Ressources en images documentaires encyclopédiques et dénonciation du harcèlement notamment à l'école
« Vous comprenez,
Tippi et moi, on n'est pas ce qu'on appelle normales -
pas le genre qu'on rencontre touts les jours,
ni même une seule fois
dans sa vie.
Toute personne un minimum bien élevée
nous appelle "jumelles fusionnées",
mais on nous a déjà donné d'autres noms aussi :
monstres, mutantes,
déformées, dénaturées,
et même une fois démon à deux têtes :
j'en ai tellement pleuré
que j'ai eu les yeux gonflés pendant une semaine.
Mais oui, on est différentes, comment le nier ?
On est littéralement fusionnées
à la hanche
sang et squelette partagés. » (p.13-14)
« Réalité
Scotchée au casier de Tippi, une note :
Vous feriez pas mieux
de retourner au zoo ???
Yasmeen attrape le bout de papier,
le roule
en boule bien serrée,
et le balance
dans le hall du lycée.
« Connards ! Hurle-t-elle.
C'est vous, les animaux ! » (p.91)
« Yasmeen dit :
« Ils ont peur de vous,
comme ils ont peur de moi.
On est différentes
et c'est pas bon pour nous.
Tippi nous arrêt, sourcils froncés.
« Pourquoi ils auraient peur de toi ? »
demande-t-elle à Yasmeen,
épines de défi dans la voix.
Yasmeen se retourne.
« J'ai le VIH », dit-elle, très simplement,
et elle raccroche de petites mèches de cheveux
derrière ses oreilles alourdies de bijoux.
« Je pue la mort,
l'espérance de vie raccourcie. Comme vous, les filles,
apparemment. »
On dit « Oui », à l'unisson,
et on va en cours de géométrie pour bosser sur des problèmes
bien moins compliqués
que les nôtres.
(…)
« Mais comment ils le savent ? »
demande Tippi
à Yasmeen.
(…)
« C'est moi qui le leur ai dit.
Je ne pensais pas que ça serait un problème, dit Yasmeen.
Mais le truc c'est que
c'est pas comme un cancer.
Avec le VIH
les gens pensent que t'es le seul responsable,
vous voyez ?
Ben moi
je refuse de me justifier,
d'expliquer
comment je l'ai chopé.
Qu'ils aillent
se
faire foutre. »» (p.92-93)
« Yasmeen brise
le silence.
« Ma mère m'a donné le VIH.
Elle ne savait pas. Elle m'a donné naissance et puis
m'a allaitée, je n'avais aucune chance.
J'ai pompé cette saloperie directement de son corps. » (p.198)
« Si on était nées pendant un autre siècle
on nous aurait pointées du doigt,
on se serait demandé
ce à quoi Maman avait bien pu penser
pendant qu'on grandissait en elle.
A l'époque ils auraient dit
qu'elle avait regardé
des images de démons ou lu des histoires sataniques
étant enceinte,
que ces images avaient filtré
jusqu'à son ventre pour
s'imprimer sur nos corps fragiles.
A l'époque il y aurait eu
une coupable,
et cette coupable
aurait été
Maman » (p.199)
(Inséparables de Sarah CROSSAN)