•  « L’adolescence. A ce moment où l’on devrait pouvoir épanouir la somme des apprentissages de son enfance, en supposant qu’ils soient corrects, ce moment où l’on devrait pouvoir se découvrir soi-même – une plante qui a poussé et fleuri -, où l’on devrait pouvoir se montrer et dire : « Je ne suis pas une orchidée, une fleur de nénuphar, une pâquerette ou un pissenlit, je ne suis rien de ce que vous voudriez que je sois. Vous me vouliez jaune, je suis rouge ! Vous me vouliez en rose rouge de Baccarat ou en marguerite des champs ? Je n’avais pas le choix ? », on me lançait : « Tu as plutôt intérêt à être une orchidée… sinon, tu finiras coquelicot ! »

    Remplir les cases

     Et alors ? Si j’ai envie d’être un coquelicot ou une fleur de tiaré !

     Et si les mathématiques m’emmerdent ? Passer « mon bac d’abord » ?

    Est-ce une garantie d’être heureuse ? Et si l’obligation de remplir toutes les cases qui vous conviennent me donne envie de mourir d’avance ? » (p.17)

     

    « Je voulais devenir une sorte de coquelicot ou mieux encore une fleur de tiaré dans un monde de cactus. Il me voulait cactus comme lui. J’aurais aimé qu’il me dise : « Tu seras coquelicot, ma fille, puisque tu en rêves. » (p.212)

     

     (J’ai commencé par un joint par HELENE)

     

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  •  

    « Être pauvre, est-ce la bonne expression pour désigner ceux qui n'ont rien de ce que la société libérale et capitaliste de consommation appelle la richesse, c'est-à-dire fondamentalement l'accumulation d'argent ? Pourquoi ne dit-on pas avoir la pauvreté, comme quelque chose que l'on pourrait ne plus avoir, dont on pourrait se défaire.

     

    Non, on dit être pauvre, comme pour définir strictement, et surtout essentialiser le démuni, faire d’un enfant, d’une femme, d’un homme, les synonymes de leur état social. Être pauvre, donc naître pauvre, vivre pauvre, et mourir pauvre. C’est comme cela depuis la nuit des temps. Ça l’est aujourd’hui ; et ça le restera demain, quel que soit le régime politique ? Comme une donnée anthropo-historique que l’on constate et qui nous écrase avant de déshumaniser ceux qui sont sans nom autre « qu’être pauvres » ? (p.9)

     

     Etre pauvre

     

    « Charon : Mais, mon cher Albisson, la pauvreté est un malheur et ne devrait pas être un motif pour faire perdre le droit d'exister à part entière dans la vie sociale et politique. » (p.50)

     

     

     

    « Dufourny : Dois-je comprendre qu'envers cet ordre des pauvres, le mépris égale l'injustice ? » (p.52)

     

     

     

    « Savanet : Comment osez-vous parler ainsi ? Le temps où le peuple a été traité de canaille ne doit plus subsister, au nom de l'égalité de l'être humain et de la liberté ! » (p.56)

     

     

     

    « Dufourny : Les révolutions ne sont jamais accomplies et salutaires tant que la dignité de l'homme n'est pas unanimement reconnue, tant que l'égalité des droits de tout citoyen n'est qu'une déclaration et non une réalité pour tous. Notre révolution n'est pas terminée. » (p.93)

     

     

     

    « Pendant longtemps nous avons cru qu'en dessous d'un certain seuil social et culturel, l'homme était incapable de penser, de parler, d'agir comme nous l'entendons, et même qu'il était nuisible et dangereux. » (p.125)

     

     

     

    « Pourquoi une journée mondiale du refus de la misère ? Pour faire entendre la voix de ceux qui sont habituellement réduits à leurs difficultés, voire qui en sont jugés responsables.

     

    (...)

     

    La misère, une violation des droits humains fondamentaux, n'est pas une fatalité. Elle peut être combattue et vaincue comme l'ont été l'esclavage et l'apartheid. » (p.128)

     

     

     

    (Dire non à l’exclusion de Philippe OSMALIN et Michèle GRENOT)

     

     

     

     

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  •  « On était plusieurs familles à vivre sur le terrain, à deux cents mètres de la rivière ; de Rroms, comme on s’appelait nous-même ; des bohémiens, des gypsies, des sales tsiganes, comme disaient les autres, les Roumains. On avait tous des maisons plus ou moins déglinguées, alignées dans une même rue. La nôtre, c’était la blanche avec des rideaux verts.

     Je n’avais pas d’amis gadjé ; ça ne m’aurait pas posé de problème, mais voilà… ils ne nous aimaient pas. Les petits voisins de la ferme d’à côté, quand on se croisait sur le chemin, avaient un léger mouvement de recul avant de se ressaisir. Derrière mon dos fusaient ces mots :

      - Brunett’ ! Tsigancà !

     Je me retournais, mâchoire serrée, leur montrais mon biceps et partais en courant.

     Pourtant, ces petits salauds de gadjé grimpaient aux arbres et lançaient des cailloux sur les poules, tout comme nous. Presque aussi bien que nous. Alors, il était où le problème ?

     

    Des sales tsiganes

    Je les observais, cachée derrière un tronc d’arbre, un buisson ou une charrette, et de retour à la maison, je cherchais dans mon reflet l’effroi ou la monstruosité que je pouvais bien leur inspirer. Peut-être mes yeux bleu-noir, qu’on disait bizarres. » (p.11)

      « Chaque phrase que j’arrivais tant bien que mal à déchiffrer me laissait espérer qu’un jour, être rrom serait synonyme d’être humain. Zsuzsa m’apprenait aussi quelques mots de rromani, langue qu’elle me disait avoir apprise au fil du temps, pour le plaisir, pour sa beauté. Chez nous, cette langue avait pratiquement disparu, il n’y avait guère plus que Lili qui la comprenait.

     Zsuzsa m’avait dit : Un jour, Katarina, tu pourras discuter avec des Rroms du Chili ou d’Angleterre. N’oublie pas la langue rromani, chante-la, parle-la. Tu retrouveras tous tes frères éparpillés aux quatre coins du monde… Ton histoire… Vous êtes au moins douze millions dans le monde, vous les Rroms ! » (p.62)

      

    (Gadji ! De Lucie LAND)

     

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  • Parce que la maîtrise de la langue est aussi bien sûr un important facteur de discrimination...

    La Célestine ouvre son atelier

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  •  « - On me trouvait, comment dire… efféminé…

     - Attends, l’ai-je arrêté, tu es en train de me dire qu’on te traitait de pédé ?

     - Plus profondément, ce que je suis en train de t’avouer, c’est que je suis pédé, ou plutôt gay, je préfère.

     - Tu le sais depuis quand ? »

     Il a ri.

     « Oh depuis longtemps je crois ! »

     

    Mais le discours ambiant dans son milieu social, et surtout dans sa famille, ne permettait pas à Jordan de s’illusionner sur ce qui se passerait le jour où…

    Sauver les apparences

     Il fallait sauver les apparences… Ses parents eux-mêmes commençaient à poser des questions : « Et les filles dans ta classe, elles sont comment ? » Lui en avait marre de chatter en secret avec des garçons et de ne pas pouvoir les rencontrer. Il y avait des bars, des boîtes en ville, mais comment s’y rendre ? Quel copain aurait pu lui servir d’alibi ?

     « Trop risqué !

     - M’enfin, quand même, ai-je répliqué, nous les jeunes, on est tolérants avec ça ! »

     Il a éclaté d’un rire mauvais.

     « Ce que tu peux être naïve, toi alors ! Qu’est-ce que tu crois, que l’homophobie a disparu ? Non mais atterris, Justine ! » (p.52)

      

    (Le mur des apparences de Gwladys CONSTANT)

     

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  •  « - Tu parles du concept de reproduction sociale.

     - Ah, je ne connaissais pas ce terme.

     - Pourquoi te posais-tu ces questions ? C'est peu courant pour un adolescent de 15 ans.

     - (...) Je voulais partir de chez moi, je ne voulais pas ressembler à mes parents.

     Vous savez, notre famille était particulière. Les gens racontaient de sales choses sur nous.

     Si bien que dès ma naissance, on me stigmatisait à cause de mon nom de famille. Et plus on se sent rejeté, plus on fait de conneries. (p.77) »

     

    La reproduction sociale

    « - Vous savez, vivre en se cachant...

     en ayant peur d'être montré du doigt si vous laissez entrevoir votre intériorité, se dissimuler derrière une oppressante normalité.

     Toutes ces pulsions qui vous dépassent... je n'y arrivais plus.

     Je voulais être moi, pleinement. (p.260) »

      

    (Le patient de Timothé LE BOUCHER)

      

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  •   « Au bout d'un moment, je pense que j'en ai eu un peu marre de me rabaisser sans arrêt, de détailler les autres et de me dire qu'elles étaient mieux que moi. J'ai senti que cette manie commençait à gêner mon entourage.

     (…)

     J'ai compris que si je n'apprenais pas à m'aimer, je ne pourrais pas aimer et être aimée.

     Alors en arrivant à la fac, j'ai commencé à moins me maquiller, à mettre des vêtements qui me correspondaient vraiment, à réécouter de la musique que j'appréciais, qu'elle soit à la mode ou pas.

      

    Apprendre à s'aimer

    Je suis convaincue que nous sommes nombreux dans ce cas-là, à ne pas cultiver nos petites différences par peur d'être rejetés, et c'est dommage.

     Quand tu te réconcilies avec elles, tu te retrouves TOI et ça fait tellement de bien ! »

      

    Cher corps de Léa BORDIER

     

     

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  •  « T’étais un mec dans mon lycée, genre populaire. T’arrêtais pas d’insister pour qu’on aille boire un verre. Tu disais que j’étais différente des autres et que tu aimais mon côté noir… Un soir j’ai fini par dire oui. Tu voulais qu’on passe d’abord chez toi, tu m’as servi un verre et je me suis sentie bizarre. Une minute après, je ne pouvais plus bouger et tu étais sur moi. »

     J’ai pas su quoi dire.

     « Et évidemment, après, tu as mis une photo de moi à poil sur Facebook en te vantant d’avoir niqué la vampire du Lycée... »

     Je savais toujours pas quoi dire. » (p.69)

     

    « D’abord il y a eu mon oncle, quand j’étais petite. Et puis ce mec de mon lycée, le soir où il m’a droguée. Et tous ses copains me sont passés dessus après lui. » (p.158)

     

    Le harcèlement sur Facebook

     

    « Au lycée, il y avait tous ces élèves qui m’appelaient Vico la patate.. »

     « Pourquoi tu ne les as pas simplement ignorés ? »

     « Doc, vous étiez au lycée dans les années cinquante ou quelque chose comme ça. À l’époque, y avait pas les smartphones, Facebook, Twitter... Quelqu’un a fait un montage Photoshop de ma tête avec une grosse patate à la place de mon corps... Elle a circulé partout, TOUT le lycée l’a vue. Et quand on me croisait, on disait : « Hey regarde, c’est Vico la patate ! »

     Une fois, c’est même arrivé alors que j’étais au supermarché. Ensuite, j’ai commencé à recevoir des messages qui disaient : « Débarrasse la Terre de tes kilos »,« Suicide-toi le gros »... Alors un soir, j’ai voulu le faire ! »

     Le Doc s’est gratté la barbe.

     « De plus en plus d’adolescents me parlent du harcèlement sur Facebook... » (p.72)

     

     (Coeur battant d’Axl Cendres)

     

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  • « Ces témoignages mettent en évidence au moins trois aspects relatifs au vote. premièrement, ils participent à se défaire du "modèle normatif d'un citoyen autonome de sa volonté (Mariot, 2010)" : les personnes avec le droit de vote ne sont pas des êtres purement rationnels dont les manières de faire, les valeurs et les opinions seraient des attributs individuels uniquement construits par la personne elle-même ; comme tous les autres citoyens, les personnes vivant avec un handicap sont dans un jeu d'interactions et d'interlocutions les uns avec les autres, recherchent la mise en relation ou au contraire l'évitent. Deuxièmement, ces témoignages m'amènent à analyser l'acte de vote non pas uniquement comme un droit, un devoir, un acte civique technique ou politique, mais également comme un acte social qui vient produire de la sociabilité ou au contraire la détériorer. Cette sociabilité ne se fait pas uniquement avec les proches (amis, famille, pairs, etc.) mais également avec les professionnels qui les accompagnent.

    Troisièmement (...) : la charge émotionnelle du débat et des prises de position. Le risque de la dispute et la confrontation des idées est également vrai pour n'importe quelle personne, dans tous les cercles familiaux ou professionnels. Certaines personnes en tutelle ont donc bien conscience qu'elles doivent se protéger de ce risque en prenant des précautions ; elles connaissent l'impact que cela a sur les relations. » (p.51-52)

     

    Le jeu des interactions sociales

    « Certaines des personnes protégées interrogées n’ayant pas le droit de vote ont décrit ce que j’appellerai un jeu d’interactions sociales :

    « A l’ESAT, on évite de parler politique parce qu’on s’engueule. C’est chaud le sujet politique, ça crée du débat. Je n’ai pas le droit de vote, mais ça ne m’empêche pas d’avoir un avis. Des fois, je ne suis pas d’accord. J’écoute et je dis que je ne suis pas d’accord. »

    (Personne vivant avec un trouble psychique en tutelle. Extrait de carnet de terrain, 20 avril 2017)

     

    Ce témoignage n’est pas nécessairement représentatif de toutes les personnes à qui le droit de vote a été retiré. Toutefois, il montre qu’une dynamique entre pairs est possible, y compris pour ces personnes protégées n’ayant pas le droit de vote. » (p.89)

     

    « D’un côté, certains parents se sont demandé quel sens peut avoir le vote d’une personne ne comprenant pas ce qu’est une élection, un Etat, un gouvernement, un maire, un président de la République, etc. Ce type de perception tend à faire apparaître les limites de la dynamique de réciprocité dans la relation entre un aidant et un aidé. Elle n’est pas incompatible avec le fait d’éventuellement accepter que la personne aidée puisse avoir le droit de vote. Toutefois, dans tous les cas, pour ces parents, la mise en œuvre de ce droit serait inopérante car il n’y aurait pas d’accès social possible à ce droit. Ainsi, cette version maintiendrait, de fait, une situation d’exception au regard du droit, et donc une altérité, une dysmétrie, deux mondes différents et dissociés entre les personnes qui peuvent voter ou non, tout en ayant le souci de la personne.

    A L’autre extrémité, certains parents ont revendiqué le droit de pouvoir voter en leur nom et au nom de leur enfant qui ne pouvait se présenter par lui-même. Dans ce cas, il n’y a pas véritablement de processus de prise de distance : les convictions politiques de la personne aidante sont très probablement indifférenciables de celles de la personne aidée, tout en assurant le respect de l’individualité et du soin apporté à cette dernière.

    D’autres proches ont juste mentionné la portée symbolique de ce droit sans considérer pour autant que la personne l’exercerait. Cette posture traduit bien une forme d’empathie, d’attention, d’écoute et de responsabilité mais elle ne se couple pas nécessairement à un engagement et un investissement de la part de la personne aidante pour accompagner au vote. » (p.108)

     

    « Tendre pleinement vers ce modèle décalé et alternatif demanderait de sortir d’un raisonnement binaire ; autonomie versus assistance, handicap versus valide, faire avec versus faire à la place de, intégration versus exclusion, inclusion versus institution, médical versus social, aide versus soin, etc. Nous diriger vers une société recourant à une éthique de la vulnérabilité demanderait à la société d’appréhender les catégories qui composent les configurations de handicap dans ce qu’elles ont de récursives avec l’ensemble des citoyens. (…) Ces catégories seraient récursives si elles étaient appréhendées dans un mouvement mutuel avec la construction de la société, si on cherchait non plus à adapter la société à une catégorie de la population mais si on essayait de repenser toute la société avec ces catégories pour envisager une autre version de nos structures et dynamiques sociales. Pour ce faire, ces catégories sont à envisager comme produit et effet l’une de l’autre : alors elles se confronteraient et s’opposeraient, mais aussi se combineraient ou s’interpréteraient. » (p.125)

     

    (Vote et handicap de Cyril DESJEUX)

     

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  •  « Je pensais au destin – j’y crois – qu’on l’appelle Nature ou Dieu ou Fatalité, toujours est-il qu’il est des mécaniques contre lesquelles on ne peut rien. Certains naissent pour réussir, briller, se distinguer, ET d’autres… je ne sais pas pourquoi. Peut-être pour servir de point de comparaison. Après tout, pour qu’il y ait des géants, il faut des nains, non ? » (p.10)

     

    « Ricanements – quatre ou cinq hyènes, comme je les appelle, se sont retournées vers moi et leur rire était mauvais. Pas de la moquerie, non, c’était pire que ça. C’est un rire qui bave, qui mord, qui fait saigner, et que je connais par cœur.

      Je n’en voulais pas à Beaulieu, au contraire – ce que j’aime chez elle, c’est précisément son détachement absolu aux marques de distinction : le physique, les fringues, la classe sociale, le métier des parents, le collège de provenance ou les notes, semblent l’indifférer au plus haut point. Elle ne connaît qu’une règle : la sienne, celle qu’elle instaure dans son cours et qu’elle applique de manière intransigeante sans faire de quartier et sans nuance. Ma moyenne de 16/20 en français n’y changeait rien, j’étais bonne pour me coltiner une analyse de texte à la maison.

     Ça n’a pas loupé, pas plus que les remarques à la sortie : « Bah alors, l’intello, t’as pas écouté la maîtresse ? », « En fait, c’est pas une punition, vu que t’es no life et que tu passes ta vie à travailler, elle t’a fait un cadeau, Beaulieu », « Oh la bibliothèque sur pattes, faut suivre en cours, t’es née pour ça ! ».

     Ricanements sur le chemin du cours de maths, couloir du bâtiment C. Je marchais dans le sillage de Margot (un parfum sophistiqué), j’avais l’impression d’être invitée à porter la traîne de ses cheveux blonds, tombant gracieusement sur les formes rebondies de ses fesses parfaites, moulées dans un jean de marque. Elle était entourée de sa cour, véritable princesse de Clèves (le titre du texte dont je venais d’hériter pour faire ma punition) - «et l’on doit croire que c’était une beauté parfaite, puisqu’elle donna de l’admiration dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes. »

     

    Un rire qui bave, qui mord et qui fait saigner

    Je ne sais pas si j’aurais mieux supporté le harcèlement moral (je sais aujourd’hui qu’il s’agissait bien de cela, même si les adultes, à commencer par mes parents, relativisaient mes souffrances : c’est l’âge bête, sois plus forte que ça!), sans la présence de Margot qui me narguait par sa seule existence depuis l’école primaire.

     (…)

     J’étais contre les privilèges liés à la naissance, et pas uniquement contre la fortune, cette foutue cuillère en argent destinée aux bébés chanceux, mais contre l’apparence même, contre cette loterie de la génétique qui peut faire de notre vie un paradis ou un enfer. Au premier rang de son succès, je l’étais, donc, parce que non contentes d’avoir été scolarisées au même endroit et d’avoir choisi les mêmes options, nous portions des noms de famille dont l’initiale était identique, nous plaçant régulièrement l’une à côté de l’autre quand tombaient les fameux plans de classe. « Tu te retrouves encore à côté de la bolosse, ma pauvre chérie », lui disait-on de manière à ce que j’entende. « Nous fais pas un burn-out quand même ! » et de rire de plus belle.

     Margot aussi riait, elle a toujours ri. Je ne peux pas dire qu’elle ait cherché à me nuire, simplement elle n’a jamais rien fait pour me protéger. Sauf une fois. C’est vrai.

     Une pyjama party, en classe de cinquième. Je ne savais pas alors que j’avais été invitée pour devenir le centre d’intérêt, le jeu, l’attraction de la soirée. Le but était simple : faire manger le gros tas jusqu’à ce qu’il vomisse. J’ai vomi. On a voulu me faire manger encore, Margot a dit : « ça suffit, ce n’est même plus drôle. » 

     (…)

     L’histoire a circulé, comme les photos prises ce soir-là – mon vomi sur les réseaux sociaux. Durant deux ans, on m’a surnommée « Dégueulis ». Les rares fois où j’ai été invitée par la suite, j’ai décliné. Je ne savais pas quel piège on allait me tendre. Je n’ai pas pris de risque.» (p.10-13) 

      « Les jours suivants, j’ai goûté avec un plaisir indicible cette paix qui m’était offerte. Je découvrais la tranquillité des journées où l’on ne m’adressait pas la parole, où je n’essuyais aucune moquerie, aucune morsure, où je pouvais me rendre d’une salle de cours à une autre sans redouter qu’on me crache au visage l’air de rien. Je n’étais pas transparente, loin de là. Les hyènes me surveillaient du coin de l’oeil, méfiantes, comme si elles avaient découvert brutalement que je n’étais pas le lapin qu’elles croyaient mais ne savaient pas encore à quel genre d’animal elles avaient affaire. » (p.43)

      

    (Le mur des apparences de Gwladys CONSTANT)

     

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