• On riait DE lui

     

    « Il nous faisait rire et il riait avec nous. Parce qu'il se croyait marrant. Mais nous on ne riait pas AVEC lui, on riait DE lui. Ce n'est pas pareil. » (p.14)

     

     

     

    « Il avait l'air de mentir et le doute s'est insinué en moi. Et s'il avait renversé Fatima volontairement? Aujourd'hui encore, je vous assure que je ne suis plus sûr de rien... Il y a toujours eu chez Boubard pas mal d'hypocrisie, derrière ses airs assurés et ses faux sourires de sournois. Il ne faut pas toujours le voir comme une victime... Mais je me suis contenté de dire :

     

    - C'est bon pour cette fois. Serrez vous la main tous les deux.

     

    Là, il s'est passé une chose amusante : Boubard a tendu la sienne et Karim et Lionel ont tendu la leur en même temps!

     

    J'ai rigolé :

     

    - D'accord : tous les trois, si vous voulez. C'est encore mieux!

     

    En classe, un petit malin a fait circuler un papier : "Sleepy = assassin" et d'autres petits malins l'ont suivi : "Vengeance pour Fatima". Xavier a dessiné tout une planche de bédé, "Le vélo de la mort", avec des "Boum" des "Aaarrgh", des cris, du sang... On a bien rigolé, ce lundi-là. Je me rappelle avoir écrit "Assassin" avec des doubles "s" anguleux, à la façon des nazis. Des bêtises. Vous voyez, je ne me donne pas non plus le beau rôle, et je reconnais que j'en ai fait baver à Boubard, tout au long de l'année. Mais rien de vraiment méchant. » (p.45)

     

     

     

    « - D'accord, je vais t'expliquer... (Les mêmes mots que tout à l'heure.) Je suis différent, improvise-t-il.

     

    - On est tous différents.

     

    - Moi, c'est pas pareil.

     

    - Je comprends ce que tu veux dire, l'encourage-t-elle.

     

    - Non, tu ne peux pas comprendre. Moi j'aime vraiment la musique, pas pour me la péter comme Karim avec un casque sur les oreilles... Et j'aime aussi les livres, les histoires de pêcheurs au bord de l'eau dans des canapés avec des lampadaires...

     

    (…)

     

    Il parle avec sûreté, sans bafouiller, avec pourtant la sensation de marcher sur des braises comme certains fakirs qu'il a vus dans un reportage à la télé. Il est trop tard pour revenir en arrière, rien ne serait pire que reculer, il lui faut traverser au plus vite cette étendue ardente s'il veut atteindre Alice sans trop se brûler.

     

    (…)

     

    - Tu as un piano chez toi ?

     

    Elle fait signe que non et, profitant de l'intervalle où il reprend sa respiration, lui reproche :

     

    - Voilà, c'est ça ton problème : tu parles trop. Et tu ne parles jamais des choses importantes. Tu soûles les gens avec tes histoires perso...

     

    - Quelles « choses importantes » ? demande-t-il. Elle le regarde comme un extraterrestre tellement la réponse lui semble évidente !

     

    - Les choses importantes, c'est par exemple se faire des amis, leur parler simplement, être honnête avec eux.

     

    - Mais... je ne suis pas malhonnête !

     

    - Je n 'ai pas dit ça... Tu es juste, juste... écoute, ne le prends pas mal... T'es juste un peu...

     

    - Un peu quoi ?

     

    - Un peu con-con, voilà.

     

    - Ah, c'est que ça ? répond-il.

     

    Elle détourne un court instant la tête, sidérée. » (p.51-53)

     

    On riait DE lui

     

    « Plus que les moqueries, les insultes, les brimades à répétition, plus encore que cette main qui, à l'instant, lui serrait la jambe, la cruauté tranquille de ce regard indique à Valentin que son message enregistré n'a pas atteint son but et que rien n'est réglé entre Bastien et lui.

     

    Au contraire, ressent-il avec le sentiment d'un désastre annoncé, ça ne fait que commencer. » (p.79-80)

     

     

     

    « - Nous tenions à vous alerter, Monsieur Boubard, sur les difficultés que nous rencontrons avec Valentin. Sans doute parce que lui-même en rencontre de personnelles...

     

    Franck Boubard a réfléchi un instant.

     

    - Je ne vois pas bien lesquelles, a-t-il rétorqué. Mais vous avez dit quelque chose qui m'a surpris, tout à l'heure : « Valentin passe son temps seul au fond de la classe... » Pourquoi « seul » et pourquoi « au fond de la classe » ? J'aimerais bien le savoir.

     

    - « Au fond de la classe » parce qu'il l'a choisi, lui a répondu Sophie Biolle. Et « seul » parce que personne ne veut plus s'asseoir à côté de lui.

     

    Franck Boubard a tiqué à ces propos.

     

    - ça m'étonne. Et ces copains qu'il avait avant, Bastien, Karim... Et cette fille, Alice...

     

    Sophie Biolle s'est montrée implacable :

     

    - Précisément : « qu'il avait avant »... Vous parle-t-il encore d'eux ? Les voit-il en dehors du collège ?

     

    - Plus trop, c'est vrai... a-t-il reconnu. je...

     

    -Le problème que vous refusez de voir en face, l'a coupé Mme Roux-Meignan (…), le problème est que votre fils s'est mis toute la classe à dos ! » (p.143)

     

     

     

    « - Il ne vous est pas venu à l'idée que le « problème » était lié au collège plutôt qu'à la maison ? Valentin est peut-être victime de brimades de la part de ses camarades...

     

    - Impossible, a tranché Mme Roux-Meignan. Sa classe est très calme...

     

    Sophie Biolle s'est glissée dans le propos de la C.P.E. :

     

    - Avec une très bonne cohésion...

     

    - Il se sont juste laissés aller un peu trop longtemps à un jeu stupide...

     

    - Avec une bonne cohésion ! a répété le professeur principal mais sans réussir à arracher de sourire à quiconque.

     

    - Nous les avons punis collectivement et tout est rentré dans l'ordre, a poursuivi Mme Roux-Meignan. Je tiens à préciser, pour éviter toute ambiguïté, que Valentin n'a pas plus qu'un autre fait les frais de ce jeu. » (p.146)

     

     

     

    «  - Papa, ne me demande surtout pas quel est le problème avec moi, parce que tout le monde me demande ça, mais moi je n'ai pas de problème. Le problème, c'est les autres.

     

    - « L'enfer, c'est les autres », reprend Franck. C'est dans une pièce de théâtre célèbre... mais de quels autres parles-tu, val ? Que reproches-tu à tes camarades de classe ? Tu ne peux pas sempiternellement rendre les autres responsables de tout. Il faut que tu prennes confiance en toi, aussi, que tu ailles vers eux !

     

    Valentin se bouche les oreilles.

     

    - Arrête, Papa, je t'en prie ! Je n'ai pas envie de reparler de ça. » (p.160)

     

     

     

    « Regardez, Valentin, il n'a rien dit lui non plus, alors qu'il était la principale victime...

     

    Moi ? Non, je ne me considère pas comme une victime... J'ai dit « principale » sans réfléchir. Valentin était le seul de la classe à subir le harcèlement. Bastien m'a quelquefois cherchée, mais ça n'a rien à voir... Si vous voulez absolument que je me définisse d'un mot... eh bien je dirais que j'ai été... une observatrice, oui, c'est ça, une observatrice...

     

    Oh, vous ne laissez rien passer, vous!... Je n'ai pas fait qu'observer, en effet, j'ai quelquefois participé, surtout au début de l'année... C'était tellement facile de chambrer Valentin, il aurait fallu être une sainte pour ne pas succomber à cette tentation.

     

    C'est seulement au milieu du deuxième trimestre, quand je l'ai vu se replier, se rabougrir, se racornir, que j'ai réalisé. Ce qui avait pu passer un temps pour une joyeuse mise en boîte avait insensiblement basculé dans autre chose. Je n'ai pas été la seule, notez, beaucoup se sont dissociés de Bastien à ce moment-là. Pour autant, on ne s'est pas franchement rapprochés de son souffre-douleur... » (p.176)

     

     

     

    «  Très vite la rumeur a circulé : ils n'avaient pas frappé Valentin, ils l'avaient humilié. Personne n'a prononcé le mot, n'allez pas croire, pas même moi ! C'est après coup qu'on peut employer des mots comme « humilier », si précis et lourd de sens, et encore il faut avoir un peu grandi. Moi, je n'étais qu'une gamine et cette rumeur au sujet de Valentin à poil dans les chiottes, la zigounette ratatinée par la peur, elle m'a fait rire aussi, faut pas se raconter d'histoires. » (p.178)

     

     

     

    « Vous savez, « harcèlement » ça veut tout et rien dire... Ce qui est plutôt rassurant, c'est que vous enquêtez comme ça dans tous les collèges... Oui, le mot est mal choisi, ce n'est pas ce que je voulais dire... Il ne s'agit pas de banaliser, d'accord avec vous... Mais il y a toujours eu des conflits d'école avec les faibles qui se laissent dominer et les forts qui abusent de leur force... » (p.192)

     

     

     

    «  Comment pouvait-il se laisser malmener ainsi ? Je sais cette tendance désolante que nous avons à faire peser une culpabilité sur les victimes... Elle est bien connue, et les audiences de tribunal résonnent de ces ignobles poncifs : la jeune fille violée a provoqué son agresseur par sa tenue vestimentaire, par son attitude... » (p.213)

     

     

     

    (Harcèlement de Guy JIMENES)

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