• Nu en pleine ville

     

    « Je sais. Il y a des mômes qui subissent des trucs horribles, et comparée à leur souffrance, ma révolte peut paraître futile. Voire carrément stupide. Parce que non, il ne m'a pas frappé. Il ne m'a pas violé. Il ne m'a pas foutu la honte devant mes amis. Il n'a pas tenté de draguer ma copine – je n'en ai pas pour l'instant, ça règle le problème. Il n'a pas non plus trompé ma mère ni incendié la maison. Rien de tout ça, et un peu de tout ça quand même, mine de rien. Surtout le viol. Sauf que c'est un viol virtuel.

     

    Il a lu mon blog.

     

    Je ne l'ai jamais autorisé à le lire, bien sûr. Je ne lui en ai même jamais parlé. Ni mentionné son existence. Dans un pavillon étriqué comme le nôtre, personne n'a réellement d'intimité. Tout se sait, tout s'entend (…). Alors le blog, c'était mon espace privé. Mon domaine. Et il a tout salopé. Je trouve ça dégueulasse. Ma révolte, je la revendique. Parce qu'il ne s'est pas retrouvé sur mon blog par hasard. Et qu'il ne s'y est pas rendu qu'une fois. Il l'a suivi, pisté, décortiqué. Quand je suis en face de lui, maintenant, j'ai l'impression de me promener nu en pleine ville. Et ça me donne envie de gerber. » (p.9-10)

     

     

     

    « - Je ne te parlerai plus jamais tant que j'habiterai sous ce toit. Je continuerai d'obéir, puisque je suis dépendant, mais toute communication est coupée.

     

    Je ne sais pas d'où venaient ces mots d'adulte et cette voix glaciale. D'une poche tout au fond de moi, sans doute – une poche où s'emmagasinent les souvenirs, les colères, les bonheurs et toutes les émotions, une poche qui se videra dans quelques années et coulera dans mes veines pour faire de moi celui que je suis censé devenir. J'espère que je ne serai pas le monstre froid que j'ai été ce jour-là avec mon père. J'espère aussi que je ne serai pas un renard aux aguets, fourbe et hypocrite, qui lit le blog de son fils en cachette et n'ose même pas l'avouer quand il est dénoncé et presque pris la main dans le sac. » (p.24)

     

     

     

    « J'étais furieux. Ce n'est pas une maladresse. C'est beaucoup plus grave que ça, mais personne n'a l'air de s'en rendre compte. Espionner son enfant, c'est ne pas lui faire confiance. C'est lui nier le droit à une existence propre. Rien ne peut justifier cela. » (p.26)

     

    « Le truc, je crois, c'est que je pensais que même s'ils étaient par hasard au courant, ils n'iraient pas jusqu'à pénétrer dans ma sphère. Qu'ils respecteraient cette intimité. Je me suis planté. Dans les largeurs.

     

    Une partie de moi me murmure de ne m'en prendre qu'à moi. Mais une autre partie se rebelle et objecte que les victimes restent des victimes et les coupables des coupables. Ce n'est pas le piéton qui se fait renverser qui est responsable de l'accident, même s'il marchait un peu trop près du trottoir. » (p.32)

     

     

     

    (Blog de Jean-Philippe BLONDEL)

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