• Défiguré

    « Je ne pus me lever que trois jours après qu'ils eurent arrêté de m'administrer les calmants. Je dus utiliser un déambulateur . Ainsi, dans la salle de bains commune, j'aperçus mon visage dans une glace, pour la première fois depuis que j'avais quitté le camp. Je vis un être chauve à la peau plissée, à la paupière gauche pendant de travers comme une cloque, et il me fallut plusieurs secondes pour comprendre que c'était moi. Moi dans le miroir. J'eus un mouvement de répulsion.

     

    (…)

     

    - Je commence à comprendre pourquoi l'infirmière me matait comme ça. Je suis défiguré. Défiguré, putain !

     

    (...)

    Défiguré

     

    Après la greffe de synthoderme, je n'étais plus défiguré, mais ce n'était plus moi. Je dus m'habituer à mon nouveau visage, et supporter les pleurs de ma mère, qui avait arraché de haut vol le droit d'une visite à l'hôpital. Elle ne fit que cela, verser des larmes et se tordre les mains, sans trouver un mot de réconfort pour son fils ; puis on vint lui dire qu'il était temps de partir. Est-ce qu'une femme est supposée porter en elle assez de courage et de force pour faire face à la mort de son mari et à la terreur d'une perte probable de son fils unique ? Est-ce qu'elle n'avait pas le droit d'être faible ? Est-ce que nous n'en avons pas tous le droit, dans de si laides circonstances ? Les exhortations à l'héroïsme que prodiguent si généreusement les autorités nous menant au combat ne sont-elles pas immondes ? Ma mère ne m'aida pas, c'est comme ça, et je ne peux lui en vouloir. » (p.87-90)

     

     

     

    (La guerre des plaines bleues de Jean-François CHABAS)

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