• « Bien trop habitués à pouvoir faire ce qu’ils voulaient avec nous »

     « Dès qu’elle bougeait, les seins de Bella ballotaient. Aucun tee-shirt au monde ne pouvait les rendre invisibles. Lorsqu’elle s’est finalement mise à courir, qu’elle a pris de la vitesse et qu’elle a vraiment essayé de s’investir – pour son équipe -, les garçons se sont tout de suite moqués en sifflant et en applaudissant.

     Bella s’est arrêtée net. Ses joues étaient écarlates. Quelque part dans le chœur des voix de garçons, quelqu’un a crié :

     - Approche-toi. Approche-toi que je les touche !

     Ça m’a retourné le ventre. J’ai pensé au géant dans mes rêves. Je m’imaginais traverser le terrain, attraper les garçons avec mes énormes mains et les balancer le plus loin possible. Mais mon corps de fille était trop faible, trop maigre. J’ai baissé la tête et j’ai avalé plusieurs fois ma salive pour essayer de faire descendre la boule que j’avais dans la gorge.

     Le prof se tenait devant nous avec son sifflet. Il avait vu la scène mais il n’a pas réagi. Il a sifflé et le jeu s’est arrêté. Le cours était terminé.

     (…)

     [Bella] se dirigeait vers le vestiaire, la tête baissée. Je l’ai rejointe et j’ai posé ma main sur son épaule. Elle s’est arrêtée et m’a fait un sourire pâle.

     - Ils sont tellement puérils.

     J’ai voulu lui sourire, essayer de la consoler, lui dire « Je sais, ils sont vraiment trop cons, t’occupe pas d’eux », mais je n’y arrivais pas parce que je savais que ce n’était pas une question de puérilité. Au contraire. Les garçons étaient déjà bien trop habitués à pouvoir faire ce qu’ils voulaient avec nous.

     (…)

     « Bien trop habitués à pouvoir faire ce qu’ils voulaient avec nous »

    Arrivées à l’angle, on a vu qu’ils nous attendaient devant la porte.

     Je me suis arrêtée, mais pas Bella. Comme si elle avait subitement décidé de ne plus se laisser faire, d’arrêter de subir. Elle a levé le menton, n’a pas croisé les bras mais les a laissé pendre le long de son corps. Elle a foncé droit sur eux et, pendant un instant, j’ai cru qu’ils allaient s’écarter pour la laisser passer.

     De là où j’étais, je n’entendais pas ce qu’ils lui disaient, je percevais juste leurs intonations, le son de leurs voix mielleuses. Ils l’ont d’abord laissé entrer dans leur cercle et faire quelques pas vers la porte du vestiaire puis ils ont commencé à la tripoter, à se coller à elle, à essayer de soulever son tee-shirt, à tirer sur son soutien-gorge. Bella se débattait, essayait de se dégager de leur étreinte mais les garçons ne voulaient pas la lâcher. Finalement ils ont réussi à lui enlever son tee-shirt et son soutien-gorge et les ont levés en l’air comme des trophées.

     Bella se tenait, immobile, à quelques mètres d’eux. Elle se cachait les seins avec ses bras, le dos courbé, les cheveux lui tombant sur le visage.

     Tout s’était déroulé si vite. Je n’avais même pas eu le temps de réagir. Mes pieds se sont décollés du sol et je me suis précipitée vers Bella tout en criant aux garçons que c’était des connards, des fils de pute et qu’ils n’avaient pas le droit de faire ça. « Vous n’avez pas le droit de faire ça, espèces de merdeux ! »

     Mais pour les garçons, le jeu était terminé. Ils ne voyaient même plus Bella et se fichaient totalement de moi. Ils m’ont balancé son tee-shirt et son soutien-gorge au visage avant de tourner les talons et de partir en direction du vestiaire, comme si de rien n’était.

     Bella a maladroitement essayé de se rhabiller, son soutien-gorge est tombé par terre mais elle ne l’a même pas ramassé. Elle est restée figée, les bras autour de ses seins. » (p.54-57)

      

    (Trois garçons de Jessica SCHIEFAUER)

      

     

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