• Les rumeurs de la cité

     

    « Ma meilleure amie, c'était Sabrina Boussaïd. Elle n'était jamais venue chez moi.

     

    J'avais l'impression d'avoir grandi chez elle.

     

    (…)

     

    Je croyais que chez Sab, c'était un peu chez moi. Que sa famille était un peu la mienne. Qu'un jour j'épouserais son grand frère Walid et qu'on serait presque sœurs.

     

    Je croyais tout ça, de toutes mes forces, mais je me racontais des histoires.

     

     

     

    On dit que la vérité finit toujours par se savoir.

     

    (…)

     

    Sauf que la vérité n'a jamais sonné à ma porte.

     

    Moi, il a fallu que j'aille la chercher, la vérité, que je me batte pour la faire éclater.

     

    La vérité, ou ce qu'il en restait, après tous ces mensonges. » (p.9-10)

     

     

    Les rumeurs de la cité

     

     

    « Il me semble que c'est l'année de mes quinze ans que tout a basculé.

     

    (…)

     

    J'allais rejoindre Sabrina en bas de son immeuble. Ce matin-là, j'ai été surprise de ne pas la voir. D 'habitude, elle était toujours là avant moi. J'ai sonné chez elle mais personne n'a répondu. J'ai quand même décidé de l'attendre.

     

    Mon sœur s'est mis à battre un peu plus vite. Depuis dix jours, je guettais quelqu'un d'autre. Dix jours aussi que je n'avais plus faim, que je passais mes journées à rêver, à me refaire le film de ce qui m'était arrivé avec Walid. Je n'avais cessé depuis de lui laisser des messages sur son répondeur, bafouillant que j'avais envie de le revoir, quémander des nouvelles sur tous les tons, tour à tour pleine d'espoir et déçue, joyeuse ou inquiète, mais certaine d'être amoureuse. C'était peine perdue. Walid n'avait jamais appelé.

     

    Je n'en avais parlé à personne. » (p.11-12)

     

     

     

    « Et puis nos regards se sont croisés. Ça m'a fait sursauter. J'ai fait semblant de ne pas voir tout le mépris que j'avais lu dans ses yeux. (…) Il a ricané. Il s'est arrêté à ma hauteur tout près de mon visage. J'ai reculé mais pas assez vite. Il s'est approché brusquement et il m'a embrassée en tenant mon menton très fort entre ses doigts. Il m'a fait mal. Je n'ai pas crié. Ce n'est pas ça que je voulais. Je l'ai repoussé. Il s'est marré, il m'a jeté un regard noir et il a dit :

     

    - Qu'est-ce que t'as ? T'as plus envie ?

     

    Je n'ai rien trouvé à répondre. J'étais plantée sur le trottoir, je me sentais bête et sale et, surtout, j'ai eu peur. Je voulais qu'il s'en aille. Il a craché à mes pieds. Et il a tourné les talons.

     

    J'ai couru jusqu'au collège.

     

    Il ne s'est rien passé, il ne s'est rien passé, il ne s'est rien passé. Rien.

     

     

     

    Toute la bande était déjà là, autour de Sabrina. Une dizaine de filles blotties les unes contre les autres, adossées contre la balustrade, juste en dessous de l'arbre où on se retrouve chaque matin. Sabrina a fait comme si elle ne me voyais pas. Et moi comme si je ne me rendais compte de rien. Mais j'ai compris qu'elle savait. » (p.12-13)

     

     

     

    « Koto a traversé la cour et il m'a prise à l'écart.

     

    - Qu'est-ce qui se passe avec Sabrina ?

     

    Il en savait déjà plus que moi et j'ai détesté ça.

     

    - De quoi tu parles ?

     

    Koto, c'est mon plus vieux copain, mon premier amoureux qui me protégeait déjà dans la cour en maternelle. (…)

     

    Koto m'a jeté un drôle de regard.

     

    - Il s'est passé quoi avec Walid ?

     

    Toute la cité devait jaser dans mon dos. J'ai tenu bon.

     

    - Je t'emmerde !

     

    Il a haussé les épaules et il m'a laissée seule, plantée au milieu de la cour. J'ai eu envie de pleurer. Il ne s'était rien passé avec Walid, enfin, pas ce qu'ils semblaient se dire, mais qui allait me croire et comment le prouver ?

     

    Je me suis approchée de Sabrina et de tout le groupe de filles.

     

    - Qu'est-ce qu'il y a ?

     

    Elles s'étaient arrêtées de parler. Elles me regardaient toutes d'un drôle d'air. C'est Hager qui a lâché le morceau, avec un air dégoûté :

     

    - T'as couché avec Walid ?

     

    - Sab, comment tu peux croire ça ?

     

    (…)

     

    Elle a hurlé :

     

    - T'es qu'une pute Aïcha, t'es qu'une sale pute !

     

    Et elle m'a craché dessus. J'avais plus le choix. « Pute », c'était la pire des humiliations. Mon arrêt de mort dans la cité. Et la cité ça comptait plus que tout. » (p.14-16)

     

     

     

    « J'en étais sûre, ce serait bientôt écrit sur les murs de l'école, tagué en noir et rouge, et gravé sur les tables, dans les classes, sur les portes des toilettes. Mon nom à côté de celui de Nafi la salope, du CPE qu'on déteste, de tous ceux dont on se moque, mon nom comme une pancarte dans le dos. » (p.21)

     

     

     

    « Mon frère, c'est une vraie racaille et tu le sais ! Mais c'est mon frère...Et toi, en face, tu comptes pour rien. Si il décide que t'es une pute, t'es une pute, et j'y peux rien !

     

    J'ai crié :

     

    - Mais c'est pas vrai ! C'est pas possible ! Tu peux pas dire un truc pareil ! Pas toi !

     

    Elle a ri.

     

    - Ben si, tu vois, c'est comme ça...

     

    - J'ai pas couché avec Walid, je l'ai juste embrassé... Une fois, une seule fois ! C'est ça, la vérité !

     

    Plus je criais, plus elle souriait.

     

    - Mais on s'en fout de la vérité, ça compte pas la vérité... Tu comprends pas ça ? » (p.51)

     

     

     

    « - Tu ne m'avais pas dit que tu l'avais jamais fait.

     

    - Si, je te l'avais dit. C'est toi qui m'as pas crue.

     

    Il s'est tu, je disais la vérité même si la vérité était plus dure à croire que toutes ses certitudes, les rumeurs de la cité, et ce qu'on dit des filles, une fois qu'elles ont fait ça. » (p.131)

     

     

     

     

     

    (On s'est juste embrassés d'Isabelle Pandazopoulos)

     

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