• « Il est contestable de traiter les personnes atteintes de handicaps intellectuels ou psychiques comme un groupe unique, et la limitation de leurs droits doit être soumise à un contrôle rigoureux. » (p.36)

     

    Une langue spécifique

    « "L'association Les Papillons Blancs de l'Essonne a organisé plusieurs ateliers d'information autour de la citoyenneté dans l'un de ses foyers d'hébergement. Ces ateliers ont révélé que le problème majeur rencontré par leurs résidents était de pouvoir identifier chaque candidat avec les différents bulletins, certains ne sachant pas lire." (Extrait de carnet de terrain, 25 mai 2017) » (p.46)

     

    « Il n'existe pas de langue spécifique aux personnes vivant avec une déficience intellectuelle. Les règles et les normes établies par le FALC doivent aider à la compréhension du texte (type de police, taille de police, format du paragraphe, utilisation de visuel, couleur, etc.) mais cela ne veut pas dire que la reconstruction des phrases ou la traduction des mots seront comprises par toutes les personnes. » (p.49)

     

    « Pour une partie de ces personnes, "le vote est réduit à sa dimension technique et l'accomplissement du devoir électoral se résume à un ensemble de gestes qu'il faut savoir réaliser "correctement". Il apparaît plus comme une marque d'appartenance à la communauté citoyenne que comme l'expression d'un choix politique (Bouquet, 2018). » (p.63)

     

    (Vote et handicap de Cyril DESJEUX)

     

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  •  « Jules, c'est mon chevalier au grand coeur. Si elle n'avait pas sacrifié ses études, je serais en train de piaffer dans un institut spécialisé. Je dis pas que c'est nul, l'institut spécialisé, mais y a que des handicapés. Je dis pas que c'est nul les handicapés, mais on ne met pas tous les myopes dans un lycée pour myopes, ni tous les gros dans une école pour gros. » (p.21)

     

    « - Et pourquoi l'allemand ? demande Julie qui trouve à redire à tout, ces derniers temps.

    - Because les Teutons sont hyper-créatifs ! Et en plus ils ont un ministre handi,  tu vois ça d'ici ? En France, même à l'Assemblée Nationale, y en a pas un, tu te rend compte ?! Six pour cent de l'électorat est handi et y a pas un seul député qui l'est ! C'est hallucinant, non ? Surtout qu'avec les progrès de la médecine, on sera de plus en plus nombreux.

    - Quoi ?

    - Ben oui. Les ambulances sont plus rapides, et question réanimation on n'arrête pas le progrès alors au lieu de mourir, on roule !"

    Ma frangine n'aime pas que je plaisante avec mon handicap, elle dit que je suis cynique. Je reconnais que j'aime les blagues vaseuses et l'humour noir, mais je ne vois pas ce qu'il y a de cynique. Moi, quand je vois un chat, je me raconte pas que c'est un félin domestique et je n'ai pas envie qu'on parle de moi comme d'une personne à mobilité réduite. C'est juste hypocrite ! » (p.139)

     

    (Zelda la rouge de Martine POUCHAIN)

     

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  •  

    « Être pauvre, est-ce la bonne expression pour désigner ceux qui n'ont rien de ce que la société libérale et capitaliste de consommation appelle la richesse, c'est-à-dire fondamentalement l'accumulation d'argent ? Pourquoi ne dit-on pas avoir la pauvreté, comme quelque chose que l'on pourrait ne plus avoir, dont on pourrait se défaire.

     

    Non, on dit être pauvre, comme pour définir strictement, et surtout essentialiser le démuni, faire d’un enfant, d’une femme, d’un homme, les synonymes de leur état social. Être pauvre, donc naître pauvre, vivre pauvre, et mourir pauvre. C’est comme cela depuis la nuit des temps. Ça l’est aujourd’hui ; et ça le restera demain, quel que soit le régime politique ? Comme une donnée anthropo-historique que l’on constate et qui nous écrase avant de déshumaniser ceux qui sont sans nom autre « qu’être pauvres » ? (p.9)

     

     Etre pauvre

     

    « Charon : Mais, mon cher Albisson, la pauvreté est un malheur et ne devrait pas être un motif pour faire perdre le droit d'exister à part entière dans la vie sociale et politique. » (p.50)

     

     

     

    « Dufourny : Dois-je comprendre qu'envers cet ordre des pauvres, le mépris égale l'injustice ? » (p.52)

     

     

     

    « Savanet : Comment osez-vous parler ainsi ? Le temps où le peuple a été traité de canaille ne doit plus subsister, au nom de l'égalité de l'être humain et de la liberté ! » (p.56)

     

     

     

    « Dufourny : Les révolutions ne sont jamais accomplies et salutaires tant que la dignité de l'homme n'est pas unanimement reconnue, tant que l'égalité des droits de tout citoyen n'est qu'une déclaration et non une réalité pour tous. Notre révolution n'est pas terminée. » (p.93)

     

     

     

    « Pendant longtemps nous avons cru qu'en dessous d'un certain seuil social et culturel, l'homme était incapable de penser, de parler, d'agir comme nous l'entendons, et même qu'il était nuisible et dangereux. » (p.125)

     

     

     

    « Pourquoi une journée mondiale du refus de la misère ? Pour faire entendre la voix de ceux qui sont habituellement réduits à leurs difficultés, voire qui en sont jugés responsables.

     

    (...)

     

    La misère, une violation des droits humains fondamentaux, n'est pas une fatalité. Elle peut être combattue et vaincue comme l'ont été l'esclavage et l'apartheid. » (p.128)

     

     

     

    (Dire non à l’exclusion de Philippe OSMALIN et Michèle GRENOT)

     

     

     

     

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  •  « On était plusieurs familles à vivre sur le terrain, à deux cents mètres de la rivière ; de Rroms, comme on s’appelait nous-même ; des bohémiens, des gypsies, des sales tsiganes, comme disaient les autres, les Roumains. On avait tous des maisons plus ou moins déglinguées, alignées dans une même rue. La nôtre, c’était la blanche avec des rideaux verts.

     Je n’avais pas d’amis gadjé ; ça ne m’aurait pas posé de problème, mais voilà… ils ne nous aimaient pas. Les petits voisins de la ferme d’à côté, quand on se croisait sur le chemin, avaient un léger mouvement de recul avant de se ressaisir. Derrière mon dos fusaient ces mots :

      - Brunett’ ! Tsigancà !

     Je me retournais, mâchoire serrée, leur montrais mon biceps et partais en courant.

     Pourtant, ces petits salauds de gadjé grimpaient aux arbres et lançaient des cailloux sur les poules, tout comme nous. Presque aussi bien que nous. Alors, il était où le problème ?

     

    Des sales tsiganes

    Je les observais, cachée derrière un tronc d’arbre, un buisson ou une charrette, et de retour à la maison, je cherchais dans mon reflet l’effroi ou la monstruosité que je pouvais bien leur inspirer. Peut-être mes yeux bleu-noir, qu’on disait bizarres. » (p.11)

      « Chaque phrase que j’arrivais tant bien que mal à déchiffrer me laissait espérer qu’un jour, être rrom serait synonyme d’être humain. Zsuzsa m’apprenait aussi quelques mots de rromani, langue qu’elle me disait avoir apprise au fil du temps, pour le plaisir, pour sa beauté. Chez nous, cette langue avait pratiquement disparu, il n’y avait guère plus que Lili qui la comprenait.

     Zsuzsa m’avait dit : Un jour, Katarina, tu pourras discuter avec des Rroms du Chili ou d’Angleterre. N’oublie pas la langue rromani, chante-la, parle-la. Tu retrouveras tous tes frères éparpillés aux quatre coins du monde… Ton histoire… Vous êtes au moins douze millions dans le monde, vous les Rroms ! » (p.62)

      

    (Gadji ! De Lucie LAND)

     

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  •  « - On me trouvait, comment dire… efféminé…

     - Attends, l’ai-je arrêté, tu es en train de me dire qu’on te traitait de pédé ?

     - Plus profondément, ce que je suis en train de t’avouer, c’est que je suis pédé, ou plutôt gay, je préfère.

     - Tu le sais depuis quand ? »

     Il a ri.

     « Oh depuis longtemps je crois ! »

     

    Mais le discours ambiant dans son milieu social, et surtout dans sa famille, ne permettait pas à Jordan de s’illusionner sur ce qui se passerait le jour où…

    Sauver les apparences

     Il fallait sauver les apparences… Ses parents eux-mêmes commençaient à poser des questions : « Et les filles dans ta classe, elles sont comment ? » Lui en avait marre de chatter en secret avec des garçons et de ne pas pouvoir les rencontrer. Il y avait des bars, des boîtes en ville, mais comment s’y rendre ? Quel copain aurait pu lui servir d’alibi ?

     « Trop risqué !

     - M’enfin, quand même, ai-je répliqué, nous les jeunes, on est tolérants avec ça ! »

     Il a éclaté d’un rire mauvais.

     « Ce que tu peux être naïve, toi alors ! Qu’est-ce que tu crois, que l’homophobie a disparu ? Non mais atterris, Justine ! » (p.52)

      

    (Le mur des apparences de Gwladys CONSTANT)

     

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  •  « - Tu parles du concept de reproduction sociale.

     - Ah, je ne connaissais pas ce terme.

     - Pourquoi te posais-tu ces questions ? C'est peu courant pour un adolescent de 15 ans.

     - (...) Je voulais partir de chez moi, je ne voulais pas ressembler à mes parents.

     Vous savez, notre famille était particulière. Les gens racontaient de sales choses sur nous.

     Si bien que dès ma naissance, on me stigmatisait à cause de mon nom de famille. Et plus on se sent rejeté, plus on fait de conneries. (p.77) »

     

    La reproduction sociale

    « - Vous savez, vivre en se cachant...

     en ayant peur d'être montré du doigt si vous laissez entrevoir votre intériorité, se dissimuler derrière une oppressante normalité.

     Toutes ces pulsions qui vous dépassent... je n'y arrivais plus.

     Je voulais être moi, pleinement. (p.260) »

      

    (Le patient de Timothé LE BOUCHER)

      

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  • « Ces témoignages mettent en évidence au moins trois aspects relatifs au vote. premièrement, ils participent à se défaire du "modèle normatif d'un citoyen autonome de sa volonté (Mariot, 2010)" : les personnes avec le droit de vote ne sont pas des êtres purement rationnels dont les manières de faire, les valeurs et les opinions seraient des attributs individuels uniquement construits par la personne elle-même ; comme tous les autres citoyens, les personnes vivant avec un handicap sont dans un jeu d'interactions et d'interlocutions les uns avec les autres, recherchent la mise en relation ou au contraire l'évitent. Deuxièmement, ces témoignages m'amènent à analyser l'acte de vote non pas uniquement comme un droit, un devoir, un acte civique technique ou politique, mais également comme un acte social qui vient produire de la sociabilité ou au contraire la détériorer. Cette sociabilité ne se fait pas uniquement avec les proches (amis, famille, pairs, etc.) mais également avec les professionnels qui les accompagnent.

    Troisièmement (...) : la charge émotionnelle du débat et des prises de position. Le risque de la dispute et la confrontation des idées est également vrai pour n'importe quelle personne, dans tous les cercles familiaux ou professionnels. Certaines personnes en tutelle ont donc bien conscience qu'elles doivent se protéger de ce risque en prenant des précautions ; elles connaissent l'impact que cela a sur les relations. » (p.51-52)

     

    Le jeu des interactions sociales

    « Certaines des personnes protégées interrogées n’ayant pas le droit de vote ont décrit ce que j’appellerai un jeu d’interactions sociales :

    « A l’ESAT, on évite de parler politique parce qu’on s’engueule. C’est chaud le sujet politique, ça crée du débat. Je n’ai pas le droit de vote, mais ça ne m’empêche pas d’avoir un avis. Des fois, je ne suis pas d’accord. J’écoute et je dis que je ne suis pas d’accord. »

    (Personne vivant avec un trouble psychique en tutelle. Extrait de carnet de terrain, 20 avril 2017)

     

    Ce témoignage n’est pas nécessairement représentatif de toutes les personnes à qui le droit de vote a été retiré. Toutefois, il montre qu’une dynamique entre pairs est possible, y compris pour ces personnes protégées n’ayant pas le droit de vote. » (p.89)

     

    « D’un côté, certains parents se sont demandé quel sens peut avoir le vote d’une personne ne comprenant pas ce qu’est une élection, un Etat, un gouvernement, un maire, un président de la République, etc. Ce type de perception tend à faire apparaître les limites de la dynamique de réciprocité dans la relation entre un aidant et un aidé. Elle n’est pas incompatible avec le fait d’éventuellement accepter que la personne aidée puisse avoir le droit de vote. Toutefois, dans tous les cas, pour ces parents, la mise en œuvre de ce droit serait inopérante car il n’y aurait pas d’accès social possible à ce droit. Ainsi, cette version maintiendrait, de fait, une situation d’exception au regard du droit, et donc une altérité, une dysmétrie, deux mondes différents et dissociés entre les personnes qui peuvent voter ou non, tout en ayant le souci de la personne.

    A L’autre extrémité, certains parents ont revendiqué le droit de pouvoir voter en leur nom et au nom de leur enfant qui ne pouvait se présenter par lui-même. Dans ce cas, il n’y a pas véritablement de processus de prise de distance : les convictions politiques de la personne aidante sont très probablement indifférenciables de celles de la personne aidée, tout en assurant le respect de l’individualité et du soin apporté à cette dernière.

    D’autres proches ont juste mentionné la portée symbolique de ce droit sans considérer pour autant que la personne l’exercerait. Cette posture traduit bien une forme d’empathie, d’attention, d’écoute et de responsabilité mais elle ne se couple pas nécessairement à un engagement et un investissement de la part de la personne aidante pour accompagner au vote. » (p.108)

     

    « Tendre pleinement vers ce modèle décalé et alternatif demanderait de sortir d’un raisonnement binaire ; autonomie versus assistance, handicap versus valide, faire avec versus faire à la place de, intégration versus exclusion, inclusion versus institution, médical versus social, aide versus soin, etc. Nous diriger vers une société recourant à une éthique de la vulnérabilité demanderait à la société d’appréhender les catégories qui composent les configurations de handicap dans ce qu’elles ont de récursives avec l’ensemble des citoyens. (…) Ces catégories seraient récursives si elles étaient appréhendées dans un mouvement mutuel avec la construction de la société, si on cherchait non plus à adapter la société à une catégorie de la population mais si on essayait de repenser toute la société avec ces catégories pour envisager une autre version de nos structures et dynamiques sociales. Pour ce faire, ces catégories sont à envisager comme produit et effet l’une de l’autre : alors elles se confronteraient et s’opposeraient, mais aussi se combineraient ou s’interpréteraient. » (p.125)

     

    (Vote et handicap de Cyril DESJEUX)

     

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  •  « Elle sait qu’ici, dans son pays, les victimes de viol sont considérées comme les coupables. Il n’y a pas de respect pour les femmes, encore moins si elles sont Intouchables. Ces êtres qu’on ne doit pas toucher, pas même regarder, on les viole pourtant sans vergogne. On punit l’homme qui a des dettes en violant sa femme. On punit celui qui fraye avec une femme mariée en violant ses sœurs.

    Le viol comme arme de destruction massive

    Le viol est une arme puissante, une arme de destruction massive. Certains parlent d’épidémie. Une récente décision d’un conseil de village a défrayé la chronique près d’ici : deux jeunes femmes ont été condamnées à être déshabillées et violées en place publique, pour expier le crime de leur frère parti avec une femme mariée, de caste supérieure. Leur sentence a été exécutée. » (p.91)

       

    (La tresse de Laetitia COLOMBANI)

      

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  •  

    "Comme beaucoup de Français, je ne sais pas grand-chose des Roms.

     

    Quelle est leur origine géographique ? Pourquoi fuient-ils leur pays ? Pourquoi s'installent-ils en France, là où ils sont si mal reçus ?

     

    Manon Fillonneau, déléguée générale du Collectif National des droits de l'Homme / Romeurope :

    "Les Roms représentent 8 à 10% de la population roumaine et 7% de la population hongroise. Mais ils sont aussi présents en Bulgarie, en République Tchèque, en Turquie, en Serbie, au Kosovo...  En fait, le terme "rom" signifie "homme" en langue romani.

     

    Entre 15 000 et 20 000 personnes originaires des pays de l'Est vivent en bidonville en France : environ 90% sont des Roumains. Mais il s'agit aussi bien de Roms roumains que de Roumains précaires." (p.63)

     

     

     

    "Elena n'a pas eu affaire au racisme en France. Pourtant, concernant les Roms,  les préjugés ont la vie dure. Cela ne date pas d'hier : depuis longtemps, dans l'imaginaire collectif, les Roms traînent une image de voleurs, de "faiseurs d'histoires".

     

    On les croit nomades alors que l'habitat en bidonville n'est pas un choix mais une nécessité... (...)

     

    On imagine qu'ils ont "déferlé" sur l'Europe de l'Ouest et notamment la France. Or, dans les faits, ils représenteraient en France 1 à 2% des Roms de Roumanie. Et depuis 2005, ce chiffre est relativement stable. Il n'y a donc pas d'"invasion" rom.

     

    On imagine aussi que les Roms exploitent leurs enfants en faisant la mendicité avec eux. Mais c'est parce qu'ils n'ont pas le choix. Laisser un enfant dans un bidonville toute une journée ? C'est impossible pour les parents et ce serait très dangereux !" (p.76-77)

     

     

     

    "Les politiques, de droite comme de gauche, confondent volontiers Roms et "gens du voyage" et les accablent de tous les maux. Ils constituent une parfaite excuse pour mener des politiques sécuritaires plus dures.

     

    Les Gens du Voyage que l'on appelle parfois Gitans, Manouches ou Forains, vivent en France depuis très longtemps. Bien que citoyens français depuis des générations, jusqu'à peu, ils n'avaient pas droit à une carte d'identité." (p.78)

     

     

     

    ("Mes voisins roms" par Joséphine LEBARD et Julien REVENU in TOPO n°12)

     

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  • « - De toute façon, tu comprends de quoi je parle, Darren ? Des gays, des homosexuels ? Les gens les traitent de pédés, mais c’est péjoratif, maintenant. Avant on les appelait des tapettes. Aujourd’hui, disons que les gens sont plus politiquement corrects. Ce qui signifie…

     Darren écoutait dans un morne silence. Il ne savait où regarder, sinon par terre.

     - …Pour Eddy, je n’ai jamais été très inquiet. C’est le genre de garçon qui sait s’occuper de lui. Personne ne va se frotter à Eddy Flynn ! Mais toi…

     Darren mâchonnait sa lèvre, accablé. Il n’en croyait pas ses oreilles !

     

    - …Avec le visage que tu as, ton air si tranquille et confiant. Disons que tu ressembles plus à ta mère qu’à ton vieux et qu’à ton frère, tu vois. Je ne veux pas dire que tu aies l’air féminin – efféminé -, pas le moins du monde.

     (…)

    Suspicion

     

    Walt Flynn poursuivit, d’une voix toujours hésitante : Darren ne devait pas le comprendre de travers, il trouvait normal qu’il y ait des lois pour protéger ces gens. Et les lesbiennes aussi. Il pensait que ces lois étaient nécessaires. De même qu’étaient nécessaires les lois pour protéger les enfants contre les pédophiles. Comme ces prêtres dont on entend sans cesse parler. « Tu vois, je ne suis pas contre la culture gay. Je me rends compte que beaucoup d’homosexuels sont des gens bien, des gens corrects. Ils sont nés avec un petit problème du côté des chromosomes ou des hormones, et ils ne peuvent pas être autrement. Certains ont subi des opérations pour changer de sexe, mais ce sont des cas extrêmes. Je n’ai rien contre eux, tant qu’ils gardent les mains dans les poches et ne touchent pas à mes fils. Un ministre du culte gay, comme dans l’église épiscopalienne, ça ne me pose aucun problème. Ils ont des femmes pasteurs, alors pourquoi pas des gays ? je n’ai rien contre ceux qui sont corrects, et qui se déclarent comme tels. Mais ceux qui font semblant d’être hétéros, qui draguent dans les centres commerciaux, dans les salles de jeux vidéo, ou sur Internet… qui se cachent dans les toilettes… ça me rend malade, et pas seulement moi. »

     Le père de Darren s’était tellement énervé qu’il semblait presque parler tout seul, de façon confuse, rageuse et chaotique. Trop jeune pour comprendre que son père voulait le protéger contre tout ce qui aurait pu lui faire du mal, Darren, paralysé par la gêne, ne savait que dire. » (p.55-57)

        

    (Sexy de Joyce Carol OATES)

     

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