• Déchaînement homophobe

    « Colin, vautré sur le comptoir, les observe avec un sourire lubrique. Ah, exactement son genre de Parisienne. La brune, plutôt pas mal, hein ? Un petit lot tout ce qu’il y a de sexy. Abattant sa main sur l’épaule de Linden, qui sursaute, il s’esclaffe, hilare. Bon Dieu, il avait presque oublié ! Linden s’en moque, bien sûr ! Les filles, c’est pas son truc. Elles le laissent froid, pas vrai ? Linden regarde son beau-frère, que le fou rire plie en deux. Les joues cramoisies, Colin essuie de fausses larmes aux coins des ses yeux. Que les choses soient bien claires, il n’a rien contre Linden, ni contre les tapettes en général mais il est incapable de comprendre comment un homme peut ne pas être attiré par une femme. Sérieusement, ça le dépasse. Comment se fait-il qu’une paire de nichons ne lui fasse aucun effet ? C’est aberrant. Parce que désirer les femmes, c’est justement ce qui fait qu’un homme se sent viril, non ? Colin parle suffisamment fort pour que, dans le bar, tout le monde entende. Combien de temps Linden va-t-il pouvoir feindre l’indifférence ? Combien de temps va-t-il pouvoir garder sur les lèvres ce sourire figé ? Colin continue sur sa lancée. Ça doit être tellement bizarre d’être pédé. Il aurait détesté l'être. Dieu merci, aucun de ses fils ne l'est ! Il aurait préféré avoir un fils en fauteuil roulant plutôt qu'un fils homo. Allons, il plaisant ! C’était une blague ! Nom d’un chien, franchement, au lieu de tirer cette tête, Linden ferait mieux de cultiver son sens de l’humour. » (p.206-207)

      

    Déchaînement homophobe

    « Ni l’un ni l’autre n’avait entendu la clé dans la serrure. Ils dormaient à poings fermés, nus, dans les bras l’un de l’autre. La première chose qu’avait perçue Linden, c’était un cri étranglé. En ouvrant les yeux, il avait vu un homme et une femme entre deux âges qui se tenaient là. Ils avaient l’air scandalisés. Cela s’était passé si vite. Les hurlements stridents ; le père, hors de lui, la figure écarlate, leur disant qu’ils étaient répugnants, ignobles, écœurants ; ils n’étaient des espèces d’immondes pédales. Leurs mains crispées, accusatrices, pareilles à des serres. Linden et Hadrien avaient rampé hors du lit, vulnérables, le dos tendu sous un torrent d’insultes ; ils s’étaient habillés, hâtivement, maladroitement, les larmes ruisselant sur les joues d’Hadrien. Impossible d’oublier les paroles de son père, les mots qu’il avait crachés : Hadrien n’était plus le bienvenu sous ce toit, lui et sa fiotte de petit copain allaient foutre le camp et ne jamais revenir. Est-ce qu’Hadrien avait entendu ? Est-ce que c’était clair ? Le venin dans cette voix, la haine : Hadrien n’était plus leur fils. C’était terminé ! Un fils homo ? Jamais ! Il n’était qu’un raté ? Il jetait l’opprobre sur toute la famille. Que diraient ses grands-parents ? Ses oncles et tantes, ses cousins ? Est-ce qu’il y avait pensé ? Et avait-il pensé à lui, son propre père ? Sa propre mère ? Le père d’Hadrien avait dit qu’il regrettait que sa femme n’ait pas fait une fausse couche quand elle l’attendait. Et il n’y aurait plus d’argent pour Hadrien, jamais, pas un sou, pas un centime. Hadrien devrait avoir honte. Les gens comme lui étaient des pervers. Ils n’étaient pas normaux. Il faudrait les mettre derrière les barreaux. Dans d’autres pays, on exécutait les homosexuels, et peut-être cette crainte leur mettait-elle un peu de plomb dans la tête ! Ils ne voyaient donc pas qu’il n’y avait pas de place pour eux sur cette terre ? Ils ne voyaient donc pas que personne ne voulait d’eux, que personne n’avait aucune pitié pour eux ? » (p.299-301)

     

     (Sentinelle de la pluie de Tatiana de Rosnay)

     

     

     

    « Se dissoudre pour échapper au harcèlement
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