• Son bourreau le plus cher...

    « Et soudain, je vois ce que je ne pouvais, ne voulais pas voir. Des couleurs qui me blessent. Des traces rouges, sur les bras. Des traces bleues, sur les pauvres jambes grises. L'un de ces traces laisse échapper un filet écarlate, qui goutte sur le carrelage froid. Le blanc éclatant de la chemise de corps, sous la déchirure de la blouse.

     

    Brutalement, les longs derniers mois dans cette maison défilent dans ma cervelle bouleversée. La vaillante petite machine analyse, recoupe, assemble, déduit, conclut, et me montre soudain ce que je m'obstinais à ignorer. » (p.9)

     

    Son bourreau le plus cher...

     

     

     

    « Tout s'est passé doucement, sans violence physique, d'abord, mais Maman a peu à peu privé Mamie de toutes ses activités. Pour son bien, bien sûr. Pour ne pas risquer de se brûler, il valait mieux qu'elle ne prépare plus le déjeuner, pour ne pas tomber de son fauteuil, c'était mieux de ne plus faire la poussière. Et souvent elle la trouvait trop fatiguée pour nous accompagner, quand nous sortions. Il valait mieux qu'elle reste tranquille à la maison. » (p.39)

     

     

     

    « Les petites remarques anodines dont devenues de plus en plus désobligeantes. Elle disait des choses tellement injustes, tellement méchantes, et moi, je n'intervenais pas, je ne défendais pas ma petite Mamie, si fragile, si douce. Je faisais semblant de ne pas entendre, tout au plus, j'espérais que Mamie, elle, n'entendait pas. » (p.40)

     

     

     

    « Maman se plaignait depuis longtemps de petites odeurs imaginaires. Les odeurs sont devenues réelles. Maman n'aidait désormais Mamie à sa toilette que quand ça lui chantait, c'est-à-dire le moins souvent possible. Maman oubliait, refusait de mélanger le linge de ma grand-mère au nôtre, sous prétexte qu'il sentait le pipi. Du coup, ma grand-mère portait plusieurs semaines des blouses qui fatalement prenaient une couleur douteuse. » (p.58)

     

     

     

    « Cette fois, Mamie n'essayait pas de donner le change, comme si elle avait baissé les armes. Elle avait une si petite mine, pas étonnant que l'infirmière se soit posée quelques questions.

     

    (...)

     

    Je crois que Maman, pour la première fois, a eu peur. Pour la première fois, quelqu'un de l'extérieur la mettait en garde : attention, madame, ce que vous faites peut sortir du cocon familial, on peut voir, et on peut punir ! Car on avait dû l'interroger comme moi, à la clinique, sinon pourquoi m'aurait-elle envoyée à sa place récupérer sa mère ? » (p.64-65)

     

     

     

    « Tout le temps de la convalescence, Maman a laissé Mamie tranquille.

     

    (…)

     

    Mais le jour est arrivé où Mamie a été enfin guérie, plus de rendez-vous chez le kiné, plus de radio de contrôle. Ma grand-mère était à nouveau à la merci de son bourreau le plus cher : sa fille. » (p.65)

     

     

     

    (Mamie en miettes de Florence Aubry)

     

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