• Ne plus pouvoir marcher

    « Ce n'est pas parce qu'on ne peut plus marcher qu'on perd de la valeur en tant qu'être humain !! »(p.38)

     

     

     

    (Real - Tome 2 de Takehiko INOUE)

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  •  ça n'se voit pas du tout

     

    « "Les enfants des chômeurs

     

    Des sans-abris, des RMistes

     

    Reçoivent le meilleur

     

    De ce qui passe sur nos listes

     

    Couverts de pied en cap

     

    De vêtements des grandes marques

     

    Fini le handicap

     

    Et bien malin qui les remarque

     

    Ca gêne beaucoup moins

     

    Et quand ils se lavent les mains

     

    Je vous jure, on s'y tromperait

     

    On dirait des enfants, des vrais

     

    Ça n'se voit pas du tout, pas du tout

     

    Ça n'se voit pas du tout

     

    Ces gens dans le métro

     

    Qui nous imposent leur musique

     

    Ou ceux qui parlent trop

     

    En recherchant le pathétique

     

    Jamais vous ne croiriez

     

    Qu'ils sont vraiment ce qu'ils prétendent

     

    Ils sont bien habillés

     

    Y en a qui sentent la lavande

     

    Leur faire la charité

     

    Moi, j'aurais peur de les vexer

     

    Entre nous, et bien franchement

     

    Ils sont pauvres ou ils font semblant ?

     

    Ça n'se voit pas du tout, pas du tout

     

    Ça n'se voit pas du tout

    ça n'se voit pas du tout

     

    Mon épicier m'a dit

     

    Qu'autrefois dans le voisinage

     

    Il y avait des taudis

     

    Qui déparaient le paysage

     

    Il devait s'y passer

     

    Les choses que l'on imagine

     

    On ne pouvait laisser

     

    Proliférer cette vermine

     

    On les a remplacés

     

    Par des immeubles policés

     

    Ce qu'on a fait des habitants ?

     

    Ils sont relogés depuis longtemps

     

    Ça n'se voit pas du tout, pas du tout

     

    Ça n'se voit pas du tout

     

    Quand ma fille a fauté

     

    J'ai failli la mettre à la porte

     

    Mais j'étais révoltée

     

    A la seule idée qu'elle avorte

     

    Il y a des endroits

     

    Où on peut arranger les choses

     

    Et tout le monde croit

     

    Qu'en ce moment elle se repose

     

    Elle a eu son bébé

     

    Il était bien un peu foncé

     

    Mais tout de même assez mignon

     

    Ça sera mieux pour l'adoption

     

    Ça n'se voit pas du tout, pas du tout

     

    Ça n'se voit pas du tout

     

    Mon fils qui est très beau

     

    Va bien se décider, j'espère

     

    A reprendre le flambeau

     

    De la famille et des affaires

     

    Il n'a pas l'air pressé

     

    De rechercher le mariage

     

    J'ai beau lui présenter

     

    Des jeunes filles de son âge

     

    Il n'y a que des garçons

     

    Qui viennent le voir à la maison

     

    Mais s'il avait des goûts pervers

     

    Je le saurais, je suis sa mère

     

    Ça n'se voit pas du tout, pas du tout

     

    Ça n'se voit pas du tout

     

    Je suis sollicitée

     

    Par les œuvres de la paroisse

     

    Je suis trop occupée

     

    Pour éprouver la moindre angoisse

     

    Je me lève très tôt

     

    Pour attraper la première messe

     

    Puis dans les hôpitaux

     

    Je vais secourir les détresses

     

    Oui, j'aime mon prochain

     

    Et je m'applique à faire le bien

     

    Car j'ai un cœur très généreux

     

    Mais j'ai l'impression, c'est curieux

     

    Ça n'se voit pas du tout, pas du tout

     

    Ça n'se voit pas du tout"

     

     

     

    Anne SYLVESTRE – Partage des eaux (2000)

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  • « - Et toi ? T'as quelqu'un ?

     

    - Eum... Je suis pas sûr... je sais pas...

     

    - Comment ça, tu sais pas ?

     

    - Ben, je l'ai embrassé avant qu'il parte en vacances.

     

    - Qu'elle.

     

    - Quoi ?

     

    - Qu'elle. T'as dit qu'il ne parte, c'est qu'elle ne parte.

     

    - Mmmmm.... non.

     

    Je sais pas trop

     

    - OH ! Tu... T'es... Ah ! Euh... Tuuu ?...

     

    - NON ! Enfin... Je sais pas trop...

     

    Peut-être ?

     

    - Héé... C'est pas grave.

     

    C'est même assez cool ! J'ai jamais eu de copain gay.

     

    - Euh, je sais pas vraiment si je...

     

    - Enfin... J'ai jamais eu de copain "peut-être gay ou peut-être pas finalement"...

     

    - Hum !

     

    Merci... » (p.118)

     

     

     

    (Simon & Louise de Max de RADIGUES)

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  • «Pendant que je reboutonnais le babygros de Tyler, je me suis brusquement rendu compte que ces gamins étaient sacrément ordinaires. « Ils se conforment aux stéréotypes de leur sexe », dirait Liam. Pardon ? En tout cas je savais qu'on ne prendrait jamais Mirelle pour un garçon, ni Cody pour une fille. Tyler était encore un bébé, alors il ne comptait pas. Si on lui mettait des habits à volants, les gens diraient sans doute : « Quelle jolie petite fille ! » en roucoulant au-dessus de lui.

     

    « Jolie .» Un mot pour les filles. Comme on emploie « beau » pour parler des garçons. Liam avait raison : les gens ne parlent pas des garçons et des filles de la même façon. Ils attendent un comportement différent selon le sexe. Et quand les enfants ont une attitude « hors rôle », comme disait Liam, ils reçoivent l'étiquette de « garçon manqué » ou de « chochotte ».

     

    Il y a des lignes qu'on ne franchit pas, en matière de vêtements, de comportement, d'attitude. Par exemple, si je portais du rouge à lèvres et de la dentelle au lycée, personne ne le remarquerait. Pourtant, ils devraient, parce que je n'ai jamais mis ni l'un ni l'autre. Je ne suis pas très féminine. Les gens acceptent qu'on soit plus ou moins féminine tant qu'on reste du bon côté de cette échelle graduée, ce spectre qui va de « très masculin » à « très féminin » : princesse un jour, souillon le lendemain. Pareil pour les garçons.

     

    Jusqu'à un certain point.

    Question de genre

     

    La limite autorisée n'est pas aussi éloignée dans un sens que dans l'autre, sur le spectre. Par exemple, quand on est une fille, on peut être exagérément féminine, ça ne pose pas de problème, mais si on a un comportement ou des sentiments un peu trop masculins, on est une gouine.

     

    Pareil pour les garçons. MUCHO macho, pas de problème. Doux et tendre égale tapette.

     

    Que se passe-t-il quand on est né hors du spectre, entre les deux pôles, comme Liam ? On est un monstre, voilà tout.

     

    Voilà ce que ressentait Liam, je le sais. Un jour, il m'a dit qu'il n'y avait pas de place pour lui sur cette Terre, qu'il ne pouvait s'intégrer nulle part. Il était vraiment hors du spectre. Garçon le jour, fille la nuit. Sauf qu'il était tout le temps une fille au fond de lui. C'était gravé dans son cerveau, disait-il, comme l'intelligence ou la mémoire. Son corps ne reflétait pas son image intérieure. Son corps le trahissait. A cause de la façon dont les gens voyaient Liam – comme un garçon -, il devait se conformer à ce qu'ils attendaient de lui. Se déguiser pour ressembler à son personnage. Jouer ce rôle. Et Liam était doué pour ça, un expert. Il avait eu tant d'années d'entraînement. Ç'avait dû être horrible, cela dit, jour après jour après jour, de voir partout autour de lui ce qu'il voulait être, si désespérément, et ne pourrait jamais être. » (p.81-83)

     

     

     

    « Alors quand ? Ça commence quand ? A un moment donné, la société exige qu'on soit comme ci et pas comme ça, et on sait ce qu'elle attend de nous. Comment le sait-on ? Est-ce, genre, une tendance naturelle, innée ? Sommes-nous programmés comme ça ? Peut-être qu'on apprend à observer ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Qu'on essaie de s'adapter. Qu'on veut s'intégrer. Qu'on ne peut pas. Est-ce que nos parents nous l'apprennent, font de nous des être conformes ? » (p.83)

     

     

     

    « Tout est possible. C'est pas noir ou blanc. Entre le genre masculin et le genre féminin, il y a diverses teintes de gris. » (p.110)

     

     

     

    (La face cachée de Luna de Julie Anne PETERS)

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  • « Nos patients souffrent de maladies liées à un traumatisme crânien, de handicaps résultant d'un accident, ou encore de troubles de stress post-traumatique...

     

    Nous les aidons par un accompagnement psychologique et des thérapies de développement. Il s'agit certes d'un lieu d'hospitalisation, mais c'est aussi un établissement où des enfants et des adolescents vivent ensemble. » (p.18)

     

     

    En tant qu'êtres humains

     

     

     

    « Toutefois, je souhaiterais éviter tout malentendu...

     

    Ce que je vous ai décrit là, ce ne sont que des maladies et leurs symptômes ! Ces enfants n'ont pas de problèmes en tant qu'humains. C'est un point très important. » (p.23)

     

     

     

    « On porte tous un fardeau dans notre cœur, même si on n'en a pas envie. Et ça on n'y peut rien.

     

    Alors arrête de te faire du mal et accepte-toi tel que tu es, tout entier. C'est probablement la seule solution. » (p.92)

     

     

     

    « Avant, je voulais être acceptée par les autres... mais aujourd'hui, je veux être ignorée par la terre entière ! » (p.163)

     

     

     

    (Tokyo Kaido, T.1 de Minetarô MOCHIZUKI)

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  • « Je tombe sur un article sur la prostitution masculine au Maroc. Et je pense à Camille.

     

    J'ai été lamentable.

     

    Je lui ai parlé avec la prétention de ceux qui se croient sages parce qu'ils disent tout haut le fond de leur pensée. Comme s'il suffisait d'être sincère pour être habilité à donner son avis. « Si j'avais un

     

    gamin, ça me tuerait de savoir qu'il fait ce que tu fais... »

     

    Comment j'ai pu oser dire ça ?!

     

    Toujours à la ramener, mézigue et ma grande gueule, et mon air doctoral.

    Comment j'ai pu oser dire ça ?!

     

    Il a vécu du lourd, du méchant, ce gamin. Je repense à la façon qu'il a eue de me dire :  « Dans ma famille, on n'aime pas les pédés. »

     

    Je suppose que ses parents ont eu honte de lui et qu'ils l'ont foutu à la porte, comme des clients déçus renvoient la marchandise.

     

    Pas de ça chez nous, merci.

     

    Chez ceux qui sont bornés, la bêtise est sans bornes.

     

    Ils devraient voir son courage, aujourd'hui. Il en faut de la volonté pour supporter tous ces moments sordides, tout en gardant intactes sa détermination et son envie de réussir.

     

    Il habiterait en Thaïlande ou dans les favelas, ce môme, on trouverait son parcours admirable, on ferait des reportages, ça tirerait des larmes. Là-bas, il serait une sorte de héros.

     

    Ici, c'est seulement une pute à homos.

     

    C'est un mec bien, Camille, ce n'est pas si fréquent. Non seulement il m'a sauvé la vie, mais il est allé témoigner au commissariat, au risque de se faire emmerder par les flics sur son emploi du temps et son emploi tout court. Il est venu prendre de mes nouvelles. Et moi...

     

    Moi, je peux toujours critiquer les cons, dans leur équipe je jouerais avant-centre. » (p.114-115)

     

     

     

    (Bon rétablissement de Marie-Sabine ROGER)

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  • « Je dois faire honneur à ces prénoms, soutenir tous les jours le regard de mon père et de ma mère qui auraient tellement voulu que je fusse ce garçon fort et baraqué, différent de ma sœur, de mes tantes, de ce gynécée étouffant, et ce, d'autant plus que mon père est fils unique. J'ai honoré autant que j'ai pu ce prénom d'Alex et j'y ai même trouvé du plaisir. Ça m'amusait quand j'étais petite ces « bonjour p'tit gars, comment ça va ?, « il est adorable, votre fils ».

     

    A force de voir papa m'encourager à faire du foot, à force de m'applaudir quand je battais tous les records d'athlétisme ou que j'arrivais à grimper au sommet des réverbères puis à courir plus vite que papa, Manon, ma grande sœur, celle qui avait eu le droit, elle, d'être une fille a cru longtemps que j'étais son petit frère.

     

    Garçon manqué

     

    Sur les photos de mon enfance, impossible de distinguer si je suis Alexandre ou Alexa. Je n'ai jamais porté de robes, j'ai toujours refusé les maillots de bain deux pièces, je me suis même baignée souvent en tee-shirt. Mes parents ne se sont pas vraiment inquiétés de cette obstination. Ils ne m'y ont pas non plus encouragée. Je dois leur rendre cette justice.

     

    C'est moi qui ai refusé d'être Alexa, qui ai imposé Alex, y compris à mes profs et à tous mes copains, c'est moi qui ai voulu toujours avoir les cheveux ultracourts, c'est moi qui ai voulu devenir la reine du roller. » (p.16-17)

     

     

    (Rollermania de Brigitte SMADJA)

     

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  •  

    « écoutez-moi. Je ne prends pas la défense de mon fils. Ce qu'il a fait n'est pas très malin. (…) Donc, voilà, passons. Cette histoire de fauteuil n'a aucun intérêt.

     

    Par contre, ce qui est très important , et je sais que ce que je vais vous dire peut vous sembler choquant, mais j'y crois vraiment, c'est que Valentin, ce matin, s'est bien comporté avec votre fils. Il s'est bien comporté parce qu'il n'a établi aucune différence entre eux deux. Et vous savez pourquoi ?

     

    Mais parce qu'il n'en voit pas, j'imagine.

    Une question d'honneur

     

    Maxime, pour Valentin, n'est ni faible ni vulnérable . C'est un gamin exactement comme les autres et qui doit donc subir la même dure loi de la cour de récréation que les autres. Il n'a pas fait de discrimination ni même de discrimination POSITIVE comme nous disons, nous adultes qui cherchons toujours à tout discriminer. Non, il l'a traité en égal. Pour des raisons que nous ignorons, et qu'il faut ignorer var les secrets d'enfant sont sacrés, Valentin a eu besoin de s'en prendre à votre fils. S'il avait pu, il l'aurait brutalisé, lui aurait fait un croche-pied, donné un coup dans l'épaule ou que sais-je encore, mais comme il ne le pouvait pas, il s'en est pris à son fauteuil. C'était de bonne guerre.

     

    C'était de bonne guerre et je dirais même : c'est sain.

     

    Nos enfants s'envisagent sur un pied d'égalité et nous avons tort (…) d'accorder une si grande importance à un événement aussi banal. Si Valentin s'était empoigné avec un autre gamin dans la cour (…) auriez-vous convoqué ainsi les parents en simulant une espèce d'état d'urgence ?

     

    Non. Bien sûr que non. L'adulte qui les surveillait les aurait séparés et voilà tout. Et bien là, c'est pareil. C'était un simple croche-pied, ni plus ni moins. (…)

     

    Je vous le redis, je n'excuse pas mon fils, je ne l'excuse pas et je souhaite aussi qu'il soit puni, mais je maintiens que loin d'humilier le vôtre, il lui a, en crevant sa roue, rendu honneur. » (p.170-171)

     

     

     

    (Fendre l'armure d'Anna GAVALDA)

     

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  • « Du coup, on nous regardait comme des bêtes curieuses, ou pas du tout. Je crois qu'aux yeux des autres lycéens, on faisait un peu pitié. On dit que la musique adoucit les mœurs, mais je crois que c'est parce qu'elle est faite par des gens plutôt doux, au départ, qui vont vers elle par besoin de douceur, par fragilité. Et cette douceur, cette fragilité, comme la culture, la sensibilité au beau ou la bonne éducation sont tout sauf un atout dans la jungle d'un lycée. » (p.114)

     

     « C'est une règle universelle, les mecs cool détestent les coincés, et vice versa. Sauf que les cool ont le mépris cool justement, détendu et élégant, alors que les coincés le sont encore plus quand ils sont en présence de quelqu'un qui ne l'est pas ! » (p.161)

     

     

    La bête curieuse

      

    « Je sentais monter en moi une humeur que je connaissais trop bien. J'étais en train de m'exclure de la soirée, de me refermer à double tour, d'endosser le rôle du mec différent qui se tient à l'écart parce que c'est dans sa nature profonde. Ben voyons ! J'aurais adoré être ce type que je voyais en train de faire rire deux filles, ou cet autre qui dansait, yeux fermés, un verre à la main tenu par le dessus entre ses doigts, ou celui-là encore, entouré d'une grappe de filles, qui se roulait un pétard. Mais moi, j'étais celui qui ne se sentait jamais à sa place et qui essayait, en vain, de se convaincre que c'était parce que l'attendait un destin extraordinaire. » (p.166)

     

     « J'ai compris ce soir-là ce que j'aimais chez ma tante. C'était qu'elle ne m'avait jamais traité comme un enfant, ni comme un adolescent. jamais elle ne m'avait demandé comment allait l'école, si j'avais une amoureuse, ce que je voulais faire plus tard. Avec elle, je n'avais même pas l'impression d'être son neveu, mais moi-même, tout simplement. Un individu qu'elle prenait tel qu'il était. S'il était très difficile à quelqu'un qui ne la connaissait pas de lui donner un âge (sans même parler de ses tenues vestimentaires hors d'âge et de modes), c'était parce que le temps n'avait pas de prise sur elle car pas d'importance. Et du coup, il en allait de même pour l'âge des personnes qu'elle fréquentait. Elle s'en moquait et se comportait de la même façon avec tout le monde, ne cherchant à plaire à personne, ni professionnellement (...), ni amicalement, ni amoureusement. Elle ne jouait pas à la vie comme nous tous, et cela faisait d'elle un être reposant. et sans doute plus libre malgré ses airs coincés que bon nombre d'entre nous qui passons notre temps à vouloir démontrer aux autres combien nous le sommes. » (p.189-190)

     

     (Le monde dans la main de Mikaël Ollivier)

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  • « C'est depuis la famine, depuis que les troupeaux sont décimés et qu'on se bat à mort pour une poignée de mil, qu'Okoboé s'est trouvé en danger. Un soir, il est venu comme à son habitude s'asseoir avec les hommes mais personne ne lui a adressé la parole. Cela l'a alerté. Depuis un bout de temps déjà, ce renard de Songa, qui passe son temps à consulter les esprits, le regardait d'un air trop doucereux et Okoboé s'est retrouvé peu à peu au centre des regards.

     

    Adouna a saisi les coups d'oeil obliques sur son homme, elle les a repérés quand ils ont dévié sournoisement sur elle et sur son enfant. Alors elle a su qu'un grand oiseau noir planait au-dessus d'eux. Et les nuits l'ont trouvée sans sommeil. Elle pensait, les yeux grands ouverts, à l'oiseau de la haine qui planait, planait sans se lasser, toujours en éveil. Elle n'osait plus fermer les yeux : l'oiseau noir n'attendait que cela, qu'ils oublient et ferment les paupières.

     

    Adouna n'avait même pas envie de pleurer. Elle se rappelait seulement, comme d'un instant d'intense clarté, le jour où son père l'avait conduite jusqu'à la maison de son fiancé :

     

    - Je te donne ma fille, Okoboé. Prends-en soin, comme un homme doit prendre soin de sa femme. Que notre famille remplace celle que tu as quittée.

     

    Tout le monde avait entendu ces paroles et personne n'avait protesté. On avait dansé trois jours pour fêter comme il convenait le mariage d'Adouna, fille dernière de Zarza, avec Okoboé, l'homme bleu.

     

    Le Touareg était devenu un homme du peuple zarma. Il avait pris ses repas avec la famille, il s'était occupé des ânes, des ovins et des quelques vaches que ces familles d'agriculteurs entretenaient sans conviction. Il avait construit des murs de pisé, réparé les toits, creusé des rigoles d'irrigation. Jamaius durant ces années de bonheur, personne n'avait été le témoin du moindre conflit entre Zarza, ou quiconque au village, et Okoboé. Il avait la peau claire, cela faisait rire les hommes quand ils voulaient le plaisanter puisqu'ils ne trouvaient rien à lui reprocher. Okoboé avait l'âme droite et l'estime de Zarza, son beau-père, dont la parole comptait dans le village. 

     

    Sans doute Adouna n'aurait-elle jamais pris la décision de partir si son père avait été encore là.» (p.8-9)

     

     

    « Merveilleuse Adouna ! Elle avait le cœur aussi large que celui de son père. Okoboé lui savait gré d'avoir pris d'elle-même la décision qu'il n'osait pas lui proposer : partir vers le Nord, retourner au pays touareg en espérant que le destin y serait plus favorable. Elle n'avait pas hésité, elle avait laissé sa tribu derrière elle, chassant sans doute l'espoir de revoir un jour les siens. « Des oiseaux qui émigrent, aimait à dire Zarza, aucun ne sait se réhabituer à son ancien nid. » Elle allait être une étrangère, sentir le regard défiant d'une autre famille. Saurait-elle l'apprivoiser ? (p.12)

     

     

     

    « Adouna se savait moins faite pour la route que son homme. Elle n'avait aucun attrait pour les transhumances ni pour les caravanes. Comme il avait fallu que son nomade s'attache à elle pour demeurer de longues années auprès de Zarza et des siens, dans un village d'agriculteurs ! C'était pour elle, encore aujourd'hui, source d'émerveillement. Okoboé ne connaissait depuis sa tendre enfance que la carte des puits, le tracé des oueds et le nom des montagnes. Il concevait la vie comme une longue piste à parcourir. Elle voyait l'existence, au contraire, comme une ferme entourée de champs cultivés, un immense damier de verdure inscrit dans la boucle d'un fleuve et qu'on peut contempler à loisir, saison après saison, du sommet des collines. » (p.80)

     

     

     

    (Issa, enfant des sables de Pierre-Marie BEAUDE)

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