•  -Tu fais du latin à l'école ?

     - Hmm. C'est ma matière préférée. A vous, je peux le dire. »

      

    Les garçons de son âge

    Valérie sourit intérieurement. Elle savait ce qu'il entendait par là. S'il avouait cela à ses camarades de classe, il passerait tout de suite pour le fayot de service et serait mis sur la touche. D'un autre côté, il avait plutôt l'air d'un solitaire. Les garçons de son âge ne traînaient pas des après-midi entiers dans une librairie à considérer des livres sous leur aspect esthétique. » (p.129)

      

    (Une année particulière de Thomas MONTASSER)

     

     

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

    « Papa dit toujours qu’il faut se considérer comme son propre meilleur ami. Quand j’étais plus petite, je ne comprenais pas ce que ça voulait dire, mais maintenant, je vois bien. Ça veut dire qu’on doit être heureux quand on est seul ; qu’on ne devrait pas avoir besoin de la compagnie des autres pour être heureux.

     

    (…)

     

    A l’école, les maîtresses s’inquiétaient souvent de me voir m’asseoir à l’écart des autres. Elles écrivaient des mots du genre : « C’est une fillette très solitaire » ou « Elle s’isole ». Comme s’il s’agissait d’une mauvaise attitude.

     

    (…)

     

    - Ils n’y connaissent rien, a dit papa (…). Ils ne comprennent pas les gens qui n’ont pas besoin d’être entourés. Ils croient que l’indépendance va de pair avec la solitude. Ils n’ont jamais entendu parler de la force intérieure.» (p.8-9)

     

     

     

    « A l’école, les autres enfants n’essaient plus de m’avoir pour meilleure amie. J’aime bien jouer avec eux – ce n’est pas que je n’aime pas les gens. Mais pour être honnête, je préfère les livres. J’aime l’espace de calme qu’ils créent dans ma tête ; un espace où peuvent surgir des mondes magiques, des îles ou des mystères. » (p.11)

     

    L'impression de ne pas être normale

     

    « Depuis que maman est morte, j’ai toujours eu l’impression de ne pas être normale. Comme si je ne rentrais pas dans les cases. Je préférais la lecture à l’amitié. Je vivais avec un père qui, la moitié du temps, ne semblait pas s’apercevoir de ma présence, qui n’aimait pas m’embrasser, et qui mettait l’accent sur la force intérieure. Ça ne me dérangeait pas exactement, mais je ne me sentais pas normale.

     

    Et si la normalité n’existait pas vraiment ?

     

    Si j’étais normale dans un monde où tout est normal et rien n’est normal ? L’idée n’est pas crédible. » (p.237)

     

     

     

    « Mais il s’est trompé sur toute la ligne. Les gens ont besoin des gens. On ne peut pas passer sa vie à l’écart des autres pour éviter de souffrir. Le seul résultat, c’est qu’on souffre de toute façon ET qu’on est seul.

     

    (…)

     

    Papa n’est pas seul. Je suis là. Et maintenant je comprends où trouver ma force intérieure. On doit la recevoir des autres. Quand une personne est attentive à vous, elle vous donne un peu d’elle-même, ce qui vous fortifie. » (p.302-303)

     

     

     

    « C’est alors qu’il commença à se transformer en monstre. Parce que, non content de verrouiller son propre coeur, il apprit à la petite fille à faire de même. Il lui apprit que les idées et les livres étaient plus importants que les gens et les sentiments, il la regarda avec fierté s’adapter à cette vie solitaire, sans jamais se rendre compte qu’elle se retrouvait seule elle aussi... » (p.330)

     

     

     

    « Les gens réagissent souvent ainsi, ils disent ou font une chose pour cacher un sentiment très différent. Je faisais cela jusqu’à ma rencontre avec Mae. Maintenant, j’essaie d’être plus honnête envers moi-même, parce que si on est incapable d’être honnête envers soi-même, comment peut-on être honnête envers les autres ? » (p .358-359)

     

     

     

    (La bibliothèque des citrons de Jo COTTERILL)

     

     

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

    "Je chasse leurs formules de mon esprit. C'est à moi, et à moi seule, de réfléchir en cet instant. C'est à moi de décider, ici et maintenant. je ne suis plus celle que j'étais autrefois, celle que Nico voulait que je sois. je reste presque bouche bée devant l'idée qui se fait jour en moi : je serai uniquement ce que je déciderai d'être." (p.376)

     

    C'est à moi de décider

     

    "J'ai trop longtemps été manipulée, tiraillée entre ce que j'étais et ce que je suis devenue. mais qui veux-je être, au fond ?

     

    Je l'ignore encore, mais ce que je suis et ce que je fais maintenant, c'est à moi et à moi seule d'en décider." (p.380)

     

     

     

    (Fracturée de Teri TERRY)

     

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

    « Tout ce qui concerne la façon de parler, en particulier, je l'apprends par imitation. Mon langage actuel est un mélange d'Izumi et de Sugehara.

     

    N'est-ce pas ainsi que fonctionne tout le monde ? Je me souviens avoir vu le groupe de Sugehara passer au magasin de temps en temps ; les filles s'habillaient et parlaient comme elle. Et depuis que Sasaki a commencé à travailler avec Izumi, elle reproduit ses salutations. Quant à l'ancienne collègue d'Izumi qui est venue nous donner un coup de main en magasin, elle arborait un style tellement similaire qu'on aurait pu les confondre. Nul doute qu'à mon tour j'influence aussi la façon de parler de quelqu'un d'autre. C'est en nous imprégnant ainsi les uns des autres que nous préservons notre humanité. » (p.26-27)

     

     

    La singularité

     

    « Les gens perdent tout scrupule devant la singularité, convaincus qu'ils sont en droit d'exiger des explications.

     

    Personnellement, je trouve ça pénible, et d'une arrogance exaspérante.» (p.49)

     



     

    « - Comme vous le disiez, le monde vit peut-être encore à l'ère Jômon. Les êtres inutiles à la communauté sont persécutés et bannis. Ce que je veux dire, c'est que le kombini fonctionne sur le même modèle. Tout employé inutile est viré.

     

    - Le kombini... ?

     

    - On n'a pas d'autre choix que de garder son poste le plus longtemps possible. Rien de plus simple : il suffit d'enfiler son uniforme et d'appliquer les règles du manuel. Il en va de même avec le monde à l'ère Jômon : si on enfile la peau d'une personne normale et qu'on applique les règles du manuel, la communauté nous laissera en paix. (...)

     

    Autrement dit, il nous suffit d'interpréter le rôle d'un être fictif, une « personne normale » parmi les autres. De même qu'à la supérette, je joue le rôle d'un être fictif, une « vendeuse » parmi les autres. » (p.75)

     



     

    « Les individus en marge de la société n'ont aucune intimité. Tout le monde vient nous marcher dessus, sans ménagement. » (p.83)

     



     

    « Les gens ordinaires n'aiment rien tant qu'à juger ceux qui sortent de la norme. » (p.96)

     



     

    (Konbini de Sayaka MURATA)

     

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

    « - Eh, m'sieur, c'est des trucs de gonzesses ! On met pas ça, nous.

     

    - Nous, c'est qui ? Nous, c'est toi, et tu parles pas pour les autres, Brandon. » (p.44)

     

    Nous, c'est qui ?

     

    « - Là-bas, c'est le pays des fous. Il n'y a pas que des fous, mais il y en a beaucoup.

     

    - Ah bon. Des fous... tu veux dire...

     

    - Des gens bizarres, des illuminés, des millénaristes, des producteurs de drogue, des communautés hippies, ils sont cachés, on ne peut les voir que d'avion. » (p.153-154)

     

     

     

    « Elliot ne comprend pas tout, mais ça lui va. Il sent qu'il commence à apprécier les énigmes non résolues. Le doute qui plane. Il s'aperçoit que c'est ce qu'il aime quand il passe du temps avec Péline. La masse des mystères, les expressions qu'il ne comprend pas, les objets inutiles.

     

    Quelque chose comme un monde en plus, où des humains oubliés barbotent. » (p.234)

     

     

     

    (Le collège des éplucheurs de citrouilles de Laure DESLANDES)

     

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  « Ratsan a confiance en moi. Il y croit et il m'investit d'une mission qui me fait grandir. Il me bouscule, me pousse, me malmène parfois mais y a toujours au bout un fruit à cueillir. Je n'ai jamais osé lui confier que mes parents étaient contre. Que j'étais un enfant programmé pour autre chose. Parce que mes parents parlent de moi comme si je leur appartenais. Un objet qu'on modèle, qu'on sculpte, qu'on taille. Ils disent à leurs amis : « On verrait bien Benjamin faire de la politique, il est doué à l'oral, il est séducteur, il sait convaincre. » Et c'est dans cette logique dont ils ne se cachent même pas qu'ils m'ont parlé de Sciences Po.

     

     

    Programmé pour autre chose

    (…) Ils ont tracé un chemin pour moi que je n'emprunterai que sur un pied ! J'ai dit « oui » pour acheter la paix, les endormir et neutraliser leurs critiques. J'aurai le confort de m'installer loin de la ligne de front. Je ne supporte pas de me faire canarder par mon père. Donc, l'année prochaine, je vais au lycée du centre-ville, bien coté, je fais ce qu'il faut pour les tenir à distance mais ma vie, elle sera ailleurs et Ratsan m'aidera, c'est lui qui m'aiguillera. Je serai patient. » (p.107-108)

      

    (à quoi tu ressembles ? de Magali WIENER)

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  • « Qu’est-ce qui fait d’un individu un homme libre ? Des centaines de philosophes se sont posé la question sans jamais apporter de réponse convaincante. Parce que la liberté s’expérimente plus qu’elle se pense, sans doute. Moi qui ne suis pas philosophe mais seulement un homme à la vie bien remplie, je propose à ceux que cette interrogation taraude la piste suivante : l’homme sans chaînes n’existe pas, ou alors c’est celui qui repose six pieds sous terre. Est libre au contraire l’homme qui connaît ses chaînes, qui s’efforce de les choisir le moins pesantes possible, et qui enfin en supporte le poids avec courage.

    Un homme libre

    J’ai cru, il y a longtemps, me libérer en quittant ma famille et je suis tombé dans les griffes de mon travail. Je m’en suis évadé en révélant le secret d’un mensonge et je suis devenu prisonnier de ma fuite. C’est seulement aujourd’hui que j’ai compris qu’en liant mon destin à celui de ces enfants, j’avais agi pour la première fois en homme libre. Parfois, les actes qui nous paraissent fous sont peut-être les plus raisonnables... » (p.125)

     

    (Phaenomen, tome 3 d’Erik L’HOMME)

     

     

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

    « Je les observe, un peu à l'écart, comme du temps où nous étions en primaire, et sens leurs regards posés sur moi comme sur une bête curieuse.

     

    Ah, me voilà redevenue l'intruse, me dis-je distraitement.

     

    Je repense au sort de Shiraha, poussé à la démission. Suis-je la prochaine sur la liste ?

     

    Dans ce monde régit par la normalité, tout intrus se voit discrètement éliminé. Tout être non conforme doit être écarté.

     

    Voilà pourquoi je dois guérir. Autrement, je serai éliminée par les personnes normales.

     

    J'ai enfin compris pourquoi mes parents désespéraient tellement de trouver une solution. »

     

    (p.66-67)

     



     

    « - Ce monde ne tolère pas les anomalies. J'ai toujours eu à en souffrir, déclare Shiraha en sirotant un thé au jasmin.

     

    (…)

     

    On n'a pas le droit à la différence. Pourquoi n'as-tu toujours qu'un petit boulot, à trente-cinq ans passés ? Pourquoi n'as-tu jamais eu de relation amoureuse ? On ne cesse de te demander si tu as eu des expériences sexuelles. (…) Moi, je ne dérange personne, mais parce que je fais partie de la minorité, tout le monde se permet de violer ma vie privée.» (p.71)

     



     

    « J'aimerais que tu me caches aux yeux du monde. Tu peux parler de moi autant que tu veux, te servir de moi pour enjoliver ton quotidien. Mais je resterai dissimulé ici. J'en ai assez des interventions de parfaits étrangers. (…)

     

    Si je sors, ma vie sera encore violée. Un homme, ça doit travailler, se marier, puis une fois ce cap passé, gagner encore plus d'argent et faire des enfants. Il est l'esclave de la communauté. Condamné à une vie de travail.

     

    (…)

     

    Tout ce que je veux, c'est continuer de respirer, jusqu'à ma mort, sans intervention extérieure. C'est tout ce que je souhaite. » (p.85)

     



     

    « - Furukura, tu es une chanceuse. Tu as beau cumuler un triple handicap, vierge, célibataire et travailleuse à mi-temps, grâce à moi tu vas pouvoir entrer dans la société des gens mariés, les gens te croiront sexuellement active, et rien ne te distinguera plus de ton prochain. Tu seras la meilleure version de toi aux yeux des autres. Hourra ! » (p.108)

     



     

    (Konbini de Sayaka MURATA)

     

     

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

    « - Maman n'a jamais pris une décision sans t'en parler. Toujours elle a dit « je vais d'abord voir avec ta tante », toujours, même que des fois je me demandais pourquoi elle avait toujours besoin de ton avis me concernant, comme si elle n'était pas capable de se débrouiller toute seule. Jamais je ne l'ai entendue dire du mal de toi, au contraire. Pour moi, vous étiez deux sœurs, même si j'ai eu quelques doutes sur votre relation tellement...

     

    - Fusionnelle ?

     

    - Même si on n'habite pas ensemble, tu es toujours là, tu as les clés, comme nous nous avons les tiennes. Au lieu d'avoir un seul grand appartement, nous en avons deux moyens, c'est tout. J'ai un pote, ses parents n'habitent plus ensemble, mais en même temps ils sont ensemble. Chacun se débrouille comme il peut. On s'en fout des modèles. Ça ne veut rien dire, c'est bidon. J'ai toujours été très heureux entre vous deux, ça faisait un équilibre entre ma mère un peu rigide et toi plus cool. Je n'ai jamais souhaité autre chose, si tu veux savoir. » (p.133)

     

    On s'en fout des modèles

     

    « J'avais l'impression d'être au cœur d'un équilibre parfait, avec deux parents qui se tirent dans les pattes, comme dans les familles normales. Je comprenais la souffrance de Gazou, dans le rôle de la bonne poire qui sacrifie sa vie par amour. Quant au côté « pas très clair » de ma mère, je le connaissais. Elle avait toujours eu du mal à dire les choses en face.

     

    Au fond, j'étais simplement l'enfant de ces deux femmes. » (p.134)

     

     

     

    (Le temps des râteaux d'Hervé MESTRON)

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

    «J'ai fini par réaliser que le "handicap" ne voulait pas dire grand chose au fond. Qu'il n'était pas synonyme de défaillance, ou de déficience comme on le suppose à tort. Ce n'est rien de plus qu'un repère, une pancarte administrative ouvrant potentiellement des droits qui, en l'espèce, pourraient contribuer à me rendre la vie un peu plus facile, et ce, sans la moindre incidence sur qui je suis depuis toujours ou sur la manière dont je prends soin de ma famille et de mon enfant. » (p.7)

     

     

     

    « Mettre des mots sur des différences, sur des souffrances est capital pour s'accepter et pour connaître ses limites. Cela ne signifie pas qu'il faille se retrancher derrière elles, mais tout l'enjeu consiste à les définir pour mieux les repousser. Le but est d'avoir pleinement conscience de qui l'on est pour aller plus loin, pour avancer d'une manière plus porteuse et qui nous corresponde. » (p.81)

     

     

     

    « Ce fut un apaisement d'être clémente face à ces dizaines de choses que je me suis reproché tout au long de ma vie. Je m'en voulais ainsi parfois de toutes mes forces d'être incapable de faire simple, ou d'être trop marginale, pas assez démonstrative, trop compliquée, pas assez mondaine, trop gaffeuse, pas assez amène, trop sensible, pas assez diplomate, trop obsessionnelle, pas assez souple, trop extrême dans mes prises de position, pas assez méfiante, trop bavarde, pas assez chaleureuse, trop fuyante, pas assez dynamique, trop brutale. Tous ces trop ceci ou pas assez cela me défendaient d'être à la bonne place au bon moment. » (p.83)

     

    Avoir pleinement conscience de qui l'on est

     

    « Il me' semble que nous serions tous tellement plus libres si les gens cessaient de chercher à régenter la vie de leurs voisins ! » (p.90)

     

     

     

    « Preuve en est la révélation marquante, sinon choquante, des adultes qui comprennent inopinément, à la faveur d'un témoignage ou d'un reportage, qu'ils sont sans doute aspies. On relève une similitude chez toutes ces personnes en dépit de leur grande diversité : elles sont depuis toujours perçues comme atypiques par leurs proches, par les enseignants qui les ont croisées, par les médecins qui les ont approchées. Hors cadre par bien des aspects de leur vie, par des conduites quotidiennes qui intriguent, par une fatigue aussi inexplicable que présumée exagérée, par des contrastes sensoriels : en tout état de cause, ce qui ressort de la plupart de ces cas est qu'ils n'ont en réalité jamais été considérés comme conformes à la norme. » (p.141)

     

     

     

    « Témoigner sert aussi à cela : clamer haut et fort son droit à être à la fois singulière et ordinaire ; combattre la mésinformation pour rectifier le tir. » (p.145)

     

     

     

    « S'il y a autant d'autismes que d'autistes, être aspie n'est pas être meilleur ou moins bon, c'est tout juste être autrement. Pourquoi devrait-on avoir à taire cette diversité ? Évoluer dans ce monde selon mes modalités est un droit. » (p.154)

     

     

     

    (Asperger et fière de l'être d'Alexandra REYNAUD)

     

     

    Partager via GmailGoogle Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique