cousues comme il faut, vous n’y êtes pas. Vous devez y être. Y être. Vous avez remarqué comme ces mots sont bizarres ? être où ? être avec eux. Avec les autres. Tous ensemble. C’est le nombre qui fait la force. Je, ça n’existe pas. Je suis un insigne de basket-ball, le boute-en-train de la classe, l’ami de mes amis. Je suis une excroissance de cuir noir sur une Honda. Je suis dans le coup. Je suis un jeune à la page. Vous ne pouvez pas me voir. Ce que vous voyez, c’est nous. Seulement nous. Ensemble, peinards.

     « Je, ça n’existe pas »

    Et si Nous Vous apercevons, vous là-bas, tout seul dans votre coin, ou bien la chance est avec vous et nous vous ignorerons, sinon il se pourrait bien que nous vous lancions des pierres. Car nous n’aimons pas ceux qui ont sur leurs jeans des pièces différentes des nôtres, et qui nous rappellent que chacun de nous est seul, qu’aucun d’entre nous n’est peinard. » (p.9-10)

      

    « Je n’ai pas expliqué tout cela à Natalie ce soir-là, bien sûr, mais nous avons quand même parlé un peu du lycée, du conformisme et de la difficulté d’être différent. C’est comme si, me dit-elle, nous n’avions pas d’autre choix que de vouloir être ce que sont les autres ou bien ce que les autres veulent que nous soyons. Il faut se conformer ou obéir. » (p.40)

      

    « Ce que [ma mère] voulait, c’était primo que je sois vivant, secundo que je sois normal. J’étais vivant et j’accomplissais à peu près tout ce qu’elle attendait de moi. Si mes efforts n’aboutissaient pas à faire de moi un type normal, ils réussiraient au moins à en produire une honnête imitation pendant une bonne cinquantaine d’années. » (p.76)

     

     « Il était parfois plus facile de mentir que de dire la vérité. Si j’avais dit à Jason que je n’avais pas envie d’aller au cinéma, il aurait discuté pour essayer de me convaincre. Et si je disais que j’allais entendre un concert, mes parents, tout autant que Jason, trouveraient que c’était là une étrange façon de passer sa soirée. Et j’étais écoeuré, fatigué d’être toujours le seul à faire des choses étranges. » (p.81)

     

      (Loin, très loin de tout d’Ursula LE GUIN)

     

     

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