• « - C'est quoi, "l'école de la vie", m'sieur ?

     

    « L’école de la vie »

    - C'est subir un travail mal payé qui ne permet pas de se loger, c'est avoir un physique hors norme, dans la cour du collège, c'est être un jeune homo dans une famille homophobe, c'est voir les portes se fermer à cause de tes origines… pour résumer, c'est apprendre à composer tous les jours avec des contraintes… » (p.37)

     (« Filles et fils de… par POCHEP in TOPO n°10)

     

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  •  « Cette façon d'agresser une personne, et de lui faire croire que c'est elle qui réagit mal, c'est en fait une technique de manipulation très pratique pour empêcher des personnes de se rebeller. Ça a même un nom : le gaslighting.

    Le gaslighting

     Il y a deux choses qui facilitent le gaslighting d'une personne ou d'un groupe de personnes :

     -la solidarité entre les dominants (dans mon cas, solidarité masculine)

     -des conditionnements sociaux qui biaisent notre perception de la réalité (dans mon cas, le patriarcat pousse à voir l'agressivité masculine comme une façon légitime de s'affirmer, et l'agressivité féminine comme de l'hystérie). »

      

    « Du coup, je me demande ... quel niveau d'humiliation, quel niveau de violence "légale" subie devra-t-on atteindre, pour qu'on nous estime légitimes à réagir en dehors du cadre que nos oppresseurs ont défini pour nous ? »

      

    (Un autre regard d’EMMA)

     

    https://emmaclit.com/

     

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  • « Quelle générosité, dans cette recherche, sur la piste de ce que je pourrais être, quand les autres, généralement, se contentent de vous prendre par le bout qui les arrange. » (p.19)

      

    « Je dis les fous. Par prudence. Dire, comme chacun s'autorise à le faire, les psychotiques, est une violence qui engendre des diagnostics, à vie. Par tendresse. On ne peut dire "les fous" sans les aimer un peu. Tous les pensionnaires ne méritent pas le mot. A côté des fous, il y a les fragiles, les boudeurs de la vie, les très fatigués. Si je m'autorise à les désigner, indifféremment, par le mot, c'est que les habitants de La Borde l'aiment bien. Nous, les fous.

     Il ne les vexe pas : au contraire... » (p.28)

      

    Les fous

    « Je crois que ce qu’on désigne du terme ingrat de « psychothérapie institutionnelle » a commencé par cet acte simple, de l’ordre du baptême : appeler les fous par leur nom. La façon dont il a prononcé son nom : Jacqueline. Tout commence là. Ensuite vient la phrase, qui déplie l’être chiffonné, lui redonnant, d’un air de gentille évidence, la syntaxe et la vie.

     Alors, s’appuyant à chaque syllabe, l’être pourra, peut-être, réapprendre à marcher. » (p.37)

      

    « Il a toujours pensé qu’il pouvait y avoir un dialogue entre des groupes d’êtres parlants et les délires les plus solitaires. Pas n’importe quels groupes, disait-il, ceux qui « laissent affleurer l’image la plus accomplie de la finitude humaine, toute entreprise mienne s’y trouvant dépossédée au nom d’une instance plus implacable que ma propre mort, celle de sa capture par l’existence d’autrui… » » (p.144-145)

      

    (Dieu gît dans les détails de Marie DEPUSSé)

     

     

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  • « Au bout de quelques mois, il était évident pour tout le monde que Ben était très sérieusement handicapé. Sa tête était deux fois plus grosse que celle d’un bébé normal. Selon le docteur, Ben était hydrocéphale. Plus tard, disait-il, on pourrait l’opérer pour extraire le liquide qui envahissait sa tête, du moins en partie, alors elle deviendrait plus petite, mais ça ne changerait rien à son handicap. Il ne fallait surtout pas espérer qu’il grandisse normalement.

     « Grave arriération physique et mentale », disait le certificat que maman avait rapporté de l’hôpital. Il n’était pas nécessaire d’avoir du génie ou d’avoir fait des études de médecine pour comprendre ce que cela voulait dire. Mais je n’en aimais pas moins mon petit frère. Je l’aimais même encore plus, j’en suis sûre. Mon désir était plus fort que jamais de le protéger contre tous ceux qui ne comprenaient rien, qui pouvaient se moquer de lui, ou qui, d’une façon ou d’une autre, auraient la cruauté de le rejeter. » (p.32)

       

    « Grave arriération physique et mentale »

    « Pourquoi n’aurait-il pas des jouets normaux, comme les autres enfants ? En les découvrant maman eut un drôle de regard.

     - Voyons, Anna, a-t-elle dit, et j’ai senti qu’elle avait du mal à garder son calme, il faut que tu acceptes certaines choses. Benny n’est pas un enfant comme les autres. Il ne saura pas se débrouiller avec ces cubes, il n’arrive même pas à prendre un jouet dans sa main. Et il ne faut pas espérer qu’il y arrivera un jour.

     Cela m’ennuyait beaucoup que maman s’exprime ainsi. Je savais évidemment que Ben était différent. Pour qui me prenait-elle ? Et pour qui prenait-elle Ben ? Même s’il n’était pas tout à fait normal, il pouvait bien apprendre certaines choses, et en éprouver du plaisir.

     - Je sais, maman, dis-je, en ayant du mal à rester calme et correcte, mais je ne vois pas pourquoi il n’aurait pas au moins le droit de les regarder, et de les mordre un peu si ça l’amuse. » (p.35)

       

    « Le problème, c’était que je me sentais coupable envers Katy. Il est vrai que je lui préférais Ben. Était-ce vraiment parce qu’il était handicapé ? ç’aurait été un peu étrange et intéressé ? Non, certainement pas. Plus j’y pensais, plus je me disais que ça n’avait rien de méchant. Il me fallait aimer Ben pour lui-même, rien que pour lui-même. Je ne pourrais pas le guérir, naturellement, mais je pourrais le rendre heureux en l’aimant de tout mon cœur. » (p.37)

       

    (Mon drôle de petit frère d’Elizabeth LAIRD)

     

     

     

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  • " A bien des égards, être sympathique repose sur un mensonge très élaboré, une performance, un code de conduite qui nous dicte les bons comportements. Les personnages qui ne respectent pas ce code deviennent antipathique. Il ne faut pas forcément en vouloir à ceux qui pointent le caractère antipathique d’un personnage. Ils expriment un malaise dans la culture, un rejet plus général de tout ce qui est déplaisant, qui ose transgresser la norme du socialement acceptable. » (p.131)

     

    Les règles non écrites

      « Quand une personne noire déroge à l’image idéale que la culture dominante a d’une personne noire, cela pose toutes sortes de problèmes. L’authenticité de sa négritude est immédiatement remise en question. Nous sommes censés être noirs mais pas trop noirs, ni trop vulgaires ni trop bourges. Il existe toutes sortes de règles non écrites sur ce qu’une personne noire devrait penser et faire, sur comment elle devrait se comporter, et ces règles changent tout le temps.

     On demande à tout le monde d’obéir à des lois tacites qui régissent l’identité, le comportement, le mode de pensée et la parole. Nous prétendons détester les stéréotypes, mais nous avons un problème lorsque les gens s’en écartent. Un homme, ça ne pleure pas. Les féministes ne se rasent pas les jambes. Les habitants du sud des Etats-Unis sont racistes. Chacun, par sa simple humanité, enfreint une règle ou une autre, et bon sang, qu’est-ce qu’on déteste qu’une règle soit enfreinte ! » (p.369)

     

     (Bad Feminist de Roxane GAY)

     

     

     

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  • « J’arrive au collège à onze ans, et c’est comme si le ciel se couvrait subitement. Je suis la seule enfant noire de l’école. On me donne des surnoms, on plaisante parfois sur mon passage, mais principalement on m’ignore. Je ne suis plus Princesse Prudence, je ne suis pas non plus une collégienne comme une autre, je suis le chaînon bizarre de ma classe. Les autres filles sont habillées avec des robes qui coûtent le prix d’un vélo. Elles se maquillent entre deux cours et s’invitent à des fêtes auxquelles je ne suis jamais conviée. Elles ont des histoires d’amour compliquées qu’elles détaillent sans complexe. Elles partent deux par deux à la sortie des cours. Je reste seule. Je le vois bien, je ne suis pas à la hauteur.

       

    La seule enfant noire

    Un matin, l’une d’elles vient me voir à la récréation.

     - Prudence, il faut qu’on parle.

     - Oui ?

     C’est la plus populaire de l’école. La plus délurée. Elle s’appelle Laurie, porte des pantalons larges et des serre-tête en strass. C’est la reine de la classe, une personne importante. A moi, elle adresse rarement la parole. Je suis trop différente pour intégrer son groupe. Indéchiffrable. « Avec sa coupe à la Jackson Five, ça le fera jamais » : elle a lâché ça en riant un jour où j’étais juste à côté d’elle. L’avantage quand on ne compte pour personne, c’est qu’on passe inaperçu partout et qu’on entend un tas de trucs qui ne nous sont pas destinés.» (p.45)

       

    (Providence de Valérie TONG CUONG)

     

     

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  • « D’abord employé par des personnes attachées à l’idée d’une nation unie dans laquelle chaque individu doit s’intégrer, ce mot s’est peu à peu modifié.

     Aujourd’hui, il désigne une communauté dont les croyances et les comportements passent avant la liberté individuelle ou les lois du pays.

     On ne parle pas de communautarisme pour désigner une association d'amateurs de chasse et de pêche. En revanche, on en entend beaucoup parler dès qu'il s'agit de religion, d'origine ethnique ou d'orientation sexuelle.

      

    Communautarisme

    Par exemple lorsque des parents musulmans souhaitent un repas sans porc à la cantine. Ou lorsque des opposants au mariage pour tous, en 2013, parlent de la mise en danger de la famille qui ne se construit plus avec « un papa » et « une maman ». Ce que certains voient comme un droit, d’autres le perçoivent comme un repli sur soi.

      

    Dans le dictionnaire, la définition de communautarisme précise qu’il s’agit d’un repli d’individus sur leur groupe, qui risque de « diviser la nation au détriment de l’intégration ». Autrement dit, quand on parle de « communautarisme » en France, on parle d’une menace contre la République, contre la laïcité et plus généralement d’ »un risque de division de la société.

     (…)

     Le problème, c’est que quand on traite quelqu’un de « communautariste », on ne l’écoute plus vraiment, car on part du principe qu’il cherche la division. Si le communautarisme peut être dangereux, utiliser ce mot à tout bout de champ comporte aussi un risque : celui d’empêcher le débat.» (p.32-33)

      

    (« Sans contresens : communautarisme par Zineb DRYEF et Donatien MARY in TOPO n°10)

     

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  • « Quand l’aube se leva sur le village ce matin-là, il n’y avait plus trace d’eux : les auvents, les stores colorés et fragiles, les lanternes, les dragons, le petit temple, tout cela avait disparu comme par enchantement.

     

    De leur présence il ne restait qu’une preuve par moins : Hélène n’était plus parmi nous.

     

    Je croyais la voir partout où elle se tenait autrefois, dans son jardin, sous le cèdre, au bord de la rivière, et quand je l’imaginais je revoyais Wan.

     

    Nous tous

    J’avais le sentiment et parfois même la certitude que ce n’était pas Foucher le grand responsable de sa mort, mais que c’était nous qui l’avions tué, nous tous, que nous avions tué leur amour et qu’en le tuant nous avions éteint en nous et dans le monde une lumière qui plus jamais ne renaîtrait.» (p.88-89)

       

    (« Nos chinois » in Le miracle des eaux de Nadèjda GARREL)

     

     

     

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  • « Parfois, une personne cruelle ou sans-gêne va me demander comment je suis devenue aussi grosse. On veut savoir pourquoi. « Tu es si intelligente », disent-ils, comme si la bêtise était la seule façon d’expliquer l’obésité. Et bien sûr il y a la remarque sur mon si joli visage, comme c’est dommage de le gâcher ainsi. Je ne sais jamais quoi répondre à ces gens.

    Les raisons de l’obésité

    Certes, il y a la vérité. Une chose s’est produite, puis une autre, et c’était atroce et je savais que je ne voulais pas que ces deux choses se reproduisent, et manger me faisait me sentir en sécurité. C’est délicieux, les frites, et en plus je suis feignante de nature, ce qui n’aide pas. Je ne sais jamais ce que je suis censée dire, alors la plupart du temps je ne dis rien. Je ne partage pas ma catharsis avec ces inquisiteurs. » (p.175-176)

      

    (Bad Feminist de Roxane GAY)

     

     

     

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  • « - Moi, je m’appelle Pierre-Rachid.

     - Pierre-Rachid ? C’est rigolo !

     - Ouais, je sais. C’est l’intégration.

     L’intégration. Hocine, son père, n’avait que ce mot à la bouche. Il voulait être plus français que les Français pur porc qui se reproduisent dans l’Hexagone depuis Vercingétorix. Il portait des vestes coupées, des lunettes de banquier et une montre en toc démesurée. Il se regardait souvent dans le miroir derrière la porte d’entrée de leur petit appartement, une copie parfaite du nôtre, et il souriait à son reflet, satisfait, avant de déclarer :

     - Ah voilà : là, je ressemble vraiment à un Stéphane ou un Nicolas, hein !

     Sauf qu’il était en France depuis trois ans seulement et qu’il prononçait « Nicoulas ». » (p.15-16)

      

    « Je remarque alors qu’elle porte une sorte de djellaba chamarrée et clinquante, avec une ceinture pour marquer sa taille toute toute fine. Oh, quelle délicate attention : elle s’est déguisée en petite Arabe pour s’immerger dans la faune locale !

     En la voyant, Hocine marque un temps d’arrêt et cligne des yeux, plusieurs fois.

     Mais il se reprend rapidement : (…)

     - Tu… tu portes une très jolie robe ! (…)

     - Oh merci ! Je l’ai rapportée du pays de Pirach ! Là-bas, ça ne vaut rien ! (…)

     - Je crois que certains ont faim ! s’exclame aussitôt Nacera. Tant mieux ! Charlotte, tu as faim aussi, j’espère ?

     

    L’intégration

    - Oh oui, madame ! Et j’adore le couscous ! Mais j’y pense : je pourrais peut-être partager vos recettes traditionnelles dans mon journal télévisé, non ? Nous avons beaucoup de gens de chez vous dans notre lycée : ça leur fera sûrement plaisir !

     Sûrement, oui. Et si en plus elle passe une chanson de Faudel en fond sonore, ils se sentiront tout à fait chez eux. Je n’essaie même pas de retenir le ricanement méprisant qui s’extirpe de ma gorge ? Non, mais sérieusement, qu’est-ce que c’est que cette fille ?! On dirait Marion Maréchal en campagne électorale dans le Sud !! La pauvre : elle ne sait pas que Nacera ne prépare aucun plat typique de son pays d’origine. Jamais.

     - Euh… je n’ai pas fait de couscous.

     - Ah bon ? J’aime aussi les tajines, vous savez ! Au poisson, au poulet, à l’agneau ou juste aux légumes, peu importe ! C’est succulent ! Avec les épices de chez vous, c’est toujours un délice !

     Cette fois, c’est papa qui glousse derrière son poing. Pirach nous regarde tous les deux en levant un seul sourcil ; instantanément, on baisse les yeux pour les coller au fond de nos assiettes vides.

     - J’ai fait un filet de bœuf. Et du gratin dauphinois. Et pour le dessert, un Saint-Honoré.

     Charlotte paraît stupéfaite.

     - Aaah ! Je ne savais pas que vous pouviez faire des gâteaux catholiques !

     Toute. La. Puissance. Intellectuelle. Du. Cosmos.

     Est. Cachée. Dans. Cette. Phrase.

     Silence.

     Looooong silence, même.

     Nacera est totalement décontenancée. Elle n’a aucune idée de ce qu’elle pourrait répondre à un truc pareil. » (p. 114-116)

      

     (La Fourmi Rouge d’Emilie CHAZERAND)

     

     

     

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