• Ironie douloureuse d'un enfant martyrisé

    "Je ne me rappelle pas une caresse du temps où j’étais tout petit : je n’ai pas été dorloté, tapoté, baisotté ; j’ai été beaucoup fouetté.
    Ma mère dit qu’il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins. (p.19)"

     

    "Ma mère apparaît souvent pour me prendre par les oreilles et me calotter. C'est pour mon bien ; aussi, plus elle m'arrache de cheveux, plus elle me donne de taloches, et plus je suis persuadé qu'elle est une bonne mère et que je suis un enfant ingrat.
    Oui, ingrat ! car il m'est arrivé quelquefois, le soir, en grattant mes bosses, de ne pas me mettre à la bénir, et c'est à la fin de mes prières, tout à fait, que je demande à Dieu de lui garder la santé pour veiller sur moi et me continuer ses bons soins."

     

    "J'ai été jusqu'ici le tambour sur lequel ma mère a battu des rrra et des fla, elle a essayé sur moi des roulées et des étoffes, elle m'a travaillé dans tous les sens, pincé, balafré, tamponné, bourré, souffleté, frotté, cardé et tanné, sans que je sois devenu idiot, contrefait, bossu ou bancal."

    Ironie douloureuse

    "Mais l'étoffe dans laquelle on a taillé mon pantalon se sèche et se racornit, m'écorche et m'ensanglante.
    Hélas ! Je vais non plus vivre, mais me traîner.
    Tous les jeux de l'enfance me sont interdits. je ne puis jouer aux barres, sauter, courir, me battre. Je rampe, seul, calomnié des uns, plaint par les autres, inutile ! Et il m'est donné, au sein même de ma ville natale, à douze ans, de connaître, isolé dans ce pantalon, les douleurs sourdes de l'exil." (p.48)

     

    "Si une chose me chagrine bien, me répugne, peut me faire pleurer, ma mère me l'impose sur-le-champ.
    "Il ne faut pas que les enfants aient de volonté ; ils doivent s'habituer à tout." (p.53)

     

    "Mais je sauve toujours les situations avec ma tête ou mon derrière, mes oreilles qu'on tire ou mes cheveux qu'on arrache." (p.85)

    "Elles n'osaient pas battre leur enfant parce qu'elles auraient souffert de le voir pleurer ! (...)
    Ma mère avait plus de courage. Elle se sacrifiait, elle étouffait ses faiblesses, elle tordait le cou au premier mouvement pour se livrer au second. Au lieu de m'embrasser, elle me pinçait ; - vous croyez que cela ne lui coûtait pas ! - Il lui arriva même de se casser les ongles. Elle me battait pour mon bien, voyez-vous. Sa main hésita plus d'une fois ; elle dut prendre son pied.
    Plus d'une fois aussi elle recula à l'idée de meurtrir sa chair avec la mienne ; elle prit un bâton, un balai, quelque chose qui l'empêchait d'être en contact avec la peau de son enfant, son enfant adoré." (p.90-91)

     

    "Il fallait qu'il prouvât qu'il ne favorisait pas son fils, qu'il n'avait pas de préférence. Il me favorisait de roulées magistrales et il m'accordait la préférence pour les coups de pied au derrière.
    Souffrait-il d'être obligé de taper ainsi sur son rejeton ?" (p.97)

     

    "Qui remplace une mère ?
    Mon Dieu ! une trique remplacerait assez bien la mienne.
    Ne pas me reconnaître ! mais elle sait bien qu'il me manque derrière l'oreille une mèche de cheveux, puisque c'est elle qui me l'a arrachée un jour. Ne pas me reconnaître; mais j'ai toujours la cicatrice de la blessure que je me suis faite en tombant, et pour laquelle on m'a empêché de voir les Fabre. Toutes les traces de sa tutelle, de sa sollicitude, se lisent en raies blanches, en petites places bleues. Elle me reconnaîtra; il me sera donné d'être encore aimé, battu, fouetté, pas gâté!
    Il ne faut pas gâter les enfants." (p.101)

     

    "Quelques coups de plus ou de moins ne feront pas grand-chose sur ma caboche. Non, mais ils font marque dans mon coeur." (p.140)

     

    (L'enfant de Jules Vallès)

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