•  

    « J'explique : Pacifia est une petite ville abrutie avec un seul vrai lycée, où tout le monde connaît les histoires de tout le monde et où les rumeurs ne s'arrêtent jamais à moins qu'un autre ado soit assez taré pour faire un truc qui fera une meilleure histoire à colporter. Mais mon histoire à moi avait l'honneur de tenir la vedette depuis plus de deux ans. Il faut dire qu'un mec de terminale surpris le pantalon baissé sur une fille de quatrième, par le père de la fille (…) était assez difficile à concurrencer. L'histoire s'était répandue dans les couloirs, les vestiaires, les fêtes et le fond des salles de classe dès que Tommy avait débarqué au lycée le lendemain matin. Sur le coup, il s'était empressé de fournir tous les détails à ses copains, même s'il savait que mon frère Darren lui mettrait une raclée. (Ce qui fut le cas.) Le temps que j'intègre Terra Nova pour ma troisième, le lycée entier pensait avoir appris tout ce qu'il y avait à savoir sur Deanna Lambert. Chaque fois que quelqu'un voyait ma tête, je savais à quoi il pensait. Je le savais parce que, chaque fois que je me regardais dans la glace, j'y pensais moi aussi. » (p.15-16)

     

     

     

    « Plus tard, quand il eut raconté à tout le monde que mon père nous avait découverts, Tommy ne me parut plus aussi sympa ni solide ni nonchalant, il n'avait plus l'air que d'un paumé dégoûtant et je compris pourquoi il n'intéressait pas les filles du lycée. Même Melony, dont le porte-clés proclamait « Vierge à 99% » me laissa tomber quand ça se sut. Il me fallut un moment pour comprendre pourquoi Melony se préoccupait de réputation, jusqu'à ce que j'entende l'histoire que Tommy avait racontée à tout le monde. Il en avait fait une blague. Il m'avait transformée, moi, en blague. » (p.112)

     

     

    Les rumeurs ne s'arrêtent jamais

     

     

    « C'est à la fois triste et drôle à quel point les souvenirs de deux personnes à propos de la même chose peuvent être différents. C'était ça le problème en fait, que cette chose se soit produite entre nous, et que pour Tommy ce soit une chose et pour moi une autre, et une fois que mon père s'en est mêlé c'était devenu encore autre chose. Trois personnes sur les lieux du crime, chacune avec une histoire différente. Ajoutez à cela l'ensemble des jurés, à savoir le lycée Terra Nova, et qui sut jamais ce qu'il s'était réellement passé? » (p.144)

     

     

     

    « Jason s'assit à côté de moi.

     

    - C'est des sales cons, dit-il. Oublie-les.

     

    - Il m'a empoignée. Je ne suis pas un bien public.

     

    - Des sales cons, je te dis.

     

    Je n'arrivais pas à croire que je pleurais encore. (...)

     

    La main de Bruce entre mes jambes, sous les yeux d'un tas d'inconnus, et pire, devant Jason – ça proclamait publiquement : Deanna Lambert, tu n'es qu'un cul de pétasse. Mes larmes coulèrent de plus belle.

     

    (...)

     

    - Tu n'es pas ce que dit Tommy. Ni ce que disent Bruce et Tucker. Ni ce que dis ton père. » (p.160-161)

     

     

     

    (Une fille comme ça de Sara Zarr)

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    « Chemin faisant, j'aperçus un groupe d'une dizaine de garçons qui en cernaient un autre, plus petit, qu'ils brimaient. Je n'en connaissais aucun.

    - Tiens, petit lâche, prends ça ! Dit le plus grand en lui donnant quelques coups de pieds. Ça t'apprendra à te sauver.

    - Bien sûr, on voulait te causer gentiment un peu, voilà tout, enchaînait un autre.

     

    Tous éclatèrent de rire.

    Témoin de harcèlement

     

    J'étais outré, mais trop petit pour intervenir. Je sentais bien que la haine débordait de ces garçons, qu'ils cherchaient à l'écouler, et qu'ils n'auraient pas demandé mieux si une intervention de ma part leur avait permis de s'acharner sur moi. 

    - Mais qu'est-ce qu'il a fait ? Demandai-je.

    - Il a une sale gueule, ça ne suffit pas, non ? » (p.53-54)

     

     

     

    (La cicatrice de Bruce Lowery)

     

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    « Et Le Vigan lui a lancé un coup de pied dans les côtes.

     

    C'était la première fois que j'étais confrontée à la violence physique. je devais en voir beaucoup dans les années qui allaient venir, mais cette scène est restée pour moi la plus choquante.

    Contraste malsain

     

    Pas seulement parce qu'elle était la première du genre ou parce que c'était ma mère qui en était victime, non, mais parce qu'elle mettait en scène des gens bien habillés, bien éduqués, au milieu de meubles anciens et d'élégants bibelots. Et ce contraste avait quelque chose d'incroyablement brutal et de profondément malsain. » (p.105)

     

     

     

    (Macha ou l'évasion de Jérôme Leroy)

     

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    « - Vous parlez de « flaming », depuis tout à l'heure... c'est quoi au juste ?

     

    - En gros, c'est un lynchage en ligne !

     

    - ça commence par une provocation postée sur internet suivie d'une avalanche incontrôlable de critiques !

     

    - Pour faire simple, quelqu'un fait une remarque déplacée sur Twitter ou sur un blog. On découvre où il habite grâce à sa page perso ou professionnelle. Une fois son adresse dévoilée, certains prennent des photos de sa maison ou de son appartement et les diffusent en ligne. La boîte où il travaille est harcelée de coups de fil, voire même boycottée. C'est devenu la procédure habituelle ! » (p.43-44)

     

    Flaming = lynchage en ligne

     

    « Ce que je hais le plus au monde, ce sont ces choses qui tentent de vous arracher cette dignité !

     

    Elles se trouvent dans chaque recoin de notre société. Ça peut être le regard des gens dans la rue, dans les conversations entendues dans les couloirs de votre entreprise, dans les retenues dont vous ne savez pas trop à quoi elles correspondent, sur votre bulletin de paie, dans l'attitude des policiers qui vous prennent de haut lors d'un contrôle... » (p.120)

     

     

     

    (Prophecy 01 de Tetsuya Tsutsui)

     

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    « En dépit des prévisions rassurantes de mes parents, les élèves ne changèrent pas d'attitude à mon égard. Ils me montraient toujours une figure plus ou moins maussade. Les démonstrations d'hostilité étaient rarement flagrantes, les attaques rarement directes. Mais il persistait chez eux je ne sais quel refus obstiné de m'admettre. Les allusions à ma lèvre, à ma maigreur, étaient très fréquentes. » (p.25)

     

     

    Hostilité compacte

     

     

    « Chose curieuse, cet unanime accord contre nous autres, les exclus, consolidait « leur » unité, « leur » coopération. Se chamaillaient-ils entre eux ? Il suffisait que leur regard tombât sur l'un de nous et immédiatement ils étaient réconciliés. Aucun sujet de discorde ne tenait devant l'hostilité compacte qui cimentait leurs alliances. Nous servions de prétexte à tout dégorgement de haine, de cible à tout excès de méchanceté. » (p.28-29)

     

     

     

    « Tous les jours, même aux instants où je n'étais pas leur cible, je gardais l'impression physique de cette hostilité oppressante, irrespirable, comme dans une cage. » (p.118)

     

     

     

    (La cicatrice de Bruce Lowery)

     

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    « Au foyer il fallait manger de tout et ne pas vomir sinon on nous faisait remanger ce que nous venions de rendre. Quand on allait aux toilettes pendant les heures de repas il ne fallait pas tirer la chasse d'eau pour que les surveillantes voient si on n'avait pas craché ce que l'on n'aimait pas.

     

    Si on faisait pipi au lit on ne nous changeait pas les draps. Si on salissait une culotte on devait faire le tour de tous les dortoirs avec la culotte sur la tête. » (p.13)

      

    Maltraitance au foyer

     

    « L'éducatrice et l'éducateur du foyer nous appelaient par un numéro. Moi mon numéro c'était 624.

     

    La directrice n'acceptait pas les remarques. Pour elle les enfants n'avaient pas le droit à la parole. Elle disait que de toute façon elle avait tous les droits sur nous. En écrivant page après page je pense à tous les enfants qui étaient avec moi, qui liront peut-être plus tard ce qu'était la vie au foyer et le courage qu'il a fallu pour nous en sortir. » (p.18)

     

     

     

    (La petite fille numéro 624 de Colette Ter et Didier Williame)

     

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    Faire croire n'importe quoi

    « Les sectes sont vachement nombreuses. C'est dingue ce qu'il y a de gens à la recherche d'idéaux et de raisons de vivre. Beaucoup aussi sont naïfs ou fragiles... Pour les attirer, les sectes les manipulent, leur bourrent le crâne. Il y a des techniques pour, et même du matériel, par exemple des électromètres. (...) Des appareils qu'on appelait dans le temps "détecteurs de mensonges". Grâce à eux, les sectes font semblant de psychanalyser leurs adeptes, de trouver ce qui ne va pas dans leur tête. Tu comprends : quand on aborde des sujets sensibles, le cerveau réagit, l'électromètre aussi, les aiguilles bougent. A partir de là, on peut faire croire n'importe quoi." (p.33)

     

     

     

    (L'année du diable de Bertrand Solet)

     

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    « Je pense à ce qui s'est passé ces derniers jours. C'est à cause de Marina si je suis partie. On était amies depuis le CM1, on dessinait des bandes dessinées, on jouait des pièces de théâtre ensemble. On avait inventé notre propre langue. Les autres se moquaient de nous, mais on s'en fichait parce qu'on était deux. Le reste du monde ne pouvait rien contre nous.

     

    Tout a changé à cause de la troisième B.

     

    (…)

     

    Marina a commencé à porter des vêtements plus branchés et à écouter d'autres styles de musique. Ses jeans sont devenus plus moulants, elle s'est mise à faire ses achats dans des boutiques de fringues de marque, et elle a troqué sa vieille besace couverte d'écussons de groupes de folk contre un sac en cuir avec des coutures dorées qu'elle tient dans le creux de son bras. Elle n'avait plus envie d'écouter de la musique ou d'aller au cinéma avec moi, elle préférait parler de garçons, faire du shopping et lire des magazines idiots avec ses nouvelles copines. Elle critiquait tout ce que je faisais, la musique que j'écoutais, ma coiffure approximative, mes vêtements.

     

    Elle me renvoyait au visage le fait que mes goûts n'étaient pas du tout en phase avec ceux des autres élèves. Quand elle s'est mise à se moquer de moi, j'ai compris que quelque chose d'important s'était brisé. Elle n'était plus seulement amie avec les autres filles : elle était devenue une autre fille. Elle était devenue ce qu'on avait toujours détesté. » (p.13-15)

    Trahison

     

     

     

    « Jusqu'à présent, ni l'une ni l'autre n'était devenue un souffre-douleur parce qu'à deux, on se soutenait. Maintenant qu'elle était passée de l'autre côté, Marina devenait le bourreau absolu, car elle devait faire ses preuves. Elle était plus cruelle que les filles cruelles, plus intolérante et plus insensible. Et moi j'étais la victime idéale. » (p.15)

     

     

     

    « Parfois, on veut faire plaisir à ses parents, ou bien faire comme tout le monde. Et on se laisse enfermer dans une vie qui ne nous ressemble pas. » (p.71)

     

     

     

    « - Ce n'est pas en restant enfermée ici que tu vas résoudre les choses.

     

    (…)

     

    - Ah mais je n'avais pas l'intention de résoudre quoi que ce soit. Je voulais juste partir. (…)

     

    Je sais bien que tu as raison. Mais ici je suis loin des idiots du collège.

     

    - Mais les idiots du collège seront toujours idiots quand tu sortiras. En restant ici, tu les laisses gagner, c'est tout. » (p.94)

     

     

     

    (Ma fugue chez moi de Coline Pierré)

     

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    « Demain c'est la rentrée, et pour Damien, c'est l'enfer. Il sait qu'au Collège il va retrouver Marilou. Il l'aime, il serait prêt à tout pour elle ! Et c'est bien le problème, car Marilou a toujours des "Même pas cap" à lui lancer, comme ça, pour le fun... » (résumé en quatrième de couverture)

     

    Décérébré

     

    « Chacun a commencé à s'installer sans faire attention aux autres et j'en ai profité pour déposer le plus discrètement possible la punaise au centre de la chaise du prof, pointe vers le haut.

     

    Puis, j'ai regagné ma place l'air de rien.

     

    Tandis que je déballais mes affaires, j'ai vu que Marilou me dévisageait avec son regard interrogateur.

     

    J'ai cligné de l’œil pour toute réponse, signe évident qu'une fois de plus je venais de me plier à sa volonté. »

     

     

     

    « - Je parie que t'es même pas cap de traverser !

     

    J'avais le cerveau anesthésié. Je ressemblais à un légume. Je me suis avancé vers la rambarde métallique d'un pas de zombie. Dans un même élan, Wallid et Nicolas se sont dressés en travers de ma route. Mais, tel le robot décérébré que j'étais devenu, je les ai écartés et j'ai foncé sur l'autoroute. » (p.28)

     

     

     

    « Et quand le pare-chocs m'a heurté de plein fouet, j'ai compris que, cette fois-ci, le jeu était allé beaucoup trop loin. » (p.29)

     

     

     

    (Même pas cap ! de Jean-Luc Luciani)

     

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    « Marie-Charlotte, je l'ai rencontrée un lundi midi à la cantine du collège.

     

    (…)

     

    Malgré l'humeur, la fatigue et ma faim, quand ça commence à s'agiter à la table en face, une table de sixièmes, je jette un coup d'oeil. Juste comme ça. (…)

     

    J'entends des ricanements, des chaises qui se poussent trop vite et raclent le sol bruyamment, et je vois que tous à la table, les gars, les filles, tous empêchent une fille, une sixième vu sa taille, de s'asseoir aux places vides. Et les mains vissées aux lanières de son cartable, avec son gros petit corps, la fille s'entête, on dirait qu'elle ne comprend pas.

     

    Des trucs comme ça, ça arrive tout le temps. Normalement, le ou la sixième finit par abandonner, ne vient plus à la cantine ou trouve une table où vont les comme lui ou elle, et on passe à autre chose. » (p.8-9)

     

     

    Du mauvais côté de sa carapace

     

     

    « Elle est venue vers moi, vers la chaise réservée à mes Nike, et elle a dit :

     

    - Pardon mais est-ce que s'il vous plaît je peux m'asseoir là ?

     

    (…)

     

    J'ai pensé à Amine, mon frère aîné qui est en prison et qui, dans les lettres qu'il écrit à ma mère, parle de sa solitude, et j'ai enlevé mes Nike de la chaise.

     

    Ensuite j'ai demandé son prénom à la fille.

     

    - Marie-Charlotte ??? En plus ?

     

    C'est tout ce que j'ai trouvé à lui dire.

     

    Un moment, j'ai eu peur qu'elle me réponde du tac au tac : En plus ? En plus de quoi ? En plus d'être moche ? En plus d'être grosse ? En plus d'être rousse ?

     

    (…)

     

    Mais elle a pas tiqué, elle n'a rien répondu du tout. Elle est restée muette, assise tout au bord de sa chaise à cause de son énorme cartable qu'elle avait laissé dans son dos. Elle gardait son manteau boutonné jusqu'au menton et je me suis demandé, pour la première fois, si elle faisait pas exprès d'être aussi débile. » (p.9-10)

     

     

     

    « Quelques semaines après ma rencontre avec la mère de Marie-Charlotte, je traverse le collège pour aller à mon cours de français, je suis en train de me dire que j'ai déjà faim quand j'ai l'oeil attiré par un attroupement : des élèves regardent quelque chose que je ne vois pas tout de suite, quelque chose que je ne comprends pas tout de suite même en m'approchant.

     

    C'est le cartable que je reconnais d'abord, cet affreux cartable trop lourd et qui d'ailleurs l'empêche de se relever du sol, parce que Marie-Charlotte est à quatre pattes.

     

    Le cartable s'est ouvert, des livres, des stylos se sont barrés. Je ne vois pas son visage, mais ce sont bien ses cheveux rouges. J'ai le temps de penser que sa mère a les mêmes. Et puis j'entends un abruti de sixième rire et je le vois l'empêcher de se relever quand elle essaye. Personne ne l'aide. Elle ressemble à une tortue tombée du mauvais côté de sa carapace et moi je n'arrive pas à faire un mouvement. Un autre abruti se penche sur elle, il fait une grimace en la reniflant, il dit que c'est vrai que les roux puent. Je ne vois toujours pas le visage de Marie-Charlotte mais je l'imagine très blanc, avec les taches de rousseur phosphorescentes presque, en panique. Certains élèves autour se marrent, d'autres se tirent, je crois, je ne suis pas sûr, en tout cas il n'y a toujours personne pour l'aider, pas plus moi qu'un(e) autre.

     

    Et puis elle essaye de se relever encore une fois et là, je vois le visage de Marie-Charlotte, et je sais qu'elle me voit, moi.

     

    Et que même si elle ne parle pas, elle m'appelle au secours.

     

    Alors, c'est comme un vent violent et chaud qui se lève dans moi, en une foulée je suis près d'elle et je la relève. » (p.33-34)

     

     

     

    (Au secours elle m'adore ! De Juliette Arnaud – Je bouquine n°356)

     

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