• Une agression en pleine classe

     « Mais le plus dur fut la prise de conscience que les collégiens n’étaient pas plus mûrs que les écoliers. Il trouvait que les élèves qui l’entouraient étaient souvent bêtes et méchants . Le début de l’adolescence décuplant l’agressivité de quelques-uns, il était devenu l’objet d’insultes et de moqueries d’une poignée de garçons, dont le plus virulent était dans sa classe.

     

    Un soir d’octobre, paniqué, il revint avec un mot sur le carnet de liaison signé de l’enseignante d’EPS. Elle lui reprochait d’avoir parlé pendant qu’ils couraient. Mais Elijah m’assura que ce que la prof décrivait comme un bavardage, était une tentative de se défendre d’attaques verbales et qu’elle ne pouvait l’ignorer, puisqu’il était allé la voir à trois reprises pour lui signaler la volée de « fils de pute, pédé, connard » et autres mots fleuris émanant de la bouche de ce jeune. Je ne manquai pas de porter cela par écrit à l’enseignante qui corrobora avoir été appelée à l’aide pour ces insultes répétées, et me dit sommairement de ne pas m’inquiéter. Mes objections ne reposaient pourtant pas sur une inquiétude, mais sur une incompréhension de la logique de cette enseignante qui sanctionnait la victime, pas le fauteur.

     

    L’agression arriva, au retour des vacances de Noël. Elijah fut frappé à l’oeil avec sa règle qui lui avait été arrachée des mains. Loin d’être calmé, Julien, son agresseur, l’avait aussitôt poussé contre un bureau avant de le rouer de coups de pieds et coups de poings, le voyant pourtant recroquevillé au sol, la main posée sur l’oeil, pleurant. Cela s’était produit en classe, à un intercours et alors qu’il rangeait ses affaires, pendant que l’enseignante d’allemand rangeait elle-même sa sacoche.

     

    Elle dira plus tard n’avoir rien vu de tout cela, ni rien entendu du fait du bruit des enfants changeant se salle, s’étant contentée d’accompagner son jeune élèves à la Vie scolaire. L’agresseur avait pourtant chanté durant le cours à voix haute « Je vais péter la gueule d’Elijah », allant jusqu’à se déplacer à quatre pattes à travers la classe vers mon fils pour le taper et le pincer. L’établissement s’était bien gardé de m’appeler et de m’informer de ce qui venait de se dérouler, le laissant poursuivre sa journée comme si de rien n’était, et alors qu’il avait demandé à ce que je sois avertie, et même aller à la piscine en EPS durant deux heures (quoi de mieux que le chlore pour une cornée potentiellement endommagée?). Il me fallut trois jours, une visite chez le généraliste et un rendez-vous en urgence chez l’ophtalmologue pour obtenir auprès de mon enfant les détails complets de ce qu’il avait subi. » (p.114-115)

     

     

    « Saisissant illico la direction, nous attendions de sa part une réaction intransigeante à l’égard de ce garçon de trois ans de plus qu’Elijah. Les deux enfants furent reçus seuls par le CPE. Elijah, bien que persuadé que l’autre viendrait se venger, avait eu le courage de l’affronter. L’agresseur, cherchant à nier dans un premier temps, dut s’incliner devant les détails donnés par sa victime. Il se justifia ainsi :

     

    - Il m’avait regardé, ça m’a énervé.

     

    Eh oui, à 12 ans, si jamais on me regarde et que ça me déplaît, s’ensuit une pluie de coups, sans aucune conscience de la gravité de mes actes. Super ! Cerise sur le gâteau, le CPE de l’établissement s’était permis de me conseiller par écrit d’apprendre à mon fils à éviter les regards désagréables ou provocateurs envers d’autres. Fichtre, voilà que l’adulte responsable de la sécurité et de la politique éducative dans l’établissement trouvait que, pour un enfant de 9 ans, le fait de regarder de manière « niaise » un autre enfant de 12 ans pouvait constituer une provocation et, par voie de conséquence, un appel à l’agression. Cela me rappelait d’autres discours indécents sur les agressions sexuelles et les phrases du style « elle l’a cherché ». J’ai donc remis en place ce personnage, lui rappelant sans cérémonie qu’il était question de l’enceinte d’un collège, pas de la rue ou d’une cité sensible où l’on risque effectivement de se faire rosser pour la simple raison que l’on a regardé quelqu’un qui se sent défié ou provoqué.

     

    Elijah n’a jamais su répondre aux offensives. Il n’a jamais eu l’étoffe d’un bagarreur et ne comprend pas que l’on puisse agir ainsi, il n’en saisit pas la raison. Mais est-ce un tort ? Est-ce là le prix à payer pour sortir des clous ? Ne pas être dans la norme impliquerait-il de subir ce type d’agressions ? Faudrait-il l’accepter comme le revers de la médaille, le risque inhérent à toute différence ou encore la punition pour avoir un haut QI ? On prendrait le pack « haut potentiel intellectuel et victime de violences volontaires ». non, je refuse de vivre dans un monde qui demande à un enfant de baisser la tête et de regarder ses pieds pour ne pas en agacer un autre, sous peine d’être injurié et cogné.» (p.116)

     

     

    (Les Tribulations d’un Petit Zèbre d’Alexandra REYNAUD)

     

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