• Pire que du poison

    « Je lui répondis qu'on l'avait trop souvent punie quand elle voulait parler. Maintenant, farouche, elle se méfiait.

     

    - Mais ce n'est pas bon, Syril. Pas bon du tout ! Quand tout reste à l'intérieur, c'est pire que du poison.

     

    Elle avait diablement raison. Zoé devrait se livrer davantage mais ce n'est pas aussi simple. Quand on se met à TOUT raconter, ça fait comme si les douleurs revenaient à la vie. Même au paradis, les blessures réclament du temps pour cicatriser. » (p.30-31)

     

     

    « Même en utilisant un vocabulaire précis, on resterait à la surface de la vérité, aussi je ne vous en dirai pas plus là-dessus. Évoquer une douleur, c'est souvent en créer une nouvelle, et cela, je le refuse. » (p.31)

     

     

     

    « Je restai donc quelques minutes supplémentaires avec mes amies les montagnes. Il s'agissait de vieilles montagnes polies par endroits, déchiquetées à d'autres. Même ridées, même blessées, elles demeuraient en place, majestueuses, solides, et cela me rassurait de les savoir abîmées et indestructibles à la fois. Moitié fragiles et moitié invincibles. » (p.36)

     

     

     

    « Avant, Zoé ne fermait pas l'œil de la nuit, maintenant il lui arrive de dormir huit heures d'affilée. Elle ne mangeait plus, à présent elle aide volontiers à la cuisine. Elle est toujours fragile et elle le restera, mais au moins ici elle a une chance de faire peau neuve. » (p.45)

     

     

     

    « - Nous devons parler de votre éventuel retour à la maison. (...) J'ai tellement hâte de vous revoir.

     

     

     

    Imaginez une eau froide, si froide que des glaçons flottent à sa surface. Imaginez maintenant que vous soyez contraint de vous y baigner, et que chaque goutte d'eau, en frôlant votre peau, la blesse aussi vivement qu'un coup de poignard dans la chair. la douleur est à ce point insupportable, omniprésente, qu'il faudrait s'évanouir pour s'y soustraire. Voici à peu près où j'en étais en entendant la nouvelle : j'essayais de m'évanouir en vain. » (p.56)

     

     

     

    « Après avoir raccroché, je restai un moment sans bouger, comme écrasé par un quinze tonnes. J'aurais tellement aimé entendre autre chose. J'aurais aimé entendre : "Pardon de n'avoir rien vu. Pardon de ne pas vous avoir protégés quand la situation l'exigeait. C'était mon rôle. je n'ai pas su lire dans vos yeux alors qu'ils me parlaient ni sécher vos larmes quand vos joues se mouillaient. Et pardon d'avoir été à ce point aveugle que vous m'ayez été retirés. Si tout était à refaire..."

     

    Mais ce genre de discours n'est pas venu. Les bons mots dits au bon moment, on ne les rencontre que dans les films et les livres où tout le monde a le génie de la formule exacte, pas ailleurs. Pas dans la vraie vie. Dans la vraie vie, ils sont plutôt rares. Moi, en tout cas, je ne les ai pas souvent entendus. » (p.58)

     

     

     

    (Une saison parfaite pour changer d'Aurélien Locke)

    « BijoutierChampignons »

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