•  

    « Demain c'est la rentrée, et pour Damien, c'est l'enfer. Il sait qu'au Collège il va retrouver Marilou. Il l'aime, il serait prêt à tout pour elle ! Et c'est bien le problème, car Marilou a toujours des "Même pas cap" à lui lancer, comme ça, pour le fun... » (résumé en quatrième de couverture)

     

    Décérébré

     

    « Chacun a commencé à s'installer sans faire attention aux autres et j'en ai profité pour déposer le plus discrètement possible la punaise au centre de la chaise du prof, pointe vers le haut.

     

    Puis, j'ai regagné ma place l'air de rien.

     

    Tandis que je déballais mes affaires, j'ai vu que Marilou me dévisageait avec son regard interrogateur.

     

    J'ai cligné de l’œil pour toute réponse, signe évident qu'une fois de plus je venais de me plier à sa volonté. »

     

     

     

    « - Je parie que t'es même pas cap de traverser !

     

    J'avais le cerveau anesthésié. Je ressemblais à un légume. Je me suis avancé vers la rambarde métallique d'un pas de zombie. Dans un même élan, Wallid et Nicolas se sont dressés en travers de ma route. Mais, tel le robot décérébré que j'étais devenu, je les ai écartés et j'ai foncé sur l'autoroute. » (p.28)

     

     

     

    « Et quand le pare-chocs m'a heurté de plein fouet, j'ai compris que, cette fois-ci, le jeu était allé beaucoup trop loin. » (p.29)

     

     

     

    (Même pas cap ! de Jean-Luc Luciani)

     

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  •  

    « Marie-Charlotte, je l'ai rencontrée un lundi midi à la cantine du collège.

     

    (…)

     

    Malgré l'humeur, la fatigue et ma faim, quand ça commence à s'agiter à la table en face, une table de sixièmes, je jette un coup d'oeil. Juste comme ça. (…)

     

    J'entends des ricanements, des chaises qui se poussent trop vite et raclent le sol bruyamment, et je vois que tous à la table, les gars, les filles, tous empêchent une fille, une sixième vu sa taille, de s'asseoir aux places vides. Et les mains vissées aux lanières de son cartable, avec son gros petit corps, la fille s'entête, on dirait qu'elle ne comprend pas.

     

    Des trucs comme ça, ça arrive tout le temps. Normalement, le ou la sixième finit par abandonner, ne vient plus à la cantine ou trouve une table où vont les comme lui ou elle, et on passe à autre chose. » (p.8-9)

     

     

    Du mauvais côté de sa carapace

     

     

    « Elle est venue vers moi, vers la chaise réservée à mes Nike, et elle a dit :

     

    - Pardon mais est-ce que s'il vous plaît je peux m'asseoir là ?

     

    (…)

     

    J'ai pensé à Amine, mon frère aîné qui est en prison et qui, dans les lettres qu'il écrit à ma mère, parle de sa solitude, et j'ai enlevé mes Nike de la chaise.

     

    Ensuite j'ai demandé son prénom à la fille.

     

    - Marie-Charlotte ??? En plus ?

     

    C'est tout ce que j'ai trouvé à lui dire.

     

    Un moment, j'ai eu peur qu'elle me réponde du tac au tac : En plus ? En plus de quoi ? En plus d'être moche ? En plus d'être grosse ? En plus d'être rousse ?

     

    (…)

     

    Mais elle a pas tiqué, elle n'a rien répondu du tout. Elle est restée muette, assise tout au bord de sa chaise à cause de son énorme cartable qu'elle avait laissé dans son dos. Elle gardait son manteau boutonné jusqu'au menton et je me suis demandé, pour la première fois, si elle faisait pas exprès d'être aussi débile. » (p.9-10)

     

     

     

    « Quelques semaines après ma rencontre avec la mère de Marie-Charlotte, je traverse le collège pour aller à mon cours de français, je suis en train de me dire que j'ai déjà faim quand j'ai l'oeil attiré par un attroupement : des élèves regardent quelque chose que je ne vois pas tout de suite, quelque chose que je ne comprends pas tout de suite même en m'approchant.

     

    C'est le cartable que je reconnais d'abord, cet affreux cartable trop lourd et qui d'ailleurs l'empêche de se relever du sol, parce que Marie-Charlotte est à quatre pattes.

     

    Le cartable s'est ouvert, des livres, des stylos se sont barrés. Je ne vois pas son visage, mais ce sont bien ses cheveux rouges. J'ai le temps de penser que sa mère a les mêmes. Et puis j'entends un abruti de sixième rire et je le vois l'empêcher de se relever quand elle essaye. Personne ne l'aide. Elle ressemble à une tortue tombée du mauvais côté de sa carapace et moi je n'arrive pas à faire un mouvement. Un autre abruti se penche sur elle, il fait une grimace en la reniflant, il dit que c'est vrai que les roux puent. Je ne vois toujours pas le visage de Marie-Charlotte mais je l'imagine très blanc, avec les taches de rousseur phosphorescentes presque, en panique. Certains élèves autour se marrent, d'autres se tirent, je crois, je ne suis pas sûr, en tout cas il n'y a toujours personne pour l'aider, pas plus moi qu'un(e) autre.

     

    Et puis elle essaye de se relever encore une fois et là, je vois le visage de Marie-Charlotte, et je sais qu'elle me voit, moi.

     

    Et que même si elle ne parle pas, elle m'appelle au secours.

     

    Alors, c'est comme un vent violent et chaud qui se lève dans moi, en une foulée je suis près d'elle et je la relève. » (p.33-34)

     

     

     

    (Au secours elle m'adore ! De Juliette Arnaud – Je bouquine n°356)

     

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  •  

    « Il a mimé l'ivresse :

     

    - Hips ! C'est chouette, un prof pompette !

     

    - Puisque tu m'y obliges, je vais mettre les points sur les i, a déclaré Sabine en se raclant la gorge. Ce matin, à sept heures, nous avons eu une réunion de crise en salle des profs. Le directeur nous a informés que l'ensemble des enseignants de l'établissement, et en particulier ceux qui figurent sur cette vidéo, sont désormais la risée de la ville. Quant à Mme Korweiler, elle est en arrêt maladie pour dépression. Elle sera absente pour trois mois au moins. A cause de vous. » (p.50)

     

     

    Tout est public sur les réseaux sociaux

     

     

    « Mais ça va beaucoup trop loin. Tout est public sur ON SHOW, et ça, c'est une affaire ultra privée. Pense à la dépression nerveuse de Mme Korweiler... » (p.65)

     

     

     

    « Eddie m'a donné un petit coup de coude. En face de nous, Ivo, notre génie universel, dormait à poings fermés, avachi sur le banc, la tête penchée en avant, la bouche légèrement ouverte. Retrouvant aussitôt la forme, Eddie a dégainé son iPod pour prendre une photo.

     

    (…)

     

    - Attends, ai-je soufflé, il manque quelque chose. (…)

     

    Je me suis tournée vers le comptoir et j'ai subtilisé, aussi discrètement que possible, deux bouteilles vides, une de vin et une de bière, que j'ai posées devant Ivo. (…)

     

    J'ai rempli un verre à pied de coca, et je l'ai installé dans la main molle qu'Ivo avait abandonnée sur la table. Trop fort ! Il a vraiment l'air d'un ivrogne qui ne comprend rien à ce qui lui arrive. » (p.93-94)

     

     

     

    « A cause de la publication de mes photos, Ivo n'allait plus en cours. Même si Eddie avait été complice de cette opération, j'en avais été l'instigatrice : c'est moi qui avait eu l'idée de mettre en scène les bouteilles de vin, c'est mon appareil qui avait pris les photos et c'est moi qui les avais postées. » (p.102)

     

     

     

     

     

    (Like me, chaque clic compte de Thomas Feibel)

     

     

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  •  

    « Ma meilleure amie, c'était Sabrina Boussaïd. Elle n'était jamais venue chez moi.

     

    J'avais l'impression d'avoir grandi chez elle.

     

    (…)

     

    Je croyais que chez Sab, c'était un peu chez moi. Que sa famille était un peu la mienne. Qu'un jour j'épouserais son grand frère Walid et qu'on serait presque sœurs.

     

    Je croyais tout ça, de toutes mes forces, mais je me racontais des histoires.

     

     

     

    On dit que la vérité finit toujours par se savoir.

     

    (…)

     

    Sauf que la vérité n'a jamais sonné à ma porte.

     

    Moi, il a fallu que j'aille la chercher, la vérité, que je me batte pour la faire éclater.

     

    La vérité, ou ce qu'il en restait, après tous ces mensonges. » (p.9-10)

     

     

    Les rumeurs de la cité

     

     

    « Il me semble que c'est l'année de mes quinze ans que tout a basculé.

     

    (…)

     

    J'allais rejoindre Sabrina en bas de son immeuble. Ce matin-là, j'ai été surprise de ne pas la voir. D 'habitude, elle était toujours là avant moi. J'ai sonné chez elle mais personne n'a répondu. J'ai quand même décidé de l'attendre.

     

    Mon sœur s'est mis à battre un peu plus vite. Depuis dix jours, je guettais quelqu'un d'autre. Dix jours aussi que je n'avais plus faim, que je passais mes journées à rêver, à me refaire le film de ce qui m'était arrivé avec Walid. Je n'avais cessé depuis de lui laisser des messages sur son répondeur, bafouillant que j'avais envie de le revoir, quémander des nouvelles sur tous les tons, tour à tour pleine d'espoir et déçue, joyeuse ou inquiète, mais certaine d'être amoureuse. C'était peine perdue. Walid n'avait jamais appelé.

     

    Je n'en avais parlé à personne. » (p.11-12)

     

     

     

    « Et puis nos regards se sont croisés. Ça m'a fait sursauter. J'ai fait semblant de ne pas voir tout le mépris que j'avais lu dans ses yeux. (…) Il a ricané. Il s'est arrêté à ma hauteur tout près de mon visage. J'ai reculé mais pas assez vite. Il s'est approché brusquement et il m'a embrassée en tenant mon menton très fort entre ses doigts. Il m'a fait mal. Je n'ai pas crié. Ce n'est pas ça que je voulais. Je l'ai repoussé. Il s'est marré, il m'a jeté un regard noir et il a dit :

     

    - Qu'est-ce que t'as ? T'as plus envie ?

     

    Je n'ai rien trouvé à répondre. J'étais plantée sur le trottoir, je me sentais bête et sale et, surtout, j'ai eu peur. Je voulais qu'il s'en aille. Il a craché à mes pieds. Et il a tourné les talons.

     

    J'ai couru jusqu'au collège.

     

    Il ne s'est rien passé, il ne s'est rien passé, il ne s'est rien passé. Rien.

     

     

     

    Toute la bande était déjà là, autour de Sabrina. Une dizaine de filles blotties les unes contre les autres, adossées contre la balustrade, juste en dessous de l'arbre où on se retrouve chaque matin. Sabrina a fait comme si elle ne me voyais pas. Et moi comme si je ne me rendais compte de rien. Mais j'ai compris qu'elle savait. » (p.12-13)

     

     

     

    « Koto a traversé la cour et il m'a prise à l'écart.

     

    - Qu'est-ce qui se passe avec Sabrina ?

     

    Il en savait déjà plus que moi et j'ai détesté ça.

     

    - De quoi tu parles ?

     

    Koto, c'est mon plus vieux copain, mon premier amoureux qui me protégeait déjà dans la cour en maternelle. (…)

     

    Koto m'a jeté un drôle de regard.

     

    - Il s'est passé quoi avec Walid ?

     

    Toute la cité devait jaser dans mon dos. J'ai tenu bon.

     

    - Je t'emmerde !

     

    Il a haussé les épaules et il m'a laissée seule, plantée au milieu de la cour. J'ai eu envie de pleurer. Il ne s'était rien passé avec Walid, enfin, pas ce qu'ils semblaient se dire, mais qui allait me croire et comment le prouver ?

     

    Je me suis approchée de Sabrina et de tout le groupe de filles.

     

    - Qu'est-ce qu'il y a ?

     

    Elles s'étaient arrêtées de parler. Elles me regardaient toutes d'un drôle d'air. C'est Hager qui a lâché le morceau, avec un air dégoûté :

     

    - T'as couché avec Walid ?

     

    - Sab, comment tu peux croire ça ?

     

    (…)

     

    Elle a hurlé :

     

    - T'es qu'une pute Aïcha, t'es qu'une sale pute !

     

    Et elle m'a craché dessus. J'avais plus le choix. « Pute », c'était la pire des humiliations. Mon arrêt de mort dans la cité. Et la cité ça comptait plus que tout. » (p.14-16)

     

     

     

    « J'en étais sûre, ce serait bientôt écrit sur les murs de l'école, tagué en noir et rouge, et gravé sur les tables, dans les classes, sur les portes des toilettes. Mon nom à côté de celui de Nafi la salope, du CPE qu'on déteste, de tous ceux dont on se moque, mon nom comme une pancarte dans le dos. » (p.21)

     

     

     

    « Mon frère, c'est une vraie racaille et tu le sais ! Mais c'est mon frère...Et toi, en face, tu comptes pour rien. Si il décide que t'es une pute, t'es une pute, et j'y peux rien !

     

    J'ai crié :

     

    - Mais c'est pas vrai ! C'est pas possible ! Tu peux pas dire un truc pareil ! Pas toi !

     

    Elle a ri.

     

    - Ben si, tu vois, c'est comme ça...

     

    - J'ai pas couché avec Walid, je l'ai juste embrassé... Une fois, une seule fois ! C'est ça, la vérité !

     

    Plus je criais, plus elle souriait.

     

    - Mais on s'en fout de la vérité, ça compte pas la vérité... Tu comprends pas ça ? » (p.51)

     

     

     

    « - Tu ne m'avais pas dit que tu l'avais jamais fait.

     

    - Si, je te l'avais dit. C'est toi qui m'as pas crue.

     

    Il s'est tu, je disais la vérité même si la vérité était plus dure à croire que toutes ses certitudes, les rumeurs de la cité, et ce qu'on dit des filles, une fois qu'elles ont fait ça. » (p.131)

     

     

     

     

     

    (On s'est juste embrassés d'Isabelle Pandazopoulos)

     

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  •  

    « Parfois, je revois ton visage ; brutalement, le souvenir me renvoie ton image, et ça fait mal, encore, Yannick. Tes yeux me regardent, au-delà de toutes ces années, pour un instant, juste un instant, jusqu'à ce que je te chasse de ma mémoire. Et chaque fois, il m'en reste un drôle de goût dans la bouche. Le goût amer que l'on a quand on sait qu'on a été lâche.

     

    Elle vient de loin, en fait, cette lâcheté. Elle a commencé bien avant nous. Puisqu'il était là depuis longtemps, Van Eyck, et qu'en entrant dans ce collège, on était prévenus. Les grands frères, les grandes sœurs nous l'avaient raconté : Van Eyck, le prof de musique, il cogne, tu verras, quand il crise, il ne se retient plus, il en attrape un, et ça fait mal. Mais de la façon dont ils le disaient, ça ne semblait pas si dangereux, on sentait une sorte d'excitation dans leur voix ; cela semblait un jeu dont, intuitivement, on comprenait les règles. » (p.7)

     

     

     

    « Il y en avait toujours un ou deux dans les classes, qui détonnaient. Parce qu'ils avaient un nom étranger, ou parce qu'à leur façon d'être, de s'habiller, de vouloir passer inaperçus, ils révélaient une faiblesse, une faille qui les désignaient de toute façon comme victimes. Ou parce qu'ils étaient roux. Van Eyck n'aimait pas les roux, c'était connu, c'était admis. » (p.8)

     

    En toute impunité

     

     

     

    « - Qu'est-ce que tu fous là, petit merdeux ? A crié Van Eyck, dérangé dans sa parade.

     

    Yannick a blêmi. Quand j'y pense, c'était peut-être là son plus lourd handicap : son visage trahissait instantanément ses émotions ; ses lèvres se pinçaient, ses yeux s'agrandissaient, son regard s'assombrissait, et cela suffisait à bouleverser ses traits, à l'affubler d'un masque tragique où se mêlaient étrangement la peur et la haine.

     

    En deux pas, Van Eyck a été sur lui. Il l'a saisi par le col de la chemise et l'a traîné jusqu'au fond de la classe en hurlant :

     

    - Tu te fous de ma gueule, ou quoi ? Tu vas voir... tu vas voir...

     

    (…)

     

    Yannick s'est redressé à moitié. Son bras plié levé devant lui, comme pour se protéger, il a bredouillé :

     

    - Mais j'ai rien fait !

     

    Van Eyck l'a regardé froidement. Et, juste comme Yannick baissait son bras, il l'a giflé, d'un revers de main. Puis, se tournant vers nous, il a éclaté de rire.

     

    Et nous, on a ri. C'était la règle. » (p.13)

     

     

     

    « Je ne peux pas raconter ce qui se passait. Quand j'y repense, ça me paraît complètement invraisemblable, et je ne comprends pas qu'on ait laissé faire, ni surtout qu'on ait participé à cette invraisemblance. » (p.14)

     

     

     

    « Après ce cours, pour la première fois, nous avons réagi. Oh, très timidement, et pas directement. C'était la période des conseils de classe. L'usage voulait que le professeur principal « prépare » le conseil avec la classe, c'est-à-dire qu'il laissait exposer pendant un quart d'heure ou une demi-heure les « problèmes ». Tout cela était très codé. On savait qu'il était délicat, ou inutile, d'évoquer les relations avec les enseignants.

     

    (…)

     

    Le professeur principal, qui était notre professeur de français, était relativement compréhensif. (…) Il a même semblé choqué quand Sophie, la déléguée de classe, a raconté prudemment, sans citer le cas de Yannick, ce qui se passait en musique. Il a demandé conformation. Chacun, alors, y est allé de son anecdote : insultes, vexations, coups sur la tête, gifles, coups de pied... tout le monde, un jour ou l'autre avait subi les colères de Van Eyck. » (p.15-16)

     

     

     

    « M. Buche, le principal, l'a interrompue aussitôt :

     

    - On ne traite pas ce genre de problèmes en conseil de classe. Vous viendrez me voir dans mon bureau...

     

    Sophie et Jean-François, l'autre délégué, sont allés , le lendemain du conseil, à la première récréation, au bâtiment de l'administration. Le principal a refusé de les recevoir. Personne n'a été surpris. On n'a pas insisté. » (p.16)

     

     

     

    « Rien n'a changé en musique. Van Eyck s'en prenait de plus en plus souvent à Yannick, de plus en plus violemment.

     

    (…)

     

    A la rentrée après les vacances, Yannick n'était pas là.

     

    (…)

     

    Yannick était mort. On ne savait pas comment. On a d'abord parlé d'un accident. Yannick serait tombé d'un lit superposé. En tombant, il se serait étranglé avec une ceinture, ou avec le cordon de sa robe de chambre.

     

    (…)

     

    Van Eyck a terminé sa carrière au collège. Mon plus jeune frère l'a eu trois ans de suite. C'était le même Van Eyck. Il paraît qu'il a été décoré des palmes académiques le jour de son départ à la retraite. » (p.17-18)

     

     

     

     

    (Jours de collèges, « Fausse note » de Bernard Friot)

     

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  • « Et soudain, je vois ce que je ne pouvais, ne voulais pas voir. Des couleurs qui me blessent. Des traces rouges, sur les bras. Des traces bleues, sur les pauvres jambes grises. L'un de ces traces laisse échapper un filet écarlate, qui goutte sur le carrelage froid. Le blanc éclatant de la chemise de corps, sous la déchirure de la blouse.

     

    Brutalement, les longs derniers mois dans cette maison défilent dans ma cervelle bouleversée. La vaillante petite machine analyse, recoupe, assemble, déduit, conclut, et me montre soudain ce que je m'obstinais à ignorer. » (p.9)

     

    Son bourreau le plus cher...

     

     

     

    « Tout s'est passé doucement, sans violence physique, d'abord, mais Maman a peu à peu privé Mamie de toutes ses activités. Pour son bien, bien sûr. Pour ne pas risquer de se brûler, il valait mieux qu'elle ne prépare plus le déjeuner, pour ne pas tomber de son fauteuil, c'était mieux de ne plus faire la poussière. Et souvent elle la trouvait trop fatiguée pour nous accompagner, quand nous sortions. Il valait mieux qu'elle reste tranquille à la maison. » (p.39)

     

     

     

    « Les petites remarques anodines dont devenues de plus en plus désobligeantes. Elle disait des choses tellement injustes, tellement méchantes, et moi, je n'intervenais pas, je ne défendais pas ma petite Mamie, si fragile, si douce. Je faisais semblant de ne pas entendre, tout au plus, j'espérais que Mamie, elle, n'entendait pas. » (p.40)

     

     

     

    « Maman se plaignait depuis longtemps de petites odeurs imaginaires. Les odeurs sont devenues réelles. Maman n'aidait désormais Mamie à sa toilette que quand ça lui chantait, c'est-à-dire le moins souvent possible. Maman oubliait, refusait de mélanger le linge de ma grand-mère au nôtre, sous prétexte qu'il sentait le pipi. Du coup, ma grand-mère portait plusieurs semaines des blouses qui fatalement prenaient une couleur douteuse. » (p.58)

     

     

     

    « Cette fois, Mamie n'essayait pas de donner le change, comme si elle avait baissé les armes. Elle avait une si petite mine, pas étonnant que l'infirmière se soit posée quelques questions.

     

    (...)

     

    Je crois que Maman, pour la première fois, a eu peur. Pour la première fois, quelqu'un de l'extérieur la mettait en garde : attention, madame, ce que vous faites peut sortir du cocon familial, on peut voir, et on peut punir ! Car on avait dû l'interroger comme moi, à la clinique, sinon pourquoi m'aurait-elle envoyée à sa place récupérer sa mère ? » (p.64-65)

     

     

     

    « Tout le temps de la convalescence, Maman a laissé Mamie tranquille.

     

    (…)

     

    Mais le jour est arrivé où Mamie a été enfin guérie, plus de rendez-vous chez le kiné, plus de radio de contrôle. Ma grand-mère était à nouveau à la merci de son bourreau le plus cher : sa fille. » (p.65)

     

     

     

    (Mamie en miettes de Florence Aubry)

     

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  • « - Quand tu as compté tes points, tu en avais plus que moi, en fait ? Mais tu ne l'as pas dit.

     

    - Excuse-moi...

     

    - Tu voulais être gentille ?

     

    ça a été facile pour toi. T'avais quelqu'un pour t'aider. Moi par contre...

     

    - Non, je...

     

    - T'as toujours été un boulet. J'aurais été mieux sans toi. »

     

     

     

    «  Elle n'a rien dit. Elle m'aidait et ses propres résultats chutaient et je lui cachais aussi la vérité. »

     

     

     

    « Pourquoi toi t'as réussi !?

     

    T'es un boulet. Casse-toi !

     

    Disparais de ma vie ! »

     

    La douleur

     

     

     

    « J'ai regardé le sang couler. Au bout d'un moment il s'est arrêté.

     

    C'était comme si le trop plein dans ma tête s'écoulait par ces plaies. »

     

     

     

    « Ressentir de la douleur, c'est la seule chose qui m'apaise.

     

    Moi qui suis incapable de comprendre la douleur des autres... 

     

    Je me demande si un jour, moi aussi je comprendrai la douleur des autres, si moi aussi je deviendrai une gentille fille. »

     

     

     

    « J'ai pas besoin d'amies.

     

    Si je ne veux pas encore blesser quelqu'un, je suis mieux toute seule, ça c'est sûr. »

     

     

     

    « Les soucis, la déprime, je les change en douleur.

     

    Quand je mets ma main dans ma poche (où se trouve le cutter), pour un temps, je me sens sauvée.

     

    Pourtant je ne veux pas mourir. Alors pourquoi je fais ça ?

     

    Pourquoi suis-je si faible ? 

     

    Dire que je me sens mieux en voyant mon sang couler... suis-je une mauvaise personne ?

     

    Je veux juste qu'on ne me déteste pas.

     

    Je peux parler de ça à personne.»

     

     

     

    (Life T.1 de Keiko Suenobu)

     

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  • "Devant David trônait la grosse Angie, la malheureuse Angélique Sotello, nouvelle venue dans la communauté. Elle appartenait au groupe  d'Antillais qui avaient été "importés" l'année précédente pour travailler dans les grands vergers du haut de la vallée et qui vivaient dans une sorte de camp gitan, mélange de caravanes et de baraquements, dans les bois, derrière la station service de Schwartz et l'ancienne barrière. La fillette parlait un anglais hésitant, elle était plus âgée et plus grande que les autres enfants, qui ne l'aimaient ni ne l'acceptaient.
    Jour après jour, elle restait craintive en son obésité, étrangère, bête et laide, avec ses yeux noirs et tristes pour seule beauté dans son visage gras et mou. dans l'ensemble, les gens de la vallée étaient hostiles aux Portoricains, et les intrus se tenaient à l'écart : les femmes ne se montraient jamais hors du campement, les hommes s'assemblaient le samedi soir, en petits groupes, sur la place de la ville." (p.44)

     

    "Un élan cauchemardesque propulsa l'esprit du petit garçon dans un univers d'où étaient exclues toutes les amabilités et toutes les convenances du quotidien, sacrifiées pour arrêter la menace envahissante. Il renonça à tous ses remparts.
    "Ce sont ses cheveux, dit-il en désignant Angie. Ils sont pleins d'araignées."
    Cette trahison le sauva. Mr. Pross fut décontenancé, il perdit l'avantage de l'assaillant, il n'avait plus rien de redoutable. Les élèves se mirent à ricaner en échangeant des regards ravis. Toujours décidé à punir, mais pris au dépourvu, Mr Pross se tourna vers la victime sacrificielle qu'on lui offrait." (p.49-50)

     

    Victime sacrificielle

     

    "La honte et la colère poussèrent presque David à suivre la fillette. Mais c'était trop demander. Il devait lui faire savoir qu'il était désolé, qu'il ne l'avait pas fait exprès, mais il ne pouvait pas, même si cela aurait été juste. Mr. Pross n'avait pas le droit d'insulter la pauvre Angie, mais c'était David lui-même qui la lui avait offerte en guise de bouc émissaire, qui l'avait présentée à la piqûre de cette guêpe nocturne.
    Il aurait pu supporter de s'exposer à la moquerie de ses camarades en la suivant s'il s'était agi de n'importe qui d'autre. Mais la saleté d'Angie le dégoûtait : son odeur, sa crasse, ses bourrelets de graisse lui répugnaient, même s'il avait honte d'être si délicat." (p.51)

     

    "Il repensait à Angie et aux méchancetés qu'il avait dites sur ses cheveux, il aurait voulu se repentir, mais il n'éprouvait guère autre chose que de la révulsion. Pourtant, Angie n'était que sale ; c'était lui qui était méchant. c'était un sale petit menteur, il l'avait affreusement blessée. Il était mauvais et Patsy, que l'incident ne dérangeait nullement, qui en riait même et qui voulait l'en récompenser, était mauvaise. Mais Mr. Pross était le pire, Mr. Pross qui aimait faire du mal aux gens, qui attendait l'occasion, qui avait poussé David à reprendre son rôle d'être malfaisant." (p.53)

     

    (Ainsi mentent les hommes, "Remords" de Kressmann Taylor)

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  • Les victimes du harcèlement scolaire

    extrait du Monde des Ados n°351 du 4 novembre 2015

    Les cibles du harcèlement scolaire

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  • "CINGLER : Frapper fort avec un objet mince et flexible.

     

    Cinglée

     

    Obéir est la seule façon de complaire aux grands. mais parfois, à force d'essayer de ne pas parler à table, de ne pas parler en général si c'est pour dire des bêtises - mais comment savoir à l'avance si on va dire une bêtise ? - Donc ne pas parler du tout.
    A force de ne pas toucher (...). Pas toucher ! Pas toucher ! On regarde avec les yeux, pas avec les mains !
    A force de ne pas courir dans la maison, ni dans la rue, de ne pas sauter partout, de ne pas mettre ses doigts dans sa bouche, de ne pas chantonner tout bas (...) de ne pas dire NON, de ne pas dire JE VEUX, de ne pas, de ne pas, de ne pas, la fureur lui vient. Elle se met à hurler, à pleurer en se jetant par terre.
    (...)
    Elle se recroqueville sur son ventre et halète et hurle pour pousser hors d'elle quelque chose d'énorme, mais quoi ? Alors la mère arrive avec un torchon passé sous l'eau froide et l'en cingle jusqu'à ce qu'elle se taise. La petite fille est cinglée. tais-toi parce que tu es cinglée ! Tais-toi ou tu seras cinglée ! Plus tard le torchon ne sera plus nécessaire pour la faire taire, elle apprendra à se cingler elle-même, sans faire de bruit." (p.47-48)

    (La petite cinglée de Janine Teisson)

     

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