•  

    « Ma meilleure amie, c'était Sabrina Boussaïd. Elle n'était jamais venue chez moi.

     

    J'avais l'impression d'avoir grandi chez elle.

     

    (…)

     

    Je croyais que chez Sab, c'était un peu chez moi. Que sa famille était un peu la mienne. Qu'un jour j'épouserais son grand frère Walid et qu'on serait presque sœurs.

     

    Je croyais tout ça, de toutes mes forces, mais je me racontais des histoires.

     

     

     

    On dit que la vérité finit toujours par se savoir.

     

    (…)

     

    Sauf que la vérité n'a jamais sonné à ma porte.

     

    Moi, il a fallu que j'aille la chercher, la vérité, que je me batte pour la faire éclater.

     

    La vérité, ou ce qu'il en restait, après tous ces mensonges. » (p.9-10)

     

     

    Les rumeurs de la cité

     

     

    « Il me semble que c'est l'année de mes quinze ans que tout a basculé.

     

    (…)

     

    J'allais rejoindre Sabrina en bas de son immeuble. Ce matin-là, j'ai été surprise de ne pas la voir. D 'habitude, elle était toujours là avant moi. J'ai sonné chez elle mais personne n'a répondu. J'ai quand même décidé de l'attendre.

     

    Mon sœur s'est mis à battre un peu plus vite. Depuis dix jours, je guettais quelqu'un d'autre. Dix jours aussi que je n'avais plus faim, que je passais mes journées à rêver, à me refaire le film de ce qui m'était arrivé avec Walid. Je n'avais cessé depuis de lui laisser des messages sur son répondeur, bafouillant que j'avais envie de le revoir, quémander des nouvelles sur tous les tons, tour à tour pleine d'espoir et déçue, joyeuse ou inquiète, mais certaine d'être amoureuse. C'était peine perdue. Walid n'avait jamais appelé.

     

    Je n'en avais parlé à personne. » (p.11-12)

     

     

     

    « Et puis nos regards se sont croisés. Ça m'a fait sursauter. J'ai fait semblant de ne pas voir tout le mépris que j'avais lu dans ses yeux. (…) Il a ricané. Il s'est arrêté à ma hauteur tout près de mon visage. J'ai reculé mais pas assez vite. Il s'est approché brusquement et il m'a embrassée en tenant mon menton très fort entre ses doigts. Il m'a fait mal. Je n'ai pas crié. Ce n'est pas ça que je voulais. Je l'ai repoussé. Il s'est marré, il m'a jeté un regard noir et il a dit :

     

    - Qu'est-ce que t'as ? T'as plus envie ?

     

    Je n'ai rien trouvé à répondre. J'étais plantée sur le trottoir, je me sentais bête et sale et, surtout, j'ai eu peur. Je voulais qu'il s'en aille. Il a craché à mes pieds. Et il a tourné les talons.

     

    J'ai couru jusqu'au collège.

     

    Il ne s'est rien passé, il ne s'est rien passé, il ne s'est rien passé. Rien.

     

     

     

    Toute la bande était déjà là, autour de Sabrina. Une dizaine de filles blotties les unes contre les autres, adossées contre la balustrade, juste en dessous de l'arbre où on se retrouve chaque matin. Sabrina a fait comme si elle ne me voyais pas. Et moi comme si je ne me rendais compte de rien. Mais j'ai compris qu'elle savait. » (p.12-13)

     

     

     

    « Koto a traversé la cour et il m'a prise à l'écart.

     

    - Qu'est-ce qui se passe avec Sabrina ?

     

    Il en savait déjà plus que moi et j'ai détesté ça.

     

    - De quoi tu parles ?

     

    Koto, c'est mon plus vieux copain, mon premier amoureux qui me protégeait déjà dans la cour en maternelle. (…)

     

    Koto m'a jeté un drôle de regard.

     

    - Il s'est passé quoi avec Walid ?

     

    Toute la cité devait jaser dans mon dos. J'ai tenu bon.

     

    - Je t'emmerde !

     

    Il a haussé les épaules et il m'a laissée seule, plantée au milieu de la cour. J'ai eu envie de pleurer. Il ne s'était rien passé avec Walid, enfin, pas ce qu'ils semblaient se dire, mais qui allait me croire et comment le prouver ?

     

    Je me suis approchée de Sabrina et de tout le groupe de filles.

     

    - Qu'est-ce qu'il y a ?

     

    Elles s'étaient arrêtées de parler. Elles me regardaient toutes d'un drôle d'air. C'est Hager qui a lâché le morceau, avec un air dégoûté :

     

    - T'as couché avec Walid ?

     

    - Sab, comment tu peux croire ça ?

     

    (…)

     

    Elle a hurlé :

     

    - T'es qu'une pute Aïcha, t'es qu'une sale pute !

     

    Et elle m'a craché dessus. J'avais plus le choix. « Pute », c'était la pire des humiliations. Mon arrêt de mort dans la cité. Et la cité ça comptait plus que tout. » (p.14-16)

     

     

     

    « J'en étais sûre, ce serait bientôt écrit sur les murs de l'école, tagué en noir et rouge, et gravé sur les tables, dans les classes, sur les portes des toilettes. Mon nom à côté de celui de Nafi la salope, du CPE qu'on déteste, de tous ceux dont on se moque, mon nom comme une pancarte dans le dos. » (p.21)

     

     

     

    « Mon frère, c'est une vraie racaille et tu le sais ! Mais c'est mon frère...Et toi, en face, tu comptes pour rien. Si il décide que t'es une pute, t'es une pute, et j'y peux rien !

     

    J'ai crié :

     

    - Mais c'est pas vrai ! C'est pas possible ! Tu peux pas dire un truc pareil ! Pas toi !

     

    Elle a ri.

     

    - Ben si, tu vois, c'est comme ça...

     

    - J'ai pas couché avec Walid, je l'ai juste embrassé... Une fois, une seule fois ! C'est ça, la vérité !

     

    Plus je criais, plus elle souriait.

     

    - Mais on s'en fout de la vérité, ça compte pas la vérité... Tu comprends pas ça ? » (p.51)

     

     

     

    « - Tu ne m'avais pas dit que tu l'avais jamais fait.

     

    - Si, je te l'avais dit. C'est toi qui m'as pas crue.

     

    Il s'est tu, je disais la vérité même si la vérité était plus dure à croire que toutes ses certitudes, les rumeurs de la cité, et ce qu'on dit des filles, une fois qu'elles ont fait ça. » (p.131)

     

     

     

     

     

    (On s'est juste embrassés d'Isabelle Pandazopoulos)

     

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  •  

    « Parfois, je revois ton visage ; brutalement, le souvenir me renvoie ton image, et ça fait mal, encore, Yannick. Tes yeux me regardent, au-delà de toutes ces années, pour un instant, juste un instant, jusqu'à ce que je te chasse de ma mémoire. Et chaque fois, il m'en reste un drôle de goût dans la bouche. Le goût amer que l'on a quand on sait qu'on a été lâche.

     

    Elle vient de loin, en fait, cette lâcheté. Elle a commencé bien avant nous. Puisqu'il était là depuis longtemps, Van Eyck, et qu'en entrant dans ce collège, on était prévenus. Les grands frères, les grandes sœurs nous l'avaient raconté : Van Eyck, le prof de musique, il cogne, tu verras, quand il crise, il ne se retient plus, il en attrape un, et ça fait mal. Mais de la façon dont ils le disaient, ça ne semblait pas si dangereux, on sentait une sorte d'excitation dans leur voix ; cela semblait un jeu dont, intuitivement, on comprenait les règles. » (p.7)

     

     

     

    « Il y en avait toujours un ou deux dans les classes, qui détonnaient. Parce qu'ils avaient un nom étranger, ou parce qu'à leur façon d'être, de s'habiller, de vouloir passer inaperçus, ils révélaient une faiblesse, une faille qui les désignaient de toute façon comme victimes. Ou parce qu'ils étaient roux. Van Eyck n'aimait pas les roux, c'était connu, c'était admis. » (p.8)

     

    En toute impunité

     

     

     

    « - Qu'est-ce que tu fous là, petit merdeux ? A crié Van Eyck, dérangé dans sa parade.

     

    Yannick a blêmi. Quand j'y pense, c'était peut-être là son plus lourd handicap : son visage trahissait instantanément ses émotions ; ses lèvres se pinçaient, ses yeux s'agrandissaient, son regard s'assombrissait, et cela suffisait à bouleverser ses traits, à l'affubler d'un masque tragique où se mêlaient étrangement la peur et la haine.

     

    En deux pas, Van Eyck a été sur lui. Il l'a saisi par le col de la chemise et l'a traîné jusqu'au fond de la classe en hurlant :

     

    - Tu te fous de ma gueule, ou quoi ? Tu vas voir... tu vas voir...

     

    (…)

     

    Yannick s'est redressé à moitié. Son bras plié levé devant lui, comme pour se protéger, il a bredouillé :

     

    - Mais j'ai rien fait !

     

    Van Eyck l'a regardé froidement. Et, juste comme Yannick baissait son bras, il l'a giflé, d'un revers de main. Puis, se tournant vers nous, il a éclaté de rire.

     

    Et nous, on a ri. C'était la règle. » (p.13)

     

     

     

    « Je ne peux pas raconter ce qui se passait. Quand j'y repense, ça me paraît complètement invraisemblable, et je ne comprends pas qu'on ait laissé faire, ni surtout qu'on ait participé à cette invraisemblance. » (p.14)

     

     

     

    « Après ce cours, pour la première fois, nous avons réagi. Oh, très timidement, et pas directement. C'était la période des conseils de classe. L'usage voulait que le professeur principal « prépare » le conseil avec la classe, c'est-à-dire qu'il laissait exposer pendant un quart d'heure ou une demi-heure les « problèmes ». Tout cela était très codé. On savait qu'il était délicat, ou inutile, d'évoquer les relations avec les enseignants.

     

    (…)

     

    Le professeur principal, qui était notre professeur de français, était relativement compréhensif. (…) Il a même semblé choqué quand Sophie, la déléguée de classe, a raconté prudemment, sans citer le cas de Yannick, ce qui se passait en musique. Il a demandé conformation. Chacun, alors, y est allé de son anecdote : insultes, vexations, coups sur la tête, gifles, coups de pied... tout le monde, un jour ou l'autre avait subi les colères de Van Eyck. » (p.15-16)

     

     

     

    « M. Buche, le principal, l'a interrompue aussitôt :

     

    - On ne traite pas ce genre de problèmes en conseil de classe. Vous viendrez me voir dans mon bureau...

     

    Sophie et Jean-François, l'autre délégué, sont allés , le lendemain du conseil, à la première récréation, au bâtiment de l'administration. Le principal a refusé de les recevoir. Personne n'a été surpris. On n'a pas insisté. » (p.16)

     

     

     

    « Rien n'a changé en musique. Van Eyck s'en prenait de plus en plus souvent à Yannick, de plus en plus violemment.

     

    (…)

     

    A la rentrée après les vacances, Yannick n'était pas là.

     

    (…)

     

    Yannick était mort. On ne savait pas comment. On a d'abord parlé d'un accident. Yannick serait tombé d'un lit superposé. En tombant, il se serait étranglé avec une ceinture, ou avec le cordon de sa robe de chambre.

     

    (…)

     

    Van Eyck a terminé sa carrière au collège. Mon plus jeune frère l'a eu trois ans de suite. C'était le même Van Eyck. Il paraît qu'il a été décoré des palmes académiques le jour de son départ à la retraite. » (p.17-18)

     

     

     

     

    (Jours de collèges, « Fausse note » de Bernard Friot)

     

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  • « Et soudain, je vois ce que je ne pouvais, ne voulais pas voir. Des couleurs qui me blessent. Des traces rouges, sur les bras. Des traces bleues, sur les pauvres jambes grises. L'un de ces traces laisse échapper un filet écarlate, qui goutte sur le carrelage froid. Le blanc éclatant de la chemise de corps, sous la déchirure de la blouse.

     

    Brutalement, les longs derniers mois dans cette maison défilent dans ma cervelle bouleversée. La vaillante petite machine analyse, recoupe, assemble, déduit, conclut, et me montre soudain ce que je m'obstinais à ignorer. » (p.9)

     

    Son bourreau le plus cher...

     

     

     

    « Tout s'est passé doucement, sans violence physique, d'abord, mais Maman a peu à peu privé Mamie de toutes ses activités. Pour son bien, bien sûr. Pour ne pas risquer de se brûler, il valait mieux qu'elle ne prépare plus le déjeuner, pour ne pas tomber de son fauteuil, c'était mieux de ne plus faire la poussière. Et souvent elle la trouvait trop fatiguée pour nous accompagner, quand nous sortions. Il valait mieux qu'elle reste tranquille à la maison. » (p.39)

     

     

     

    « Les petites remarques anodines dont devenues de plus en plus désobligeantes. Elle disait des choses tellement injustes, tellement méchantes, et moi, je n'intervenais pas, je ne défendais pas ma petite Mamie, si fragile, si douce. Je faisais semblant de ne pas entendre, tout au plus, j'espérais que Mamie, elle, n'entendait pas. » (p.40)

     

     

     

    « Maman se plaignait depuis longtemps de petites odeurs imaginaires. Les odeurs sont devenues réelles. Maman n'aidait désormais Mamie à sa toilette que quand ça lui chantait, c'est-à-dire le moins souvent possible. Maman oubliait, refusait de mélanger le linge de ma grand-mère au nôtre, sous prétexte qu'il sentait le pipi. Du coup, ma grand-mère portait plusieurs semaines des blouses qui fatalement prenaient une couleur douteuse. » (p.58)

     

     

     

    « Cette fois, Mamie n'essayait pas de donner le change, comme si elle avait baissé les armes. Elle avait une si petite mine, pas étonnant que l'infirmière se soit posée quelques questions.

     

    (...)

     

    Je crois que Maman, pour la première fois, a eu peur. Pour la première fois, quelqu'un de l'extérieur la mettait en garde : attention, madame, ce que vous faites peut sortir du cocon familial, on peut voir, et on peut punir ! Car on avait dû l'interroger comme moi, à la clinique, sinon pourquoi m'aurait-elle envoyée à sa place récupérer sa mère ? » (p.64-65)

     

     

     

    « Tout le temps de la convalescence, Maman a laissé Mamie tranquille.

     

    (…)

     

    Mais le jour est arrivé où Mamie a été enfin guérie, plus de rendez-vous chez le kiné, plus de radio de contrôle. Ma grand-mère était à nouveau à la merci de son bourreau le plus cher : sa fille. » (p.65)

     

     

     

    (Mamie en miettes de Florence Aubry)

     

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  • « - Quand tu as compté tes points, tu en avais plus que moi, en fait ? Mais tu ne l'as pas dit.

     

    - Excuse-moi...

     

    - Tu voulais être gentille ?

     

    ça a été facile pour toi. T'avais quelqu'un pour t'aider. Moi par contre...

     

    - Non, je...

     

    - T'as toujours été un boulet. J'aurais été mieux sans toi. »

     

     

     

    «  Elle n'a rien dit. Elle m'aidait et ses propres résultats chutaient et je lui cachais aussi la vérité. »

     

     

     

    « Pourquoi toi t'as réussi !?

     

    T'es un boulet. Casse-toi !

     

    Disparais de ma vie ! »

     

    La douleur

     

     

     

    « J'ai regardé le sang couler. Au bout d'un moment il s'est arrêté.

     

    C'était comme si le trop plein dans ma tête s'écoulait par ces plaies. »

     

     

     

    « Ressentir de la douleur, c'est la seule chose qui m'apaise.

     

    Moi qui suis incapable de comprendre la douleur des autres... 

     

    Je me demande si un jour, moi aussi je comprendrai la douleur des autres, si moi aussi je deviendrai une gentille fille. »

     

     

     

    « J'ai pas besoin d'amies.

     

    Si je ne veux pas encore blesser quelqu'un, je suis mieux toute seule, ça c'est sûr. »

     

     

     

    « Les soucis, la déprime, je les change en douleur.

     

    Quand je mets ma main dans ma poche (où se trouve le cutter), pour un temps, je me sens sauvée.

     

    Pourtant je ne veux pas mourir. Alors pourquoi je fais ça ?

     

    Pourquoi suis-je si faible ? 

     

    Dire que je me sens mieux en voyant mon sang couler... suis-je une mauvaise personne ?

     

    Je veux juste qu'on ne me déteste pas.

     

    Je peux parler de ça à personne.»

     

     

     

    (Life T.1 de Keiko Suenobu)

     

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  • "Devant David trônait la grosse Angie, la malheureuse Angélique Sotello, nouvelle venue dans la communauté. Elle appartenait au groupe  d'Antillais qui avaient été "importés" l'année précédente pour travailler dans les grands vergers du haut de la vallée et qui vivaient dans une sorte de camp gitan, mélange de caravanes et de baraquements, dans les bois, derrière la station service de Schwartz et l'ancienne barrière. La fillette parlait un anglais hésitant, elle était plus âgée et plus grande que les autres enfants, qui ne l'aimaient ni ne l'acceptaient.
    Jour après jour, elle restait craintive en son obésité, étrangère, bête et laide, avec ses yeux noirs et tristes pour seule beauté dans son visage gras et mou. dans l'ensemble, les gens de la vallée étaient hostiles aux Portoricains, et les intrus se tenaient à l'écart : les femmes ne se montraient jamais hors du campement, les hommes s'assemblaient le samedi soir, en petits groupes, sur la place de la ville." (p.44)

     

    "Un élan cauchemardesque propulsa l'esprit du petit garçon dans un univers d'où étaient exclues toutes les amabilités et toutes les convenances du quotidien, sacrifiées pour arrêter la menace envahissante. Il renonça à tous ses remparts.
    "Ce sont ses cheveux, dit-il en désignant Angie. Ils sont pleins d'araignées."
    Cette trahison le sauva. Mr. Pross fut décontenancé, il perdit l'avantage de l'assaillant, il n'avait plus rien de redoutable. Les élèves se mirent à ricaner en échangeant des regards ravis. Toujours décidé à punir, mais pris au dépourvu, Mr Pross se tourna vers la victime sacrificielle qu'on lui offrait." (p.49-50)

     

    Victime sacrificielle

     

    "La honte et la colère poussèrent presque David à suivre la fillette. Mais c'était trop demander. Il devait lui faire savoir qu'il était désolé, qu'il ne l'avait pas fait exprès, mais il ne pouvait pas, même si cela aurait été juste. Mr. Pross n'avait pas le droit d'insulter la pauvre Angie, mais c'était David lui-même qui la lui avait offerte en guise de bouc émissaire, qui l'avait présentée à la piqûre de cette guêpe nocturne.
    Il aurait pu supporter de s'exposer à la moquerie de ses camarades en la suivant s'il s'était agi de n'importe qui d'autre. Mais la saleté d'Angie le dégoûtait : son odeur, sa crasse, ses bourrelets de graisse lui répugnaient, même s'il avait honte d'être si délicat." (p.51)

     

    "Il repensait à Angie et aux méchancetés qu'il avait dites sur ses cheveux, il aurait voulu se repentir, mais il n'éprouvait guère autre chose que de la révulsion. Pourtant, Angie n'était que sale ; c'était lui qui était méchant. c'était un sale petit menteur, il l'avait affreusement blessée. Il était mauvais et Patsy, que l'incident ne dérangeait nullement, qui en riait même et qui voulait l'en récompenser, était mauvaise. Mais Mr. Pross était le pire, Mr. Pross qui aimait faire du mal aux gens, qui attendait l'occasion, qui avait poussé David à reprendre son rôle d'être malfaisant." (p.53)

     

    (Ainsi mentent les hommes, "Remords" de Kressmann Taylor)

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  • Les victimes du harcèlement scolaire

    extrait du Monde des Ados n°351 du 4 novembre 2015

    Les cibles du harcèlement scolaire

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  • "CINGLER : Frapper fort avec un objet mince et flexible.

     

    Cinglée

     

    Obéir est la seule façon de complaire aux grands. mais parfois, à force d'essayer de ne pas parler à table, de ne pas parler en général si c'est pour dire des bêtises - mais comment savoir à l'avance si on va dire une bêtise ? - Donc ne pas parler du tout.
    A force de ne pas toucher (...). Pas toucher ! Pas toucher ! On regarde avec les yeux, pas avec les mains !
    A force de ne pas courir dans la maison, ni dans la rue, de ne pas sauter partout, de ne pas mettre ses doigts dans sa bouche, de ne pas chantonner tout bas (...) de ne pas dire NON, de ne pas dire JE VEUX, de ne pas, de ne pas, de ne pas, la fureur lui vient. Elle se met à hurler, à pleurer en se jetant par terre.
    (...)
    Elle se recroqueville sur son ventre et halète et hurle pour pousser hors d'elle quelque chose d'énorme, mais quoi ? Alors la mère arrive avec un torchon passé sous l'eau froide et l'en cingle jusqu'à ce qu'elle se taise. La petite fille est cinglée. tais-toi parce que tu es cinglée ! Tais-toi ou tu seras cinglée ! Plus tard le torchon ne sera plus nécessaire pour la faire taire, elle apprendra à se cingler elle-même, sans faire de bruit." (p.47-48)

    (La petite cinglée de Janine Teisson)

     

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  • "Je hais ma mère et elle me hait depuis toujours. Mon père vient de mourir dans un accident de voiture. Je n'ai pas d'amis à part quelques relations de gamers. Je pense que je vais me tuer. Ce sera plus facile." (p.69)

    "Depuis la mort de son père, blesser les autres était à peu près la seule sensation vivante qu'il ressentait. Pas tout à fait du plaisir, mais quelque chose en lui qui se remettait à vibrer dans ces moments-là." (p. 71)

    "Elle savait élever la voix. Elle savait trancher, ordonner, orienter. Il y avait quelques jours, quelques mois, ces nouvelles capacités l’auraient sans doute rassuré. Il se serait attaché à cette maman libérée de ses fantômes et enfin sortie d’un coma de quinze ans. Mais les contes de fées n’existaient pas et la Belle au bois dormant qui s’éveillait dans son monde en lambeaux lui donner envie de la tuer. De l’éliminer. Ca bouillonnait en lui, il avait peur. Peur de cet amour qu’elle lui exhibait sous le nez et qu’il ne pouvait pas supporter parce que cet amour aurait pu lui donner envie de vivre et d’espérer, de s’attacher et peut-être d’oublier le visage de son père."

    "Il eut envie de la gifler. Et à la colère succéda la honte. Quel genre de mec frappe sa mère ? Oui, mais tout le monde n'a pas une mère comme la mienne. Un cercle vicieux. Une mauvaise relation mère-fils. Un lien malsain. Il aurait voulu que tout soit différent."

    "Il avait vu la jalousie, la possession et son égoïsme. Elle ne voulait pas qu'il soit heureux, qu'il ait des copains, des amours, des éclats de rire. Florence avait raison, la seule chose qu'elle souhaitait était de le garder pour elle. L'étouffer dans ses bras. Il avait quinze ans et elle l'aimait comme un nourrisson dans une relation fusionnelle, loin des autres et du reste du monde.
    Il fallait qu'il se libère." (p.191)

     

     

    "Les gosses n'étaient pas toujours en sécurité dans leur maison, car c'était là que pour certains leur vie se faisait bousiller à jamais. Une violence sans témoins, bien calfeutrée derrière les doubles rideaux." (p.223)

    "La famille, ce havre de sécurité, est en même temps le lieu de la violence extrême."

    "Il s'en était tenu à un fil. A une main levée dans cette nuit d'hiver. Au courage d'un garçon qui avait refusé le carnage au péril de sa propre vie. Ce résistant s'appelait Henry-Pierre d'Archambaud. Un premier de la classe à la santé fragile. Un être transparent dont tout le monde s'était toujours moqué. Un figurant des matins lycéens qui, en une fraction de seconde, s'était métamorphosé en premier rôle.
    - Je ne suis pas un héros, Ed, juste un ami."

     

    (Un hiver en enfer de Jo Witek)

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  • "La plupart du temps, ce qu'on appelle la violence au collège est le fait d'incivilités ou d'agissements malveillants envers des élèves en situation de faiblesse lesquels deviennent l'objet de brimades, d'insultes, de moqueries, de bousculades, d'humiliations... En effet, le harceleur ou la harceleuse s'en prend rarement à plus fort que lui et, quoi qu'il ou elle en pense, il n'y a rien de bien glorieux dans de tels agissements..." (p.80)

    La médiation

    "Comment ça, dans quel camp ? Qui parle de camp, ici ? C'est la guerre ou quoi ? Tu veux savoir dans quel camp je suis, celui de Mylène la victime, ou le tien ? Je suis dans celui de la justice, ma belle !"

     

    "Chez nous, on a instauré un système de médiation et ça marche plutôt bien. Le but est d'y améliorer l'ambiance en incitant les élèves à régler par eux-mêmes les différents conflits qui peuvent surgir au quotidien."

     

    "La médiation vise à remplacer la violence par des mots. Autrement dit, avant de taper, on cause !"

     

    "les conflits seront réglés entre les élèves. Aucun adulte n'interviendra et les médiateurs seront tenus de garder secret tout ce qui sera dit ou fait dans le cadre de leur médiation. C'est seulement en cas de conflit grave qu'il faudra en référer à un adulte."

     

    (M comme... de Yaël Hassan)

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  • Ce qui galope

    "Enoncer un avis trop personnel sur un sujet pareil, ça serait prendre le risque de se choper une honte absolue - et un commentaire bien senti, dans l'heure, sur Facebook. Ce qui galope le plus vite dans ce bahut, ce ne sont pas meilleurs sprinteurs des cours de gym mais les rumeurs, les réputations et les caricatures assassines qui vont avec." (p.22)

     

    (La fille quelques heures avant l'impact d'Hubert Ben Kemoun)

     

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