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    « Je les observe, un peu à l'écart, comme du temps où nous étions en primaire, et sens leurs regards posés sur moi comme sur une bête curieuse.

     

    Ah, me voilà redevenue l'intruse, me dis-je distraitement.

     

    Je repense au sort de Shiraha, poussé à la démission. Suis-je la prochaine sur la liste ?

     

    Dans ce monde régit par la normalité, tout intrus se voit discrètement éliminé. Tout être non conforme doit être écarté.

     

    Voilà pourquoi je dois guérir. Autrement, je serai éliminée par les personnes normales.

     

    J'ai enfin compris pourquoi mes parents désespéraient tellement de trouver une solution. »

     

    (p.66-67)

     



     

    « - Ce monde ne tolère pas les anomalies. J'ai toujours eu à en souffrir, déclare Shiraha en sirotant un thé au jasmin.

     

    (…)

     

    On n'a pas le droit à la différence. Pourquoi n'as-tu toujours qu'un petit boulot, à trente-cinq ans passés ? Pourquoi n'as-tu jamais eu de relation amoureuse ? On ne cesse de te demander si tu as eu des expériences sexuelles. (…) Moi, je ne dérange personne, mais parce que je fais partie de la minorité, tout le monde se permet de violer ma vie privée.» (p.71)

     



     

    « J'aimerais que tu me caches aux yeux du monde. Tu peux parler de moi autant que tu veux, te servir de moi pour enjoliver ton quotidien. Mais je resterai dissimulé ici. J'en ai assez des interventions de parfaits étrangers. (…)

     

    Si je sors, ma vie sera encore violée. Un homme, ça doit travailler, se marier, puis une fois ce cap passé, gagner encore plus d'argent et faire des enfants. Il est l'esclave de la communauté. Condamné à une vie de travail.

     

    (…)

     

    Tout ce que je veux, c'est continuer de respirer, jusqu'à ma mort, sans intervention extérieure. C'est tout ce que je souhaite. » (p.85)

     



     

    « - Furukura, tu es une chanceuse. Tu as beau cumuler un triple handicap, vierge, célibataire et travailleuse à mi-temps, grâce à moi tu vas pouvoir entrer dans la société des gens mariés, les gens te croiront sexuellement active, et rien ne te distinguera plus de ton prochain. Tu seras la meilleure version de toi aux yeux des autres. Hourra ! » (p.108)

     



     

    (Konbini de Sayaka MURATA)

     

     

     

    « Le regard des autresLa faute à Eve »
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