• planche extraite du Grand Memento encyclopédique Larousse en 2 volumes (1936)

    planche extraite du Nouveau Larousse Universel en 2 volumes (1948)


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  • « « Casser tous les os de ton corps.

     

    Tous les os de ton misérable corps. »

     

    Ces nuits-là, je me réveillais sans arrêt en entendant la voix de mon père juste au-dessus de moi. Je transpirais, mon cœur battait, non pas d'exaltation-à-la-Zarbie, mais d'angoisse. Je sentais ses doigts s'enfoncer dans mes bras, haïssant ma chair rebelle. J'avais dans la bouche le goût de ce spectacle honteux, comme de quelque chose de pourri et de noir. Et les yeux des autres qui regardaient fixement. Et mes propres yeux qui regardaient fixement.

     

    Ce n'était pas la première fois. Mais c'était la première fois que je recevais une correction devant des inconnus.

     

    « Reid, on ! Ne lui fais pas de mal, Reid...

     

    Ne te mêle pas de ça. Elle mérite une correction. Regarde-la... elle ne pleure même pas.

     

    Elle est terrorisée, Reid. Elle ne peut pas pleurer...

     

    Fous-moi la paix ! Ah, tu parles d'une mère ! Tu peux être fière de toi ! Tu as vu le résultat ? »

     

    Je me réveillais sans savoir si ces mots qui me revenaient dans la tête étaient un rêve ou un souvenir. Un horrible rêve. (…)

     

    « Ce n'est pas voulu, chéri. Elle n'a que deux ans. Elle ne sait pas raisonner ni penser. Elle ne peut pas s'empêcher de se salir si elle a peur. Elle ne le fait pas exprès. Elle n'a que deux ans... » Je fermai les yeux et m'endormis. » (p.125-126)

     

     

     

     

    « Mon père se met facilement en colère. Je pensais que c'était ma mère qui le provoquait, mais j'avais tort, j'en voulais à ma mère d'être maltraitée.

     

    Elle portait des écharpes, des manches longues pour cacher les marques sur sa peau. Mais je savais ce que c'était.

     

    Je crois que c'est parce que j'avais terriblement peur. C'était plus facile de la détester.

     

     

     

    Non, mam n'en a jamais parlé.

     

    Elle ne l'a jamais critiqué. Elle savait que Samantha et moi adorions notre père.

     

    Que nous l'aimions vraiment. Je l'aime toujours.

     

    Il est mon père, et il est Reid Pierson. C'est pour ça.

     

     

     

    Pourquoi ? Mam avait peur, je pense. Peur qu'il lui fasse plus de mal, et qu'il nous en fasse à Samantha et à moi. C'est ce qu'elle dit dans son journal, et je crois que c'est ce qui explique son attitude. » (p.285)

     

     

     

    « Oui. Quelquefois. Pour nous « corriger ».

     

    Je ne m'en souviens pas très bien. C'est assez vague, comme un mauvais rêve ou quelque chose qu'on a vu à la télévision il y a longtemps et qui s'est mélangé à la vie réelle.

     

    Des fessées, quand j'étais petite. Parce que je désobéissais, je suppose.

     

    Parfois des gifles, des coups, ou bien il me secouait très fort. Papa me prenait pas les épaules et il me secouait, secouait, secouait encore, comme s'il voulait me briser le cou.

     

    Oh, non ! Je croyais que c'était ma faute, que je le méritais.

     

    Je le crois toujours, d'une certaine façon.

     

    Il est difficile de changer ce que l'on ressent. Il est beaucoup plus facile de changer ce que l'on pense.

     

     

     

    Pourquoi ? Parce que papa nous aimait. Il nous aime.

     

    Il ne nous aurait pas corrigées, disait-il, s'il ne tenait pas à nous.

     

    C'est vrai, même maintenant. Je le comprends. Mais c'est une façon malsaine, erronée de voir les choses.

     

     

     

    Oui, je pourrais dire ça. Si je dois le jurer...

     

    Oui, mon père nous a « brutalisées », ma sœur et moi.

     

    (Elle n'en parlera probablement pas. Elle a peur. Et maintenant que mam a disparu, elle ne peut plus qu'aimer papa. Je ressens la même chose qu'elle. Mais il faut que je dépasse ce sentiment. Je ne peux pas le protéger plus longtemps.) » (p.286-287)

     

     

     

    (Zarbie les yeux verts de Joyce Carol OATES)


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  • planche extraite du Nouveau Larousse Universel en 2 volumes (1948)


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  •  

    « On l'a dit à la grand-mère

     

    Qui l'a dit à son voisin

     

    Le voisin à la bouchère

     

    La bouchère à son gamin

     

    Son gamin qui tête folle

     

    N'a rien eu de plus urgent

     

    Que de le dire à l'école

     

    A son voisin Pierre-Jean

     

    Clémence Clémence

     

    A pris des vacances

     

    Clémence ne fait plus rien

     

    Clémence Clémence

     

    Est comme en enfance

     

    Clémence va bien

     

    Ça sembla d'abord étrange

     

    On s'interrogea un peu

     

    Sur ce qui parfois dérange

     

    La raison de certains vieux

     

    Si quelque mauvaise chute

     

    Avait pu l'handicaper

     

    Ou encore une dispute

     

    Avec ce brave Honoré

     

    Clémence Clémence...

     

    Puis on apprit par son gendre

     

    Qu'il ne s'était rien passé

     

    Mais simplement qu'à l'entendre

     

    Elle en avait fait assez

     

    Bien qu'ayant toutes ses jambes

     

    Elle reste en son fauteuil

     

    Un peu de malice flambe

     

    Parfois au bord de son œil

     

    Clémence Clémence...

     

    Honoré c'est bien dommage

     

    Doit tout faire à la maison

     

    La cuisine et le ménage

     

    Le linge et les commissions

     

    Quand il essaie de lui dire

     

    De coudre un bouton perdu

     

    Elle répond dans un sourire

     

    Va j'ai bien assez cousu

     

    Clémence Clémence ...

     

    C'est la maîtresse d'école

     

    Qui l'a dit au pharmacien

     

    Clémence est devenue folle

     

    Paraît qu'elle ne fait plus rien

     

    Mais selon l'apothicaire

     

    Dans l'histoire le plus fort

     

    N'est pas qu'elle ne veuille rien faire

     

    Mais n'en ait aucun remords

     

    Clémence Clémence ...

     

    Je suis de bon voisinage

     

    On me salue couramment

     

    Loin de moi l'idée peu sage

     

    D'inquiéter les brave gens

     

    Mais les grand-mères commencent

     

    De rire et parler tout bas

     

    La maladie de Clémence

     

    Pourrait bien s'étendre là

     

    Toutes les Clémence

     

    Prendraient des vacances

     

    Elles ne feraient plus rien

     

    Toutes les Clémence

     

    Comme en enfance

     

    Toutes les Clémence

     

    Prendraient des vacances

     

    Elles ne feraient plus rien

     

    Toutes les Clémence

     

    Comme en enfance

     

    Se reposeraient enfin

     

     

     

    Anne SYLVESTRE – J'ai de bonnes nouvelles (1977)


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  • planche extraite du Nouveau Larousse Universel en 2 volumes (1948)


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  • « Pédé. La pire insulte dans la cour de récréation, même s'il ne sait pas exactement ce que cela recouvre – deux hommes ensemble, mais qui font quoi ? Qui s'embrassent ? Qui s'aiment ? Qui s'aiment comment ?

     

    Un jour, Tom et lui ont vu dans la rue un homme en pantalon de cuir et débardeur qui parlait fort dans son téléphone portable en faisant de grands gestes avec ses mains. Tom lui a glissé à l'oreille que c'était un pédé et ils ont gloussé tous les deux. Ils se sont même amusés à l'imiter, mais longtemps après, parce qu'ils ne savaient pas trop si c'était bien de faire ça.

     

    Son père n'avait rien à voir avec cet homme-là. D'abord, il ne s'habillait pas comme ça. Gilles portait toujours des costumes, et le week-end, quand il ne travaillait pas, il mettait un jean et un tee-shirt. Pourquoi son grand-père avait-il dit ce mot-là, alors ? »(p.64-65)

     

     

    « C'est fini, l'époque des petites classes où ils se disputaient dans la cour de récréation à coups de « Mon père il est plus fort que le tien, il a une plus grosse voiture, il gagne plus d'argent ! »

     

    Au collège, ce qui compte, c'est qui on est, indépendamment de ses parents. On s'y fait respecter par ses seules qualités, ses seules prouesses, et on ricane dans le dos de ceux qui continuent de mettre en avant leur père ou leur mère. » (p.134)

     

     

     

    « - En fait, ce qui m'embête, c'est que... les autres ne se posent pas de question, vous comprenez. C'est facile pour eux. Ils savent.

     

    - Ils savent quoi, Théo ?

     

    - Que c'est avec des filles qu'ils ont envie de sortir, évidemment !

     

    - Et toi, tu ne sais pas ?

     

    Théo s'était contracté, les mains crispées sur le rebord de la table.

     

    « Non... Enfin, si. Je ne sais pas ! Comme mon père vit avec un homme maintenant et qu'avant il vivait avec ma mère, comment voulez-vous que je sache si je dois sortir avec une fille ou avec un garçon ? »

     

    François s'était approché de Théo et l'avait pris par les épaules.

     

    « Ce que j'entends dans ce que tu dis, Théo, c'est que tu n'as pas encore rencontré la personne qui te convient. Celle qui te fera dire : c'est elle et pas une autre. Celle qui te semblera une évidence. » (p.156-157)

     

     

     

    « - Comment on peut en être sûr ? Regardez mon père. Il aimait ma mère, avant, et aujourd'hui, c'est un homme qu'il aime.

     

    - C'est vrai, mais s'il vous a imposé, à vous comme à lui, autant de souffrance, c'était sans doute pour ne plus se mentir à lui-même. »

     

    Théo était demeuré songeur, plongé dans les souvenirs de la séparation.

     

    « Vous croyez qu'il y a des hommes qui sont homosexuels mais qui ne s'en rendent jamais compte ?

     

    - Bien sûr qu'ils s'en rendent compte, mais ils préfèrent le nier, ne pas savoir. Pour toutes sortes de raisons. La pression sociale, le qu'en dira-t-on, bref, le regard des gens « normaux ». Cela dit, c'est en train de changer. » (p.157-158)

     

     

     

    « Il n'y a pas de fatalité, Théo. Ce n'est pas parce que son père ou son frère est homosexuel qu'on l'est soi-même. L'attirance que l'on éprouve pour un être, lorsqu'elle est sincère, n'est pas dictée par la morale, la société, la mode ou que sais-je encore. Elle ne répond qu'à la loi du cœur. Alors, écoute ton cœur, Théo, c'est la meilleure chose que tu as à faire, car c'est lui qui te donnera la réponse à ta question. » (p.160)

     

     

     

    (Ne le dis à personne de Josette CHICHEPORTICHE)


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  • planche extraite du Nouveau Larousse Universel en 2 volumes (1948)


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  • « Le dégoût des jours où ma grand-mère paternelle se faisait frapper par mon grand-père. Je passais de temps à autre le week-end chez eux. Il n'était même pas saoul. C'était un mode de fonctionnement normal pour lui. Quand j'en ai parlé à ma mère, elle a refusé que j'y retourne. Mon père n'a pas insisté. Le mal était fait pourtant. La silhouette de ma grand-mère qui se plie et qui tente de se protéger pendant que je cours me réfugier dans la grange.

     

    Le dégoût quand j'entends le père de ma meilleure amie, ma voisine Claudie, hurler des insanités à sa femme, une pauvre créature qui a peur de tout. Elle devient une catin, une pute à marins, un vase, tout y passe. Quand je croise Claudie, une heure après, nous faisons comme si de rien n'était – mais elle sait que je sais et elle a cette honte chevillée au corps.

     

    Le dégoût de ce mec qui me suit. Je sais qu'il en a après moi. J'ai refusé ses avances à une soirée, le mois dernier. Je suis au lycée. En première. Je descends l'avenue qui me ramène au centre-ville. Il est en moto. Il a arrêté le moteur. Le chuintement de ses pneus sur le bitume. Je me concentre sur le trottoir. On m'a dit qu'il ne fallait pas se retourner, que ça les rendait dingues. Je sens mon menton trembler, mais je ne pleurerai pas, je serai valeureuse. Il reste cinq cents mètres. Sa voix. Mon prénom. Le son de la béquille. Il court. Il m'attrape le bras. Je veux beugler « Quoi ? », mais les mots se bloquent dans ma gorge. Il tente de m'embrasser. Je frappe. Il lève la main. Un homme passe et hurle : « ça va pas, non ? Vous voulez que j'appelle la police ? » Son geste s'arrête net. Il recule. Il trébuche. L'homme reste à mes côtés. La moto démarre. L'homme dit : « Vous devriez porter plainte. » En passant devant moi, le garçon à la moto crache et me traite de pute.

     

    Tous ces dégoûts-là.

     

    Tous ces dégoûts que tu ne peux connaître que quand tu es une fille. » (p.127-128)

     

     

     

    (06h41 de Jean-Philippe BLONDEL)


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  • planches extraites de l'Encyclopédie internationale Focus en 5 volumes (Bordas - 1968)


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  • « Le jour de la rentrée, je ne laisse rien au hasard. Mes affaires sont prêtes, mes discours, mes gestes. Je m'envisage une dernière fois dans le miroir de la salle de bains. Intestins durs, mains trempées, je parle à mon reflet, le grand huit ventousé au ventre. Dans la glace, j'aperçois ma peau blanche et les petites gerçures. Ce jour-là, je comprends que je dois grandir. Dans la voiture, je dis à Maman de ne pas descendre : affronter une foule anonyme, je m'en sens capable. Je prends mon sac à dos et je découvre la grille du collège, une grille imposante, couleur vert Empire. Face à la grille, je suis pris d'une vision. Derrière elle, les garçons se transforment. Ils devient des monstres courts sur pattes, aux joues mangées d'acné, aux lèvres marbrées, gorgées de sang, au visage poissé de puberté crétine et de mauvaise haleine.

     

    De l'autre côté, les garçons deviennent des adolescents.

    Derrière la grille du collège

     

    Pendant le collège, les garçons ricaneront sèchement. Ils s'acharneront. Ils me tourneront autour pendant les pauses et la cantine. Théo m'attrapera par derrière, Julien me remontera brutalement le slip et me frappera de coups de genou en criant, « Béquille ! » Il y aura des moments durs, des échappés en solitaire dans les toilettes, des regards en classe d'anglais, des messes basses, des moqueries publiques, des élections de délégués, des sorties à la piscine, des réprimandes en slip de bain, des virées en bus, des professeurs qui ne voient rien, qui se contentent de « chut » pour couper les mauvaises langues, des regards encore, plus perçants, des fous rires de types populaires, des insultes au vidage, et face à tout ça, mon manque d'oxygène.

     

    Cela va durer quatre ans. La famille parlera d'âge ingrat et d'apprentissage. Personne ici ne verra. Si c'est ça la suite, je préfère renoncer. Rester petit face au miroir. Ne plus jouer. Ne surtout pas franchir la grille. » (p.58-59)

     

     

     

    « Au collège, on m'appelle Marcelle. Les garçons surtout, mon voisin. Un grand garçon maigre, un peu niais. (…) Il m'attend le matin. Il me refile des surnoms et des coups derrière la tête. Dans la cour, ses copains et lui disent « ça va Marcelle, pourquoi tu fais la tête ma belle ? T'as oublié ton rouge à lèvres ? » On ajoute que je serais « jolie avec des couettes ». (…)

     

    Je voudrais comprendre cet acharnement. » (p.75)

     

     

     

    (Mauvais joueurs de Julien DUFRESNE-LAMY)


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