• L'amour fait perdre la tête

     

    « Déjà une semaine qu'on faisait ça. Nous préparer tous les soirs. Nous asseoir aux terrasses des cafés, pour finalement rentrer bredouilles au camping avant minuit trente. Deux pauvres cendrillons de pacotille, incapables de se faire inviter à une soirée amusante. Incapables de taper dans l'oeil des beaux garçons. Voilà ce que nous étions, seules et un peu dégoûtées. Un peu cruches aussi, je m'en rends compte maintenant, à nous gâcher les soirées. On aurait mieux fait de rigoler toutes les deux, de jouer aux cartes, aux fléchettes, de nous balader sur la plage. Au lieu de ça, nous nous mettions en vitrine comme deux tartes aux fraises, attendant d'être croquées. » (p.9)

     

    L'amour fait perdre la tête

     

    "Au lycée, Maman a dit que j'étais absente pour un petit examen médical. Un mot d'excuse. Un mensonge entendu. Ces choses-là ne se racontent pas. Elles font honte. Ma mère a honte, je le sens. Elle a ce petit sourire de travers qui fait semblant de pardonner. Moi, je ne veux pas qu'on me pardonne. Je veux qu'on accepte. Je veux qu'on dise que l'amour fait perdre la tête et que les cours d'éducation sexuelle devraient être accompagnés d'autre chose que d'un kit de prévention des risques. Capote-pilule-MST. Tu parles d'un triptyque ! C'est comme ça qu'on nous parle de la première fois. Rien sur les frissons, les émotions, rien sur la force des désirs. C'est comme si un marin se préparait au tour du monde sans tenir compte de la puissance du vent. Moi, j'ai glissé dans une tornade et personne ne m'avait prévenue d'un tel cataclysme. » (p.19)

     

     

     

    « Le désir amoureux, comme la mer, n'était pas sans danger. Fascinant, hypnotique, rassurant vu de loin, mais parfois, comme la mer, il prenait des vies, brisait des corps et ravivait des manques. » (p.35-36)

     

     

     

    « - Tu sais déjà ce que tu veux faire plus tard, Pia ? M'a demandé l'amie de ma mère.

     

    J'ai eu envie de la mordre. De lui gueuler que je ne voulais pas être enceinte à quinze ans et faire des études longues, très longues. Parce que j'étais une bonne élève, parce que j'aimais étudier, parce que je n'avais pas envie de devenir mère à un âge où on ne veut surtout pas ressembler à la sienne. J'avais envie de lui hurler ma peur de l'avenir. Ce terrible avenir qui se cachait peut-être sous mon pull, tout cela parce que j'avais eu envie de faire l'amour avec un garçon et que je l'avais fait. » (p.60)

     

     

     

    « Je ne suis pas une jeune fille rangée. J'ai grandi plus vite que prévu. Je suis tombée enceinte par accident et j'ai décidé d'avorter, parce que je ne veux pas être mère. Pas maintenant. Pas comme ça. C'est un choix, un droit, c'est la moindre des choses et pourtant ce n'est pas une moindre chose. Je hais ceux qui osent penser que les femmes font cela à la légère. Je n'oublierai jamais ce jour, je le sais. Je sais aussi que désormais, j'ai un corps. Un corps avec ses désirs, ses fougues, ses blessures, ses secrets. Un corps qui m'appartient. » (p.93)

     

     

     

    (Trop tôt de Jo WITEK)

    « CoiffuresClefs »

    Tags Tags : , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :