• Les gens comme nous

    « La chorale « Les copains d’abord » regroupait des sans-toit qui chantaient pour l’enterrement de leurs condisciples. Ses membres avaient depuis longtemps renoncé à aller dans l’Essonne au cimetière de Thiais, là où la municipalité parisienne envoyait les corps des clochards que personne ne réclamait jamais.

     Trop loin, trop de morts, trop paumé, trop d’emmerdes dans le RER.

     Désormais, « Les copains d’abord » chantaient au Père-Lachaise, le jour de l’enterrement, à l’heure dite… ou à peu près. Un hymne à la vie en guise de salut à un mort. Les chanteurs à la voix cassée par la rue savaient bien que les crevés ne leur en voudraient pas de rester dans Paris centre et d’y faire la manche auprès des touristes attendris par leurs chants. » (p.13)

     

    « - Pourquoi Christiana elle s’assoit par terre où c’est sale et où les gens ils peuvent la voir ?

     - Parce qu’elle s’en fout. Ses fesses n’accrochent pas la poussière ni elle les regards.

     - Elle est imperméable ?

     Sam sourit et confirma :

     - Elle essaie, en tout cas. C’est pas facile, ça demande de l’entraînement. » (p.45)

      

    « Entre deux chansons, la petite demanda :

     - Pourquoi on chante ?

     - Pour que le Galeux ne soit pas seul pour le grand voyage, répondit Christiana.

     (…)

     - Il était gentil, le Galeux ?

     - Les gens comme nous, on ne peut pas se permettre d’être gentils. Et puis, on s’en fiche, petite, c’est pas le problème. Le truc, c’est que le Galeux, c’est un humain mais qu’il est crevé comme un rat. Alors nous, on vient rappeler à tout le monde que c’était un homme. » (p.68)

      

     Les gens comme nous

    «L’interrogatoire achevé, Jordan vida le fond de la bouteille de gel hydroalcoolique sur ses mains.

     Le major Boulet le regarda faire.

     - Tu en as sorti quelque chose ?

     - Elle connaît le grand Black de vue, rien d’autre. Et j’avais pas vraiment envie de jouer les prolongations. Deux minutes de plus, et je craquais. Ces loques, là, elles sont infestées de saloperies et elles font aucun effort pour s’en sortir.

     - Tu crois quoi, Jordan ? Que le monde est juste et qu’eux, ils font exprès de rester en marge ?

     - Ta gueule avec tes leçons de morale franchouillarde, s’insurgea Jordan. Quand on veut, on peut. » (p.82)

     

    « - J’ai pas de conseil à te donner, Sam. Sur ces sujets, tout le monde est à égalité. Mais il y a une chose que je sais. Souffrir parce qu’on a aimé, ça veut dire qu’on a au moins des souvenirs, qu’on a un passé. Tu sais pourquoi je picole pas comme les autres ?

     - Non.

     - Parce que l’alcool anesthésie la vie et brouille la mémoire. On peut pas avoir de futur si on n’a pas eu de passé. » (p.154)

     

    (Robin des graffs de Muriel ZÜRCHNER)

     

     

     

    « « Tching tchang tchong »Je suis quelque chose d’autre »
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